LA HARPE CELTIQUE

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LA HARPE CELTIQUE

    Un dossier consacré a cet instrument peu connu et qui vous propose, dans un premier chapitre, un historique de la harpe, suivit d'une discographie sélective et critique classée par grands interprètes et par pays.

© Caroline Soto, 1998.

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L'histoire de la harpe celtique

 

Les grands harpistes d'hier et d'aujourd'hui

 

Les artistes étrangers

 

Le mot de la fin

 

 

 

Histoire de la harpe celtique

La harpe que l’on nomme aujourd’hui celtique est relativement récente, contrairement à ce que l’on pourrait penser . Son origine est certainement galloise et elle est considérée comme une reconstitution de la harpe médiévale . Il s’agit d’une harpe de plus petite taille que la « grande harpe » de concert et ses cordes sont moins tendues . C’est un instrument diatonique mais un système de palettes permet de remonter les notes des cordes d’un demi-ton . Son étendue est généralement de quatre octaves et une note . Ses caractéristiques en tant que harpe sont les suivantes :

- les courbures de son pilier et de sa console

- ses sculptures extérieures (facultatives pour les harpes modernes)

- sa trentaine de cordes

De nos jours, les cordes sont le plus souvent en Nylon mais peuvent aussi être en métal selon certains prototypes . Son jeu se pratique avec les ongles et l’on accompagne souvent la mélodie à l’octave .

C’est à partir du VIIIème siècle que son usage devient courant en Europe occidentale (îles Britanniques, pays celtiques...) . Au cours du haut Moyen Age, son utilisation est à peu près identique, que ce soit dans l’Europe du Nord ou les pays celtiques : elle accompagne les poètes d’ordre épique . Plus tard, la harpe médiévale devient un instrument soliste, un instrument de cour : la harpe se retrouve sur une multitude de documents iconographiques comme les croix sculptées en Irlande ou les vitraux d’églises gothiques européennes .

. C’est en 1697 qu’un luthier bavarois, Hochbrucker imagina le mécanisme de la harpe à pédales qui la permit alors de moduler . Elle se transforme alors très vite, s’adaptant à la musique classique et devient un tout autre instrument : la harpe classique ou harpe de concert (harpe double, chromatique...) . Malheureusement la petite harpe du disparaître au XVIIIème siècle, malgré tous les efforts fournis par certains musiciens et les rassemblements organisée par des amateurs en 1781 à Granard

C’est au début du XXème siècle que la petite harpe d’origine irlandaise (Telenn) rencontre un vif succès dans les milieux régionalistes et dans les cérémonies druidiques . Les érudits locaux se procurent des harpes en Irlande, Ecosse, et surtout à Londres chez le luthier Morley . Ainsi, le Morbihannais Paul le Diverres accompagne ses chants de l’instrument en 1912 lors du Congrès du Gorsedd des Druides à Lesneven . Il faut citer les noms de Jord Cochevelou et de Taldir Jaffrenou, qui, dans les années 1950-60, l’ont réintroduit en Bretagne . Denise Mégevand a été la première à la faire entrer dans les structures officielles d’enseignement et à publier des partitions . Plusieurs de ses élèves ont été à l’origine de l’essor de la harpe celtique . Dans le même élan, l’ensemble des Scouts Bleimor, qui contera le futur Alan Stivell, se créé .

 

 

Les grands harpistes d’hier et d’aujourd’hui :

