(put title here)
LA PARABOLE DES DEUX
FILS
Mais que vous en semble? Un homme avait deux
enfants; et venant au premier, il dit: Mon enfant, va aujourd'hui travailler
dans ma vigne. Et lui, répondant, dit: "Je ne veux pas"; mais après, ayant du
remords, il y alla. Et venant au second, il dit la même chose. Et lui,
répondant, dit: "Moi, j'y vais, Seigneur"; et il n'y alla pas. Lequel des deux
fit la volonté du père? Ils lui disent: Le premier. Jésus leur dit: En vérité,
je vous dis que les publicains et les prostituées vous devancent dans le royaume
de Dieu. Car Jean est venu à vous dans la voie de la justice, et vous ne l'avez
pas cru; mais les publicains et les prostituées l'ont cru; et vous, l'ayant vu,
vous n'en avez pas eu de remords ensuite pour le croire. (Matthieu
21:28-32)
"MON ENFANT, VA
TRAVAILLER."
Le Seigneur, dans cette parabole, nous
montre, sous une forme simple et frappante, la disposition naturelle du coeur de
l'homme à l'égard de la volonté de Dieu, quelque différente que puisse être
d'ailleurs la manière dont cette disposition s'exprime. Dans sa sagesse divine,
qui met la vérité à la portée de tous, il réduit tout à l'expression la plus
simple: ce sont deux enfants - relation choisie pour montrer mieux la
responsabilité et la culpabilité, - deux enfants représentant les deux grandes
classes de personnes avec lesquelles Jésus fut constamment en rapport pendant sa
vie sur la terre, et que nous retrouvons encore maintenant: les uns disant plus
ou moins ouvertement quant à ce que Dieu demande: "Je ne veux pas!" les autres
ayant l'air de se soumettre, mais en réalité n'obéissant pas
davantage.
Remarquons, avant tout, que pour les deux enfants, comme pour tous
ceux qu'ils représentent, il y a une même autorité légitime, une même loi, une
même responsabilité: "Il y a, nous dit l'apôtre Paul, un seul Dieu et Père de
tous; qui est au-dessus de tout, et qui est partout" (Ephésiens 4:6). Voilà
l'autorité: celle du Dieu créateur sur sa créature. Comme tel, il revendique
avec justice l'obéissance de notre part. "Si je suis Père, où est l'honneur qui
m'appartient; et si je suis Seigneur, où est la crainte qu'on a de moi?"
(Malachie 1:6) Nul ne peut se soustraire à cette relation, au droit
imprescriptible que Dieu a sur lui, sans se placer sous le coup de la plus
terrible responsabilité. "Dieu rendra à chacun selon ses oeuvres, est-il écrit;
à ceux qui en persévérant dans les bonnes oeuvres, cherchent la gloire,
l'honneur et l'incorruptibilité - la vie éternelle; mais à ceux qui sont
contentieux et qui désobéissent à la vérité et obéissent à l'iniquité, - la
colère et l'indignation" (Romains 2:6-8).
