Dangers d'Internet
pour les journalistes
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Il est essentiel de connaître les limites d'internet si l'on veut s'en servir
dans le cadre professionnel. Des journalistes renommés y ont déjà
laissé quelques plumes...
Essentiel: distinguer les différentes "zones" d'Internet
Un rappel pour ceux qui viennent d'arriver: Internet est un support, et seulement
un support. Il ne possède en lui-même aucune fiabilité: ce n'est
pas une base de données, dont le contenu aurait été contrôlé
par son éditeur. Nous sommes au coeur de la liberté d'expression. On y
trouve donc de tout: des infos les plus sourcées aux infos fantaisistes, canulars
et autres rumeurs. Difficile parfois de distinguer.
Il faut d'abord bien voir où l'information à laquelle vous accédez
a été publiée. Internet n'est pas un tout: si l'on assimile le réseau
à un "Village Mondial", on peut y trouvez différents quartiers
correspondant à des fonctionnalités, d'intérêt inégal:
- le World Wide Web: bibliothèque sans documentaliste, où les
ouvrages de référence côtoient les ouvrages publiés à compte
d'auteur et les prospectus imprimés depuis un ordinateur personnel.
- le courrier électronique: la poste. L'e-mail n'a pas plus de valeur
que le courrier que vous relevez dans votre boîte aux lettres: journaux, factures,
cartes postales, mailings...
- les mailing lists: les colloques. Peut-être l'espace le plus sérieux
(mais pas forcément fiable), dans la mesure où ces communautés virtuelles
sont assez austères, parfois fermées, et se consacrent sérieusement
à des sujets sérieux: elles font fuir ceux qui ne sont pas vraiment concernés.
C'est là qu'on trouve ceux qui veulent tirer parti d'Internet professionnellement.
- les forums (Usenet newsgroups): l'agora planétaire selon les plus indulgents
- d'autres parleraient de café du commerce global, sinon de foire d'empoigne
mondiale.
La fiabilité de ces "zones" n'est pas égale, et mérite
une attention différente. Mais tout comme il ne faut pas tenir une donnée
recueillie sur Internet comme une parole d'évangile, il ne faut pas considérer,
inversement, que les infos dénichées sur Internet sont forcément de
mauvaise qualité.
1er volet : Fiabilité des données disponibles sur le World Wide Web
+ Quelle est la source ?
Un journaliste digne de ce nom accorde une importance primordiale à la source
de ses informations. Une information non sourcée n'est qu'une rumeur (au mieux!),
comme le souligne le triste exemple du site "potins"
d'un journaliste américain, Matt Drudge, qui mèle sans distinction les
informations confirmées et les racontards. Il est indispensable de se préoccuper
de la qualification de la source d'information - et bien distinguer les sources primaires
ou secondaires, comme disent les universitaires (et par exemple F-P Gingras, professeur
de sciences politiques à l'université d'Ottawa - Canada) dans un article
sur l'appréciation
des ressources d'Internet).
+ Qui est l'éditeur ?
Lorsque vous consultez une page sur le web, son créateur a peut-être
omis de signaler qui il est et quelle institution publie cette page. Dans ce cas
vous pouvez remonter à la source pour retrouver l'éditeur. Il faut plutôt
qualifier celui-ci d'hébergeur: rien ne dit qu'il se porte garant des page qui
se trouvent sur son ordinateur-serveur (le teme prête à confusion en français:
il s'agit du "host" anglo-saxon).
L'adresse de cette page, par exemple est [www.mygale.org/06/dccv/presse/dang.html].
Vous pouvez remonter au niveau du serveur, qui héberge ce site, pour en savoir
plus sur l'éditeur de cette page:
L'adresse de ce serveur correspond au début de cette URL, jusqu'au premier
slash ("/") [www.mygale.org/]. Si vous vous y connectez, vous constaterez
qu'il s'agit d'un serveur d'hébergement gratuit de pages web, qui n'impose aucune
condition au moment de la création du compte: prudence!
Attention: le propriétaire de l'ordinateur-serveur qui héberge des pages
n'est pas forcément responsable du contenu de celles-ci (peut-être est-il
responsable devant la loi, mais dans de nombreux cas il n'est pas conscient des pages
hébergées sur son ordinateur-serveur).Par exemple, ne faites pas confiance à
une page sous prétexte qu'elle est hébergée sur le serveur d'une université:
les pages perso des étudiants sont souvent hébergées sur le serveur
de leur fac - mais l'université ne cautionne pas leur contenu.
