Ô amis qui habitez la grande cité du blond Akragas,
perchés du haut de votre citadelle, habiles aux nobles travaux,
asiles ignorants des lâchetés, réjouissez-vous !
Je vais et viens parmi vous non plus en mortel mais en divinité immortelle, craint de tous, comme il convient, la tête ceinte de bandelettes et de couronnes de fleurs.
Au moment même ou j'entre dans les cités florissantes, je suis vénéré par les hommes et les femmes ; les uns me suivent par milliers en me demandant où est le sentier de la richesse, les autres , ayant fait appel aux arts divinatoires, opprimés par de pénibles douleurs,recherchent l'acuité d'un oracle, quant à leurs divers maux.
Mais pourquoi m'arrêté-je à ceci comme si je menais quelque grande affaire, si je surpasse ces êtres mortels qui courent mille dangers ?
Ô amis, je sais ce à cause de quoi la vérité côtoie mes discours, ceux que je m'apprête à énoncer : terrible et pénible naît-elle pour les hommes et jalouse est l'ardeur de leur croyance dans leur coeur (1).
1. Je traduis ici pistios par croyance au sens où l'entend Platon dans la République. C'est à dire qu'elle s'oppose à la vérité issue de la pensée intuitive ou nohsis. Ce que signifie Empédocle, ici, est que les hommes ont tant leurs croyances attachées au corps qu'ils se refusent à aller vers la vérité. Empédocle personnifie la croyance pour en faire une entité possessive qui ne souffre pas de partager son amant, a fortiori avec son ennemie, la vérité.Il me semble qu'il y a une correspondance de vocabulaire sinon de pensée entre les deux philosophes.Les hommes attachés aux ombres dans l'allégorie de la caverne (République) ne se comportent pas autrement.
traduction : Robin DELISLE copyright 1er mars 1999
Il me reste ô voyageur, toi qui connais désormais le sage Empédocle, à te présenter ses théories et à en faire un sujet de conversation entre toi et moi si tu le désires. En toutes choses il faut commencer par l'origine, Empédocle ne m'aurait pas dédit.
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