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Page en construction Un dossier qui présente les courants, les labels importants et propose une discographie sélective et critique, permettant de sy retrouver dans les différents styles qui jalonnent lhistoire du reggae. Copyright Manuel CASTEJON, 1998
Des origines du reggae jusqu'à nos jours 1. Musiques jamaïcaines des années 1940 et 1950 : les précurseurs A. Le mento Le mento est une variante du calypso de Trinidad (à l'origine un style de chansons satiriques né au temps des esclaves, où les chanteurs commentent et "croquent" les événements politiques et sociaux). Egalement adaptation crue et salace des vieilles chansons folkloriques anglaises et des airs de marins anglo-saxons, le mento se jouait dans les campagnes où le banjo dominait le son de l'orchestre. Tout comme le calypso, il fut exporté sous forme pasteurisée à l'usage du public américain par Harry Belafonte. Son influence sur le ska et le reggae est loin d'être négligeable : il contribue probablement à l'édification des deux piliers du reggae que sont les styles vocaux et la structure de la ligne de basse. B. La musique rastafarienne Les communautés rastafariennes apparaissent à Kingston au cours des années 1930. Pourchassées par la police jamaïcaine dans les années 1950, elles se reforment dans les bidonvilles et autres ghettos de la capitale. Les rastas prêchent la lecture de la Bible (en particulier de l'Ancien Testament), la reconnaissance comme un dieu vivant de l'empereur d'Ethiopie Hailé Selassié et l'adoration de l'Afrique, terre native où les les descendants d'esclaves retourneront un jour. De nombreux musiciens jamaïcains deviennent alors rastas; leur musique s'imprègne des chants et du langage caractéristique d'une religion qui résiste à la culture et à l'économie de l'Occident qu'ils jugent mercantile, déshumanisé et dépravé et désignent par le vocable "Babylone". Count Ossie, percussionniste auréolé d'un grand respect en Jamaïque, joue un rôle majeur dans le rapprochement des idées rastafariennes et du ska puis du reggae. A la fin des années 1940, il se rapproche de la tradition des tambourinaires Burru -survivance africaine dans la culture jamaïcaine- et crée un ensemble de percussions et de rythmes; sur trois tonalités différentes, ceux-ci contribueront à la naissance de la rythmique reggae. Il apprend les rythmes Burru avec Bro. Job, un maître de cette tradition en voie d'extinction, dont l'origine remonterait aux temps de l'esclavage où les tambourinaires étaient autorisés à rythmer le labeur des travailleurs dans les champs. Le noyau musical est le suivant : - un tambour basse proche de la grosse caisse de fanfare - un fundeh, tambour long et étroit à corps de bois évidé et doté d'une membrane en peau de chèvre, - un repeater de structure semblable mais plus court. Le fundeh et le tambour basse fournissent les fondations rythmiques sur lesquelles brode le repeater. Count Ossie se produit non seulement dans des réunions rastafariennes mais aussi sur des scènes de music-hall. Sa popularité déborde alors les cercles rastafariens pour se muer en une véritable influence musicale. Dans les années 1970, en compagnie de son groupe, The Mystic Revelation of Rastafari -qui pourra compter jusqu'à une vingtaine de membres- il mêle style vocal proche des chants religieux américains, son de cuivres afro-cubains, calypso et jazz le plus moderne par l'entremise du saxophoniste ténor Cédric Brooks. Il laissera un héritage musical incontournable pour tous les artistes de reggae. C. Les sound systems La pratique du sound system, discothèque ambulante qui se déplace à travers l'île en camion, se développe dans les années 1940. Il sert à animer les fêtes, les bals, les grands marchés et se déroule souvent en plein air. C'est une arène populaire où s'expriment, telle une gazette satirique, pleine d'humour et très crue, les deejays. A l'époque, peu de personnes possèdent un électrophone ou une radio alors que le rhythm'n'blues, importé par les marins américains en garnison pendant la deuxième guerre mondiale, connaît un succès sans précédent. Le sound system permet aux habitants du ghetto d'écouter la musique qu'ils aiment, de danser et de se