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La musique Grecque Antique © Marielle Eichenberger, 1998.
Page en chantier
INTRODUCTION
3) les genres de compositions musicales
5) les vestiges découverts
BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE DISCOGRAPHIE CRITIQUE CONCLUSION ANNEXES La musique, assurons-nous tous, compte parmi les choses les plus agréables, quelle soit simplement instrumentale, ou instrumentale avec chants ".
Cette citation dAristote, dans Politique, nous plonge immédiatement au cur de lart musical qui occupait une place majeure dans la vie des Grecs anciens. Dépassant tous les arts, la musique a été pratiquée en de multiples occasions, faisant partie intégrante de leur vie quotidienne. En témoignent les multiples inscriptions sur les vases, sculptures, peintures, les traités musicaux.
Bien que les supports écrits aient difficilement traversés lépreuve du temps, on dénombre tout de même une cinquantaine de fragments musicaux retrouvés à ce jour. Il sagit principalement de papyrus, de marbre ou de pierre. En réalité, il ny a quune douzaine de fragments que lon peut étudier, les autres étant en trop mauvais état pour en tirer des éléments valables, et par là même, faire avancer les recherches dans ce domaine.
A ce propos, force nous est de constater que le nombre de chercheurs spécialisés natteint pas celui des doigts de la main. Non pas que le sujet nait suscité aucun intérêt, mais lampleur du travail en ayant rebuté plus dun. Ce nest pas le cas de Théodore Reinach, Jacques Chailley, Annie Bélis qui se sont intéressés de près à cette musique antique ; je serai donc amenée à citer leurs noms de temps à autre, ayant nécessairement eu recours à leurs nombreux écrits, quil sagisse douvrages ou darticles de périodiques. En ce qui concerne ces articles, je tiens à préciser que je ne les ai volontairement pas cités dans la bibliographie car la plupart dentre eux ne fait lobjet que dune ou deux pages.
La musique dans lAntiquité grecque représente environ dix siècles de musique, commençant véritablement au VIIème siècle avant Jésus-Christ ; cest sur lensemble de cette période que nous allons découvrir la richesse et la variété des instruments, la pratique musicale venant à tout moment embellir le quotidien, sans oublier bien sûr la naissance de la théorie musicale, que les Grecs nous ont léguée. I- Les instruments dans la Grèce Antique Afin de se rendre compte de lampleur et de limportance du rôle musical dans la civilisation grecque, il est intéressant de connaître une estimation qui a été faite : dans lAntiquité, un vase peint sur dix représentait une scène avec un instrument de musique. Aucun autre thème iconographique na jamais atteint cette proportion étonnante ! Hormis quelques cuivres réservés à un usage particulier et les percussions, les instruments prépondérants de la Grèce antique résident dans la lyre et laulos. Ils sont révélateurs de deux civilisations menant une lutte impitoyable : lune nomade et pastorale dont le symbole est la lyre faite de matière animale, associée au culte dApollon, lautre sédentaire et agricole sexprimant par linstrument végétal, laulos de roseau, lié au culte de Dionysos. Il existe naturellement dautres instruments, que jévoquerai après avoir étudié plus en détail ces principaux instruments à cordes et à vent.
Nous venons de citer la lyre comme linstrument à cordes le plus populaire dans lAntiquité grecque. En effet, cest avec elle que les enfants sinitiaient à la musique dès quils avaient appris à lire. Leur cours se déroulait chez un " cithariste ", qui était un professeur de lyre, et non pas de cithare, comme le mot pourrait le laisser croire. De nombreuses poteries représentent des scènes décole, où les enfants tiennent une lyre, assis face à leur maître.
La lyre était un instrument pour amateurs : on en jouait dans les banquets, les fêtes privées, au gynécée. Homère y fait allusion dans le chant XVIII (590) de lIliade : " Au milieu des filles et garçons, un enfant jouait dune claire lyre de façon charmante, accompagnant la belle cantilène quil chantait dune fine voix. Les autres en même temps le suivaient, frappant le sol avec force, poussant des cris en choeur, marquant les pas de la danse ".
Pour comprendre tout dabord comment a été conçu cet instrument, je relaterais brièvement la légende dHermès qui, enfant, inventa la lyre : il ramassa une carapace de tortue, il y adapta deux montants quil réunit par une traverse, tendit une peau de buf sur la caisse ainsi formée et attacha sept cordes sur linstrument naissant. Cette construction se perpétua de lépoque archaïque jusquau déclin de lempire romain. Les parties essentielles de la lyre sont : la caisse de résonance " echeion ", faite dune carapace de tortue. Une membrane vibrante en peau était tendue sur le côté concave, accroissant la puissance sonore de linstrument. deux bras de corne ou de bois, appelés " pecheis " = bras ou " kerata " = corne. Ces bras étaient reliés par un joug en bois appelé " zygon ". les cordes en boyau ou en lin, appelées " chordai ", " neurai ", étaient fixées au " chordotonion ", ou " chordotonos " en bois situé sur la partie inférieure de la caisse. Elles passaient sur un chevalet appelé " magas " et étaient tendues jusquau zygon où elles étaient attachées à des anneaux mobiles de cuir ou de coton ou à des chevilles appelées " kollaboi " et " kollopes ". La lyre primitive avait trois cordes. Celle qui est le plus souvent représentée sur les vases en comporte sept. Une huitième corde fit son apparition au VIème siècle avant J.-C., on suppose quelle a été ajoutée par Pythagore. Le nombre de cordes fut porté à neuf, onze, douze et même quinze. Elles étaient accordées de façon quon puisse bénéficier de plusieurs échelles modales. Les mains de lexécutant se partageaient les cordes : les graves à gauche, les aiguës à droite. Il pouvait jouer avec les doigts ou avec un plectre dos ou de métal. Nous trouvons dans le chant VIII de lOdyssée, parmi les passages faisant allusion aux coutumes musicales, cette citation : " Allons, tous les meilleurs danseurs Phéaciens, à vous de jouer ! Je veux que, navigation, course à pied, chant et danse, notre hôte de retour chez lui, conte aux siens combien nous sommes supérieur aux autres. Quon aille vite et rapporte à Démodocos sa lyre au chant clair, qui se trouve quelque part dans notre demeure. Le hérault alla chercher dans la maison du roi la cithare bombée ". Phorminx fut le nom le plus ancien de la lyre, tandis que la cithare fut un dérivé.
Probablement le plus ancien des instruments à cordes, cette lyre primitive aurait été utilisée par les aèdes, sortes de bardes qui allaient de place en place chanter lhistoire des héros. Elle avait deux bras en corne et formait un croissant dun seul tenant. Homère la cite dans le neuvième chant de lIliade : " Ils trouvèrent Achille en train de se réjouir lâme au son clair dune belle lyre artistement travaillée, qui portait un manche en argent. Avec elle, il se réjouissait le cur, chantant les actions glorieuses des héros ".
Deux variétés existent : la kithara à base plate, plus élaborée et plus perfectionnée que la lyre et qui diffère par sa caisse, sa taille et sa sonorité. La caisse, en bois, largement plus grande que celle de la lyre, produit par conséquent un ton plus sonore et plus plein. Tandis que la lyre fut toujours linstrument privilégié des amateurs, la kithara était surtout jouée par des professionnels. Dans sa forme classique, elle a sept cordes. Elle apparaît au VIIème siècle et elle est associée à Terpandre. Il eut le mérite de laméliorer ou de limposer car elle existait depuis longtemps. la " cithare à berceau ", un instrument plus simple à base arrondie, ainsi dénommée par les savants modernes. Cette dernière pourrait être identifiée à la phorminx. Une cithare de très grande dimension, plus haute quun homme, a été retrouvée dessinée en relief sur un vase hitite. Elle est représentée posée au sol et jouée par deux exécutants simultanés. Ce vase est exposé au Musée dAnkara.
Variante de la lyre mais plus étroite et comportant des cordes plus longues, avec un diapason plus bas. Comportant sept cordes, cet instrument était également appelé " barbiton ". Contrairement à la lyre et ses dérivés que lon portait devant soi, appuyés contre la poitrine, maintenus par un baudrier, la légèreté du barbitos permettait de le porter sur le côté, appuyé contre la hanche et perpendiculaire au corps. Les courtisanes utilisaient souvent cet instrument, facile demploi lors de banquets. A la suite de ces instruments à cordes les plus souvent employés, nous en trouvons dautres, mineurs. Le canon est surnommé " le canon de Pythagore " car son invention lui est attribuée. Cet instrument à une corde sert à déterminer les relations mathématiques entre les sons musicaux (kanon = la règle, la loi). Le monochordon, instrument à une corde, est une copie conforme de ce canon. Lepigoneion fait partie de la famille des psaltérions, qui est le nom générique des instruments à cordes pincées directement par les doigts, sans plectre. Il tire son étymologie du mot " épi ", qui signifie sur ou au-dessus et " goni " signifiant genou. Il est intéressant de noter que cet instrument possède 40 cordes et quil était lun des plus grands de la Grèce antique. Le simikion a sensiblement le même aspect, mais il comporte 35 cordes. Lhelicon est un instrument proche du canon, il est utilisé pour mesurer les accords. Dans son sens figuratif, le mot vient de lHélicon, le mont des Muses. Le magadis, de la famille des psaltérions, comporte vingt cordes, accordées par paires à la même octave. Son sens étymologique signifie " chanter ou jouer en octave ". Certains musicologues le rapproche dune grande harpe qui avait jusquà 35 cordes. Cela permettait de " magadiser " facilement, cest-à-dire de faire entendre deux octaves en même temps. Le nablas dorigine phénicienne comporte douze cordes et se joue sans plectre. Le trichordon possède trois cordes, comme le laisse entendre son nom, mais est également appelé pandoura. Il semblerait que ce soit le seul instrument de la Grèce antique à avoir eu un manche ; il peut donc être associé à la famille des luths. Le trigonon se présente sous une forme triangulaire et peut être assimilé à une harpe. Joué avec les doigts ou avec un plectre, il possédait des cordes de longueurs variées et appartenait à la famille des instruments polycordes.