Au Pré-Moyen Age, la harpe chez les Gallois est pratiquée par la noblesse, voire le roi lui-même . Le harpiste de la chapelle royale jouit d’une situation privilégiée : huitième officier dans la hiérarchie de la cour, il reçoit une harpe d’ivoire .Il accompagne le roi à la guerre et choisit son butin immédiatement après lui . La loi interdit de saisir la harpe d’un noble et la tradition prétend que trois choses sont indispensables à un gentilhomme : « Une épouse vertueuse, un coussin sur sa chaise, et une harpe bien accordée » . Les harpistes faisaient parti de la classe des hommes libres pouvant posséder du bétail .. Il existe une hiérarchie parmi les bardes : les aspirants ou Cerddorion sont cantonnées dans la satyre et la chanson à boire, alors que le barde d’honneur : Pencerdd chante la louange du prince et des ancêtres . Les bardes de haut rang possèdent même des terres exonérées d’impôt ! Leur meurtre est jugé deux fois plus grave que celui des médecins ! 1670, naissance de O’Carolan . Placé auprès d’un harpeur nommé Mac Dermott Roe, il devient un joueur accompli, puis un harpeur itinérant . Il compose en chemin les pièces qu’il joue aux Son fameux concerto que l’on entend souvent dans les concours de harpe de Lorient ou Killarney, révèle son admiration pour les compositeurs italiens tels que Corelli ou Vivaldi .

Carolan’s Favourite / Dereck Bell . - Shanachie 79020 . 1979, ADD . réédition du 33 t.Ceirnini Cladaij CC.28 .

Cet artiste (voir un peu plus loin pour sa biographie) ne joue ici que des compositions de Turlough O’Carolan (1670-1738) . Il est accompagné soit par les Chieftains, pour donner à ses interprétations une caution populaire ou folklorique, soit par le New Irish Chamber Orchestra (dirigé par J.Beckett), pour accentuer le caractère classique des compositions . Bell utilise tantôt une harpe de type ancien (clarsach), tantôt une harpe néo-irlandaise . L’interprétation qui est particulière peut paraître contestable mais Bell est un excellent musicien et ce disque a fait date à l’époque de sa sortie .

Alan Cochevelou dit Alan Stivell :

Il commence par étudier le piano, s’en suivront la harpe en 1953, la bombarde en 1954, et le bagpipes en 1960 avec les Scouts - Bleimor . Il devient « penn - soner », c’est à dire directeur musical du Bagad Bleimor qui deviendra champion de Bretagne en 1966 . Se idées se dirigent vers le panceltisme et il obtient même un certificat de langue celtique . Jusqu’à la fin de 1960, il joue de la harpe celtique en solo, puis il forme un groupe doté d’une section rythmique rock qui donnera un genre proche du Folk rock . Les musiciens qui l’accompagnent forme à leur tour des groupes comme Dan Ar Bras dans les années 1970-80 . C’est un des premiers musiciens français qui se lance dans la world music grâce à sa Symphonie celtique enregistrée en 1979 . Stivell affirme la diversité des cultures et parle de musique « Ethno-moderne » et emploie le terme de folk-song breton . Enfin, il a apporté au jeu de la harpe le « picking » des guitaristes américains (cf.annexe n° 4 ).

Renaissance de la harpe celtique / Alan Stivell

Avec ce disque, Alan Stivell concrétise son rêve d’enfant : propager la harpe dite celtique, dans le monde entier . En 1970, il s’agit de son deuxième album et il obtient le grand prix de l’académie Charles Cros . C’est en sorte une référence puisqu’il marque les débuts discographiques de la harpe celtique, un témoignage de la musique traditionnelle celtique pour harpe et les débuts d’un musicien passionné pour cet instrument .

1972 est une date historique puisque il passe à l’Olympia accompagné de Dan Ar Braz et le concert est retransmis en direct sur Europe 1 : le disque « live » se vend à 1400 000 exemplaires ! 1993 : son 17ème album Again, remix des tubes des années 1970, lui permet un véritable retour dans les médias .

Zoom : 1970 - 1995 / Alan Stivell . - Dreyfus ; 1997, 2CD . - FDM361892 compilation.

La jaquette du CD est en fait un historique du musicien le plus connu pour le revival de la harpe celtique . Le disque, lui est une sorte de synthèse des compositions de Stivell de 1973 à 1993 . Il y revisite la New Age, le Rock’n World et la World Music au sens le plus strict du terme . C’est un hymne à l’univers celte qui clos une partie de la vie de l’artiste tout en préfigurant une autre musique plus futuriste .

Dominig Bouchaud :

1978 : Il obtient le premier prix de harpe à l’unanimité du jury au Conservatoire National Supérieur de Paris . Il se consacre à l’instrument et découvre un répertoire riche et encore inexploré . Ses recherches le conduisent de la musique ancienne à la musique contemporaine sans oublier la musique traditionnelle celte, et la musique d’Europe de l’est et d’Amérique du sud .

