PÔLE POSITION : ALAIN JÉGOU
L’ABYME CRITIQUE
On dira d’abord que c’était le plus formidable critique du début des années quatre-vingt-dix. Il avait des fulgurances dans le jugement, du piqué dans l’estimation, de la clarté dans la synthèse, bref le sens affûté de la critique. Parfois, on tutoyait les confins de la clairvoyance et on commençait à y perdre son nord, l’aimantation étant trop forte à d’autres points cardinaux de la rosace mentale. Donc on ne savait plus trop ce que ça voulait dire au juste mais on entrevoyait une signification plus profonde ou subtile qui nous échappait aussitôt qu’on pensait l’avoir saisie. Bref, ça pouvait nous dépasser par rafales, mais l’on avait comme une vision des choses tout à fait étonnante, un aperçu fugace de contrées inédites. Puis il y a quelques années, sorte de ras-le-bol, il a cessé de rendre compte. Saturation, usure, l’impression sous-jacente que ça ne servait pas à grand-chose, que l’on gâche son temps, ses yeux, sa plume. Il a pilé, net. Aujourd’hui, il a un petit peu repris, comme un vice dont on ne peut pas entièrement se défaire. Il appelle cela " la bouquinerie moderne ", où il fait le point sur deux-trois publications où il a une réaction irrépressible à apporter. Il est question qu’il arrête sa revue prochainement, par conséquent il est temps de le saluer. Salut mon Guitou. Guy Ferdinande. Mérite plusieurs étoiles.
" Un igloo dans la dune ". 67 rue de l’église - 59840 Lompret.
Claude Seyve : LEXIQUE (Chez V. Hersault)
C’est le dernier fascicule de ces éditions, de Verso à V. Hersault, en passant par d’autres avatars. Elle est signée de son créateur et animateur Claude Seyve, même si la plaquette a été mise au point par Joseph Beaude. On suit par ordre alphabétique tout un tas de définitions, apophtegmes, aphorismes et pensées absurdes, aberrantes et absconses, avec presque autant de renvois les uns aux autres dans un jeu de pistes labyrinthique. On retrouve l’esprit de Claude Seyve dans les jeux de mots et les clins d’œil. Quelques perles :
CHIEN : Tous les chiens meurent avant leur maître, sauf le dernier.
HÔTE : Moi, j’habite chez moi. Je suis l’hôte de mon hôte, et réciproquement deux fois.
NAUFRAGE : Le premier naufrage du Titanic fut aussi le dernier.
Joseph Beaude : 15; Bld de l’industrie - 01600 Trévoux.
Pierre Rogissard-Seemann : LA PORTE DE BRANDEBOURG (Prix Spécial du Jury Max-Pol Fouchet) (le Dé Bleu)
Ce recueil, pour qui a été inventé un prix spécial, puisqu’il y a était en quelque sorte ex-æquo, est bien sûr poétique mais aussi historique. On a un peu l’impression de traverser le siècle d’Est en Ouest. Un ancrage dans l’atmosphère soviétique, loin du réalisme socialiste et tout près de la guerre et des blindages, dans la fureur et la peur. L’auteur marche à grandes enjambées dans la steppe des mots, la taïga des regards. Débâcle de l’encre. Il franchit les fleuves un à un, tout de ferrailles et d’impétuosité. Il porte toute la Sibérie sous ses épaules comme une pelisse d’aurore boréale. Il libère et fait sauter un par un, tous les camps de concentration de sa mémoire, il brandit un drapeau en loques, impossible de reconnaître quoi que ce soit, il passe en triomphe la porte de Brandebourg, au bout du millénaire. Ce n’est pas un recueil, c‘est le Trans Europe Express. Epopée picaresque du XXième siècle. Il reste dans le sol comme au passage d’une flèche le tracé lacéré d’une plume. (75 F.)
Anne-Marie Soulier : PATIENCE DES PUITS (Editinter)
Anne-Marie Soulier donne son troisième recueil d’une voix nette et identique. Le timbre ne bouge pas. Poésie un soupçon lyrique, avec un zeste de quotidien, " le goutte à goutte des dimanches ". C’est une poésie de la mesure, de l’écriture juste où les sentiments purs ne dépassent. C’est plus difficile à faire qu’à dire, on y perçoit maturité et méticulosité. La patience des puits n’est pas donnée à tout le monde et seul le seau y reconnaît sa soif.