Si l'autorité est incontestable et
ne peut être niée que par "l'insensé", qui, dans l'orgueil de son "coeur
destitué d'intelligence et rempli de ténèbres", dit: "Il n'y a point de Dieu"
(Romains 1:21; Psaume 53:1), l'ordre donné est des plus positifs, des plus
clairs, et embrasse tout dans son admirable netteté. "Mon enfant," c'est-à-dire
tu m'appartiens, j'ai tout droit sur toi, tu me dois tout; je demande avec
justice de toi, l'amour et l'obéissance. "Va-t-en travailler aujourd'hui à ma
vigne." Ce n'est pas seulement "va travailler." Dieu ne dit pas à l'homme: Je
t'ai donné la vie, des facultés, du temps, des biens; maintenant, uses-en comme
tu l'entends, pour ton plaisir, tes affaires, ton avancement dans ce monde ou
même pour les choses religieuses. Non, une telle indépendance n'est pas laissée
à l'homme, et ne peut lui être laissée par le Dieu Souverain et sage. Ce serait,
à l'égard de sa créature, une indifférence que ne montrerait pas un père parmi
les hommes pour son enfant; - ce serait contraire au caractère de Dieu qui a
dit: "L'Eternel a tout fait pour Lui-même" (Proverbes 16:4); du Dieu qui "ne
donne pas sa gloire à un autre" (Esaïe 42:8); qui "regarde des cieux et qui voit
tous les enfants des hommes; qui prend garde du lieu de sa résidence à tous les
habitants de la terre; qui forme également leur coeur, et qui prend garde à
toutes leurs actions" (Psaume 33:13-15). Aussi est-il dit: "Va-t-en travailler
à ma vigne." D'une part Dieu demande l'activité; mais, d'une autre, il
veut selon son droit, qu'elle s'exerce dans le renoncement à la propre volonté
et la soumission à la sienne. "Si je suis Père, où est l'honneur qui
m'appartient?" "Les anges, - plus grands" que l'homme "en force et en puissance"
(2 Pierre 2:11), "les anges puissants en vertu, - font son commandement en
obéissant à la voix de sa parole" (Psaume 103:20). Combien plus l'homme ne
doit-il pas "craindre Dieu et garder ses commandements!" (Ecclésiaste 12:15) De
plus, l'ordre donné doit être exécuté "aujourd'hui", sans délai, et à chacun de
ces moments qui s'appellent "aujourd'hui", car le retard implique la propre
volonté, et, par conséquent, la désobéissance.
Voilà l'étendue du droit de
Dieu sur nous; telle qu'aucun de nos moments, aucune de nos pensées, aucun
mouvement de notre coeur, aucune de nos actions, n'est à nous, n'est laissée en
aucun temps à notre libre disposition, mais Lui appartient. Ce que Dieu propose
à l'homme comme objet d'obéissance peut différer suivant les temps et ce que
Dieu détermine dans sa sagesse, mais le principe de l'entière dépendance de
l'homme et du droit absolu et constant de Dieu, ce principe est de tous les
temps et de tous les lieux.
Maintenant, devant ces justes exigences de Dieu,
quelle est la conduite de l'homme? Et, en particulier (car, en définitive, c'est
ce qui seul importe pour vous en ce moment), quelle a été, quelle est la vôtre,
mon cher lecteur?
Celui qui est la vérité, le Seigneur Jésus, nous montre
sans voile ce qui en est, dans la manière d'agir des deux enfants. L'un dit: "Je
ne veux pas" et l'autre dit: "Moi, j'y vais, Seigneur, mais n'y alla pas." Ils
n'obéirent pas plus l'un que l'autre. La disposition première, le fond du coeur
est le même chez tous deux, c'est la propre volonté, la rébellion contre une
juste autorité. Eh bien, voilà l'image vraie du coeur naturel de l'homme, du
vôtre comme du mien, cher lecteur. "Mais, direz-vous, ce sont les publicains et
les prostituées que Jésus représente par le premier enfant; ce sont le
pharisiens qu'il a en vue dans le second." C'est vrai, mais l'homme, pour être
recouvert d'un vernis différent, a-t-il changé depuis ce temps? Nous réservons à
plus tard l'examen de cette question.
"JE NE VEUX
PAS."