D. Bouchaud  a collaboré avec la harpiste M. Larc'hanrec.

1980 : Il obtient le premier prix au concours international celtique de Killarney (Irlande) ainsi qu’au « Kanar Bobl » de Lorient . 1983 : Il remporte le « Triskell d’or »pour les meilleurs musiciens bretons . Il est également professeur de harpe celtique au conservatoire de Quimper et anime de nombreux stages . Dominig Bouchaud est un musicien qui associe son instrument à des expériences musicales diverses . Il arrive à ce harpiste de jouer en compagnie d’autres instruments comme le hautbois de Cyrille Colas (cf.annexe n° 5 ) .

Mariannig Larc’hantec :

C'est une des pionnières du renouveau de la harpe celtique. Dès les années soixante elle joue de la harpe au sein du groupe "Telenn Bleimor", et elle étudie la harpe classique avec Micheline Kahn.

Elle collabore à de nombreux groupes et se produit en solo, embassadrice talentueuse et infatigable de cet instrument.

Elle enseigne la harpe celtique au conservatoire de Lorient et donne régulièrement des concerts . Toutefois, c’est à la composition qu’elle se consacre surtout .

Elle est à l'origine du Concours International de Harpe Celtique qui avait été créé au sein du Festival Interceltique de Lorient, de plus elle y joue régulièrement et a longtemps fait partie du groupe Hirio, vitrine internationale du FIL.
Elle a déjà enregistré plusieurs disques .

(Notice biographique élaborée à partir de la biographie en ligne de M. Larc'hantec, rédigée par C. Phlipponeau, consultable sur le site officiel de Mariannig Larc'hantec. Webmaster : J. Cacheleux,  à qui nous adressons nos remerciements).

Vibrations / Dominig Bouchaud . 1987.-DDD.- 55’ . Keltia KMCD.03 .

Il s’agit ici de son premier album . On y trouve des interprétations de musique bretonnes, irlandaises ou écossaises mais aussi des pièces médiévales, bulgares et péruviennes qui prouve une fois de plus la diversité du répertoire de la harpe celtique . Les compositions sont de D.Bouchaud et de M.Larc’hantec . A l’écoute de ce disque, on se rend compte de la virtuosité de l’interprète . Certains musiciens reprochent une approche plus sensible que musicologique, seulement, il s’agit d’une grande sensibilité . Sa harpe a une sonorité remarquable (sans les parasites de certaines harpes cordées métal) . Ce disque parait être un exemplaire parfait .

Kristen Nogues :

Kristen est une harpiste qui joue essentiellement sur harpe électroacoustique . Ancienne élève de Denise Mégevand, elle a su vite développer son style particulier, difficile à classer : mélange de musique traditionnelle, de jazz : elle a joué avec des pointures de jazz comme Jean-François Jenny-Clark, John Christensen et le clarinettiste-saxophoniste John Surman . Elle donne des concerts en tant que soliste et chanteuse, mais elle joue aussi avec diverses formations de saxophones, percussions, guitares... Elle a déjà enregistré plusieurs disques et participe à de nombreux projets avec d’autres musiciens .

Kerneleg / Kristen Nogues . - (Klangwelten 75.144)

Rémi Chauvet dit Myrdhin :