rencontrer. A partir des années 1950, sa popularité grandit davantage et le sound system donne les plus grandes figures de la musique jamaïcaine avec les noms suivants : Sir Coxsone Down Beat (Coxsone Dodd), Duke Reid The Trojan (Duke Reid), Voice of the people (Prince Buster), Home Town Hi Fi (King Tubby). Afin de s'alimenter en 78 tours de rhythm'n'blues, les sonoristes effectuent de nombreux aller-retours entre le sud des Etats-Unis et la Jamaïque. Ils travaillent quelque temps et leurs économies servent à acheter des disques et du matériel de sonorisation. La compétition est particulièrement féroce : afin d'assurer la prédominance et le succès de leur sound system, ils n'hésitent pas à arracher les étiquettes des 78 tours ! Les sound systems et ceux qui les animent, les deejays, représentent deux composantes essentielles de l'histoire du reggae; ils coexistent parallèlement aux groupes de reggae classique tout en influençant au plus haut point son évolution. D. Le blues jamaïcain Vers le milieu des années 1950, une mutation décisive se produit avec l'accélération de l'exode rural, la concentration dans les ghettos de Kingston d'un peuple de déshérités et la diffusion des postes de radio. Par beau temps, les jamaïcains captent les stations de radio noires de la Nouvelle-Orléans ou de Floride. Celles-ci déversent à pleines ondes blues et rhythm'n'blues qui ne tardent pas à devenir extrêmement populaires. De cette vogue naissent des orchestres de blues jamaïcains (JA Blues). Le blues jamaïcains, entouré de musiques traditionnelles et modernes aux rythmes différents, prend peu à peu son indépendance. Les textes se mettent à parler du pays sans pour cela oublier les thèmes d'amour. Lorsque vers 1962, le rhythm'n'nblues joué par les musiciens jamaïcains commence à conquérir ce contretemps si particulier, il prend le nom de ska qui, comme les suivants, est d'abord celui d'une danse. 2. Du ska au rock steady A. Le ska Au début des années 1960, le marché du rhythm'n'blues se fait plus rare. Coxsone Dodd, le producteur des premiers disques des Wailers et de quelques autres créateurs du reggae, explique sa recherche de talents nouveaux par la difficulté qu'il éprouve à importer des disques américains et son soucis de fabriquer, pour compenser, une soul music typiquement jamaïcaine. Les Skatalites inventent un style musical qui influencera largement le reggae : le ska, dont la paternité revient également à Count Ossie et ses musiciens. La particularité rythmique est alors essentiellement marquée par les "pompes" (shuffles) des trombones et des saxophones et, avant tout, par un jeu de guitare saccadé. Par contre, les lignes de basse du blues sont encore respectées. L'île est indépendante depuis 1962 et l'économie se trouve sur une vague ascendante. Le ska est alors une expression culturelle qui reflète l'époque dans laquelle vivent les jamaïcains : c'est une musique de danse rapide et sautillante avec des parties de cuivre échevelées. L'importance du ska est loin d'être négligeable car c'est la première expérience jamaïcaine identifiable. Après la vogue du rhythm'n'blues, il devient extrêmement populaire. Les musiciens de cette période sont de ceux qui jettent les bases du futur reggae. B. Le rock steady Au fil des années, la dépendance vis-à-vis du rhythm'n'blues s'estompe. Au cours de l'été particulièrement chaud de 1966, les danseurs des sound systems ralentissent leur pas de danse. La pulsation est plus lente, plus hypnotique, la batterie moins frénétique et la basse, qui continue de marquer les quatre temps, plus mélodique tandis qu'elle prend de plus en plus le pas sur la guitare. Les textes sont plus engagés que ceux du ska et abordent les thèmes sociaux de façon plus militante. Cette évolution se concrétise avec l'avènement d'une nouvelle danse et d'un nouveau nom : rock steady (rock rigide, rock soutenu). 1968-69 verra l'apogée de ce style auquel participent les Maytals, Desmond Dekker, Derrick Morgan et bien d'autres ... 