Nous ne pouvons nier qu'il n'y ait aujourd'hui, de
même qu'au temps où le Seigneur Jésus prêchait dans le pays d'Israel, des hommes
qui méconnaissent les droits de Dieu sur eux - des hommes qui disent ouvertement
comme autrfois Pharaon à Moïse: "Qui est l'Eternel, pour que j'obéisse à sa
voix?" (Exode 5:2) "Ils ont dit au Dieu fort: Retire-toi de nous, car nous ne
voulons point connaître tes voies. Qui est le Tout-Puissant, que nous le
servions?" (Job 21:14,15)
Seriez-vous de ce nombre, vous qui lisez ces
lignes? Eh bien, cette parole qui vient du Dieu que vous ne voulez pas
reconnaître, donne la clé de votre incrédulité. C'est pour échapper à
l'obligation d'obéir que "l'insensé dit dans son coeur: Il n'ya a point de Dieu"
(Psaume 14:1). Le Dieu juste, qui sonde les coeurs et les reins (Psaume 7:9),
est un témoin importun dont vous aimeriez vous débarrasser. Vous voyez
qu'admettre son existence, c'est reconnaître son droit souverain; or vous ne
voulez point obéir, et vous dites: "Il n'y a point de Dieu"; de Dieu vivant et
personnel, entendons-nous bien. C'est une autorité dont vous secouez le joug;
mais dans le fond intime de votre être, vous ne pouvez vous empêcher d'avouer
son existence, que tout en vous et hors de vous proclame. Voyez avec quelle
netteté cette même parole de Dieu vous montre à vous-même, comme dans un miroir,
ce que vous êtes. "La lumière luit dans les ténèbres." "Sa puissance éternelle
et sa divinité se discernent par le moyen de l'intelligence, par les choses qui
sont faites, de manière à les rendre inexcusables" (Jean 1:5; Rom. 1:20). "Mais
les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière." Pourquoi? "Parce que
leurs oeuvres étaient mauvaises; car quiconque fait des choses mauvaises haît la
lumière et ne vient pas à la lumière, de peur que ses oeuvres ne soient
reprises" (Jean 3:19-20). Mais fermer les yeux à la lumière, puis nier qu'elle
existe, n'empêche pas un seul de ses rayons de resplendir, et qu'elle sera
terrible, ô mon lecteur, votre confusion quand, dans l'éclat de cette lumière où
il faudra bien que vous veniez, "Dieu jugera les secrets des hommes!" (Romains
2:16)
Mais le plus grand nombre ne va pas jusqu'à nier ainsi l'existence de
Dieu pour se soustraire à son autorité. Si vous les questionnez, ils vous
diront: "Certainement, je crois en Dieu", et ils seront peut-être blessés de ce
que vous ayez l'air de le mettre en doute. Seulement on semble dire, sinon en
paroles, au moins par le fait: "Qu'est-ce que le Dieu fort connaît? Jugera-t-il
au travers des nuées obscures? Les nuées nous cachent à ses yeux et il ne voit
rien; il se promène sur le tour des cieux" (Job 22:13,14). Il en résulte que,
mis à l'aise par cette autre séduction du coeur, on ne s'inquiète pas beaucoup
de Dieu, et l'on ne se soucie guère de son autorité et de ses droits. S'occuper
de ses affaires, de ses études, de son travail, de ses plaisirs; gagner sa vie;
amasser fortune, honneur et influence; voilà à quoi s'emploient l'activité, les
facultés, le temps; à quoi se consume la vie. Mais est-ce là ce que Dieu veut et
comme Il le veut, c'est ce que l'on ne se demande pas. Dieu est loin du coeur et
des pensées. Est-ce là votre cas, mon cher lecteur? Entraîné que vous êtes par
le tourbillon des occupations, des affaires ou des plaisirs, ne dites-vous pas,
au fond de votre coeur et par toute votre conduite, que vous ne vous souciez pas
de la volonté de Dieu! Que vous avez bien autre chose à faire? N'est-ce pas là
le plus terrible mépris de Dieu et de ses droits? Celui qui nie Dieu a du moins
le sentiment que, s'il existe, il faut lui obéir; mais vous, vous reconnaissez
l'existence d'un Dieu souverain et vous ne vous inquiétez pas de ce qu'il
commande. Ecoutez sa parole: "Marche comme ton coeur te mène et selon le regard
de tes yeux; mais sache que pour toutes ces choses Dieu t'amènera en jugement."
Oui, "Dieu amènera toute oeuvre en jugement, touchant tout ce qui est caché,
soit bien, soit mal" (Ecclésiaste 12:1,16). "Et que diras-tu quand il te
punira?" (Jérémie 12:21).