il est l’une des chevilles ouvrières de la renaissance de la harpe bardique cordée métal . Lauréat de plusieurs récompenses internationales (Irlande, Pays de Galles...), des J.M.F. et de France-Musique, fondateur du concours de composition pour harpe celtique de Dinan . Il a enregistré 25 albums et visité 23 pays . Seul, en duo ou en trio, il présente différents programmes dont « Merlin et la table ronde », « Perceval »...pour un public âgé de 7 à 77 ans (concerts scolaires) . Il a énormément tourné en Irlande notamment avec Pol Huellou, flûtiste breton . Il est l’auteur d’une monographie de la harpe des Celtes (voir la bibliographie) et d’une histoire de la musique bretonne . En plus de musiques de films et de musiques de scène, Myrdhin exploite plusieurs répertoires : il peut aussi bien jouer de sa harpe en étant accompagné de chants, percussions ou de shakuhachi . il crée des musiques, des chants, danses traditionnelles celtes (Bretagne, Pays de Galles, Ecosse, Irlande), des musiques, chants français du Moyen-Age à nos jours , des contes . Myrdhin partage aujourd’hui l’aventure Afrocelt sous le label RealWorld (Peter Gabriel) . Il s’associe tantôt à la kora sénégalaise de Kauw Cissoko, tantôt à la harpe cordée carbo-fluor de Zil . Il a dernièrement participé à l’album Transceltica sur lequel il s’initie à la techno (cf.annexe n° 6 ) .

Harp in Aquarius / Myrdhin, 1991 . ADD, 69’ . - Escalibur CD 846 Breizh

Le titre nous éclaire déjà qu’il s’agit d’une musique new age . Le tout est accompagné d’une mythologie bon marché et d’un mysticisme assez vide . Les titre eux-mêmes sont plus minéraux qu’aquatiques comme « oeil de tigre, Danse de quartz » ... Le son de la harpe, réverbéré est traité électroniquement, mêlé des sons synthétiques qui sont assez propres . C’est un bon travail de studio qui fait rentrer la harpe celtique dans l’ère de la technologie même si la musique est assez creuse . La virtuosité de Myrdhin n’est toutefois pas à remettre en cause .

Harpe Celtique : instrumental / Myrdhin . - S.L. : Griffe (H.Bergerat). - 1 C.D., GRI 19027 2. : Sony - (Horizons) . - 56’04 .

Ici, la harpe est à cordes métalliques et le son est beaucoup plus puissant . La harpe est le seul instrument soliste et est parfois jouée seule ou accompagnée d’une flûte ou d’une percussion . La jaquette du disque donne des renseignements assez précieux sur l’interprète et la facture de l’instrument .

Triskell :Les frères Quefféléant :

Pol et Hervé sont jumeaux et accompagnaient Alan Stivell il y a quelques années . Hervé joue sur une harpe bardique cordée métal tandis que Pol utilise une harpe celtique cordée Nylon . Ils ont fondé le groupe Triskell . Constitué en quatuor (aujourd’hui cornemuse et clavier en plus des deux harpes) . Les deux harpistes sont souvent accompagnés de guitares, violoncelle, banjo et chant . Ce groupe a enregistré de nombreux disques et composé la musique pour plusieurs films et ballets . En plus de toutes leurs activités, ils enseignent au conservatoire de Brest . Ils ont une dizaine d’albums à leur actif .

La harpe celtique / An Triskell, Pol et Hervé Quéfféléant . - Le chant du monde ; 1990, C D . - LDX274916

Ce disque propose des compositions actuelles influencées par la tradition celte mais aussi de véritables chansons traditionnelles écossaises, bretonnes, d’Amérique centrale ...des gavottes, des chants grégoriens, une suite dédiée à Jord Cochevelou pour son travail en faveur de la renaissance de la harpe celtique, une musique composée pour le ballet Tristan et Yseult . En bref, de nombreux styles de musiques . Les musiciens sont Yann Quefféléant (flûte irlandaise), Yann Huillery (cornemuse, bombarde ....), An Triskell pour la harpe . Ce disque a le mérite de nous montrer l’éventail du répertoire de l’instrument . Un disque vaguement folk avec des musiciens agréables qui connaissent bien leur métier . On notera qu’une des pièces bretonnes est tirée du Barzaz Breiz .

Rowen Tree / An Triskell, Pol et Hervé Quéfféleant . - Keltia, 1992, 1 C.D., KMC D 35, . - (musique traditionnelle France centre - harpe celtique)

Enregistré en juin 1992 à Brest, ce disque propose des compositions contemporaines de style traditionnel . Plusieurs harpes sont jouées, telles que l’électro-harpe à cordes de métal, la harpe à cordes de Nylon .