3. Naissance du reggae Lorsque finalement la guitare basse abandonne la régularité rock pour acquérir ce sautillement espacé, on change le nom pour reggae. Son acte de naissance est dressé par les Maytals sous la houlette de Lee Perry en 1968 avec le simple "Do the reggay". Ce rythme rageur et intense, basse en tête, va conquérir toute la Jamaïque. Le tempo se ralentit encore davantage; le reggae est plus marqué rythmiquement que le ska (cuivres et piano dominent) ou que le rock steady (basse électrique et batterie plus présentes). La guitare basse est un élément fondamental, marquant le contretemps, d'où l'importance et le renom des bassistes (Robbie Shakespeare, Aston Barrett ...), véritables clefs de voûte de toute la mise en place rythmique. La base vocale la plus fréquemment rencontrée dans le reggae à ses débuts est le trio, tout l'art consistant à faire se mêler des voix de différentes tessitures (une voix de tête et deux autres, plus graves) afin de jouer sur les harmonies. Après la visite à Kingston d'Hailé Selassié en 1966, le rastafarisme se développe de manière extraordinaire en Jamaïque. Le mouvement gagne à sa cause les nombreux habitants du ghetto. Le reggae qui naît dans le ghetto va bien sûr s'associer étroitement à cette nouvelle religion. Bien que le message rastafarien mystique soit déjà présent dans le rock steady, le reggae développe encore plus cet aspect dès ses débuts; c'est ce qui en fait sa spécificité : une musique rebelle qui parle des problèmes de vie dans les ghettos de Kingston et transmet, dans un langage de rue, un message contestataire, égalitaire, de respect du peuple noir et de foi rastafarienne. Des textes militants traitent des droits de l'Homme et dénoncent impitoyablement le colonialisme, le capitalisme, la guerre. Mais le reggae est aussi une musique spirituelle qui puise directement dans la bible cantiques et psaumes. Les musiciens, chanteurs ou instumentistes de l'époque classique du reggae sont légion. Ils développent à travers cette musique, non seulement un nouveau rythme, mais aussi une nouvelle philosophie : ganja, retour aux sources africaines, militantisme, spiritualité.
Le reggae recouvre au fil du temps des réalités et des musiques différentes : versions instrumentales dun morceau, reggae aux paroles plus sentimentales que politiques, poésies scandées sur un rythme de reggae ou usage dinstruments électroniques.
A lorigine, dans les années 1970, le DUB (bande instrumentale sans le chant) se trouve sur la face B des 45 tours jamaïcains. Littéralement inventé par lingénieur du son KING TUBBY et développé par Lee "Scratch" PERRY, cette forme musicale se caractérise par une accentuation rythmique lourde et dépouillée, sur une mélodie squelettique, et surtout par des effets techniques et spéciaux qui donnent une nouvelle identité au son : basses saturées, écho, réverbération, delay, phasing, enregistrement de bruits naturels divers, comme des sons de cloche ou des aboiements de chiens .... Les enregistrements DUB sont pour la plupart luvre de producteurs : Bunny Lee, Lee PERRY, KING TUBBY, MAD PROFESSOR... Augustus PABLO est le seul artiste à ne travailler quen DUB. Le DUB, dont la marque de fabrique est une puissance hypnotique, lancinante et répétitive, reste très en vogue aujourdhui, aidé en cela par les innovations techniques des années 1980.
Le talk-over est lart, pratiqué par le deejay, dimproviser des paroles (littéralement "to talk-over") sur des dubs, réalisant ainsi ce que lon a appelé un toast. Une des stars du style sappelle U-ROY. Il commence sa carrière en 1961 dans les sound systems. Cest là que, sur les dubs de KING TUBBY, il se met à improviser des paroles, en y ajoutant toutes sortes de sons allant du murmure au jappement : le succès est fulgurant dans les dance halls. Cest à partir du style de U-ROY que les dee-jays acquièrent un nouveau statut, développant leur art dans les sound systems avec des textes porteurs de messages. Dans les années 1970, les héritiers de U-ROY les plus fameux sont I-ROY et BIG YOUTH, lesquels font partie de cette génération de DJs que lon appelle les gleaners, journaux du petit peuple de Jamaïque, qui commentent lactualité avec des mots directs.
Lappellation, née à Londres au milieu des années 1970, définit un reggae "soft", doux, au rythme moins marqué, qui parle damour et de situations sentimentales et soppose en cela au reggae roots. La figure la plus représentative en est Gregory ISAACS.