Il en est d'autres encore qui viennent se ranger
parmi ceux qui disent: "Je ne veux pas"; qui semblent même le faire plus
ouvertement. Tous ne vont cependant pas non plus jusqu'à nier que Dieu existe,
pour suivre leur volonté; mais emportés par la fougue de leurs passions, ils se
précipitent dans tout ce qui leur semble pouvoir les assouvir. Ils secouent tout
frein, souvent même celui de l'opinion humaine, et se livrent avec une ardeur
insatiable aux convoitises de leur coeur. Ah! Si ces lignes tombent sous les
yeux de l'un de ces pécheurs qui, s'il leur vient une pensée de Dieu,
s'empressent de la repousser en s'étourdissant encore plus dans leur train de
vanité, ou qui, sans raisonnement, sans chercher même d'excuse, se plongent tout
entiers dans la satisfaction de leur chair et de leurs pensées, si ces lignes,
dis-je, tombent sous les yeux d'un seul, est-il besoin de lui dire: Tu es de
ceux qui disent à Dieu: "Je ne veux pas"? Arrêtez-vous donc un moment, pauvre
pécheur, qui courez tête baissée vers la perdition et réfléchissez à ce qu'il y
a de terrible à tomber entre les mains du Dieu vivant, après avoir passé sa vie
à dire: "Je ne veux pas connaître tes voies."
"MOI,
J'Y VAIS, SEIGNEUR."
Considérons maintenant l'autre cas
que présente notre parabole. Supposons que nous ayons été présents quand la
scène se passa entre le père et ses enfants. En voyant le second fils dire à son
père: Moi, j'y vais, Seigneur; n'aurions-nous pas admiré son respect et son
empressement à obéir? En effet, il reconnaît pleinement le droit de son père, il
prétend s'y soumettre; combien donc sera grande sa culpabilité, s'il ne le fait
pas! C'est, hélas! Ce qui arrive: "Il n'y alla pas."
Ils sont nombreux ceux
qui agissent ainsi. Un exemple des plus frappants nous en est donné dans ces
principaux sacrificateurs et ces anciens du peuple que Jésus avait en vue dans
cette parabole et qu'Il oblige à prononcer leur propre jugement. Quels gens plus
respectables et plus soumis en apparence à ce que Dieu commande! Ils connaissent
la loi que Dieu a donnée par Moïse; ils offrent des sacrifices et ne manquent
pas une des fêtes religieuses établies, ils portent à leurs robes de larges
phylactères, ils vivent séparés des publicains et des gens de mauvaise vie, ils
jeûnent et payent soigneusement les dîmes, même des moindres herbes; ils mettent
dans le tronc de larges offrandes; que peut-on leur demander de plus? C'est
justement ainsi que prétendant obéir et s'inclinant avec un feint respect devant
Dieu, ils ne suivent en réalité que leur propre volonté. Comment cela? C'est
qu'en accomplissant toutes ces oeuvres, ce n'est pas Dieu qu'ils ont en vue,
mais eux-mêmes. "Ils font toutes leurs oeuvres pour être vus des hommes"
(Matthieu 23:5); et à cause de ces oeuvres faites ainsi pour eux-mêmes, pour
l'honneur qui en rejaillit sur eux, ils ont la prétention d'être justes et
tiennent pour rien le reste des hommes (Luc 18:9). Et quand Dieu leur envoie son
Fils bien-aimé Lui-même, ils ne veulent point venir à Lui (Jean 5:40).
Ils veulent conserver leurs honneurs et leur autorité. "Voilà l'héritier,
disent-ils, venez, tuons-le, et possédons son héritage" (Matthieu 21:38). En
effet, pour le recevoir, il fallait s'humilier, renoncer à soi-même et à ses
prétentions, charger sa croix. C'est trop pour leur orgueil.
Combien il en
est de nos jours qui leur ressemblent! Comment! Dites-vous peut-être, mais ceux
dont vous venez de parler étaient ces "scribes et pharisiens hypocrites", plus
vils et plus coupables que les publicains et prostituées qu'ils méprisaient. Je
le veux bien; mais "le More changera-t-il sa peau et le léopard ses taches?"
(Jérémie 12:23) Le coeur de l'homme s'est-il amélioré depuis le temps du
Seigneur?