Violaine Mayor :

c’est grâce à son instrument que cette harpiste découvre la culture celte . Lauréate de nombreux concours, son style s’enrichit rapidement grâce à des échanges avec l’Irlande et l’Ecosse . Son répertoire a deux sources : la musique de tradition orale (bretonne ou irlandaise), les manuscrits de collectage, pour la musique irlandaise antérieure au XVIIIème siècle . Au sein de l’association Hent Telenn Breizh, elle anime des stages en Bretagne et donne des concerts comme soliste de nombreuses formations musicales traditionnelles .

Katrien Delavier :

Après une formation classique comme pour la plupart des harpistes contemporains, elle se consacre dès le début des années 1980 à la musique traditionnelle irlandaise . Elle s’intègre à plusieurs groupes folk . Elle obtient en 1982 les premiers prix du Kan ar Bobl (Lorient) et du concours international de harpe celtique de Killarney (Irlande) . Depuis la création de Hempson, elle a acquis une maîtrise unique de la technique ancienne de harpe irlandaise à cordes métalliques . Elle se produit également avec d’autres formations et a sorti plusieurs albums dont deux en solo . Katrien a animé de nombreux stages, comme celui du festival de Cornouailles (Quimper) et du festival international de harpe celtique de Dinan .

La harpe irlandaise / Katrien Delavier . - 1992 .DDD , 57’ .- Playa Sound PS.65095 .

Ce disque met en avant le domaine de prédilection de Katrien, à savoir la danse . La musique de danse est rarement jouée à la harpe est ceci est déjà une originalité . Son répertoire (Irlande, Bretagne, Shetlands) est superbe et comporte quelques pièces très connues comme The Plains of Boyle, Trip to Sligo . Selon certains musiciens, il y avait longtemps que l’on avait entendu technique si aiguë et toucher si précis . La lecture du texte qu’elle a rédigé pour le livret apporte une preuve supplémentaire du sérieux de son travail . Dans ses arrangements, Katrien D.imite souvent avec les cordes graves le bourdon de la cornemuse . Dans certaines pièces elle est accompagnée du violon (Christian Declerck), guitare bouzouki, flûte et uillean pipes (Gérard Rickeboer) .

Hempson : Denis Hempson, dont le groupe tire son nom, fut le dernier détenteur des anciennes traditions de la harpe irlandaise à cordes métalliques . Ses techniques et son répertoire furent étudiées en détail dans les dernières années du XVIIIème siècle par Edward Bunting qui présenta dans son livre en 1840 « The ancient music of Ireland », des systèmes d’accord, des doigtés, des ornements, enfin quelques échantillons de musique notés directement après le jeu du musicien . Si on ajoute à ceci certains morceaux qui figurent dans des recueils du XVIIème et du XVIIIème siècle, ainsi que dans les tablatures du luth écossais, on constate qu’ils révèlent, en particulier dans les basses, des systèmes musicaux déjà archaïques à l’époque . Le groupe Hempson, créé en mars 1991 au centre des Sept Mares à Elancourt (Yvelines), a étendu l’application de ces principes à tout le traitement instrumental, ce qui a exigé une remise en question fondamentale non seulement du jeu et de l’accord, mais aussi de toute notre vision de ces musiques . Ce groupe est constitué de Katrien Delavier (harpe) citée plus haut, John Wright (violon et chant), Gerard Ryckeboer (cornemuse, uillean pipes, flûte, tin-whistle, cistre) et de Jean-Michel Alhaits (basson et Tin-whistle) .L’expérience de la musique traditionnelle orale qu’ont tous les membres du groupe a profondément influencé la lecture des documents, et fait que l’interprétation n’est jamais figée .

Musique ancienne irlandaise / Hempson : Audivis Eyhnic B6794.