2) les vents
Dans la Grèce antique, laulos est véritablement le plus important des instruments à vent. On le jouait soit en solo soit accompagné de la voix ou dinstruments à cordes, de préférence la kithara. Aucun instrument de lAntiquité grecque na été représenté avec autant derreurs que laulos. Jusquau milieu du XXème siècle, il a été confondu avec la trompe ou plus couramment avec la flûte. Un contre-sens devenu traditionnel chez les hellénistes non musiciens... En revanche, on comprendra aisément que laulos est un instrument à anche, lamelle élastique en jonc, appelée glottis, glossis ou glossa, qui fait vibrer directement le son que lon émet. Lanche peut être simple ou double. Elle est dite simple lorsquelle consiste en une languette unique (que lon retrouve dans nos clarinettes actuelles) et double lorsquelle est formée de deux lamelles vibrantes pressées lune contre lautre (hautbois ou basson). Laulos se compose donc essentiellement dun tuyau à perce cylindrique dans lequel lanche est sertie, ce qui le différencie de la flûte, pour laquelle le souffle produit est canalisé dans un tuyau. Joués par paire le plus souvent, les auloi (pluriel daulos) prenaient les noms " dauloi-jumeaux " ou de " clarinette-double ". Chacun possédait son propre bec et les tuyaux des deux auloi pouvaient être aussi bien de la même longueur que de longueurs différentes. Laulos simple possédant un seul tuyau était appelé monaulos ou calamaules. Les auloi avaient un certain nombre de trous latéraux appelés trémata ou trypémata. Laulos sest vu attribuer de nombreux autres noms, destinés à rendre ses variantes plus précises : Babybromos = au ton grave et fort Diopos = à deux trous Hemiopos = ayant moitié moins de trous Hypotretos = percé par en-dessous Kalliboas = au son pur Mesokopos = de taille moyenne Paratretos = percé latéralement Parthenios = le plus aigu ou " aulos virginal " Polytretos = à trous multiples Polykampes = très sinueux Polykompos = bruyant, sonore Polymekes = très long Polymeles et Polymelpes = capable dun grand nombre de mélodies Polyphthongos et Polyphonos = tons, sons multiples. Laulos servant aux musiques de défilés et aux marches militaires était appelé embaterios aulos. Un autre aulos, le gingras, dorigine phénicienne fut tout dabord propre aux lamentations et au deuil, à cause de son ton perçant. Puis Platon signale quil servit par la suite aux festivités les plus débridées des banquets ! Pour les aulètes et trompettistes antiques, il était nécessaire de disposer dune grande force physique et dun des accessoires les plus caractéristiques : la phorbeia. Ressemblant à une muselière, elle était constituée de trois pièces distinctes : une large bande de cuir qui enserrait les joues et passait devant la bouche du musicien ; celle-ci était reliée par deux anneaux à une autre sangle, moins large, qui passait derrière la tête de laulète, et à une seconde lanière, qui passait au sommet du crâne. Le cuir recouvrant la bouche de laulète était percé de deux trous qui permettaient le passage des anches.
Cet accessoire nétait pas forcément indispensable, mais très utile. Il facilitait un jeu prolongé à laulète et au joueur de trompette à anche, en lui épargnant une trop grande tension des muscles faciaux. En outre, la phorbeia contribuait à produire des sonorités de meilleure qualité, plus coulée et continue. Bien que peu esthétique, elle permettait également déviter les joues distendues, après des années de pratique. Cest pourquoi les aulètes virtuoses et les trompettistes la portaient lors des concours musicaux où ils devaient faire montre de tout leur talent. Pour eux, lessentiel était de jouer fort pour se faire entendre en toute circonstance et de loin. Les aulètes portaient la phorbeia partout où ils avaient à exercer leur art : au théâtre, dans les concours musicaux, lors de compétitions sportives, en conduisant les soldats au combat et même, à en croire Aristophane, jusquau tribunal : " Un aulète gagne-t-il sa cause, pour récompense, il met sa phorbeia et joue une sortie aux dicastes quand ils se retirent ". Par ailleurs, Annie Bélis a relevé un fait passionnant : les auloi étaient fabriqués sur commande. Les aulètes professionnels formulaient leurs désirs et exigences auprès du facteur dinstruments ; par conséquent, chaque aulos était pour ainsi dire, unique. Cinq à six cents fragments dauloi sont conservés dans les musées, ce qui permet de connaître les matières premières employées. Les plus courantes pour les auloi destinés aux professionnels de haut niveau étaient los, livoire, le bronze et largent. Par contre, pour les musiciens plus modestes, le roseau était de mise, car moins compliqué à jouer et surtout peu coûteux. En guise danecdote, Plutarque raconte quà un moment donné, les os dâne ont été remplacés par les jambes de cerf car les fabricants les trouvaient plus sonores ! Par ailleurs, les auloi ainsi obtenus étaient gainés de bronze et les Thébains furent les pionniers en la matière. Dautres instruments à vent ont existé, mais de même que les instruments à cordes, ils sont en retrait car leur technique na pas été approfondie autant que celle de laulos principalement. On distingue notamment :
Sorte de flûte que les Grecs considéraient comme un instrument " folklorique " de berger. Théoriquement, la syrinx est la " flûte de Pan ", qui consiste en un assemblage de roseaux creux de longueur égale, et plus tard inégale, sans bec, fermés à un bout par un bouchon de cire. On le promène sous les lèvres de haut en bas et lon peut ainsi régler la hauteur. La légende qui a donné le nom à cet instrument est généralement connue, mais on peut la rappeler ici : le Dieu Pan amoureux de la nymphe Syrinx la poursuit dans la plaine dArcadie ; pour lui échapper, Syrinx se noie volontairement dans les eaux du fleuve Lagon, son père. Son âme passe dans les roseaux de la rive et Pan les découpe pour garder le souvenir de sa bien-aimée. Lidée lui vient de les assembler, et cest elle qui revit à chaque son tiré de linstrument.
Trompette droite en métal, munie dune embouchure en os. Elle ne jouait pas plus de rôle artistique que la syrinx. Cétait un instrument dappel, militaire ou religieux, tout comme le kéras, trompette en forme de corne ; leur puissance sonore les rendait peu convenable à lart de lépoque. Plus tard, ces cuivres furent admis aux grands concours, où le musicien qui se faisait entendre le plus loin était reconnu ; le côté musical étaient donc totalement inhibé pour cette catégorie dinstruments. Utilisés pour la danse religieuse et les rites orgiastiques, les instruments à percussion ne sont pas nombreux. Ils sont surtout représentés par les castagnettes, les cymbales et les tambours de différents formats. Nous allons les décrire plus en détail car ces noms là sont nos équivalents français, mais la Grèce antique privilégiait toutes sortes dappellations pour les instruments, dans leurs moindres différences. Les askaros étaient une sorte de claquettes, que daucuns comparent ou identifient à un autre instrument de percussion appelé psithyra. Les cymbala comportaient deux plateaux hémisphériques concaves, en métal. Elles étaient utilisées dans les cultes orgiaques de Cybèle et plus tard de Dionysos, sous les noms de bakyllion ou baboulion. Ces cymbales dorigine asiatique avaient pour diminutif cymbalon = petites cymbales. Echeion était le nom mystique des cymbales dans le culte de Déméter, mais ce mot désigne également la caisse de résonance des instruments à cordes. En outre, le terme echeia fait allusion à des vases hémisphériques de tailles variées, produisant des sons différents lorsquon les frappe avec un bâtonnet. Le discos était un disque de métal ou gong, troué en son milieu et suspendu par une corde et frappé avec un marteau. Les krotala équivalaient nos castagnettes ou claquettes ; on peut comparer le terme " crotales " à des sortes de cymbalettes. Constituées de deux pièces de coquillage, de bois ou de métal creusées, elles produisent un son appelé " rhymbos " ou " rombos " lorsquelles sont claquées lune contre lautre. Les kroupezion sont des souliers ou sandales de bois utilisées pour marquer les temps de la danse ; ce sont les ancêtres de nos claquettes. En général, on fixait une petite pièce de métal à la semelle pour en rendre le battement plus net et plus fort. Le terme " Podopsophos " désignait lhomme qui battait la mesure de son pied. Le roptron était un petit tambour léger consistant en un cerceau de bois sur lequel était tendu un parchemin et autour duquel pendaient de petites pièces de métal, soit notre tambourin actuel. Le seistron que nous connaissons sous le nom de sistre, semble avoir été introduit en Grèce avec les rites des fêtes dIsis, en Egypte. Ce petit instrument à percussion en forme détrier ou de fer à cheval était agrémenté dune poignée. Il retentissait dès quon agitait les tiges garnies de tout petits disques de métal. Aristote raconte que sur les bords de la rivière Escamandros poussait une plante appelée " sistro ", appartenant à lespèce des pois-chiches et dont les graines séchées produisaient, quand on les secouaient, des bruits doux qui, selon la croyance, effrayaient les esprits malins. Le tympanon avait la forme dune boîte cylindrique aux extrémités de laquelle étaient tendues deux membranes. Pendant les rites, les femmes frappaient dessus à laide de leurs mains ; cet instrument est à rapprocher de notre tambour. Jacques Chailley sinterroge, dans son ouvrage La musique de la Grèce antique, sur la connaissance des Grecs par rapport au xylophone ou un instrument apparenté. En effet, certaines illustrations laissent planer un doute quant à la nature de linstrument. Il se peut quun xylophone supposé soit en réalité un métier à tisser ou un autre appareil nayant aucun rapport avec la musique... Après ce panorama des divers instruments employés à lépoque, il semble, dune façon générale, que les instruments à cordes soient considérés comme plus nobles que les instruments à vent, et quils disposent dune variété notable. Toutefois, un instrument musical peut les départager : la voix humaine. En effet, laulétique et la citharistique en se développant et en saffirmant, ont contribué à la formation du lyrisme choral. Les Doriens, en Crète et dans le Péloponnèse furent les premiers à accueillir ces uvres exécutées par des churs, au son de laulos ou de la cithare. Nous reparlerons de la voix lorsque nous aborderons les concours.
