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Les débuts de la guerre de guérilla dans les Andes
En mai 1808, la couronne dEspagne passait à Napoléon Bonaparte qui la confiait à son frère Joseph. Suivant lexemple de Madrid, les principales cités dEspagne se soulevaient alors contre larmée française et désignaient des juntes de gouvernement. La péninsule se divise alors en de multiples centres politiques dont chacun affirme sa légitimité. Légitimité issue dune idée nouvelle, forgée aux États-Unis et en France, celle de la souveraineté du Peuple.En Amérique, les sujets du roi dEspagne soutenaient dans leur grande majorité la résistance métropolitaine, mais ils refusaient que leurs provinces fussent considérées comme des colonies dépendant dautorités incertaines et souvent déconsidérées. Leurs patriciats envisagèrent alors de créer des juntes autonomes sur le modèle de celles qui venaient dapparaître en Espagne. Dès 1809, certains de ces projets aboutirent dans le Haut-Pérou (lactuelle Bolivie qu'on nommait aussi l'audience de Charcas), à Chuquisaca et à La Paz, ainsi que dans le reino de Quito. Mais au bout de quelques mois, ces tentatives furent écrasées par les forces royalistes.
Pendant ce temps, la cité de Buenos Aires, après avoir repoussé seule deux invasions britanniques en 1806 et en 1807, devient indépendante de fait en mai 1810. Elle entreprend aussitôt détendre sa révolution et son autorité en direction des provinces de lintérieur, et notamment vers le Haut-Pérou dont les mines de Potosí représentent la principale source dargent d'Amérique du Sud.
Un premier corps expéditionnaire argentin se dirige vers ces hautes terres, sous la direction du brigadier Máximo Balcarce flanqué du théoricien Juan José Castelli. Cette campagne changera bien des pratiques : une presse d'imprimerie faisant partie des bagages de larmée, laction idéologique comptera désormais autant que les combats ; et les corps réguliers sappuieront sur des troupes locales chargées de mener la petite guerre, cest-à-dire dassurer le ravitaillement et les services de renseignement. La guerre de guérilla n'existe pas encore, mais ces milices du Haut-Pérou en forment les premiers noyaux.
Vaincus une première fois en juin 1811, les révolutionnaires refluent en désordre dans le nord de lArgentine, à Tucumán et à Salta, où les rescapés des forces locales du Haut-Pérou vont acquérir une formation militaire. Certains sont issus de familles notables cest le cas de José Miguel Lanza, promis à un bel avenir , mais la plupart sont métis et Indiens, ce que ne manque pas de souligner leur principal adversaire, le vice-roi du Pérou Abascal.
Dans le même temps, quelques hommes que leurs fonctions rendaient proches des sociétés indiennes tels le Protecteur des Indigènes Escudero ou le greffier du cabildo de La Paz, Cáceres ont pris la tête de forces indiennes et livrent de premiers combats, seuls contre les royalistes.
En 1813, puis en 1815, Buenos Aires dirige de nouvelles expéditions vers le Potosí, ses auxiliaires locaux reprenant du service avec de plus en plus dautonomie. José Buenaventura Zárate, fils du marquis de Montemira, qui en avait été désigné commandant par les Argentins, se voit donc rapidement supplanté par des caudillos métis ou indiens.
En 1815, une dernière défaite entraîne une changement de stratégie de la part de Buenos Aires dont larmée, confiée au général San Martin, aura désormais pour objectif de semparer du Chili afin de conquérir le Pérou par la voie maritime.
Les petites bandes des Vallées, qui non pas encore conscience dêtre livrées à elles-mêmes, inventent dès lors, sans le savoir, la guerre de guérilla dans les Andes.
© 1998-2002 - Marie-Danielle Demélas