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LA RUMBA ZAIROISE
© 1999, Manuel Castejon. PAGE EN CONSTRUCTION La rumba zaïroise, l'un des styles musicaux les plus féconds d'Afrique, et de loin le plus populaire durant ces cinquantes dernières années, a connu les dénominations les plus diverses : jazz africain, jazz congolais, Congo music, musique zaïroise, rumba, rumba congolaise et soukous ... Elle a également subi, au cours de son histoire, les évolutions les plus variées : rumba en 1955-59, kara-kara en 1960-62, boucher en 1964-65, soukous en 1966-68, kiri-kiri, mombette et apollo en 1969-70, ngwabin en 1970. Les plus grands noms du genre sont pour la plupart guitaristes et chanteurs ; ils appartiennent déjà à la légende : Wendo, Grand Kallé, Franco De Mi Amor, Docteur Nico, Verckys, Seigneur Rochereau. C'est à Léopoldville (future Kinshasa), la capitale du Zaïre et à Brazzaville, celle du Congo, que ces musiciens rencontrent leurs premiers succès. Ces deux villes du coeur de l'Afrique jouent un rôle majeur dans la création de la rumba zaïroise qui va dominer pendant plusieurs décennies toute la scène musicale continentale. HISTORIQUE 1. Les pionniers... ou les bases de la rumba zaïroise Il faut attendre le lendemain de la seconde guerre
mondiale pour qu'émerge la musique congolaise. La guitare - qui aurait été intriduite
dans les années 1920 par les Doualamen, surnom donné aux Camerounais au Congo - est son
instrument de prédilection. Le premier musicien congolais célèbre est un
guitariste-chanteur.
2. La naissance de l'African Jazz Joseph Kabasélé (1930-1982), connu sous le speudonyme
de Grand Kallé, électrifie la rumba zaïroise avec Nico Kassanda alias Cocteur Nico, le
plus grand guitariste de l'époque. Les années cinquante voient l'épanouissement de cette musique. Un multitude de groupes lancent chacun leur style et leur danse dans les ngandas, lieux de rencontre, de plaisir et de musique. 3. L'O.K. Jazz de Franco L'O.K. Jazz voit le jour à Kinshasa en 1956; à sa
tête se trouve Franco (François Luambo Makiadi), un guitariste-chanteur qui a tout juste
dix-huit ans et qui deviendra l'une des plus grandes célébrités d'Afrique noire en
imposant, avec quelques-uns de ses compatriotes, la rumba et le soukous. L'oeuvre musicale de Franco est immense et couvre plus
d'une centaine d'albums. 4. L'Afrisa International de Rochereau Le surnom Rochereau de Pascal Tabu Ley (né en
1940) vient du fait qu'il fut le seul élève de sa classe à nommer le défenseur de la
ville française de Belfort, contre les prussiens, au XIXème siècle : le colonel
Denfert-Rochereau. C'est l'époque où Franco et Rochereau rivalisent de talent dans leurs clubs respectifs et optent pour la rumba odemba ou soukous(s), mettant en exergue le sebene, une longue exécution instrumentale qui suit le couplet introductif. Le titre de sa première composition, Besame Muchacha,
qui date de 1956, témoigne des préférences de l'époque lorsque les Congolais
s'enthousiasmaient pour la musique afro-cubaine. Tabu Ley Rochereau, qui a plus de 2000 chansons à son
actif et s'exprime en lingala, est devenu à la fois le patriarche de la musique zaïroise
et une figure populaire respectée et écoutée. Au Zaïre, à l'African Jazz, l'Afrisa International et l'O.K. Jazz s'ajoute l'orchestre Veve, dirigé par Georges M. Kiamwangana dit Verckys, formant une nouvelle "école". En 1959, sur l'autre rive du fleuve, à Brazzaville, naissent les Bantous de la Capitale, avec Nedule, dit Papa Noel et Jean Essous. L'orchestre apporte une nouvelle couleur sonore et invente la rumbe boucher, rythme qui fait danser plus d'une génération de Congolais. 5. La dynastie Zaïko Langa Langa A la fin des années 1960, l'apparition de Zaïko Langa Langa annonce l'émergence d'une nouvelle génération de musiciens zaïrois venus concurrencer les aînés comme Franco ou Rochereau. Le groupe, porté au départ par la voix de Papa Wemba, devient binetôt l'un des plus populaires du pays, puis de la diaspora installée à Bruxelles ou à Paris et constitue le passage obligé de nombreux artistes. Les modes se succèdent, saison après saison. Le
soukous, apparu dès le milieu des années 1960, a vite imposé une identité propre,
parallèle à la rumba. Ce qui fait le prestige de cette musique, c'est la la fascinante fluidité des guitares qui prennent le premier plan, notamment grâce à l'usage typique du "mi-solo" ( un second soliste qui fait office en même temps de rythmicien et de soliste d'appoint) et dans les grandes occasions jusqu'à vingt musiciens et chanteurs ! Zaïko Langa Langa a développé toute une série de
danses à la mode : Cavacha, Choquez-Retardé, Disco, Sonzo-Ma, Tara, Volant, Wachawacha,
Wondo Stock. Après le départ de Papa Wemba, qui crée sa propre
formation, Viva La Musica, en 1976, Zaïko Langa Langa continue à aligner les succès
mais le groupe se scindera pour donner naissance à de nouvelles formations. Zaïko Langa Langa reste l'un des précurseurs du soukouss moderne et a largement contribué à la formidable expansion de ce rythme binaire, repris par l'Afrique tout entière.