II- La pratique musicale dans le quotidien des Grecs 1) les mythesOrphée avec sa lyre chantante entraînait les arbres, et les bêtes sauvages du désert accouraient à ses pieds. Il fut certainement le musicien le plus célèbre de la mythologie grecque. Il incarne le pouvoir de séduction, et cest dailleurs grâce à cela quil descendit aux Enfers pour sauver son épouse Eurydice. Emus par sa musique, Pluton et Perséphone lui accordèrent la grâce quil demandait, à condition quil ne se retourne pas un instant sur le chemin du retour. Impatient de voir à nouveau le visage de son épouse, Orphée faillit à sa promesse et regarda Eurydice avant davoir franchi les limites de lau-delà. Elle fut ainsi perdue pour lui à jamais.Pan , le fils dHermès et dune nymphe, protecteur des bergers et des musiciens, présidaient les danses des nymphes en jouant de la syrinx. On connaît à présent lorigine de cet instrument.Amphion , héros thébain, fils de Zeus et Antiope, ne sintéressait quà la musique. Il vénérait particulièrement Apollon et lui construisait de petits autels. Le dieu, touché, lui fit cadeau dune lyre, et il se mit à jouer avec passion et talent. Cest grâce à ce don quil put semparer de Thèbes avec son frère. Il fit appel à son art de la lyre pour sauver les pierres et les forcer à sassembler en fortifications. Au son de linstrument, les pierres venaient se placer là où il les guidait. En un jour, Amphion acheva à lui tout seul les remparts. Son frère dut convenir quil avait trouvé meilleur maçon que lui pour construire les murailles de la puissante ville aux sept portes : une pour chaque corde de la lyre !Apollon , Dieu de la divination, de la musique et de la poésie, protecteur des muses est en même temps guerrier. Il égaie les festins des Olympiens avec les mélodies incomparables de sa lyre.Dans la mythologie, ce Dieu-archer, maître de la lyre, lança une pluie de flèches sur les Grecs devant Troie, les décimant de ce fléau, jusqu'à ce que sa fureur fut apaisée par des sacrifices et des rituels purificatoires. Apollon donna la lyre aux hommes et fut leur mécène ; sur lOlympe, sa lyre dor divertissait les Dieux. Marsyas était un satyre qui prétendit un jour quil jouait mieux de laulos quApollon ne jouait de la lyre. Un concours eut lieu, et Apollon qui naimait pas les concurrents, ne fut pas déclaré vainqueur. Il tua aussitôt le malheureux satyre. Quant au juge Midas qui présidait le concours, il avait donné sa préférence à laulos, ce qui lui valu de la part dApollon des oreilles dâne.Marsyas avait appris à jouer de laulos sur celui que la déesse Athéna avait jeté, trouvant quil fallait gonfler les joues pour en jouer. Il lavait alors ramassé et était devenu un musicien de grand talent. Les Muses , de leur côté, trouvaient leur place dans les réunions, les festins, les concerts, les réjouissances des Dieux. Toutes jeunes et belles, elles étaient les neuf filles de Jupiter et Mnémosyne ou Mémoire. Chacune dentre elles avait ses attributions,cependant elles manifestaient toutes un intérêt dordre " musical ".
Clio, nom formé dun mot grec qui signifie " gloire, renommée ", était la muse de lHistoire. Elle est représentée sous la figure dune jeune fille couronnée de lauriers, tenant de la main droite une trompette, et de la main gauche un livre. Ses statues tiennent quelquefois une cithare dune main, et un plectre de lautre, parce que Clio était aussi considérée comme linventrice de la cithare.
Euterpe signifie en grec, " qui sait plaire ". Cest une jeune fille couronnée de fleurs et jouant de la flûte, dont elle aurait dailleurs suggéré linvention. Elle présidait à la Musique ; des papiers de musique, des aulos et autres instruments figurent à ses côtés.
Thalie, nom issu du mot " fleurir " en grec, présidait à la Comédie. Cest une jeune fille à lair enjoué ; elle est couronnée de lierre, chaussée de brodequins, et tient un masque à la main. Plusieurs de ses statues portent un clairon ou porte-voix, instrument très utilisé pour soutenir les voix des acteurs dans la comédie antique.
Terpsichore était la muse de la Danse ; son nom signifie " qui aime la danse ". Vive, elle est représentée tenant une harpe au son de laquelle elle dirige en cadence tous ses pas.
Erato, dont le nom vient de " éros " = amour, présidait à la poésie lyrique et anacréontique. Nymphe vive et folâtre, elle porte une couronne de myrte et de roses. De la main gauche, elle tient une lyre, et de la droite un archet. On la représente entourée dun petit amour.
Uranie ( du grec ouranos " ciel ") présidait à lAstronomie. Vêtue dune robe bleue azur, couronnée détoiles, elle est entourée dun globe et dinstruments de mathématiques. Cela souligne la relation de la musique avec ces sciences. Calliope, signifiant " beau visage ", porte une couronne dor. Elle était la muse de la poésie héroïque et de la grande éloquence. Lair majestueux avec lequel on la représente indique sa suprématie parmi les autres muses. Elle est ornée de guirlandes, tient dune main une trompette, et de lautre un poème épique. Certains poètes lont même déclarée mère dOrphée.
Polymnie dont le nom est composé des mots " beaucoup " et " hymnes ", était la muse de la Rhétorique ; Melpomène, du verbe grec " chanter ", celle de la Tragédie ; toutes deux avaient peu de liens avec la musique.