Apparus à la fin des années 1970, les dub poets récitent plutôt quils ne chantent leurs poésies sur fond musical, au rythme particulièrement marqué, de dub ou de reggae classique. Cest le genre par excellence de LKJ (Linton Kwesi JOHNSON), arrivé en Grande-Bretagne à lâge de 11 ans. Influencé par le style vocal de BIG YOUTH, il écrit et récite ses poèmes en créole jamaïcain, parlant de la vie quotidienne des noirs dans les banlieues anglaises.
La forme de reggae désignée par ce nom et pratiquée dans les années 1975-1978 correspond à un retour au rythme plus lourd et décomposé et au style vocal feutré du rock steady. Le pionnier du style rockers est le batteur Sly DUNBAR, qui constitue avec Robbie SHAKESPEARE, lune des plus formidables sections rythmiques que la Jamaïque ait produite. Ses représentants les plus fidèles sont les MIGHTY DIAMONDS, les ABYSSINIANS...
Les producteurs sont des personnages-clé dans lévolution du reggae, en particulier à la fin des années 1950, période où lindustrie jamaïcaine du disque prend son essor. A lorigine, ils sont essentiellement des disc-jokeys reconvertis et / ou des commerçants avisés : ce sont eux, en effet, qui disposent de largent nécessaire, ce qui explique que la plupart dentre eux soient orientaux, car ils contrôlent déjà lessentiel du commerce de lîle : Leslie KONG (label Beverleys), Jo HOO KIM (Well Charge). Parmi les labels "historiques", dont le catalogue comporte les enregistrements des plus grands producteurs de lîle, on peut citer :
Le propriétaire du label Studio One, Coxsone DODD, est un des noms clés de la production sans qui le reggae ne serait pas ce quil est. Il débute en tant que petit exploitant dun sound system, The Down Beat où il joue principalement de la musique américaine quil ramène des Etats-Unis. Coxsone DODD a une oreille vive et il est un concurrent féroce. Il cherche sans relâche de nouveaux artistes et de nouveaux sons et, en tant que producteur, découvre la crème des artistes jamaïcains.
Ancien policier reconverti dans la musique, Duke REID entre dans le milieu musical dès la fin des années 1950, avec son sound system, Duke REID The Trojan et devient le rival de Coxsone DODD. Il y passe des disques de RhythmnBlues américain bien souvent introuvables. Il entre dans la production au début des années 1960. Son label, Treasure Isle est réputé pour avoir produit les meilleurs hits de rock steady.²
Island Records, fondé par Chris BLACKWELL, est le premier label étranger à sintéresser et à croire au reggae. En 1993, Island sort un coffret magnifique de 4 CDs intitulé "Tougher Than Tough - The Story of Jamaican Music", loccasion de découvrir les morceaux qui ont jalonné lhistoire de la musique populaire jamaïcaine, de "Oh Carolina" des FOLKES BROTHERS (1960) au même titre par SHAGGY en 1993.
Trojan Records est également fondé par Chris BLACKWELL, en collaboration avec Beat & Commercial, pour la distribution du reggae en Angleterre, lorquil décide de faire dIsland un label de rock. Sous la direction de son associé Lee GOTHPAL, Trojan se taille un quasi-monopole, distribuant jusquà cinquante marques jamaïcaines. En 1972, BLACKWELL abandonne ses parts de la compagnie, ne conservant pour Island que les éléments les plus "progressifs", comme Jimmy CLIFF, TOOTS & The MAYTALS et les WAILERS.
La carrière de Lee "Scratch" PERRY commence avec le ska, dans les studios de Coxsone DODD. Bientôt producteur indépendant avec son label The Upsetter Records, il sattache à produire un son plus parfait, désireux de surpasser les autres producteurs, introduisant des technologies et des instrumentations très innovantes, revendiquant même la paternité du "son reggae". Au début des années 1970, son Black Ark Studio acquiert la réputation de produire un son caractéristique : rythme lent, lignes de basse très amplifiées et tempos très marqués. Lee PERRY produira nombre de hits et de grands noms du reggae, dont les WAILERS à la fin des années 1960, Max ROMEO et, plus tard, de grands deejays comme KING TUBBY, U-ROY, DILLINGER et I-ROY.
