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L'Imposture Toute sa vie,
Bernanos n'a cessé de dénoncer l'hypocrisie qui nous entoure. L'Imposture
: voilà un roman qu'il vous faut absolument lire, chers CSGiens.
Bernanos s'attache à décrire cette imposture qui entrave la religion catholique,
ces laïcs et ces abbés de cour qui vivent de l'Eglise et s'appuient sur
la chrétienté pour percer dans le monde, qui sont si bien entre eux. Nous
découvrons l'Abbé Cénabre, prototype du chrétien qui, ayant entrepris
l'aventure spirituelle et son combat, se laisse happer par l'abîme, épouvanté
par les constructions théâtrales, les mises en scène, les paravents. Bernanos,
le furieux, le colosse coléreux, le révolté, "y va fort" et
dénonce, sans mâcher ses mots cette imposture, cette hypocrisie. Parfois,
souvent même, il s'emporte et il devient alors dur, même pour l'admirateur,
de relire certains de ses écrits, surtout les "politiques".
Il vomit les bourgeois, les "bien-pensants", mais n'est-ce pas
là la preuve d'un manque évident de charité chrétienne, d'esprit évangélique,
de respect des Béatitudes ?
Et son antisémitisme, son admiration pour Drumont (auquel La Grande Peur
des bien-pensants est dédié)... Que tout cela est dur à avaler. Mais Bernanos
mérite mieux que notre indulgence ; il exige notre lucidité, même si elle
s'exerce contre lui.
N'oublions pas, en revanche, à son actif, sa clairvoyance à propos du
franquisme, dès 1936 (Les Grands Cimetières sous la lune), des totalitarismes
fasciste et nazi, du régime de Vichy, dès la première heure. L'Esprit
d'enfance Cet emportement se comprend mieux quand on connaît l'importance
qu'a pour Bernanos l'honneur, honneur médiéval, chrétien.
Ainsi, tel est notre Bernanos, ni enrôlé, ni sectaire, mais profondément
engagé contre tout ce qui blesse ou avilit l'être humain dans son âme
et dans sa personne. De là découle le point central de l'oeuvre de Bernanos,
presqu'une obsession : l'esprit d'enfance. "Qu'importe ma vie ? je
veux seulement qu'elle reste jusqu'au bout fidèle à l'enfant que je fus"
(Les Grands Cimetières sous la lune). Il nous faut retrouver cette pureté
non ternie, afin d'accéder aux plus hautes valeurs, à Dieu même, quitte
à paraître naïf. Mais Dieu aime les naïfs.
Par l'enfance, nous goûtons à la "substantifique moelle" des
livres de Bernanos : ses personnages et leur âme que nous pouvons embrasser.
"Des vicieuses et des salauds, des enfants et des héros" : nous
communions avec eux et derrière leur vie réelle apparaît nettement leur
vie surnaturelle. Dans les romans de Bernanos, les personnages les plus
proches de la sainteté (par exemple le curé d'Ambrincourt ou Chantal Aymard
de Clergie dans L'Imposture) sont tous des êtres restés enfants, sans
habileté, sans grande clairvoyance, plutôt maladroits et que méprisent
les braves gens. Ils sont fragiles, comme notre Christ, notre Dieu fait
homme, mais jamais mièvres ou sulpiciens. Ces personnages si touchants,
ces petits saints à la mode de Thérèse, vont conduire la souffrance révoltée
des imposteurs vers la Rédemption. Cette Rédemption est évidemment christique
; elle passe par le martyr. Au-delà du côté sombre de l'oeuvre de Bernanos
- cette noirceur de l'âme - il ne faut pas oublier la déferlante du salut,
l'incroyable don fait aux hommes par le Christ.
Il est vrai que notre Christ est paradoxal, vainqueur consentant à la
défaite. Bernanos nous fait toucher du doigt ce paradoxe : Ainsi dans
les Dialogues des Carmélites, l'héroïne devient-elle en religion soeur
Blanche de l'Agonie du Christ parce qu'elle devra désormais trouver sa
force dans la faiblesse du Christ. L'Espérance, La Joie et la Grâce Cette
souffrance n'efface en rien l'espérance et la joie. On ne se complaît
pas dans l'agonie. La joie est un thème si fondamental chez Bernanos qu'il
est même devenu le titre d'un de ses plus grands romans. Or, qu'est-elle,
cette joie, sinon la joie de la grâce, un sentiment surnaturel formé en
l'homme par la découverte puis l'accueil en lui du salut. L'oeuvre entière
de Bernanos est marquée par la grâce et notamment le Journal d'un curé
de campagne où la simplicité du jeune curé et sa grâce surnaturelle illuminent.
C'est elle, cette grâce, qui touche tous les autres personnages, qui permet
au curé de réaliser que Dieu l'aime. D'ailleurs ses derniers mots avant
de mourir sont :"Qu'est-ce que cela fait ? Tout est grâce".
Et l'on retrouve la petite Thérèse...
Sébastien PIEVE
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