Liège - La naissance de la principauté

   
   
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Les Xe et XIe siècles: La principauté naît et grandit

« Liège, tu dois Notger au Christ et le reste à Notger »

Statue de Notger
  Statue de Notger en bois (église
Saint-Jean-l'Evangéliste
).

Depuis le partage de l’empire de Charlemagne entre ses descendants, le diocèse de Liège s’inscrit dans le royaume de Lotharingie, l’ancien royaume du petit-fils de Charlemagne Lothaire II (855-869). En 925, le roi de Germanie Henri l’Oiseleur (919-936) conquiert cette même Lotharingie.
Son fils Otton Ier (936-973, déclaré empereur en 962) attache pour des siècles le diocèse au premier Reich. Un système, appelé Système de l’Eglise Impériale, va alors se mettre en place ; l’empereur donne aux Eglises épiscopales de grands domaines fonciers, des abbayes et des droits régaliens en échange de leur fidélité. C’est lui qui désigne qui mettre à la tête des diocèses. Les évêques reçoivent de sa part la crosse et l’anneau, signe d’investiture de leur fonction et des revenus qui lui sont attribués.
En 953, il choisit pour évêque de Liège un théologien wallon Rathier (953-956) puis le Saxon Eracle (959-971).

Statue de Notger, dans le quartier d'Amercoeur
  Statue de Notger (quartier d'
Amercoeur).

Or un certain Notger (972-1008) né à Souabe en Bavière, entre dans le monastère de Saint-Gal où il est remarqué par l’empereur Othon Ier. Devenant un conseiller fort apprécié de l’empereur, Notger succède à l’évêque de Liège, Eracle (959-971), en 972. Le successeur de l’empereur, Othon II (co-empereur depuis 967, empereur jusque 991) apprécie autant que son père, les conseils avertis de Notger à tel point que le 6 janvier 980, il proclame l’indépendance de la principauté de Liège demandée par son conseiller.

Mais Notger eut aussi à lutter contre les propriétaires qui ne reconnurent pas son autorité. Ainsi en 987 eut lieu la destruction du château de Chèvremont (à 8km de Liège) après un siège en règle. Il servait autrefois de refuge aux Liégeois en cas d’attaque mais était à présent utilisé comme résidence par un vassal rebelle de la régente Théophano (983-991), veuve d’Othon II.

La légende populaire dit que ce rebelle était un roi brigand qui narguait, accompagné de ses troupes, Notger aux portes de la cité. La femme du roi eut un fils et étant de sang royal, il fallait qu’il soit baptisé par un évêque. Notger fut sollicité par une dépêche. Alors voulant prendre le château, il se serait, lui et ses vassaux, revêtu d’habits de clercs à l’occasion du baptême pour s’introduire dans la place forte. Une fois entre les murs du château, l’évêque et ses compagnons dégainèrent leurs armes, cachées jusqu’alors. Grâce à ce stratagème, ils prirent aisément le château bien qu’à coups d’épées. On raconte que le seigneur félon serait tombé d’une falaise bordant le château et que sa femme se serait tuée avec son bébé en sautant dans le puits de la place forte.

Cette légende dépeint le premier prince-évêque comme une personne audacieuse et habile d’autant plus que le château avait déjà subi des sièges infructueux en 922, 939 et 960. De même, une autre histoire confirme ces qualités ; Un villageois voulait bâtir une maison fortifiée sur l’éperon de Publémont, en plein centre de la ville, portant préjudice à la sécurité de celle-ci. Notger voulant éviter un conflit, fit savoir à ce villageois qu’une église allait y être bâtie. La religion étant fort respectée à l’époque, le villageois se ravisa bien de bâtir sa maison à la place de celle de Dieu. Cette bâtisse porte encore aujourd’hui le nom de collégiale Sainte Croix.

Clocher de l'eglise Saint-Denis
  Eglise Saint-Denis initialement construite
sous le règne de Notger.

Pour la ville devenue capitale, Notger a également tout planifié. Un véritable plan urbain est mis en place. Des fortifications pour remplacer le château de Chèvremont, l'église St-Jean l’évangéliste, l'église Saint-Denis, le drainage de la Sauvenière …rien n’est laissé au hasard.

notger
  Notger répandant l'érudition (façade du Palais des
Princes-Eveques
).

Et ce n’est pourtant pas tout. Dans le milieu scolaire, il révolutionne l’éducation qu’il instaure comme gratuite et désormais plus uniquement réservée aux futurs clercs. Ainsi le trivium (grammaire, éloquence et raisonnement) ainsi que quadrivium (arithmétique, géométrie, astronomie et musique) sont donnés en latin. Témoin du rayonnement scolaire de cette époque, « l’Athènes du Nord » était le surnom donné à la ville.

La principauté étant de type ecclésiastique, elle s’agrandit au fur et à mesure de legs ou d’achats et non de conquête ce qui explique son profil géographique déchiqueté. Notger agrandit considérablement le territoire de la principauté : Visé en 983, Dinant en 985, Tirlemont en 987, Saint-Hubert et Ciney en 1006….

Avec autant de services rendus au Pays de Liège, le regretté premier prince-évêque de Liège eut droit à cinq jours de funérailles après sa mort, le 10 avril 1008.

Quel successeur au légendaire bienfaiteur ?

C’est un aristocrate du pays ayant été chapelain d’Otton III (982-1002) et d’Henri II (1002-1024), (successeurs chronologique de l’empereur Otton II), qui monte sur le siège épiscopal. Ce Baldéric II (1008-1018) commence plutôt bien son règne puisque la même année il obtient d’Henri II le village de Jupille ainsi que des terres près de Huy. Cependant, le fait de fortifier en 1012, le village d’Hoegaarden est à l’origine de la défaite des forces liégeoises face à celles de Lambert, comte de Louvain (988-1015) et de Bruxelles (994-1015), le 10 octobre 1013 (perte d’Hoegaarden et de Gembloux à la clé).

Ca n’arrête pas notre prince-évêque qui obtient en 1014 le marquisat de Franchimont et remise de sa défaite, la principauté attend sa revanche. Elle n’aura pourtant pas lieu le 12 avril 1015 durant la bataille de Florennes où Lambert de Louvain ainsi que le comte de Namur Robert II de Lomme écrasent le duc de Basse Lotharingie et son allié Baldéric II.

Notons que l’expansion liégeoise continue tout de même avec en 1040 l’acquisition du comté de Hesbaye sous le prince-évêque Nithard (1037-1042).
De plus, en 1095 le prince-évêque Otbert (1091-1119) achète la forteresse de Bouillon à un prix plus que démesuré ainsi que les terres de Couvin. Il doit même ordonner de vider de toute richesse les églises de son diocèse afin de s’acquitter de cet achat de taille. A l’époque, peut-être a-t-on pu justifier la dépense en vantant la cause juste de l’achat : La somme dépensée allait effectivement servir à financer la première croisade du duc de Lotharingie, Godefroid de Bouillon, et du comte de Hainaut.

Outre les propres terres de la principauté, les vassaux du prince-évêque constituent une force non négligeable en cas de besoin. De 1071 à 1408, le plus important d’entre-deux sera le comte de Hainaut. En 1196, le comte de Namur prête allégeance au comte de Hainaut. De par ce fait, c’est un ensemble politique wallon sous forme féodal qui s’esquisse mais qui ne pourra perdurer faute de cohésion.

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