En parallèle au travail de Mango ou de Trojan en Angleterre, il existe aux Etats-Unis le label Heartbeat qui propose un véritable catalogue denregistrements jamaïcains allant de la période ska et rock steady jusquau reggae actuel. Agrémentée de superbes pochettes, de textes explicatifs et denregistrements "nettoyés" à partir des matrices originales, la production dHeartbeat est au reggae ce que Blue Note est au jazz !
"Tales of Mozambique" (Esoldun / Mélodie) COUNT OSSIE apprend les percussions avec le maître tambour BROTHER JOB. Il peaufine le style Nyabinghi et devient à son tour un percussionniste rasta réputé. Mélange de jazz coltranien, de lectures inspirées de la Bible et de percussions rastas envoûtantes et lancinantes, "Tales of Mozambique" est un album atypique qui offre une musique incroyablement belle et profonde. Unanimement respecté en Jamaïque, COUNT OSSIE est considéré comme le pionnier de la musique rasta. Sa portée sprituelle et musicale est considérable et on ne peut plus sous-estimer sa contribution à la naissance du reggae.
"Kibir Am Lak" (Esoldun) RAS MICHAEL est une figure extrêmement populaire à la Jamaïque. Son groupe, The SONS OF NEGUS, formé au début des années soixante, est une formation de six percussionnistes ratas, analogues à ceux de COUNT OSSIE, complétés, sur disque et en général sur scène, par certains musiciens de reggae qui hantent les studios. Il a enregistré plusieurs albums -parmi lesquels "Kibir Am Lak"- de ce reggae roots, fruste et puissant, qui peut aisément se passer de laccompagnement électrique. Vétéran parmi les musiciens rastas, il représente un catalyseur extrêmement influent de toute la scène musicale de lîle.
SKA, ROCK STEADY, EARLY REGGAE :
"Freedom Street" (Jet Set Reccords / Culture Press / Mélodie) Avant que le reggae nexplose, KEN BOOTHE fut lun des rares chanteurs jamaïcains populaires à létranger. Son image de crooner pour midinettes la discrédité lorsque le public sest mis au reggae plus roots. Cest un très bon chanteur ayant signé quelques standards du rock steady. Après avoir commencé sa carrière chez Coxsone DODD, il se tourne à la fin des années soixante vers un producteur, Leslie KONG, et enregistre des disques très influencés par la soul américaine. "Freedom Street" est lalbum original que sortit KONG en 1970.
"Action" (Beverleys / Mélodie) En 1967, lors de lémergence du rock steady outre-manche, il est le premier rudie jamaïcain à entrer dans les charts internationaux avec le titre "007 (Shanty Town)". Cette anthologie lui rend enfin justice. Les textes sont servis bien chauds et rythmés sur fond hypnotique et ondoyant de ska puis de rock steady aux temps très marqués par les sons lourds de la basse et de la batterie. Enregistré chez Beverleys sous la férule de Leslie KONG, avec les ACES très inspirés, Desmond DEKKER balance des succès de ses deux premiers LPs : "Unity", "Sabotage", "Dont Blame Me", "Youve Got Your Trouble" et "007".
"Do The Reggae 1966-70" (Attack) Le groupe, un trio vocal classique, se forme dès 1962 et conserve jusque dans les années soixante-dix une place prépondérante parmi les groupes vocaux jamaïcains. Malgré une interruption pendant laquelle TOOTS, le leader du groupe, purge une peine de prison pour possession de marijuana - expérience quil retracera dans sa chanson "54-46 Thats My Number"- le groupe entame une nouvelle carrière avec, entre autres, "Do The Reggay" (1968), le premier morceau à employer le mot reggae.
"Time Marches On" (Heartbeat) Influencé par Fats DOMINO alors quil nest encore quun adolescent, il débute très jeune dans la chanson, avec un premier hit "Fatman", que lon retrouve sur "Time Marches On". En 1962, il commence à être produit par Leslie KONG et obtient presque aussitôt de très gros succès. Ceci sest poursuivi avec le rock steady et le reggae. Sa voix puissante tout autant que sa faculté dadaptation lui ont permis de rester une figure de premier plan.