6. Papa Wemba : le "Pape de la SAPE" Papa Wemba est le premier à quitter la formation originale de Zaïko
Langa Langa. Après être resté quatre ans dans ce groupe, il lance sa propre formation,
Viva La Musica, en 1976 et devient une véritable star sur les deux rives du fleuve Congo. Il n'est donc pas seulement - grâce aux inoubliables aigus de sa voix -
l'un des chanteurs les plus connus mais il représente aussi pour la jeunesse de
Kinshasa l'idole d'un mouvement qui lie indissociablement musique et habillement.
7. Le Kwassa-Kwassa : Kanda Bongo Man & Pépé Kallé Deux autres "guitarbands" sont devenus célèbres en passant par Paris : celui de Kanda Bongo Man et Empire Bakuba de Pépé Kallé. Kanda Bongo Man, né en 1958, a adapté sa formation aux normes de coûts
européens et a débuté à Paris avec quatre ou cinq musiciens. Pépé Kallé, né en 1951, et son groupe Empire Bakuba eurent beaucoup de
succès avec leur Kwassa-Kwassa à la fin des années quatre-vingt. En 1987, Empire Bakuba
est sacré quatrième orchestre du continent africain par Radio France Internationale et,
en 1989, il reçut les "maracas d'or" de la chanson africaine et antillaise. Le chansonnier de la rumba est particulièrement truculent, comme on peut
s'en rendre compte dans ses nombreux tubes bilingues lingala / français.
8. Koffo Olomide et son Tcha-Tcho Le Tcha-Tcho représente une mode qui propge l'hédonisme, créée par le chanteur-compositeur zaïrois Koffi Olomide. Selon le mensuel Black Music, "Tcha-Tcho serait synonyme de plaisir, ambiance, être à la fois dans le vent et débrouillard". Avec le Tcha-Tcho, Koffi Olomide - qui vient également de Viva La Musica
- a crée le pendant du "SAPE" de Papa Wemba. Pour ses enregistrements, il
choisit les meilleurs musiciens et chanteurs ou chanteuses. C'est ainsi que Rigo Star - un
guitariste très demandé dans les sessions parisiennes et qui avait déjà joué avec
Papa Wemba, Sam Mangwana et Kanda Bongo Man - participe à ses albums.
Jusqu'à la fin des années 1960 où apparaissent des chanteuses menant
une carrière solo, la rumba zaïroise est une affaire d'hommes. Dans les paroles des chansons, les femmes sont objet de convoitise et
partagent avec l'argent la vedette des thèmes. Souvent mise sur un piédestal et adulée,
la femme est parfois objet de critiques pour son infidélité, sa cupidité... Des groupes masculins font alors appel à des vedettes féminines de la
chanson ou bien des chanteuses devenues célèbres font appel aux meilleurs musiciens. Tshala Muana née à Lubumbashi, dans la province de Shaba, devient célèbre avec la vogue du Mutuashi, une danse de la province du Kasaï occidental, que les autochtones dansent à toutes les fêtes. M'Bilia Bel est d'abord danseuse et choriste pour Abeti. Rochereau la fait ensuite entrer dans ses Rocherettes. En quelques années, elle devient chanteuse solo et alterne avec Rochereau ou bien se produit seule avec le groupe Afrisa International auquel elle apporte un nouvel élan, ce qui permet à ce dernier de concurrencer son principal rival Franco. M'Pongo Love, née en 1956 à Kinshasa, est également très célèbre au Zaïre aujourd'hui. Avant de débuter sa carrière musicale en 1976, elle est secrétaire dans une compagnie automobile. Elle meurt le 15 janvier 1990 des suites d'une longue maladie. |