66 F. BP 15. 6, Square Chopin - 91450 Soisy/Seine.
I ROUGE n° 9
:La petite revue rouge de Romans va bien. N° 9 : le " texte créateur ". C’est toujours bien fait. Format agréable, bien illustré. Texte cérateur. C’est presque un pléonasme ou une façon de doubler le sens. Le texte se retourne sur lui-même, montre son envers, son ventre, les coulisses, le pourquoi. Ca se lit en un clin d’œil. Bernadette de Féline, deux auteurs sud-africains : Jacques Alvarez-Péreyre et Rustum Kozain, Jean Villard et la danse africaine, Lise Golomb et ses souvenirs diaristes... La petite revue rouge drômoise va bien.
Cie Gaspard Nocturne : 37, rue de la République 26100 Romans. 4 n° : 170 F. email : gaspard.noc@wanadoo.fr
Lionel Mazari : LE POIDS DU MONDE (Comme ça et Autrement éd. JCB)
Une dizaine de bons poèmes, où - le titre l’annonce - on est dedans, voire dessous. Atlas de poche. Lionel Mazari avertit d’entrée de jeu : Je tiens seulement à vous mettre en garde / contre la caricature / qui martèle nos visages de l’intérieur. Pour les reste, il suffit d’égrener les titres : l’ennui, sur la route, assis devant le ciel (déjà paru dans le n° 97 de Décharge), la mer, cette brûlure... pour sentir peser le monde. Dans les couloirs du vent, le sable danse.
24 F. 19, rue des jardins - 58160 Imphy.
Alain Guillard in Verso n° 96 (page 3 à 13) :
Alain Wexler dans une sorte de présentation, appelée joliment " délire introductif " dit qu’Alain Guillard redonne la vie non par souci de réalisme, mais plutôt d’expressionnisme, une vie par-dessous... Il donne plusieurs portraits de femmes, de la rue Saint-Denis à Pigalle. Elles ont toutes le même désespoir dans le regard et lui une semblable tendresse pour les serrer dans sa poésie. Alain Guillard, dans ces formes un peu disparates, non construites, dans ce désordre formel au-delà du poème indépendant, captive toujours l’œil du lecteur, par une formule, une image, un rythme, une suite phonique... C’est le talent certainement qui le conduit à trouver le " truc ", sans du tout donner l’impression de le chercher le moins du monde.
Alain Wexler : Le Genetay, Lucenay - 69480 Anse. (4 n° : 120 F.)
Comme ça et Autrement
invite Alain Guillard (pages 4 à 25) :L’invité de CC&A, c’est Alain Guillard. Une vingtaine de pages lui est consacrée (sur 76). Que du texte de création. Il y a à la fin des poèmes, et des nouvelles. Et le mélange quoique sensible passe assez bien puisque les poèmes d’Alain Guillard relèvent souvent d’une lignée descriptive et extérieure. Les nouvelles ajoutent personnages et dialogues. On n’a pas non plus là cette qualité d’émotion continue que l’on retrouve ici dans ce regard chargé et cette langue plus libre et travaillée, on est finalement conventionnel même si l’écriture est remarquable dans la quête des sensations comme dans le texte " un adieu " ou l’homosexualité inavouable aux parents. Tous les premiers poèmes concernent le père. Cette phrase résume la situation d’amour filial qui se dénoue lentement : il aura assisté de loin, de plus en plus loin à mon éloignement. Les images sont simples, pures, les notations évidentes, ainsi : " Sommes-nous à Erquy, plage de dragées grises ? "
19, rue des jardins - 58160 Imphy (4 n° : 80 F.)