"The Prophet" (Esoldun) Il démarre sa carrière dans le sound system de Coxsone DODD pour bientôt ouvrir le sien, baptisé Voice Of The People. Il est le premier, semble-t-il, à avoir eu lidée vers 1962 de faire presser en grande quantité et de mettre dans le commerce des disques enregistrés jusque là pour le seul besoin de son sound system. Ayant monté son label, il entreprend de produire divers chanteurs, mais cest avec ses propres instrumentaux quil devient une vedette du ska, puis du rock steady et du reggae. Il a ainsi à son actif un nombre prodigieux de hits.
"Tribute To The Ska-talites" (Esoldun / Mélodie) Au début des années soixante, ils deviennent le groupe maison de Coxsone DODD et font les beaux jours du ska en accompagnant la plupart des chanteurs quil produit. Devenu le plus grand groupe de ska instrumental, les SKATALITES signent un nombre respectable de hits dont "The Guns Of Navarone" en 1965. Les éléments les plus célèbres sont les saxophonistes Roland ALPHONSO et Tommy McCOOK ainsi que le fameux tromboniste Don DRUMMOND, mort dans un hôpital psychiatrique en 1969.
"Satta Massagana" (Heartbeat) The ABYSSINIANS est un trio vocal d'inspiration rasta, formé en 1968 par les frères MANNING et Bernard COLLINS. Leur style extrêmement personnel en fait l'un des groupes les plus importants de la Jamaïque. Leurs harmonies très pures et envoûtantes sur un tempo lent ont donné quelques joyaux comme l'hymne rastafarien "Satta Massagana" (chanté en partie en langue amharique) lequel deviendra un standard du reggae.
"Social Living" (Blood & Fire/Night & Day) Winston RODNEY, dit BURNING SPEAR, est indéniablement le musicien jamaïcain qui perpétue de la façon la plus authentique l'héritage musical et spirituel du reggae roots. Sa musique est hypnotique, intense révoltée. Rasta fervent, il ne cesse, depuis ses débuts, de propager les idées du prophète jamaïcain Marcus GARVEY. "Social Living" est la réédition d'un grand classique, sorti jadis sur Island Records sous le nom de "Marcus Children". C'est un album merveilleux et unique. Le chaman de St Ann s'y abandonne dans un reggae foisonnant, sensuel, surprenant pour celui qui nous avait habitué au dépouillement mystique.
"The Harder They Come" (Mango) Jimmy CLIFF signe chez Leslie KONG pour le label Beverley alors qu'il n'a que 14 ans. Il débute avec le ska ("Miss Jamaïca") et représente, jusqu'à l'avènement de Bob MARLEY, le chanteur le plus populaire de la Jamaïque. Il est un de ceux qui ont popularisé reggae et idées contestataires. En 1972, il est la vedette du film "The Harder They Come" ("Tout tout de suite"), dont est tirée cette bande originale, et où il immortalise les rêves de la jeunesse jamaïcaine.
"Heart Of The Congos" (Blood & Fire/Night & Day) Cédric MYTON et Roy JOHNSON ont connu les éloges et la reconnaissance de leurs pairs en même temps que Bob MARLEY, mais n'ont pas joui du même sort médiatique. Revendiquant leur appartenance à la lignée des Congos déportés d'Afrique vers les Caraïbes, ils pratiquent inlassablement ce langage politico-religieux qui mélange la critique sociale et l'espoir rastafarien dans le retour à la terre promise. Coproduit par Lee PERRY, le son acoustique très roots et le chant à l'unisson des churs créent un climat plus rituel, contrastant parfois avec le contenu social des thèmes.
"Right Time" (Greensleeves) La vague des rockers a fait des MIGTHY DIAMONDS, formés en 1969, un des trios vocaux les plus populaires de la Jamaïque. "Right Time", enregistré en 1976 avec les REVOLUTIONARIES, musiciens du studio Channel One, est un disque très représentatif des productions rockers, avec un reggae feutré, légèrement en arrière des sublimes harmonies vocales du trio.