Ces quelques exemples de divinités démontrent quun élément musical plus ou moins développé était toujours présent dans les actes de lexistence, quil sagisse de mariages, funérailles, récoltes, banquets ou autre. En effet, dans la vie des Grecs, le son de laulos menait aussi bien la cadence des rameurs que les mouvements des gymnastes, et il soutenait lélan des troupes marchant au combat. Lexemple des guerres qui se faisaient en musique démontre limportance accordée à cet art : il était interdit de toucher aux musiciens ! On retrouve cette notion lors des vendanges également, car la musique accompagnait tout autant le rythme des saisons. Par ailleurs, aucune cérémonie religieuse (libations, sacrifices, processions, prières collectives) ne pouvait se passer de chants et dinstruments. Aux fêtes religieuses se joignaient les représentations dramatiques et les grandes exécutions chorales. Le sport jouait également un grand rôle, en ayant une répercussion sur la musique : le retour dun athlète vainqueur servait de prétexte à un festival choral, dans sa patrie. Si lon parcourt luvre homérique, nous rencontrons des Achéens entonnant des hymnes, un cortège nuptial donnant loccasion dun morceau chanté à pleine voix, une veillée funèbre, où hommes et femmes se répondent. Par ailleurs, des jeunes gens et des jeunes filles dansent avec des cris à proximité dun vignoble, pendant quun enfant fait entendre une belle complainte. Et puis la nymphe Calypso et Circé la magicienne, devant leurs métiers, se plaisent à chanter ce que lon pourrait appeler des chansons de toile. Les Grecs anciens pensaient que les forces mystérieuses, terribles et invisibles de la nature - et la plus redoutable de toutes : la mort - étaient susceptibles de samadouer sous lempire de la musique. Il est certain que si lon se réfère à quelques divinités citées précédemment, la musique pouvait parfaitement être considérée comme une arme, dont il fallait se servir pour dompter linvisible. Grâce à elle, lhomme avait la possibilité dagir sur les esprits qui lentouraient et sur le surnaturel dans son ensemble. Dans le chant XIX de lOdyssée, nous pouvons relever " A laide du chant magique, ils arrêtaient le sang noir ", ce qui prouve que les poèmes homériques ont conservé des traces de la puissance de la musique. 2) les concours
Afin de déployer leurs talents et de les faire rémunérer, les artistes trouvaient de nombreuses occasions, dont les concours musicaux qui étaient la véritable source pour obtenir réputation et fortune. Ils étaient considérés comme des compléments indissociables de la plupart des grandes fêtes, nationales ou panhelléniques. A lépoque classique, les plus anciens et les plus célèbres sont les Carneia de Lacédémone (676), les Pythia de Delphes (582) et les Panathénées dAthènes où les exercices musicaux napparaissent quen 450 avant J.-C. A lépoque hellénistique, le nombre de concours est grandissant car les concerts ou " récitals " viennent se greffer. Ils sont tantôt payants, tantôt gratuits, offerts aux citoyens par la cité ou par un généreux mécène. Ils ont lieu la plupart du temps dans les temples et les théâtres. Les concours appelés " Pythia " qui se déroulaient à Delphes étaient presque aussi célèbres que ceux dOlympie. Le terme de " jeux " que nous employons couramment aujourdhui, na pas trouvé décho dans lAntiquité ; le mot " concours " correspond mieux à lesprit de ces rencontres qui étaient de réelles compétitions. Célébrées tous les quatre ans, les Pythia comprenaient : des épreuves gymniques : course à pieds de différentes longueurs (course simple de la longueur du stade, course double, course longue), lutte, boxe, pancrace et pentathlon ; des épreuves hippiques : courses montées et courses de chars ; des épreuves musicales : aulos et chant accompagné à la cithare. Au cours du temps, dautres épreuves sajoutèrent telle la course en armes, le nome pythique et le dithyrambe pour les adultes, de même que diverses compétitions pour les jeunes. En ce qui concernait la musique, des catégories enfants/adultes étaient mises en place ainsi quun classement par pratique dinstrument : choreutes, aèdes... Des habits chics étaient de circonstance pour le concours. Par ailleurs, les conditions dadmission exigeaient plusieurs étapes : tout dabord, il était nécessaire de passer un concours pour être sélectionné, ensuite, voir les juges pour savoir dans quelle catégorie jouer, puis en dernier lieu, sinscrire, avant le passage définitif. Pendant les concours, la possibilité dêtre interrompu par les juges au signe de levés de bâtons nétait pas du tout exclue. Cela signifiait que le musicien nétait pas à la hauteur de son interprétation, par conséquent, cela ne présageait rien de bon pour la suite des événements. De plus, le public avait le droit de sexprimer, ce qui contribuait à lexpulsion du musicien qui partait sous les quolibets de la foule. Lun des plus grands titres de gloire dont pouvait se targuer un musicien grec était davoir été " pythionique ", cest-à-dire davoir remporté une ou plusieurs fois, les Concours Pythiques. Cette épreuve, réservée aux meilleurs instrumentistes, imposait lexécution dun morceau appelé le Nome Pythique. Le nome signifie littéralement " règle " ou " loi " ; cest avant tout une mélodie inventée dans le passé le plus reculé et transmise de génération en génération.
Parmi les nombreuses variantes du nome, le plus célèbre restait le nome pythique. Il sagissait dun solo joué soit par un aulète, soit par un cithariste, ou bien encore par un aulôde (chanteur accompagné par un aulète) ou par un citharôde (chanteur saccompagnant lui-même sur la cithare). Un artiste médiocre navait pas les moyens techniques dexécuter le Nome Pythique, cest pourquoi on ne dénombrait que quatre à cinq musiciens qui pouvaient prétendre participer à la compétition. Ce Nome Pythique nétait pas une partition entièrement écrite, cétait en quelque sorte, un " morceau à programme ", en cinq parties, au cours duquel le musicien devait relater les épisodes du combat entre Apollon et le serpent Python, fils de la terre, pour conquérir le sanctuaire de Delphes (doù le nom de la pièce) :
introduction, où le dieu sapprêtait à la lutte provocation : il défiait le serpent engagement du combat prière et danse pour célébrer la victoire dApollon ovation, où le dieu entonnait un chant triomphal tandis que le serpent expirait dans dhorribles sifflements.
Le musicien devait démontrer son talent personnel et sa virtuosité car chaque partie avait ses contraintes mélodiques et rythmiques. Ainsi, dans lépisode final, un bon aulète avait lobligation de monter dune octave et dimiter aussi bien quil le pouvait les grincements de dents émis par le monstre qui était en train de mourir.
Les prix décernés dans ces concours musicaux étaient parfois purement honorifiques, mais le plus souvent consistaient en argent.
A Delphes comme dans les autres grands concours panhelléniques - les Olympia, les Isthmia du sanctuaire de Poséidon de lIsthme, les concours célébrés dans le sanctuaire de Zeus - les vainqueurs qui en avaient les moyens commandaient une ode à un poète spécialisé afin de pérenniser leur gloire. Ils pouvaient également se faire ériger (eux-mêmes ou leur cité) une statue, dédiée à Apollon, ou encore recevoir une couronne de feuillage (de laurier à Delphes, symbole de la gloire dans les arts).
Suivant la notoriété du concours, les lauréats bénéficiaient de la reconnaissance de tout le pays. La possibilité dobtenir un cachet, de former quelques élèves, de donner de petits concerts se négociait à la fin. Il était assez mémorable de se faire signer une dédicace, dautant plus quà lheure actuelle, cest ce qui permet aux chercheurs de retrouver ces traces et de définir sil sagissait de musiciens professionnels ou non, quels concours étaient les plus importants, etc. Des noms de grands lauréats ont été retrouvés, comme dArgos, joueur daulos, qui gagna trois concours, ce qui était extrêmement rare. Pythocrite de Sicion gagna six fois de suite les Jeux pythiques, de -574 à -554.
Dans la période classique, les femmes étaient rarement admises aux exécutions musicales publiques. Il est à noter que deux femmes ont participé aux concours en citharodie. A Sparte, la femme jouissait dune liberté supérieure à celle des autres villes grecques et de leurs churs féminins. A Athènes, ce sont les churs dhommes ou denfants qui se disputaient la palme ; les voix viriles dominaient.
Les virtuoses rivalisaient dans les concours en chantant avec une voix nétoïde, cest-à-dire une voix de ténor (en opposition avec la voix mésoïde du baryton et hypatoïde de la basse), des mélodies écrites dans un registre élevé. Aristote confirme que rares étaient ceux qui pouvaient le faire. 3) les genres de compositions musicales La musique antique comprenait un répertoire bien fourni, de genres quil est nécessaire de distinguer. En effet, ils nont pas tous émergé à la même époque ; cest ce dont nous allons nous rendre compte à présent. La citharodie est le premier de tous les genres par lantiquité et par la dignité (la " lyrodie " a été nettement moins estimée dès son apparition). Cest un solo vocal où le chanteur, qui est souvent compositeur et poète à la fois, saccompagne lui-même de sa cithare. Le citharède professionnel doit posséder une voix de ténor. Il apparaît devant le public vêtu dune longue robe brodée et traînante, une couronne de laurier autour de la tête. En principe, il accompagne son chant en pinçant les cordes de la main gauche ; lorsquil ne chante pas, il accomplit un interlude instrumental avec la droite, aidée dun plectre.
A lorigine, le répertoire varié de la citharodie comportait principalement des fragments de lépopée, mis en musique, que lartiste faisait précéder dun prélude à sa façon. La pièce de résistance de la citharodie est le nome, le grand air de concert consacré à Apollon, que nous avons défini en évoquant les concours.
La citharodie vit le jour dans lécole lesbienne, où les jeunes filles rivalisaient de zèle, bien avant Terpandre. Au Vème siècle, un Lesbien, Phrynis de Mytilène, la dirigea vers des voies nouvelles. " Vers la fin de lAntiquité, elle se confine dans des compositions plus limitées, comme les hymnes plats et monotones de Mésomède " souligne Th. Reinach.
Les chansons damour, les chansons à boire, politiques et satiriques peuvent être rattachées à la citharodie car ces chansons monodiques furent à lorigine accompagnées par le chanteur sur une lyre ou un instrument à cordes similaire.
laulodie, à la différence de la citharodie, requiert le concours de deux exécutants : un chanteur et un joueur daulos ; cest le chanteur qui est ici en vedette, allant même jusqu'à recevoir seul un prix en concours ! Le premier grand maître de laulodie fut un Ionien, Polymnestos de Colophon, vers 600. Laulodie eut ses nomes comme la citharodie, composés à lorigine en hexamètres et surtout en distiques élégiaques. Plus tard, les rythmes libres prirent le dessus. Laulodie nobtint jamais, auprès de la population, la faveur de la citharodie. Laulos sest vu reprocher le fait de couvrir la voix du chanteur, et son caractère lugubre était peu apprécié. De ce fait, laulodie fut enlevée au programme du concours pythique (582), mais elle se maintint aux Panathénées et ailleurs.