Collectif : (LANGUEYER) (Dumerchez)
Ce terme sorti d’usage veut dire au départ : agiter la langue. Une quinzaine d’auteurs sont appelées à s’exprimer sur la la langue que l’on écrit, parle, goûte, déguste... Je n’étais peut-être pas d’humeur, mais j‘ai trouvé une majorité de textes pas très intéressants, hors de propos... Je vais faire un worst of, c’est-à-dire dresser la liste des plus mauvais textes de cet ouvrage : Gisèle Bienne, Michel Cerda, Guy Goffette, Hervé Mestron, Dominique Pagnier, Jean Robinet, Cornelia Tafin et Olivier Taffin. C’est çà dire une bonne moitié. Ceux qui restent sont corrects, voire très bons, mais on ne peut pas savoir dans ce genre de livre dans quelle compagnie on sera...
(80 F).PETITE n° 6
:J’avais déjà parlé du n° 4, il a quelque temps. La forme est toujours de qualité, très élégante. On y lit avec plaisir Valérie Rouzeau qui donne des extraits d’un livre à paraître sous peu au dé bleu et dont on parlera davantage à ce moment-là. Des textes bien venus de Christian Garcin et une prose passionnante de Christiane Veschambre. Si je cite trois auteurs sur les huit présents, c’est pour sélectionner un peu mais le tout est de bon niveau.
60 F. 74, rue du Temple - 75003 Paris.
CONTRE-ALLÉES n° 2
:Nouvelle revue de poésie contemporaine. Tous les auteurs sont âgés autour de vingt ans et se mettent sous le patronnage d’un invité majeur (après Venus Khoury-Ghata, c’est Bernard Delvaille pour ce second numéro avec des poèmes simples et touchants, avant Patrice Delbourg!). On pourrait citer l’intégralité de ces jeunes auteurs qui ont fière allure. C’est varié, frais, résolument moderne, sans tourner à l’avant-garde prétentieuse. On pourrait tous les citer. D’ailleurs on va pas se gêner : Emmanuel Flory, Sébastien Fray, Romain Fustier, Stephen Gershwyn, Marie Laroche, Amandine Marembert, Magali Maurel, Aurélien Perret. Une belle équipe dans une revue pleine d’allant, ça redonnerait du punch à pas mal de revuistes... La plate-forme en quatrième de couverture est juste et solide. J’y souscris itou. En un mot, c’est une bonne adresse.
3, rue Saint-Austremoine - 63000 Clermont-Ferrand. (5 n° : 100 F.)
Daniel Biga : ÉLOGES DES JOIES ORDINAIRES (Wigwam)
C’est tout Biga. Il commence par faire l’éloge du culinaire : crabe et vache, puis il passe à la littérature : muse et métaphore, les mots, la poésie contemporaine, en passant par le coiffeur et une copine, il revient à la bouffe avec le restaurant français et termine avec l’homme préhistorique à la fois artiste comme l’homme civilisé et cultivé et puissant comme l’animal sauvage. Ces éloges sont à la fois un dialogue avec sa femme. Et dans ce dialogue vif, passent tout l’humour, la naïveté, la générosité, la simplicité, la truculence, bref toutes les qualités dont peut faire montre le paon Biga.
30 F. Liscorno-Lannebert - Lanvollon 22290.
Maya Mémin : LE RECOURS AUX MOTS
(Wigwam)Maya Mémin, cambodgienne d’origine, donne quelques textes concernant son travail d’artiste. Fonction de la presse à papier, rôle du papier, importance de la feuille d’or... quelques notes très utiles pour toucher à l’essentiel de sa peinture.
MAI HORS SAISON n° 14 :
Dire d’abord que cette revue animée par Guy Benoit existe depuis de nombreuses années et qu’elle parait irrégulièrement, quand ça lui chante, un peu autour de mai éventuellement. On retrouve au sommaire des familiers de la revue, ainsi Alain Roussel, Théo Lesoualc’h et Nanao Sakaki, dont j’avais salué le livre " Casse le miroir " sorti aux mêmes éditions que la revue, esprit à la fois curieux et léger. Mais le nœud du numéro, c’est autour d’un hommage rendu à Benjamin Fondane, gazé à Birkenau en 44, un texte de Patrice Repusseau, fascinant, pour donner un épithète à la hauteur de ma lecture. On navigue entre intériorité, philosophie et mysticisme. Mai hors saison a sa personnalité hors norme.