"The Upsetter" (Trojan) Personnage démesuré, hors du commun, dont l'influence sur l'évolution du reggae depuis 1967 a été primordiale. Lee PERRY est considéré comme le Phil SPECTOR jamaïcain, car il a complètement révolutionné le traitement du reggae en studio. En 1968, il enregistre un disque de représailles intitulé "The Upsetter" où il raconte ses démêlés financiers avec son ancien employeur Coxsone DODD. En 1969, il commence à enregistrer une longue série d'instrumentaux dont les titres sont souvent inspirés des western-spaghetti de Clint EASTWOOD dont on retrouve les plus fameux sur cet album.
"War Ina Babylon" (Mango) En 1968, Max Romeo devient célèbre avec "Wet Dream", qui fut un hit en Angleterre, malgré la BBC, et reste le plus célèbre des "rude records" pornographiques. Mais, dès 1971, il se politise, adopte la foi rastafarienne et devient un des plus fins et plus lucides songwriters jamaïcains. En 1976, Lee Perry produit l'intégralité de son album le plus connu "War ina Babylon", signé par Island.
"Reggae Greats" (Island) Groupe jamaïcain né au début des années soixante-dix, sur l'initiative de Michael Cooper (chanteur et pianiste) et de Stephen Coore (guitariste, bassiste et harmoniciste de session). Ils s'associent à Richies Daley (bassiste) et trois membres de la formation originale de Inner Circle. Bien que populaires, ils sont contestés à la Jamaïque parce qu'ils pratiquent un reggae mâtiné de funk, de soul et de rhythm'n'blues. Ils sont les auteurs de plusieurs disques signés avec Island, dont "96 degrees In The Shade" (1977).
"Time Tough (The Anthology)" (Island Jamaica) Cette anthologie regroupe 42 titres remontant jusqu'aux années soixante avec notamment l'incroyable morceau d'ouverture "Six And Seven Books Of Moses". La voix soul de TOOTS EST PUISSANTE. Sur un tempo qui ralentit au fil des ans, du ska au rock steady puis au reggae, cette voix fait des miracles, aussi bien sur des reprises d'Ottis Redding (chanteur de référence pour le leader des Maytals) que sur des créations originales prises dans des albums aussi fameux que "Funky Kingston" et "In The Dark" (1975), "Reggae Got Soul" (1976) ou "Toots Live" (1980).
"Legalize It" (CBS) Considéré comme l'alter ego sombre et violent de Bob Marley; Peter Tosh quitte les Wailers en 1975 et entame une carrière solo. La même année, une descente de police chez lui (qui lui vaut un passage à tabac) inspire son hymne "Legalize It", sorti sur l'album du même nom en 1976 et interdit de radio. A bien des égards, ce disque est le plus dans la lignée du reggae dur des Wailers de "Catch A Fire" et "Burnin'".
Entre 1962 et 1971, Leslie kong produit la plupart des artistes jamaïcains sur son label Beverley's, mais c'est sur les années 1969- 1971 que se focalise la compilation "Leslie kong's Connection". Période charnière -entre rock steady et le reggae- où les influences soul se font nettement entendre. La voix semble être l'instrument le plus important, que ce soit les Melodians ("It took a miracle"), les Pionneers, les Maytals ou bruce Ruffin.
En 1967, deux labels se partagent la crème de la musique jamaïcaine : Studio One (Coxsone Dodd) et treasure Isle (Duke Reid). L'essentiel des trésors du rock steady et des débuts du reggae se trouvent là. Treasure Isle était au reggae ce qu'à la même époque Atlantic ou Stax étaient à la soul. De 1967 à 1973, le reggae est plus soul que rastafariste. Ce disque est le témoin de quelques épisodes ordinaires du génie jamaïcain, une compilation d'artistes méconnus mais solides. On reconnaîtra les noms de U-Roy, des Gladiators, de phyllis Dillon, des Paragons ou des Jamaicans.
"Showcase" (Culture Press / Mélodie) Produits par Bunny Lee, les treize titres de cet album ont été enregistrés entre 1976 et 1978 dans le studio de King Tubby, dont on reconnaît çà et là le coup de patte dub ("Channel One Crush"). Ce sont pour la plupart des riddins classiques comme "In Cold Blood" ou "The Ranking King" arrangés à la sauce des Aggrovators et complétés par Tommy McCook et Bobby Ellis pour les cuivres.