Vous êtes, je l'avoue, très honorable selon le monde, et respecté
de tous ceux qui vous entourent; non-seulement vous ne faites tort à personne,
mais vous avez de la bienveillance; vous vous occupez d'oeuvres philanthropiques
et religieuses auxquelles vous prêtez votre concours et que vous soutenez de vos
dons; vous gardez toutes les convenances sociales, et, plus encore, vous avez de
la religion; vous respectez tout ce qui y touche, vous en observez les formes et
la défendez au besoin; vous lisez et connaissez la Bible; peut-être priez-vous
régulièrement en particulier et avec votre famille. C'est très bien; mais, avec
tout cela, vous êtes peut-être du nombre de ceux qui disent: "Moi, j'y vais,
Seigneur", et qui n'y vont point. En tout cas, vous avez d'autant plus besoin
d'y prendre garde. Ah! S'il s'agit d'incrédules avérés, de gens qui,
ouvertement, ne se soucient pas de Dieu ou de pécheurs scandaleux, on voit tout
de suite qu'ils ont dit: "Je ne veux pas". On peut leur montrer hardiment ce
qu'ils sont et les avertir que s'ils ne se convertissent pas, ils iront en
enfer. Mais comment vous adresser, à vous de semblables paroles? Eh bien, je le
répète, c'est pour vous que l'illusion est des plus faciles, et par cela même
des plus dangereuses et des plus terribles. Votre honnêteté, votre religion,
votre sincérité même, peut voiler à vos yeux la plus fatale opposition à la
volonté de Dieu.
Voyez Saul de Tarse. Fut-il jamais un caractère de jeune
homme plus droit, plus sincère, plus dévoué à ce qu'il croyait bon, plus
respectable et plus religieux? Qui ne l'admirait parmi le peuple quand, laissant
de côté les distractions et les plaisirs de la jeunesse, plein de zèle pour
Dieu, semble-t-il, il allait à Damas pour réduire au silence, comme il l'avait
déjà fait à Jérusalem, ces misérables sectaires qui voulaient, disait-on,
renverser le temple et détruire la loi de Moïse. Il disait, certes: "J'y vais,
Seigneur", et il croyait, en effet, obéir, tandis qu'en réalité, il était un
blasphémateur, un ennemi de Dieu.
C'est qu'il ne faut juger ni par le dehors,
ni par les dispositions naturelles, ni par les habitudes religieuses
traditionnelles. "Ce ne sont pas tous ceux qui disent: Seigneur, Seigneur, qui
entreront dans le royaume des cieux, mais celui qui fait la volonté de mon Père
qui est dans les cieux", dit le Seigneur (Matthieu 7:21).
LA VOLONTE DU PERE
"Quelle est donc la volonté de
Dieu?" demanderez-vous; "que ferons-nous?" Les Juifs adressaient à Jésus la même
question: "Que ferons-nous pour faire les oeuvres de Dieu?" Jésus répondit et
leur dit: "C'est ici l'oeuvre de Dieu que vous coyiez en Celui qu'il a envoyé"
(Jean 6:28-29). - Mais j'y crois, dites-vous: n'ai-je pas été baptisé comme
chrétien? Ne fais-je pas partie d'une église chrétienne? Très bien, cher
lecteur; mais, pour éclaircir la position à vos yeux, permettez-moi de vous
adresser quelques questions. Ah! Si vous croyez vraiment au Seigneur Jésus, béni
en soit-Il, vous pourrez y répondre avec joie et actions de grâces. Sinon,
veuille le Seigneur vous faire connaître votre état véritable.
L'apôtre Paul,
autrefois Saul de Tarse, disait en parlant de tout ce dont il s'était glorifié
autrefois: sa naissance, ses privilèges et ses avantages religieux: "Je regarde
toutes choses comme une perte à cause de l'excellence de la connaissance du
Christ Jésus, mon Seigneur, à cause duquel j'ai fait la perte de toutes choses,
et je les estime comme des ordures, afin que je gagne Christ, et que je sois
trouvé en Lui n'ayant pas ma justice qui est de la loi, mais celle qui est par
la foi en Christ". (Philippiens 3:8,9) Avez-vous ainsi vraiment renoncé à toute
confiance en vous-mêmes, à ce que vous êtes, à ce que vous faites ou avez fait,
l'estimant comme des ordures, vous mettant sur la même ligne que le plus vil des
pécheurs, et n'ayant d'espoir pour votre salut qu'en Jésus crucifié?