Laulétique, solo daulos, provoque un phénomène inverse par rapport à ce que nous avons vu jusqu'à maintenant, à savoir quil est préféré au solo de cithare, et quil est en outre, plus répandu. Des nomes aulétiques anciens dun style solennel ont été conservés dès le IVème siècle. Le perfectionnement de la technique et de la facture de linstrument à vent était une chose mais rien nempêcha les Ecoles denrichir la littérature aulétique dune foule dairs célèbres. Laulétique possédait un répertoire abondamment varié : préludes, interludes, airs de libation, airs funéraires, airs consacrés à la Mère des Dieux, ritournelles traditionnelles pour fêtes, noces et banquets... Le Nome Pythique, ancêtre de la musique à programme, avait une place bien établie au sein des concours daulétique. De son côté, le duo concertant de deux auloi doubles est rattaché au solo daulos, qui obtint une place dans le concours des Panathénées.
La citharistique, solo de cithare à deux parties, ne remporta guère de succès au côté de laulétique. Elle fut surtout remarquée par les ornementations dont elle était capable et par les occasions quelle fournissait à lartiste de déployer lagilité de son doigté. La création de ce genre fut attribuée à Lysandre de Sicyone, qui le perfectionna en créant le duo daulos et de cithare. Stratonicos dAthènes, au IVème siècle, y apporta quelques modifications. Dès 558 avant J.-C., le nome citharistique figura au programme du concours pythique, mais tomba rapidement en désuétude à limage du nome aulodique.
Nous retiendrons donc que les nomes citharodiques et aulétiques furent les formes favorites de lart raffiné.
Les genres de compositions musicales que nous venons de détailler ne sont pas les seuls. En effet, on peut citer le lyrisme choral avec certaines variantes quil comprenait : lhymne et le péan sadressant aux dieux ; le chant processionnel, le chant de deuil, lhyménée, la chanson de table, léloge... Il faut également mentionner les grandes compositions dramatiques, au caractère complexe, dont les origines restent obscures, mais qui empruntent plusieurs genres énumérés ci-dessus. Il sagit notamment de la tragédie et de la comédie, mais aussi du dithyrambe et de son héritier, la pantomime.
III- Léducation musicale
1) notions préalables Nous avons évoqué cette éducation avec la lyre dans un premier temps ; nous la poursuivons à présent avec des principes moraux que les enfants grecs ne pouvaient éviter. Ils avaient, en outre, lobligation dapprendre la musique jusqu'à trente ans. En effet, les musiciens se disaient professeurs et directeurs de morales. Pour eux, la musique était par essence religieuse et elle permettait un contact entre les hommes et les puissances de la Nature. De nombreuses écoles de musique existaient, privilégiant plutôt la tradition orale.
Jusqu'à la fin du Vème siècle, un enfant était confié au maître de gymnastique, et au cithariste, qui lui enseignait le chant, le jeu de la lyre, et de la cithare. Le chant nétait pas tant un plaisir quune nécessité morale. Le IVème siècle voit le déclin du rôle de la musique dans léducation ; la mode est aux sophistes qui prônent une éducation intellectuelle et livresque. Lapparition et lessor de chanteurs rémunérés, joint au développement de la facture instrumentale, marque une profonde Révolution religieuse.
La formation musicale change donc de fin : il ne sagit plus de créer mais découter. Dans la vie privée (pour les mariages, funérailles), il sera davantage fait appel à des chanteurs et instrumentistes rémunérés. Lhomme ne sera plus musicien pour la cité mais pour lui-même parce que la musique possède un principe moral qui forme le caractère.
Cependant, la musique conserve une place importante dans léducation car la lyre et le chant restent les véritables éducateurs des jeunes gens. La " mousikè " grecque nest pas un synonyme exact de notre musique ; elle englobe un champ beaucoup plus large que la musique uniquement. Elle désigne avant tout une activité intellectuelle et physique, que protègent les Muses, en particulier lHistoire, la Danse et la Musique. Dès lors quun enfant apprend à lire, écrire, compter et chanter, on dit quil devient " mousikos ". De même, pendant lart classique, le mot " Poète " implique en général la double qualité décrivain en vers et de compositeur. Ainsi, le mot Poésie ne doit pas être considéré comme léquivalent de Poésie (versification) car il sappliquait non seulement à un morceau de chant mais aussi à la musique instrumentale.En réalité, dHomère à Platon, les principes déducation ont peu changé. Nous trouvons dans lIliade une civilisation guerrière qui place lexercice physique au premier plan de léducation et la Musique au second. Peu à peu, les esprits saffinent. La guerre nétant plus la source principale de revenu, lart martial perdant la primeur, laisse aux activités intellectuelles, à la Musique, le premier rôle dans léducation. Nous savons que dans la Grèce antique, la musique et les mathématiques étaient deux sciences très proches lune de lautre, deux sciences jumelles, et que cest Pythagore (v. 580-v. 500 avant J.-C.), philosophe et mathématicien, qui le premier calcula mathématiquement les intervalles entre les différentes notes dune gamme. Musique et mathématiques étaient aussi liées à lastronomie, et lensemble des rapports entre les nombres régissant les planètes, constituait " la musique des sphères ". Les anciens philosophes grecs attribuaient une origine divine et une signification religieuse à la musique. Ils pensaient que la musique représentait un condensé de lordre et de lharmonie de lunivers, et quen étudiant les caractéristiques acoustiques des intervalles musicaux, ils appréhenderaient mieux le cosmos. Pythagore observa que le son était engendré par le mouvement de lair et quil devenait plus aigu dès que ce mouvement prenait de la vitesse. Il trouva aussi que deux cordes de même épaisseur et également tendues donnent : Ä lintervalle doctave, si lune (la plus aiguë) est la moitié de lautre ; Ä lintervalle de quinte (ut-sol) si les longueurs sont dans le rapport de 2 à 3 ; Ä lintervalle de quarte (ut-fa) si les longueurs sont comme 3 est à 4. Ces rapports sont tous contenus dans le quaternaire 1-2-3-4, qui forme cette " tétrade pythagoricienne ". Jacques Chailley définit un mode comme " lensemble des caractéristiques qui permettent de reconnaître un type dorganisation musicale ". Les Grecs établissaient une octave à partir de chaque note ; daprès ce procédé, ils obtenaient donc les sept octaves possibles, quils appelaient modes ou harmonies. Toutefois, l" harmonia " signifiait pour les Grecs, " une succession bien ordonnée de sons dans un schéma modal ". En effet, ce terme qui représente pour nous plusieurs sons de hauteurs diverses nétait pas perçue de cette manière par les Grecs car ils ne pratiquaient pas couramment la simultanéité des sons. Le plus important dans la Grèce antique était sans doute la gamme connue sous le nom de gamme dorienne, ou mode dorien. Elle représentait lélément fondamental de leur système musical. La musique construite sur cette gamme avait pour les Grecs, un caractère généralement " gai ", cest-à-dire semblable à celui de notre gamme majeure. Le mode dorien était considéré comme le seul, digne des hommes libres et des femmes honnêtes. Les Grecs avaient pour habitude dénoncer la gamme de laigu au grave, quel que soit son point de départ. Pour le mode dorien, constitué par les huit sons compris entre les deux mi, cela donnait : mi ré ut si la sol fa mi. Nous pouvons remarquer que cette gamme était tout à fait symétrique à notre gamme diatonique majeure. Parallèlement, notons quils considéraient les sons graves comme au-dessus des sons aigus. Cela nous amène à réfléchir sur lintuition que nous avons quand nous passons dut à ré par exemple. Il nous semble évident quon " monte ", mais cette impression de montée serait en fait subjective ! Les Grecs estimaient que le ré est plus bas que le ut voisin. Cette réflexion soulevée par Robert Tanner est intéressante, dans le sens où nous serions certainement incapable de changer nos habitudes musicales... Mais laissons cela de côté, et revenons au mode dorien, inscrit au centre du système musical grec, et aux autres modes ayant chacun leurs caractéristiques. On distinguait
au-dessous du mode dorien :
le mode phrygien, compris entre deux ré ; le mode lydien, entre deux ut ; le mode mixolydien, entre deux si.
au-dessus du mode dorien :
le mode hypolydien, construit sur léchelle de fa ; le mode hypophrygien, sur léchelle de sol (appelé aussi iastien) ; le mode hypodorien, sur léchelle de la (appelé aussi éolien). Nous avons vu plus haut que les Grecs préféraient largement le mode dorien, mais ils toléraient tout de même le mode phrygien, qui selon Platon, " sadaptait assez bien aux choses de la vie paisible ". Il apparaît nécessaire de mentionner ici que les Grecs anciens attribuaient aux modes, un caractère particulier (ethos), correspondant à leffusion dun sentiment ou à lexpression dun état dâme, mais exerçant toujours un pouvoir sur le comportement humain. Ainsi, le dorien était franc, viril, majestueux, le phrygien enthousiaste et bachique, le mixolydien pathétique, les modes avec le préfixe hypo étant considérés comme moins actifs que ceux qui nen comportaient pas. On ne sattardera pas en évoquant les théories hautement philosophiques de Platon sur ce sujet, car son point de vue sur les " harmonies éthiques " est assez complexe.
Mis à part lagencement des sons en sept gammes différentes, trois genres de progression mélodique sont caractérisés par lintonation variable donnée aux sons intermédiaires, ou mobiles : le diatonique, le chromatique et lenharmonique.