Un véritable travail d’ethnologue et une remarquable qualité d’interprétation et de sonorité des vingt-six morceaux font de ce disque une référence . Tous ces éléments fusionnent pour former une image plausible d’une pratique musicale dont les sonorités et les rythmes nous surprennent . De nombreuses compositions du harpeur Turlough O’Carolan (cf. le 33 t.de Denise Mégevand « prestige de la harpe celtique, Arion ARN.38245 ainsi que « Carolan’s favorite » CD Shanachie 79020 . de Dereck Bell ) et aussi des compositions transmises de façon orale que J.Wright a apprises de Paddy Tunney . Ce disque a obtenu les prix suivants : « Choc du monde de la musique » en novembre 1994 et le « Diapason d’or » en mai 1996 . Il s’agit d’une musique non pas inclassable mais jamais entendue jusque là pour certains spécialistes . « Voici un petit bijou sur lequel les amateurs de musique celtique feraient bien de se ruer » / LE MONDE DE LA MUSIQUE

Anne Auffret :

Même si elle n’est pas considérée comme professionnelle, cette harpiste de talent nous rapproche de la culture bretonne avec ses compositions aux influences traditionnelles .

Roue Gralon ni ha salud / A.Auffret et Y.F.Kemener . Keltia KMCD42 A l’écoute de ce disque, chants profanes et chants sacrés, interprétés par le célèbre chanteur breton Yann-Fanch Kemener, se mélangent pour évoquer musiques traditionnelles et compositions originales accompagnées par la harpe celtique .

 

Les artistes étrangers :

En Irlande :

Derek Bell :

C’est l’homologue irlandais de Dominig Bouchaud ! C’est probablement le plus célèbre harpeur irlandais et son appartenance au fameux groupe irlandais The Chiftains, l’a fait connaître dans le monde entier . Comme soliste, il fut surtout connu par ses deux 33 t Ceirnini Cladaij CC.18 : Carolan’s receipt, & CC.28 : Carolan’s favorite . Bell a un style superbe, assez orné qui utilise parfaitement les deux mains dans l’équilibre entre la mélodie et son accompagnement . Ce musicien joue de deux harpes différentes : une harpe traditionnelle montée en cordes de bronze, et surtout la harpe néo-irlandaise cordée boyau .

Ancient music for the irish harp / Dereck Bell . - 1992 . DDD . 59’ .- Ceirnini Cladaij (Claddagh) CC59CD .

Ce programme est très bien composé et tente de ne pas faire entorse au répertoire traditionnel . Il débute par l’air récent mais pourtant célèbre Lonesome, suivi par The Fair-haired child . Viennent ensuite diverses compositions tirées des recueils d’E.Bunting (le livret mentionne le festival de la harpe de Belfast de 1792), quelques compositions de T.O’Carolan ou ses propres compositions . Le disque s’achève par quelques airs moins connus, une berceuse et un hornpipe de barde composés par Bell, et pour montrer la parenté de la harpe celtique avec les harpes andines, une sérénade du paraguayain Sergio Cuevas, et des airs de danses des indiens Quechua du Pérou .

The Chieftains

The Celtic Harp : a tribute to Edward Bunting with the Belfast harp orchestra / The Chieftains, Trad.; Belfast Harp Orchester ; dirigé par Janet Harbison . - Paris :BMG, P 1993 . - 1 C.D. - (BMG classics) - RCA 61490 2

Conçu à l’occasion du bicentenaire du prestigieux concours de harpe traditionnelle organisé à Belfast en 1792 par E Bunting, ce disque fournit à Paddy Moloney et ses amis, l’occasion de belles enlevées . L’association avec l’orchestre de harpes de Belfast est assez originale .

Loreena Mckennit :

Loreena est canadienne mais d’origine irlandaise d’origine . C’est pourquoi elle découvre la musique celtique vers la fin des années 1970 . Cette artiste s’intéresse plus particulièrement au répertoire des bardes celtes . Son premier album, Elemental(1985), elle donne un aperçu d’oeuvres d’inspiration celtique . Mais c’est surtout son second album To drive the Cold Winter Away, qui la mène au succès . Parallel Dreams, son troisième album, est disque d’or au Canada en 1989 (cf.annexe n° 8 ) .

The visit / Loreena mc kennit; WEA

Ce disque (le quatrième album) est double disque de platine dans son pays natal . Loreena a mis sa voix et sa harpe au service d’influences diverses, comme sur le titre aux tonalités arabisantes All Souls Night . La harpe celtique est accompagnée d’une harmonie inhabituelle mais très plaisante . La voix de Loreena et ses effets sont murs et agréables à écouter .