Un petit truc au passage: ces homepage d'étudiants se signalent souvent par
une "tilde" (le signe "~") dans l'URL, comme dans: [www.univ-rennes1.fr/~cassagne/index.html]
(fictif)
Il faut comprendre que l'édition sur Internet fonctionne selon ses propres
règles.
Pour une publication traditionnelle (hors du "cyberespace"), on distingue
l'auteur, l'éditeur, l'imprimeur et le diffuseur. L'éditeur (directeur
de la publication dans la presse) , qui prend en charge impression et diffusion,
partage avec l'auteur la responsabilité des informations publiées.
La publication sur Internet est très différente: on ne distingue que
le créateur du site web et l'hébergeur. Le créateur du site cumule
les fonctions d'auteur et d'éditeur. L'hébergeur du site, lui, n'endosse
généralement aucune responsabilité: il se contente de fournir de l'espace
mémoire sur son ordinateur-serveur.
+ L'habit ne fait pas le moine
Ne vous fiez pas aux apparences: un site web peut être graphiquement très
abouti et sembler parfaitement sérieux, et n'être pourtant qu'un
leurre. Il n'y a rien d'extraordinaire là-dedans: un document imprimé
sur du papier de qualité, avec des illustrations en couleurs, est apparemment plus
crédible qu'un torchon ronéotypé (si le document en question se veut
être le rapport annuel de l'entreprise... dans le cas d'un tract distribué
par une association alternative, mieux vaut le contraire!).
Il est très simple d'inventer une association bidon et de la doter d'un site
web tout à fait respectable. Voici un exemple fait-maison : le site du Dictionnaire
de Citations Contributif et Virtuel propose de nombreuses fausses citations,
en se réclamant d'une Librairie Interactive des Auteurs parfaitement fictive.
Dans l'absolu, il faudrait même considérer avec précaution les
sites avérés comme les sites d'entreprises ou institutions, car ils peuvent
avoir été piratés. Aucun serveur n'est à l'abri, puisque cette
mésaventure est déjà arrivée à la CIA. Toutefois une telle
situation ne devrait pas berner bien longtemps un journaliste professionnel, habitué
à recouper ses informations: un simple coup de fil aux responsables du
serveur suffirait à lever le moindre doute. Cela dit, pas de paranoïa:
le piratage est extrêmement rare.
En outre, il ne faut pas confondre le piratage et le simple canular, inoffensif,
qui consiste à faire passer un site pour un autre - sans trop se cacher puisque
les plaisantins tiennent à être crédités de leur exploit. En
France, le plus fameux est sans doute le faux site de l'Elysée, dont l'adresse
est [www.elysee.com] au lieu d'être [www.elysee.org].
2ème volet : Fiabilité des données échangées entre individus
(par e-mail , IRC ou dans les newsgroups)
Concernant vos interlocuteurs électroniques, il faut toujours garder à
l'esprit deux aspects: l'identification (garantie de l'identité du correspondant) et
l'authentification (garantie que les données que vous recevez, même si
l'interlocuteur est formellement identifié) n'ont pas été modifiées
dans le transport.
Identification:
Pas d'illusion: les renseignement dont vous disposez sont insuffisants pour garantir
l'identité du correspondant. Il faudrait avoir recours à une signature
électronique infalsifiable. Mais le chiffrement est interdit en France, comme
l'utilisation de logiciels de cryptographie comme PGP (Pretty Good Privacy)
Authentification
Le chiffrement permet également l'authentification, en garantissant l'intégrité
des données reçues. Dommage!... En principe la situation devrait bientôt
évoluer.
Manque de fiabilité relatif des télécommunications
Vous souhaitez réaliser une interview par e-mail. Comment être sûr
que la personne qui vous répond est bien celle qu'elle prétend être?
Mais Internet n'est pour rien là-dedans: vous êtes confronté aux mêmes
problèmes que lorsque vous souhaitez interviewer quelqu'un que vous ne connaissez
pas par téléphone. Faites toujours attention aux impostures: souvenez-vous
de cet animateur de radio canadien qui avait téléphoné à la Reine
d'Angleterre en se faisant passer pour un Premier ministre!
Conclusion
Vous êtes journaliste, non? Eh bien, restez-le! Même (et surtout)
lorsque vous utilisez Internet: ne laissez pas vos qualités d'observation et
de jugement à la porte du cyberespace. Vous en avez besoin pour éviter
les embûches qui se présentent - et simplement utiliser Internet avec discernement.
Surtout, souvenez-vous qu'Internet n'est ni ange ni démon: le réseau
est ce que ses utilisateurs en font - et ce que vous en ferez. Ce n'est pas différent
de la "vraie vie"...
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