60 F. Guy Benoit : logement 1122, 1, Place de la Résistance - 93170 Bagnolet.
Ariane Dreyfus : LA DURÉE DES PLANTES (Tarabuste)
Ariane Dreyfus est un poète qui se situe au cœur de la réalité transcendée par l’art. Quatre piliers l’entourent et la protègent : la danse, la musique, le cinéma et la poésie. On pourrait trouver pire comme quatuor de muses ! Mais ce carré magique ne l’empêche pas d’y mêler sexe, enfants ou amis malades comme dans la vie... La clé pour entrer dans son monde, qui est un peu le monde de tout le monde, c’est cette fois l’ouverture végétale : les fleurs, plantes, arbre, gazon, humus... deviennent les lieux de passage du réel au poétique; ils forment cette frontière stable ou fragile entre le regard et l’objet, l’humain et l’indicible : la joie c’est une ruminante. Ariane Dreyfus utilise une langue souple et nouvelle pour passer d’un univers à l’autre, une écriture qui n’hésite pas à se reprendre, à se retourner un instant sur elle-même avant de continuer à révéler le silence qui fore infiniment le temps.
60 F.
Jean Rousselot : D’APRÈS PEINTURE (Rafael de Surtis)
Jean Rousselot réunit tous les poèmes qu’il a écrits à propos de peintres ou de leurs œuvres. On y trouve Van Gogh, Picasso, Munch, Modigliani mais aussi Soulages, Lewige et Roger Toulouse dont " Rue aux drapeaux " est reproduit en couverture. Les textes ayant été écrits à différentes époques, l’ordre alphabétique nous les restitue en dépit de toute chronologie et l’on apprécie la grande diversité d’approches, de styles et de résonances que nous propose Jean Rousselot, qui montre en particulier une certaine prédilection, ou gourmandise pour le mot rare, peu usité auquel ses vers redonnent vigueur.
90 F.
Rétro-Viseur n ° 75 : Dossier Yvon Le Men (page 5 à 18) :
Voilà comment Pierre Dhainault présente Yvon Le Men : " Il n’a jamais séparé l’écriture de la vie ", ; leur conjoncture s’appelle poésie. Voilà en mots simples et directs les choses dites. Mais Yvon Le Men va plus loin en regardant ses poèmes, en se servant d’abord comme d’une arme politique puis comme une donnée incontournable où si l’on veut que la poésie fasse partie intégrante de la vie des gens, il faut se donner corps et âme à sa divulgation, vouer sa vie à rendre sa place indispensable. Jean-Pierre Nicol, qui a conçu le dossier, donne pour clore un bon article historique qui montre l’importance de la voix et au-delà des récents enregistrements sur CD.
la vie éternelle / ne dure qu’avant la mort // qui ne dure pas.
9, rue Denis Papin - 59113 Seclin. 4 n° : 120 F.
Jean-Pierre Nicol : INITIALES DU VOYAGE (L’Arbre)
Ces initiales du voyage sont plutôt un retour aux sources : à la campagne, à l’enfance, aux gestes rustiques et vrais. Au " jour des pluies / plus bas que tuile ", répond " la roue s’enfonce / plus bas que terre ". L’horloge a sa part dans ses pages, montrant en temps réel la durée des choses. Choses passantes, en train de passer, passées. Il y a donc ce côté ancien, voire sans lieu, il s’agit sans doute de la Picardie, mais pas vraiment d’indication. On a simplement conscience d’une vie, en cours, avec des gens qui étendent leur linge ou ramassent les pommes, et tout autour la nature odoriférante et sonore qui souligne le temps qui fuit.