Discographie supplémentaire :

Irlande : harpe irlandaise « pub music » / Krémer, éd. Arion, P 1988, 1 CD, ARN 64063 .(Musique traditionnelle irlandaise et harpe celtique)

Il s’agit de documents sonores recueillis et enregistrés en Irlande en direct « live »par Gérard Krémer . La jaquette propose une préface de Jean Thévenot, écrivain et homme de radio et de télévision qui adorait les musiques traditionnelles . Elle propose aussi un bref historique sur la harpe celtique rédigée par Krémer . Ce disque a le mérite de nous faire écouter une musique vraiment traditionnelle et joués dans des endroits populaires de l’Irlande .Il faut dire que les bardes d’aujourd’hui jouent leur ballades irlandaises surtout dans les pub !. La sonorité de l’instrument est ici mis en valeur par la jeune harpiste irlandaise Orla Brioscù . Il s’agit de la musique des « grands Gaêls d’Irlande » célébrés par Chesterton . Nous sommes surpris par la variété des instruments (harpe irlandaise, uileann pipe, tin whistle, violon bodhran...)et des rythmes qui vont du lent au plus énergique comme pour les musique de danse .

Dans un registre plus lyrique et se rapprochant plus au monde des enfants je cite Françoise Cornwell :

Le peuple magique . Daoine Sidhe./ Françoise Cornwell . -Escalibur CD 860 .- 1996, DDD .

La harpe celtique est interprétée par Françoise Cornwell et Hervé Quéfféléant, la harpe classique est jouée par Muriel Chamard-Bois, le synthétiseur par Olivier Briand et les hautbois et cor anglais par Frédéric Linsolas . Même si ce disque peut paraître « grand public », il met en valeur les talents des instrumentistes et la belle voix de la chanteuse . Elle y chante en français et en gaélique . Des sons tels que le vent, la mer, l’orage et le tonnerre se mêlent à des rires d’enfants et à un chant de baleine sont souvent réverbérés . Au programme de ce disque, nous pouvons trouver des évocations de légendes celtiques, des berceuses irlandaises, des marches traditionnelles, des airs traditionnels (un est arrangé par Dominig Bouchaud) et un beau poème de Thomas Moore sur la légende de l’origine de la harpe celtique . Cet un disque agréable à écouter qui oscille entre la musique traditionnelle et la musique médiatique . Il fait suite à un spectacle musical du même titre .

 

En Ecosse :

- Alison Kinnaird :

Cette harpiste vient d’Edinburgh et joue de la harpe dans la tradition écossaise . Elle a développé une technique spéciale de jeu qu’elle trouvait nécessaire pour mettre en valeur le bel instrument .

The harper’s land : Music for the irish and scottish harps / Ann Heymann ; Alison Kinnaird . - Scottland : Temple Record, 1983 . - 33 t.

Les deux harpistes Alison et Ann se sont rencontrées en 1981 et avec ce disque, elles ont voulu mêler les cultures irlandaises et écossaises . L’approche d’Alison est plus mélodique et harmonique . Le répertoire est traditionnel (E.Bunting) . Seule la technique est à retenir .

 

- Kathleen Loughnane fait partie du groupe Dordàn qui utilise tin whistle, harpe, violon . Mais leur répertoire a du mal à se faire accepter .

- Wendy Stewart : elle commence très jeune à jouer de la clarsach dans un groupe irlandais . Elle parcourt ensuite l’Europe en tant que « musicienne des rues », ce qui lui permet rencontrer de nouvelles influences . Elle joue par la suite dans un groupe Ceolberg .

 

Au pays de Galles :

- Robin Hum Bowen : c’est grâce à lui que la harpe triple a retrouvé son intérêt en Europe et Amérique du Nord . Il faut aussi le citer pour avoir fait pénétrer son style « jazzy » dans le folk gallois avec son groupe Masbant (fin des années 1970) .