Le genre diatonique était constitué de sons simples, sans altérations, correspondant par exemple, aux touches blanches de notre piano. Dans le genre chromatique, le 2e et le 6e degré de léchelle descendante étaient altérés, comme si nous ajoutions deux touches noires de notre piano. Enfin, pour le genre enharmonique, certains sons (le 3e et le 7e de léchelle descendante) étaient affectés de valeurs intermédiaires - quart de ton - que lon ne peut reproduire au piano. Le schéma ci-dessous nous permet de mieux saisir les différences de chacun de ces genres.
Pour transposer les divers modes plus haut ou plus bas dans lambitus sonore, lAntiquité employait les tons, qui désignaient les degrés de léchelle générale des sons sur lesquels on établissait le mode. Lensemble tonal utilisé par les Grecs comprenait quinze tons, divisé en trois groupes de cinq. Le groupe central comprenait les tons dorien, iastien, phrygien, éolien et lydien ; le groupe inférieur contenait les mêmes sons affectés du préfixe hypo, tandis que le préfixe du groupe supérieur devenait hyper.
Les types de composition, les moyens instrumentaux et léthos formaient un ensemble déterminant ces multiples distinctions.
4) les rythmes et la notation musicale
Selon les Grecs anciens, le rythme correspondait au principe mâle, tandis que la mélodie représentait le principe femelle. Th. Reinach nous dit dans son ouvrage, que " le domaine du rythme dépasse le règne des sons : il sétend à tous les arts impliquant un mouvement, tous ceux dont leffet se déroule dans le temps, par opposition à ceux qui se développent dans lespace où il est remplacé par la symétrie ". Aristoxène de Tarente, né vers 370 avant J.-C., définit le rythme musical comme étant " un ordre dans la répartition des durées occupées par chacun des trois éléments - mélodie, parole et mouvement corporel - dont lensemble constitue le phénomène musical complet ".
A lorigine, la rythmique se confondit quelque peu avec la métrique. En effet, la musique vocale occupait une telle place que lon retenait principalement laspect verbal du rythme musical. Au fur et à mesure que la musique instrumentale développa ses ressources propres, la rythmique devint une discipline à part entière. Néanmoins, elle conserva de nombreux liens avec la métrique, ce qui la rend particulièrement complexe. Nous tenterons tout de même den évoquer les principales caractéristiques.
Aristoxène adopte comme unité primaire le temps premier qui, dans une composition musicale déterminée, est la durée quaucune mélodie ou parole, quaucun mouvement corporel, ne peut fractionner. Dans la musique vocale, cette durée équivaut à la durée dune syllabe brève. Le temps premier na quune valeur relative : sa grandeur absolue varie selon la vitesse de lair.
Les durées supérieures au temps premier sont appelées durées composées. Quant aux durées rythmiques abstraites, elles sont représentées soit par des sons, soit par des silences ou temps vides. Nous pouvons observer ci-après leur notation et léquivalent dans notre notation actuelle. A limage de la phrase parlée, composée de mots, la phrase musicale est segmentée en plusieurs " compartiments ", remplis par des sons ou des silences : ce sont les pieds ou mesures. Vocale ou instrumentale, la mélopée dans lAntiquité est toujours accompagnée de mouvements corporels rythmés, opérés par lexécutant lui-même ou par un dirigeant spécial, qui aident à la scander. Le geste le plus courant consiste à lever et à baisser successivement le pied. Lélévation se dit levé, labaissement frappé. Les deux ensemble sont comparables à un pas.
Laulète qui battait la mesure dun chur, possédait une double semelle en bois, agrémentée parfois de castagnettes, comme nous lavons vu pour les percussions. Le choc produit par cet assemblage était reconnaissable ; se superposant aux notes du frappé, il donnait une sonorité renforcée qui permet dévoquer un temps fort.
Durant plusieurs siècles, les mélodies se transmirent dun chanteur ou dun instrumentiste à un autre, sans quil y ait de trace écrite, jusquau jour où les musiciens se penchèrent sur le problème de la notation. Le plus grand nombre de détail fut fourni par Alypius, dont nous allons voir la table de notation musicale un peu plus loin. Des inscriptions hellénistiques mentionnent les notations mélodiques ( melografia) et rythmiques (ruomografia) en tant que disciplines enseignées dans des écoles de musique.
Les deux notations en usage entre le début du IIIème siècle av. J.-C. jusquau IVème siècle ap. J.-C. ont été retrouvées. A chaque degré musical dans une échelle donnée, correspondent deux signes. Le premier est valable pour la notation de laccompagnement ou des intermèdes instrumentaux, soit une notation instrumentale, composée de signes spéciaux dérivés dun alphabet archaïque. Le second est employé pour une mélodie chantée, notation vocale, simplement constituée par les 24 lettres de lalphabet ionien, dalpha à oméga.
La notation instrumentale, associée à la danse, a pour noyau une série de seize signes distincts, affectés à des sons fixes, répartis sur deux octaves. Ces signes correspondent tous aux touches blanches de notre piano. Mais O. Tiby dans LHistoire de la Musique souligne, en évoquant la notation, que " les Grecs ont employé les sons correspondant à nos touches noires, et même dautres sons quun clavier ne saurait rendre ".
En accord avec la théorie, lalphabet musical répondait à loctave divisée en vingt-quatre parties, et chacun des seize signes pouvait avoir trois aspects :
dans la position normale, il correspondait au son naturel ; renversé, cest-à-dire tracé comme son image dans un miroir, il correspondait à la touche noire, plus élevée dun demi-ton ; couché, il signifiait lélévation dun quart de ton.
Nous pouvons observer le tableau ci-dessous afin de mieux cerner la complexité de cette notation. Ici, Alypius a prévu 67 paires de signes, qui résultent délargissements successifs du système de notation vers laigu et le grave, couvrant lambitus sol à fa. Les signes de la notation instrumentale sont groupés par trois, à lexception de quatre " cases " regroupant les signes n° 51-43 et 3-1. En effet, on observe que le second et le troisième signes dérivent à chaque fois du signe de base correspondant, ce qui nest pas le cas pour les autres cases.
A posteriori, la notation vocale, associée à la poésie, fut moins bien organisée. Cependant, sur le tableau, lalphabet ionien apparaît clairement au centre de la notation vocale : n° 45-22. En haut et en bas, lalphabet a été employé en tournant ou en modifiant les lettres dune autre façon.
En écrivant la musique, les Grecs, comme nous, traçaient les signes musicaux au-dessus du texte poétique. Les syllabes imposaient leur durée aux sons, cela évitait demployer des signes rythmiques.
Le lien établi entre les écrits purement théoriques et le système très complexe de notation ne serait pas suffisant si des " partitions antiques " navaient pas été retrouvées lors de fouilles. Nous allons évoquer les caractéristiques des trois fragments les plus marquants, qui séduisent inévitablement toute personne attachée à ce sujet.
Au goût des chercheurs travaillant sur la musique dans la Grèce antique, il ny a pas de plus précieux témoin de cette musique ancienne que ce fragment dun chur de lOreste dEuripide. Malgré son aspect délabré et fragmentaire, il sagit dun spécimen de la musique dramatique des Grecs, car cette mélodie composée au Vème siècle avant notre ère, remonterait vraisemblablement à Euripide lui-même.
Ce papyrus rarissime provient de la collection de larchiduc Rénier de Vienne, qui comporte des papyrus datés et non datés en provenance dHermopolis Magna en Egypte.
Lexamen de lécriture permet de situer le papyrus au siècle dAuguste. Ce genre de découverte donne lieu à de multiples discussions entre les chercheurs, qui saccordent à déduire que la notation est vocale, de ton lydien. Leurs avis restent partagés quant au genre employé. Lors de la transcription, le chromatique sera finalement utilisé pour la facilité de lecture mais J. Chailley signale que lenharmonique est nettement plus expressif.
Les signes rythmiques employés sont au nombre de deux :
le signe - qui indique la syllabe longue le point En guise de traduction, Th. Reinach nous propose ceci : " Je gémis, je gémis, en pensant au sang de ta mère, à ce sang qui te rend fou. Une haute fortune na point de stabilité chez les mortels : comme la voile dune barque rapide, un Dieu lébranle et lengloutit dans dhorribles malheurs, funestes, avides, comme les flots de la mer ".
Ils ont été découverts en Mai 1893 à Delphes, par lEcole française dAthènes, lors dune exploration des ruines du " Trésor des Athéniens ". Ce petit édifice, à la fois sacristie, archives, musée du temple dApollon, servait autrefois de lieu de réunion aux ambassadeurs et aux pèlerins dAthènes, lors des fêtes delphiques. Les murs étaient couverts dinscriptions tels des décrets honorifiques, catalogues dambassades et poèmes de circonstance. Ces hymnes étaient donc gravés sur un pan de mur. A lheure actuelle, ils sont conservés au Musée de Delphes.
Les chercheurs ont décrété que les deux hymnes avaient été interprétés lors de deux Pythaïades (138 et 128 av. J.-C.) par le chur des artistes dionysiaques dAthènes, représenté par une cinquantaine dexécutants. Le programme de ces fêtes comportait un ou plusieurs poèmes à Apollon que chantait un vaste chur, accompagné par des citharistes et des aulètes. Ces hymnes à Apollon forment deux longues pièces tout en comportant de sérieuses lacunes.