Jacques Josse : UN HABITUÉ DES COURANTS D’AIR (Cadex)
Jacques Josse donne de plus en plus dans un texte médian, fortement empreint de réalité, mais où la poésie se taille la part belle. Ainsi a-t-on affaire à des personnages, le je est proscrit sauf dans l’ultime texte, qu’on peut parfois reconnaître, puisqu’au moins, ceux-là existent, ils sont décrits, on lit leur histoire avec une fin, une chute. Mais une sorte de vent de légende s’en mêle où on ne sait plus trop si l’homme est inventé ou non. Un destin presque fantastique l’emporte. La prose n’est qu’apparente, le style flamboie, avec des phrases longues et balancées, surtout la dernière, ce qui ferait penser à des versets, de par la complexité du rythme et des sonorités. On est en bistrots et ports de pêche, les pêcheurs qui ne reviennent pas, les malheureux qui se pendent, il y a un fort vent de déglingue qui souffle sur les dunes et dans les terres. On est à cheval entre noirceur et ivresse. Peu à peu, sa vie tombe en terrain neutre, marquant une frontière de coton rose entre fœtus et cadavre.
65F.
Christian Bulting : LA JOIE REVERDIT (La Bartavelle)
Plusieurs parties, plusieurs tons, plusieurs styles. Et cette diversité me semble parfaitement donner l’image de la poésie de Christian Bulting. Ce qui surnage comme impression d’ensemble, c’est comme le titre le suggère, un certain goût optimiste de la vie. Malgré plein de choses qui sont épinglées au cours du recueil, la disparition des parents, de l’ami proche dont on parle toujours au présent, la visite des camps de concentration, la guerre en filigrane, il y a en contrepartie la sensualité, l’enfant qui grandit, une certaine ferveur ou foi, la douceur de vivre absolument parfois qui domine. Le poème prend des dimensions opposées, longs ou courts. Si le lyrisme souffle dans les répétitions, on est parfois au bord de la phrase prosaïque débitée en vers. Ce recueil de près de 100 pages donne, je le répète, l’image d’un poète qui veut témoigner positivement à travers une poésie variée et lisible. Regain de liesse.
95 F. 8, rue des Tanneries - 42190 Charlieu.
PLEIN CHANT N° 66 : PRÉSENCE DE GÉRARD DELANGLE
Gérard Delangle est né en 1948 et a disparu brutalement en 1996, causant la stupeur chez ses amis qui témoignent autour de François Mary. Gérad Delangle avavit écrit un recueil de poèmes aux éditions Millas Martin et surtout une œuvre théâtrale avec entre autres titres : Gilles de Rais, monstre ou demi-dieu et Hiélogabale. Il avait écrit des pièces historiques jouées l’été à Salers par exemple, ville où il était libraire. Les témoignages se recoupent, laissant entrevoir une personnalité subtile et secrète; des extraits de ses dramaturgies permettent de se faire une idée plus exacte de cet auteur mort prématurément.
60 F. Bassac, 16120 Chateauneuf/Charente.
Michel Gabet : PERCEPTIBLE SURVOL (Encres Vives. Coll. Lieu)
Avec Michel Gabet, on a un peu l’impression d’être dans un ULM à faire des repérages pour une carte IGN. En clair, on passe de région en région. Bourgogne, Haute-Provence; de ville en ville. Sisteron... Au-delà de ces descriptions verticales, on est sensible au brusque passage d’un paysage à l’autre où l’alinéa passe la vitesse supersonique.
40 F. Michel Cosem. 2, Allée des Allobroges - 31770 Colomiers.
Jean-Louis Bernard : TERRES DE HAUTE VEILLE (id.)
C’est l’Ecosse dans toute sa splendeur qu’évoque ce recueil de J-Louis Bernard. Ecosse des brumes, des landes, des montagnes, l’auteur nous dresse une topologie où chaque lieu impose sa poésie propre. Ecriture de haute tenue où les légendes croisent les espaces jamais foulés. On aborde la mer et les îles rocheuses dans une sorte de virginité sauvage. dire la nuit qui s’enroule une ultime fois au long des cuisses crémeuses de l’aube.