- Siân James : cette jeune harpiste chante avec une personnalité bien à elle . Avec déjà deux albums à son actif, elle s’ouvre à d’autres influences musicales : Siân a collaboré avec plusieurs formations comme Bwchadanas, un groupe rock aux influences London Roots (sonorités reggae) .

Distaw / S.James .-Sain .

 

En Italie :

- La Pietra nel Campo est une association culturelle d’inspiration celtique et témoigne du réveil de l’identité celtique de l’Italie du Nord . Steve Haggerty, joueur de harpe, est un des cinq musiciens du groupe qui s’accorde sur des mélodies irlandaises .

 

En Allemagne :

- Ralf Kleeman : l’Allemagne abrite de nombreux harpeurs et luthiers et c’est ainsi que cet artiste laissa de côté le piano en 1991, pour la harpe celtique . Kleeman joue des improvisions et ses propres compositions avec un répertoire s’étendant de la musique médiévale à la musique celtique . Il remporta en 1994, « le prix d’improvisation » de Dinan . Il forme le Trio Modal Harps Unlimited de harpes avec Stefan Battige et Jochen Vogel .

- Stefan Battige : il tombe amoureux de la musique bretonne en 1978 et en profite pour collecter de vieilles mélodies et ballades . Il joue aussi bien de la musique du Moyen-Age et de la musique de tradition celte .De 1992 à 1996, il entreprend des études historiques de harpe à « l’Akademie fur Alte Musik » de Brême .

- Christine Hogl : poétesse bretonne d’origine allemande . Ses compositions sont influencées de différentes musiques traditionnelles et de nouveaux styles musicaux . Elle compose actuellement en Allemagne pour théâtre, littérature et performances de danse .

 

Aux Etats-Unis :

- Kim Robertson : après avoir appris le piano, elle découvre la harpe celtique au lycée . Très tôt elle commence à improviser et à s’initier à la harpe folk, notamment avec un groupe irlandais . Elle a enregistré 7 albums et se tourne actuellement vers une musique plus ethnique, modale, aux rythmes syncopés . En plus de concert, cette artiste se consacre également aux ateliers de musique et à l’enseignement .

Wind Shadows  / Kim Robertson

Dans ce premier disque, Kim Robertson improvise sur des airs irlandais tout en s’inspirant de la tendance new age qui fait alors fureur . Une fois de plus, le répertoire de la harpe celtique parait presque illimité .

- Magical strings :

Ce groupe américain se centre autours de la harpe celtique qu’il accompagne de violon, violoncelle, percussions...Il mélange ainsi influences celtiques, compositions originales et world music . Les cordes sont toujours jouées par Philip et Pam Boulding parfois accompagnés de leurs cinq enfants . Le violoncelliste est Eugène Friesen, le guitariste Alex de Grassi, le joueur de cornemuse, Tom Creegan . Ils ont déjà enregistré 9 albums, parfois avec des artistes différents .

Bell Off the Ledge / Magical Strings .

Cet album est un exemple de la world music des Magic Strings . Certains morceaux incluent des rythmes et mélodies inspirées de la musique africaine a laquelle ils se sont fort intéressés au début de leur carrière : c’est leur marque d’originalité . Les harpes sont accompagnées d’un djembe et d’un dumbek qui mêlent ainsi les sons des percussions à des sons plus mélodiques . A écouter !

 

 

En guise de conclusion

La harpe celtique est tout d’abord un instrument attirant de par son esthétique et sa sonorité ; ce sentiment est renforcé lorsqu’on se rapproche du répertoire très varié allant des airs traditionnels celtiques envoûtants et mystiques aux danses d’Amérique latine gaies et envolées . De plus, la harpe celtique se mêle tout à fait aux autres instruments. La harpe celtique, elle, ne cesse de faire de nouveaux adeptes : plus de 2000 élèves de harpe celtique sont recensés dans les Conservatoires de France ( sans compter ceux des petites écoles de musique ou les autodidactes) .. Espérons que cet engouement provoquera une reconnaissance plus que souhaitable des écoles de musique et des Conservatoires qui assimilent souvent cet instrument au seul répertoire traditionnel .