Jésus
disait à ceux qui venaient après Lui: "Si quelqu'un vient après moi et ne hait
pas son père, et sa mère, et sa femme, et ses enfants, et ses frères, et ses
soeurs, et même aussi sa propre vie, il ne peut être mon disciple. Et quiconque
ne porte pas sa croix et ne vient pas après moi, ne peut être mon disciple.
Ainsi donc, quiconque d'entre vous ne renonce pas à tout ce qu'il a ne peut être
mon disciple" (Luc 14:26,27). Christ occupe-t-il ainsi, non pas seulement la
première place dans votre coeur, mais toute la place? "Ceux qui sont du Christ,
écrit Paul, ont crucifié la chair avec les passions et les convoitises" (Galates
5:24). Pouvez-vous dire cela? Et encore avec le même apôtre: "Mais qu'il ne
m'arrive pas à moi de me glorifier, sinon en la croix de notre Seigneur
Jésus-Christ, par laquelle le monde m'est crucifié, et moi au monde" (Galates
4:14). "Je suis crucifié avec Christ et je ne vis plus moi, mais Christ vit en
moi; et ce que je vis maintenant dans la chair, je le vis dans la foi, la foi au
Fils de Dieu qui m'a aimé et s'est livré Lui-même pour moi" (Galates 2:20).
Christ est-il ainsi tout pour votre âme? Etes-vous "morts avec Christ aux
éléments du monde?" (Colossiens 2:20)
Ah! Ne vous faites pas d'illusion. Vous
dites que vous croyez en Christ, que vous êtes chrétien, et ainsi vous prétendez
faire "l'oeuvre de Dieu"; eh bien, la foi en Christ comprend toutes ces choses;
l'aveu de notre entière ruine et de notre absolue incapacité morales; le
renoncement à toute propre justice, à toute confiance en soi-même pour accepter
la justice de Dieu en Christ, le renoncement au monde, à ses avantages, à son
approbation et à sa gloire pour porter l'opprobre de Christ; une vie dans
laquelle on court vers un but unique: "le prix de l'appel céleste de Dieu dans
le Christ Jésus" (Philippiens 3:14). S'il n'en est pas ainsi pour vous, avec
tout ce que vous pouvez être aux yeux des hommes et de vous-même, vous avez dit
comme le second fils: "J'y vais, Seigneur", mais vous n'y êtes pas encore allé;
vous avez peut-être cru obéir, mais vous ne l'avez pas fait; vous avez eu une
forme de piété peut-être, mais en réalité vous en avez renié la puissance. Oh!
Que Dieu vous donne d'examiner avec sérieux et prières votre position devant
Lui!
CELUI QUI OBEIT ("LE PREMIER
FILS")
Quel est donc celui qui obéit? Notre parabole nous
le dit aussi. L'enfant au coeur rebelle, et qui avait manifesté sa propre
volonté d'une manière si arrogante, rentre en lui-même. Le remords l'a saisi:
que fera-t-il? Se retourner et revenir dans le sentier de la soumission; c'est
ce que les principaux sacrificateurs et les anciens du peuple eux-mêmes ont jugé
être la vraie obéissance, quelle qu'eût été sa conduite précédente.
Le
Seigneur avait sans doute d'abord en vue ces publicains et ces pécheurs qui
s'approchaient pour entendre ses paroles (Luc 11:1), paroles, non de jugement
(Jean 3:17), mais de grâce. Il était venu chercher et sauver ce qui était perdu;
il appelait à la repentance, non les justes, mais les pécheurs. Ce n'était pas
qu'il pactisât avec le mal, ni qu'il excusât le péché, Lui, le Saint de Dieu.