(40 F.)Slaheddine Haddad : POÈMES
Slaheddine reprend les différents recueils qu’il a publiés en France et en fait un volume auto-édité en Tunisie, appelé sobrement Poèmes. On relit successivement son Polder : les nuits cochères, publié en 97 et Sudistes la même année chez Baiser Moutarde, puis en 98 Lucioles à l’Impertinente, Les soutes à langage chez JCB Comme ça et Autrement, enfin sa participation à Parterre Verbal intitulé Soleil Verbal. A le relire en continu, on se réjouit d’une telle cohérence de style, de ton d’un bout à l’autre. Les premiers recueils parlent davantage du passé, de l’enfance, des parents, de la société tunisienne, de la colonisation française, Sudistes fait une incursion plus impressionniste dans le désert tunisien où la poésie de Slaheddine entre particulièrement en phase. Les derniers morceaux sont plutôt écrit au présent et montrent une évolution vers l’intériorité. D’un côté la constante d’une écriture solide et expérimentée, de l’autre la diversité des thèmes et des attitudes. Slahddine Haddad avait donné l’an dernier une conférence à Nevers sur la poésie tunisienne ; il y avait parmi les spectateurs Jean-Christophe Belleveaux, Christian Degoutte, Jean-Michel Bongiraud et moi-même, ses différents éditeurs tout heureux de découvrir celui qui représente à juste titre le poète tunisien par excellence. Cet ensemble confirme à la revoyure notre opinion.
Jeannine Beaude : INCARNAT DÉSIR (Rougerie)
L’impression très forte que l’on tire de la lecture de ce recueil, c’est, qu’elle parle des éléments naturels ou des rapports humains, l’extrême sensualité dont fait montre Jeannine Beaude. Vers courts, poèmes brefs, le mot dans son énergie dense atteint sa cible. Ainsi : l’heure nue / de ton plaisir ou encore l’homme oiseau / la femme fleur / ne font qu’un.
72 F.
Gérard Cléry : DES SCIURES DE L’ÎLE (Ed. Chantepleure)
Recueil original puisqu’il complète un cahier photographique qui illustre ces propos de ce journal de l’île en Espagne. Les mots parlent de pêche, de port, de femmes, de marins et d’êtres qui vivent en dehors du temps, parfois frustes, parfois chaleureux. Les mots sont sentis, ressentis et donnent davantage de force aux paysages élus. Le poème daté tend à rivaliser avec l’émotion fixe de la photo. L’image arrive au bout du vers comme une surprise encore : " avare comme un couteau fermé ".
LE FRAM n° 1 :
Je n’en parle que maintenant parce que j’ai reçu cette nouvelle revue un peu tard alors que je connais assez bien, l’un des cinq animateurs. Dire d’abord que la revue présente bien. Qu’il y a un dessin de Robert Varlez en couverture et que c’est Slaheddine Haddad invité par Denys-Louis Colaux qui me permet de faire cette transition dans mes notes, le principal invité, celui de Serge Delaive est Frédéric-Yves Jeannet qui redonne un texte publié en 84 à l’Atelier de l’Agneau (de Robert Varlez et Françoise Favretto), textes superbes et troublants, plus un extrait d’inédit où je reconnais nommément des personnages vivants de l’époque. Carino Bucciralli invite Anne-Lou Steininger qui donne des textes entrecoupés de poèmes courts. Karel Logist quant à lui invite entre autres Pascal Leclercq et Vincent Smekens, enfin le cinquième animateur Carl Norac convie un auteur roumain : Constantin Abaluta. On voit le principe : chacun des 5 participants publie un auteur de son choix. La tenue d’ensemble des textes est des plus correcte et le ton général est plutôt dégagé , proche d’un humour décalé, par ailleurs une vraie poésie emporte les textes. Le n° 2 ne va sans doute pas tarder. J’espère être servi à l’heure !
54, rue des Fusillés - 4020 Liège (Belgique) Abonnement : 4 n° + 1 hors série : 1000 FB ou 25 Euros.
Chantal Couliou : LES PETITES BLESSURES DE LA NUIT (Cahiers Froissart)
Un recueil tout simple. Avec des poèmes qui s’enfilent comme des nuits blanches. On compte les insomnies plutôt que les moutons. On déplie son angoisse qui atteint par capillarité les quatre coins de la maison. On rassure les enfants pour mieux se faire peur toute seule en face du trou noir et insondable du silence ambiant alors qu’on est tout bruissant et bruyant dedans. On s’égratigne à la nuit comme sur un rosier d’obscurité.
Maison des Associations : 159, rue du Quesnoy - 59300 Valenciennes.