Le premier est composé de quatre strophes, dont deux en assez bon état, représentant une notation vocale, de mode dorien, sans signes rythmiques. Le second nous restitue dix strophes, qui sont alternativement en tons lydien et hypolydien. La notation est instrumentale, non rythmée.
Dans son ouvrage sur les trois documents de musique grecque les plus connus, Emile Martin nous propose une traduction du deuxième hymne delphique à Apollon. En effet, cest celui-ci qui a retenu son attention car il permet davoir une vue densemble. Il déplore en effet, que la troisième strophe du premier hymne se termine avant la fin. Toutefois, je nen citerai ici que le début, simplement pour que lon cerne le côté poétique de cet hymne. Il sagit du poète qui invite les Muses à quitter lHélicon pour chanter leur frère, Apollon. Il raconte sa naissance et lapaisement que toute la nature en ressentit. " Venez sur cette double cime qui regarde au loin, le Parnasse ami des churs, et présidez à mes chants, ô Piérides, qui habitez les roches neigeuses de lHélicon. Venez chanter le Pythien aux cheveux dor, le maître de larc et de la lyre, Phébus, quenfanta lheureuse Latone près du lac illustre, quand, dans ses douleurs, elle eût touché de ses mains un rameau verdoyant de lolivier ".
Emile Martin raconte que le chercheur Ramsay, qui découvrit cette épitaphe en 1883, à Aïdin, en Anatolie, ne reconnut pas au premier abord les signes de la notation musicale. Ces fameux signes se trouvaient dans les interlignes de cette colonne funéraire de Tralles. Selon Th. Reinach " elle constitue léchantillon le plus complet et le plus lisible qui nous soit parvenu de la notation antique ".
Les archéologues datent cette inscription du 1er siècle après J.-C. Selon eux, lidée dune épitaphe musicale, à cette époque, nétait pas nouvelle. Malheureusement, cette colonne disparut en 1922, dans lincendie de Smyrne, où elle avait été transportée, mais fut heureusement retrouvée en 1957. Depuis 1966 elle est conservée au musée de Copenhague.
Cet épithaphe dun certain Seikilos a fait tergiverser les esprits de tous les chercheurs, car il y a eu beaucoup dinterprétations sur son texte, qui est une notation vocale.
Voici la version dEmile Martin : " Tant que tu vis, brille ; Ne tafflige de rien outre mesure La vie est courte Le temps réclame son tribut ". Emile Martin reconnaît que le ton de ces quatre maximes est " beaucoup plus voisin dun épicurisme modéré que de la conception chrétienne de la vie terrestre ". Il continue en mentionnant que, malgré sa concision, le conseil nen est pas moins clair : " il faut jouir de lexistence et ne pas prendre trop au sérieux les misères dune vie soumise à une fatale brièveté ".
ARNOLD (Denis). - Grèce antique dans : Dictionnaire
encyclopédique de la musique, tome I. - Paris : Laffont, 1988.
BELIS (Annie). - Les hymnes à Apollon, étude
épigraphique et musicale. Corpus des Inscriptions de Delphes, vol. III. -
Paris : De Boccard, 1992. Annie Bélis a écrit de nombreux articles dans des périodiques spécialisés, tels Bulletin de Correspondance Hellénique, Revue des Etudes Grecques, Les Etudes Classiques.
CHAILLEY (Jacques). - La musique grecque antique. - Paris : Les Belles Lettres, 1979. - 219 p. Petit ouvrage qui cerne bien le sujet, en étant très technique. Le but est atteint : celui dinitier toute personne à la musique de lAntiquité. Les chapitres sont illustrés de photos et schémas en noir et blanc. Un lexique des termes musicaux dans la Grèce antique occupe les vingt dernières pages. Lauteur a écrit de nombreux ouvrages sur la musique et publié divers comptes-rendus.
EMMANUEL (Maurice). - Traité de la musique grecque antique dans : La danse grecque antique. - Genève : Slatkine reprints, 1987. Composé de trois parties, cet ouvrage a retenu toute mon attention, grâce aux liens quil établit entre la danse, ou lorchéstique, et la musique dans lAntiquité grecque. La partie intermédiaire qui nous intéresse, située après le chapitre sur la danse grecque antique, et avant celui intitulé " Le rythme dEuripide à Debussy ", comprend 150 pages, séparées en colonnes, à limage dun dictionnaire. (A ce propos, il est intéressant de signaler que Maurice Emmanuel a inséré tel quel, le traité dont il est question ici, dans lEncyclopédie de la Musique de Lavignac). En regard du texte, des schémas et illustrations aident à la compréhension de concepts, pas toujours évidents à saisir ! Lauteur avertit les lecteurs au début de cette partie, qu " elle est écrite pour les musiciens professionnels ". Mieux vaut prévenir en effet.
GEVAERT (F.-A.). - Histoire et théorie de la Musique de lAntiquité. - [s. l.] : Gand, 1875. - 450 p. Composé de deux livres, traitant respectivement de notions générales et dharmonique, cet ouvrage ancien est un des plus complets sur la question. Il aborde toutes sortes de points, expliqués de manière claire et illustrés par de nombreux exemples. Certaines explications sont très détaillées, il ne me semble pas avoir trouvé déquivalent dans un autre ouvrage, doù toute lattention que jattire sur lui. En outre, lédition ancienne est à remarquer par la beauté de quelques planches en bichromie.
LASSERRE (François). - Plutarque et la musique. - Lausanne : Urs Gras Verlag, 1954.
Ouvrage comportant deux parties : la première concerne léducation musicale de lâge de lépopée au VIème siècle, suivie dune ouverture sur léthique musicale ; la deuxième fait état du dialogue De la Musique du Pseudo-Plutarque, tout dabord en grec puis une traduction française et un commentaire du texte nous sont proposés. En fin douvrage, il est important de signaler deux index de grande qualité. Lun indique les passages duvres cités, par ordre alphabétique dauteur ; lautre rassemble les noms propres et matières de façon très précise. Par exemple pour le mot matière " musique ", nous obtenons treize notions qui accompagne le mot principal, nous aiguillant vers des interprétations différentes : musique et courage, musique et enthousiasme, musique et justice...
LOHMANN (Johannes). - Mousiké et logos ; contributions à la philosophie et à la théorie musicale grecques. - Mauvezin : T.E.R., 1989.
Ouvrage établissant une analyse trop étroite, à mon goût, entre la musique et les sciences, (les mathématiques dominant), ce qui rend, pour des néophytes, la lecture difficile ! De nombreux extraits de ce livre ont été publiés dans des revues scientifiques allemandes de musique, dans les années cinquante. Certains dentre eux ont fait lobjet de conférence dans des universités. Un index nominum et rerum figure à la fin de louvrage, démontrant nettement langle mathématique sous lequel il a été conçu.
MARTIN (Emile). - Trois documents de musique grecque. - Paris : Klincksieck, 1953. - 78 p.
Recueil " indispensable " selon certains musicologues français ou spécialistes de musiques traditionnelles, tel Alain Swietlik. Ce livre, issu de la collection Etudes & commentaires, rassemble trois transcriptions commentées : les hymnes delphiques à Apollon, lEpitaphe de Seikilos et le fragment de lOreste dEuripide. Ces trois textes sont particulièrement représentatifs de lancienne musique grecque. Létude minutieuse que fait lauteur de ces précieux documents, est remarquable. Une importante bibliographie se trouve à la fin du recueil ; nous pouvons simplement regretter quelle soit, par la force des choses, antérieure à 1953.
REINACH (Théodore). - La Musique grecque. - Paris : Payot, 1926. - 208 p.
Selon lauteur, " ce livre sadresse surtout à deux classes de lecteurs : les musiciens qui savent un peu de grec et les hellénistes qui savent un peu de musique " ! A mon avis, il a mis en uvre bon nombre de moyens (dont la clarté de ses explications) pour rendre laccès facilité à un sujet intéressant, à un public large. Quatre grands chapitres délimitent les questions essentielles que lon peut se poser sur le sujet, dont deux fondamentales : la mélodie et la rythmique.
TANNER (Robert). - La Musique antique grecque : expliquée par une conséquence de la théorie psycharithmétique. - Paris : La Revue Musicale, n° 248, s.d. - 72 p.
Numéro de la Revue Musicale entièrement consacrée à cette question traitée avec une certaine ambition, à savoir expliciter " les idées et les principaux problèmes relatifs à la musique grecque depuis cinquante ans ". Lauteur sappuie sur des démonstrations théoriques pour mettre en valeur toutes les particularités de cette musique, que nous ne pouvons forcément pas percevoir de la même manière que les Grecs, à vingt siècles dintervalles.
TIBY (Ottavio). - La Musique des civilisations gréco-latines dans : Histoire de la Musique, tome I. - Paris : La Pléiade, 1960. - 73p.
Chapitre très dense de lHistoire de la Musique mais présenté avec une grande clarté. Lauteur passe en revue les éléments techniques (létude des rythmes est très complexe ; elle peut décourager certains lecteurs, venus se perdre dans les méandres de la rythmique grecque antique !) et aborde les différentes formes de la musique qua connues lAntiquité, notamment la chanson. Trois périodes se dessinent : lère préhistorique, légendaire, suivie de deux catastases, situées entre le VIIIème siècle avant J.-C. et le IVème siècle après J.-C.