Mais sa présence, tout en dévoilant ce qu'était la vraie sainteté, montrait
aussi l'amour de Dieu envers le pécheur; cet amour du Père qui voit de loin son
fils revenir, et qui, ému de compassion, court à lui, se jette à son cou et le
couvre de baisers, malgé ses haillons (Luc 15:20); cet amour qui a fait
descendre le Fils de Dieu du sein de la gloire (Jean 3:16; 1:14) au milieu du
mal, de la douleur et de la mort, pour sauver, consoler et donner la vie. Voilà
ce qui touchait les pécheurs et les amenait à Lui. Voilà pourquoi une misérable
pécheresse, rebut de tous ces pharisiens, orgueilleux de leur propre justice,
osait venir aux pieds de Jésus verser les larmes de son coeur brisé par la
honte, le remords, le sentiment de ses péchés, de ses "grands" péchés, sans
doute, mais brisé aussi en même temps qu'attiré par le vue de l'amour et de la
grâce parfaite qu'elle découvrait en Lui (Luc 7:36,50). Voilà un coeur tel que
les aime Celui qui a dit: "J'habiterai dans le lieu haut et saint, et avec celui
qui a le coeur brisé." "A qui regarderai-je? A celui qui est affligé et qui a
l'esprit brisé." (Esaïe 57:15; 66:2) O parole délicieuse, parole pleine de
charmes pour ce coeur si longtemps courbé sous le joug du péché: "Tes péchés te
sont pardonnés. Ta foi t'a sauvée, va-t'en en paix!" Celle-là est un de ces
enfants qui, secouant tout frein, avait dit: "Je ne veux pas," mais qui, ayant
du remords, est allé faire la volonté de Dieu, car elle a cru en Celui que Dieu
a envoyé.
Le publicain Zachée, qui reçoit avec joie le Seigneur dans sa
maison, entend aussi cette parole non moins ravissante pour l'âme altérée de
pardon, qui a reconnu l'erreur de ses voies et a laissé son chemin d'iniquité:
"Aujourd'hui le salut est venu à cette maison, vu que lui aussi est fils
d'Abraham, car le fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était
perdu" (Luc 19:9,10). Abraham, le père de ceux qui croient, avait tressailli de
joie de voir le jour de Christ; le pauvre publicain Zachée, ce pécheur chez qui
était entré le Seigneur, excitant ainsi les murmures de ceux qui se confiaient
en eux-mêmes, comme lui, il croit en Christ, et c'est là "l'oeuvre de
Dieu."
Mais est-ce pour ceux-là seulement qu'il y a grâce? Non; où "le péché
abondait, la grâce a surabondé" (Romains 5:20). Pour ceux-là même qui avaient
crié: "Crucifie, crucifie-le", Jésus a dit: "Père, pardonne-leur, car ils ne
savent ce qu'ils font" (Luc 23:21,34). Et en réponse à cette prière du Sauveur,
le Saint-Esprit, par la bouche de Pierre, leur annonce "la rémission des péchés"
(Actes 2:38; 3:19,26). A tous, à ceux qui ont dit: "Je ne veux pas", comme à
ceux qui ont couvert leur rébellion du voile d'une feinte obéissance ou qui ont
cru obéir tout en suivant leur propre volonté, à tous un même salut est offert.
Le chemin du retour est ouvert à tous, mais ce chemin est unique; pour tous,
c'est le brisement de la volonté rebelle, l'anéantissement de toute prétention
et justice propre, la soumission à la volonté du Père, qui est maintenant: "que
quiconque discerne le Fils et croit en Lui, ait la vie éternelle" (Jean 6:40);
"car aussi il n'y a point d'autre nom sous le ciel qui soit donné parmi les
hommes, par lequel il nous faille être sauvés" (Actes 4:12).
Saul de Tarse,
avec tous ses avantages religieux, tout son zèle et sa bonne conscience, n'était
qu'un "outrageux, un persécuteur et un blasphémateur", le premier des pécheurs,
nous dit-il (1 Timothée 1:13,15). N'y a-t-il donc point d'espoir pour lui? Au
contraire, en lui, le premier, Jésus-Christ a montré toute sa patience, afin
qu'il fût un exemple de ceux qui viendront à croire en lui pour la vie éternelle
(vers. 16). Mais pour cela il faut que dans son estime il descende au niveau de
ces publicains et prostituées qu'il avait méprisés. Voilà comment il retourne,
lui aussi, dans la voie de l'obéissance, la seule et même pour tous, publicains
ou pharisiens: "Car il n'y a point de différence, car tous ont péché et
n'atteignent pas à la gloire de Dieu" (Romains 3:22,23).