"Dreadlocks dread" (Virgin) Big Youth est l'un des principaux héritiers du style U-Roy. Ses paroles, d'une violence contenue, traitent de justice sociale et raciale, souvent mêlées à des prophéties à résonnances bibliques. Le rythme des percussions qui soustend son style est directement hérité de celui des grounations (assemblées rastafariennes).
"Don't Check Me With No Lightweight Stuff" [1972- 75] (Blood & Fire / Night & Day) Dans la généalogie des DJ's, I- Roy vient juste après U- Roy. On serait tenté de penser qu'il s'agit d'une pâle copie de l'original, la réalité est bien différente. Cette compilation couvre la période 1972- 1975 pendant laquelle I- Roy règne véritablement en maître sur le monde des sound systems, notamment celui de King Tubby, et enregistre pour presque tous les producteurs locaux.
"With A Flick Of My Musical Wrist" [Jamaican Deejay Music 1970- 1973] (Trojan / Musidisc) U- Roy imposa la vogue des disques de talk-over et en fit un genre en soi. Personnage charismatique et énergique, il devint rapidement le DJ le plus populaire de l'Ile, grâce à une longue série de hits, utilisant essentiellement comme base des titres assez anciens de rock steady ou même de ska. Cet album donne à écouter une quinzaine de titres interprétés par U- Roy et ses amis (Big Youth, Ken Boothe, I- Roy, Prince Jazzbo...). Un voyage au pays de l'improvisation vocale.
"Dub Gone Crazy" [The Evolution Of Dub At King's Tubby's 1975- 1979] (Blood & Fire / Night & Day) Figure légendaire, producteur et propriétaire du studio qui porte son nom, King Tubby est considéré comme le pionnier du dub, qu'il créa en utilisant au maximum les ressources des aigus et de l'écho sur son sound system, dont U- Roy était le DJ. Sur l'album "Dub Gone Crazy", King Tubby est au sommet de son art, où la magie se le dispute à l'hypnotique et où le son semble énorme, envahissant, comme gonflé à bloc.
"Cry Tuff Dub Encounter Chapter 3" (Pressure Sounds / Musidisc) La réédition du " Cry Tuff Dub Encounter Chapter 3" permet de boucler le puzzle dub de Prince Fari. Ces huit plages ont été enregistrées au studio Channel One (Kingston) avec son groupe The Arabs et mixées à Londres. Elles constituent dans la deuxième moitié de années 1970 la première arche du pont reliant la source du dub à sa nouvelle place forte, l'Angleterre. Le flambeau traversait l'Atlantique.
"King Tubby Meets Rockers Uptown" (Pablo Music) Augustus Pablo, au début des années soixante- dix, produit un dub très personnel, inventant son instrument, le mélodica. Multi- instrumentiste, virtuose du mélodica et producteur de talent, c'est le roi du dub grâce à des enregistremets à la fois torrides et ouatés. Dès 1969, il enregistre un hit avec "Java". Il travaille ensuite avec le légendaire King Tubby, que l'on retrouve sur cet album.
"Beware Dub" (Roir Europe) Vivian "Yabby You" Jackson est percussionniste et chanteur. Sa voix grave et profonde renforce la mystique de ses textes. "Beware Dub" est son premier album de dub. Enregistrés au studio Channel One et mixés chez King Tubby, les dix titres se jouent de la complexité rythmique du reggae des années soixante- dix, tout en invitant Tommy McCook (Skatalites) et son sax, ou les percussions de Skully qui amplifient la densité du message.
"Forces Of Victory" (Mango) LKJ est le principal représentant de ce que l'on appelle la dub poetry avec les poètes Mutubaruka et Oku Onuora. Influencé par les grands toasters jamaïcains (U- Roy, Big Youth) et le ska des années 60 (Prince Buster, Skatalites), il commence à allier poésie et percussions rasta vers 1973. Figure extrèmement engagée, LKJ défend dans ses textes la dignité du peuple noir, l'égalité raciale et sociale. Il pratique une poésie dub puissante où sa voix grave s'allie à un tempo très lent.
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