Cette bibliographie mérite dêtre complétée par quelques titres douvrages dont Annie Bélis est lauteur, mais qui ne sont pas encore disponibles. Bien que leur publication soit étalée dans le temps, elle ma très aimablement transmis ces titres aux noms évocateurs en matière de musique antique grecque :
La musique dans lAntiquité grecque et romaine aux éditions de La Découverte (parution prévue pour fin 1998).
Les musiciens dans lAntiquité grecque et romaine aux éditions Hachette ( à paraître en 1998).
Aristoxène de Tarente : le traité dharmonique aux éditions Les Belles Lettres ( 2 volumes prévus pour 1999).
Contient aussi : lexique des instruments utilisés. - HMA 1901015.
Disponible daprès le catalogue général Classique DIAPASON 1997.
Le disque comporte des textes dAristophane, Euripide, Homère, Mésomède de Crète, Pindare, Térence et compositeurs anonymes, du VIème siècle avant J.-C. au IVème s. après J.-C. Il est important de noter que la première et la dernière uvres sont de G. Paniagua. Dans lordre, nous pouvons écouter :
OEUVRES AUTEURS
Au sujet du Prélude (Anakrousis), Gregorio Paniagua explique quavant de faire résonner la première note du papyrus dEuripide, lAtrium Musicae a commencé lenregistrement par une " explosion sonore qui, à la manière des " Anakrousis " ou préludes, recrée le silence nécessaire pour entrer en contact avec une musique aussi lointaine et inédite ".
Quant au Postlude (Epilogos-Katastrophe), le terme " Katastrophe " prend deux sens : pour Gregorio Paniagua :
- celui quil a en acception musicale, cest-à-dire " le retour au point de repos et à léquilibre axial dune corde de lyre après quelle eût vibré ".
Dans lensemble du disque, on note une alternance de passages très calmes, proches de la méditation et dautres reflétant une colère non maîtrisée. Les nombreux instruments employés sont à lorigine de ces impressions fortes que lon ressent à lécoute de sonorités qui ne nous sont pas familières. On peut souligner également des dissonances peu communes dues à nos différences de registres et de notations musicales en général.
Lorsque la voix est seulement parlée, une sorte de malaise sinstalle car cela évoque curieusement un envoûtement. Une gradation dans le rythme accentue aussi cette impression, pouvant être comparée à un état de transe. Selon les morceaux, une atmosphère de chants grégoriens est bien rendue.
K 617-069.
Disponible à la FNAC sur commande, mais délais relativement longs, ou auprès de lEnsemble KERYLOS, 12, rue de la Comète 75007 PARIS.
De nombreuses uvres se recoupent avec les pièces interprétées par lAtrium Musicae de Madrid, cependant lensemble Kérylos na retenu que les morceaux de musique grecque antique, proprement dite. Il nous propose douze extraits, dont nous connaissons à présent les intitulés.
Ce disque comporte douze extraits de fragments musicaux retrouvés et reconstitués pour être joués par un orchestre. Celui-ci existe, reconstitué également par léquipe dAnnie Bélis, qui a créé les instruments les plus approchants de lépoque. Livret important en français et en grec, avec des illustrations, notamment dinstruments reconstitués. Daprès Alain Swietlik, il sagit là dun " travail très sérieux avec une réalisation instrumentale soignée et satisfaisante ". Linterprétation vocale, quant à elle est assez saugrenue parfois, pouvant aller dun registre très aigu (comme on peut lentendre dans lAjax dEschyle, le morceau le plus aigu du disque) à un chur dhommes relativement grave, démontrant une musique sacrée, solennelle (cf. le Premier Hymne à Apollon).
Par ailleurs, nous pouvons entendre le jeu dinstruments seuls, comme dans lOrestie par exemple (duo de cithares) ou lalternance de récitants et chanteurs, comme en témoigne Mésomède de Crète. Il faut noter la profusion dinstruments, comprenant même des cymbales aux pieds dans les Fragments instrumentaux de Contrapollinopolis.
Malheureusement, il ny a guère que ces deux CD qui puissent donner une image (et une écoute !) relativement correcte de cette musique dépoque. Daprès un spécialiste de musiques traditionnelles, Alain Swietlik, ce sont les deux seules références valables. Les autres, au nombre de deux si lon ne prend pas en compte les rééditions, ne concernent déjà plus uniquement la Grèce antique, étant intitulées " Musique séculaire ", " Musique sacrée ", dirigées vers la musique byzantine. En outre, ils soulèvent, toujours selon A. Swietlik, de graves problèmes de transcription et dinterprétation.
Par ailleurs, il a pu me renseigner sur un point intéressant, à savoir que les CD étaient faciles à trouver il y a quelques années, mais quaujourdhui cétait nettement plus difficile. Certains ne sont plus distribués ou distribués épisodiquement. Cest le cas pour Greek Classics de Petros Tabouris et Orata de Christodoulos Halaris.
Je tiens tout de même à préciser que la Grèce antique a donné lieu à de multiples thèmes qui ont été repris, comme par exemple Orphée de Monteverdi, Liszt, Stravinsky, entre autres ; les Hymnes à Apollon ont été adapté par Fauré... Toutefois, ces arrangements sont trop éloignés de lépoque à laquelle cette musique a véritablement existé. Ils en détruisent la réalité que lon tente dexpliquer et de restituer le mieux possible avec les éléments toujours plus nombreux que nous possédons sur ce sujet.
Lhabitude dentendre par " musique ancienne " la musique de la Renaissance et à la rigueur celle du Moyen-Age est ici contestée: il existe bel et bien une musique antérieure ! Bien que la musique ait été un des arts majeurs en Grèce, elle a indéniablement souffert de sa fragilité pour parvenir jusqu'à nous. Si lon compare la musique sonore à la peinture ou à la sculpture, elle peut être envisagée comme un art fugitif.
Cela étant, cet élément fondamental de la culture hellénique quest la musique grecque, ne laisse indifférent aucun " Ami de lArt " ou de lAntiquité. Cette fascination quelle exerce sur certains chercheurs est tout à fait compréhensible : ils déplorent les pertes irrémédiables dont cette musique a été victime, ce qui les conduit à une envie profonde de la faire revivre, en mettant au jour toutes les découvertes la concernant. De mon côté, en ayant constitué cette synthèse, javoue également mêtre laissée prendre au jeu et passionner par le souci de transmission de cette musique, afin de mieux la faire connaître.
Pour les chercheurs, la musique grecque est un tout. Elle implique aussi bien larchéologie et la papyrologie, que la musicologie et lépigraphie. Cela consiste en une recherche véritablement haletante : découvrir tel ou tel instrument, le dater, le relier à un contexte, le décrire, le comprendre afin de mieux connaître la musique de la Grèce antique et son évolution, jusqu'à la musique romaine.
Nous sommes héritiers de cette pensée antique, qui revient au goût du jour, si lon en juge par lactualité. En effet, la réorganisation du Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines, au Musée du Louvre fin décembre 1997, ne démontre-t-elle pas que cette spécialisation souvre au " grand public " ? Sur 2650 m², ce Département nous offre un panorama depuis la Préhistoire des Cyclades jusqu'à lépoque classique, à travers 3580 uvres. De même, les publications prévues pour cette année sur la musique proprement dite, témoignent dun intérêt nouveau pour ce sujet.
Annexe 1 : Citharode p. 42
Annexe 2 : Papyrus musical dEuripide p. 43
Annexe 3 : Les hymnes delphiques p. 44
Annexe 4 : Lépitaphe de Seikilos p. 45
Annexe 1
Citharode
Amphore du Peintre de Berlin, ca 490 avant J.-C .(New-York Metropolitan Museum of Art)
Annexe 2
Papyrus musical dEuripide
Reproduction du papyrus de la collection archiducale de Vienne (photographie de l'original et transcription des caractères)
Annexe 3
Les Hymnes delphiques à Apollon
Inscriptions du Trésor des Athéniens (reproduites daprès les Fouilles de Delphes : tome III, fasc. 2)
Annexe 4
Lépitaphe de Seikilos
Photographie de loriginal (à gauche) et transcription des caractères (à droite)
Marielle EICHENBERGER Née le 23/10/1977. 10, rue Eugène dHautpoul Permis B. 31 400 TOULOUSE
Tél. 05.61.55.27.05
Sept.-Nov. Médiathèque départementale de la Haute-Garonne, secteur musique. Projet de 1998 mémoire : conception dun lieu de référence sur les musiques de films.
Mars-Avril Bibliothèque musicale-Discothèque de Picpus, à Paris XIIème : travail quotidien 1998 au sein dune équipe gérant le 2ème pôle musical de la ville de Paris.
Oct.1997 à Tutorat documentaire (90 h.) à la bibliothèque de lU.F.R. Lettres & Musique Juin 1998 de lUniversité de Toulouse-Le Mirail : aide à la recherche pour les étudiants.
Avril-Mai Médiathèque Abbaye-les-Bains de Grenoble : mise en place dun service pour 1997 les personnes déficientes visuelles ; prototype dun document sonore.
Loisirs : lecture ; flûte traversière et piano, ensemble instrumental, chorale. Scripte pour court-métrage place du Capitole, le Dimanche 7 Février 1999.
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