Et vous, cher
lecteur, où en êtes-vous? Couvrez-vous encore votre coeur rebelle du voile d'une
obéissance extérieure? Vous abritez-vous derrière les "feuilles de figuier" de
votre honorabilité, de vos bonnes oeuvres, de votre propre justice, de vos
habitudes religieuses ou de votre foi traditionnelle? Déchirez tout cela, qui
vous laisse aux yeux de Dieu dans toute la laideur que le péché a imprimée sur
vous et sous la juste condamnation qu'il entraîne. Dites: "Que je sois trouvé en
Lui, n'ayant pas ma justice qui est de la loi, mais celle qui est par la foi en
Christ, la justice qui est de Dieu, moyennant la foi" (Philippiens 3:9). C'est
alors seulement qu'après vous être si longtemps détourné de ce qui est le
commandement de Dieu, vous y rentrerez pour votre paix et votre joie
éternelles.
Ou bien êtes-vous de ceux qui jusqu'à présent ont résolument
tourné le dos à Dieu, soit par une incrédulité déclarée, soit par l'indifférence
ou une vie en opposition flagrante avec la loi de Dieu? Avez-vous jusqu'ici vécu
sans Dieu, sans autre espérance que celle qui se rapporte à la terre, ne
cherchant la satisfaction des besoins de votre âme que dans ce qui va périr et
n'est que vanité? Laissez-moi vous adresser une seule question. Avez-vous trouvé
la paix dans cette voie? Ne soupirez-vous jamais sous ce fardeau de jours qui
reviennent toujours les mêmes avec leurs occupations monotones et au fond sans
profit, leurs plaisirs qui ne peuvent remplir le vide du coeur, et leurs
douleurs et leurs deuils, hélas, sans espérance réelle? N'avez-vous jamais fait
la même douloureuse expérience que cet homme qui avait goûté tout ce que la
terre peut offrir en fait de science, de richesses et de jouissances, et qui
après tout disait: "Ayant considéré toutes mes oeuvres que mes mains avaient
faites, et tout le travail auquel je m'étais occupé en les faisant, voilà, tout
était vanité et rongement d'esprit, tellement que l'homme n'a aucun avantage de
ce qui est sous le soleil" (Ecclésiaste 2:11). Voilà tout ce que l'on trouve
dans le chemin de la volonté propre, en dehors de celle de Dieu. Et au bout de
ce labeur, de cette vanité et de ce rongement d'esprit; au bout de ces jours
dont "le plus beau n'est que travail et tourment" (Psaume 90:10), après toutes
ces "douleurs, et cette occupation qui n'est que chagrin, de sorte que même la
nuit le coeur ne repose point" (Ecclésiaste 2:23), que trouve-t-on? Au terme de
ce chemin, c'est la mort; et "après cela, le jugement" (Hébreux 9:27). Chemin
douloureux où, même en riant, le coeur est triste (Proverbes 14:13), quel que
soit l'étourdissement auquel on se livre; issue redoutable, voilà votre lot. Ah!
Retournez au "chemin de la paix", qui est celui de la volonté de Dieu. Sortez de
ces ténèbres et de l'ombre de la mort pour venir à Celui qui est la lumière et
la vie. Lui qui, à une pauvre pécheresse samaritaine, annonça et offrit le don
d'une eau vive qui la désaltérerait à jamais et apaiserait tous les besoins et
les désirs de son coeur. Il est toujours le même, prêt aussi à faire jaillir en
vous les pures eaux de cette fontaine de vie éternelle. "Holà, vous tous qui
êtes altérés, venez aux eaux!" (Esaïe 55:1) "Que celui qui a soif vienne; que
celui qui veut prenne gratuitement de l'eau de la vie" (Jean 4:10,13,14;
Apocalypse 22:17).
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