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Retour au sommaire d'avril 1998LE PROCHAIN PRIX NOBEL DE BIOLOGIE HABITERAIT-IL RUE D'ORCHAMPT ?
Il y a à Montmartre, au 75 bis de la rue d'Orchampt, un homme étrange qui exerce l'honorable profession de biologiste. M. Colin de la Brème, à peine plus que quinquagénaire, a derrière lui une déjà longue et quelque peu sulfureuse carrière : il fut un des plus jeunes enseignants dans sa spécialité au Massachusset Institute of Technology (MIT), on dit qu'il en fut chassé, il enseigna ensuite à Cologne (Allemagne), à Livourne (Italie), à Stockholm (Suède) et dans quelques autres lieux où il ne resta jamais bien longtemps. Ce n'est pas un hasard si sa prédilection s'est toujours portée sur des villes d'eau, cet inventeur de génie s'est longtemps intéressé aux poissons. En 1989 il obtenait par manipulation génétique - il préfère parler de génie génétique - le premier poisson "akoprique" ; c'est-à-dire un poisson dont l'appareil digestif était devenu si performant qu'il pouvait assimiler la totalité des aliments ingérés et qu'il ne produisait donc aucun déchet, aucune déjection ! L'invention, hors d'un cercle restreint de spécialistes, est passée presque totalement inaperçue, elle intéressait peu de monde. Les déjections des poissons sont rapidement assimilées par le milieu et ils constituent même un élément important des chaînes écologiques. Leurs urines ne troublent généralement pas l'eau. Bref, les poissons akopriques n'avaient que peu d'intérêt dans un monde moderne caractérisé par une vie principalement terrestre, pour ne pas dire urbaine.
Invention du pigeon "akoprique"
Monsieur de la Brème - il dit ne pas tellement tenir à sa particule - n'est pas homme à se laisser décourager par si peu. Malgré l'adversité il est toujours resté convaincu que l'akoprisme ( mot composé du préfixe privatif a et de kopros : excrément en grec ) avait un bel avenir, y compris au plan économique. Dans son petit laboratoire de Montmartre, il a jour après jour, nuit après nuit, avec parfois le secours d'une bouteille de Muscadet, poursuivi un travail acharné. Sa ténacité semble avoir été récompensée puisqu'il vient de déposer le brevet du pigeon akoprique ; un pigeon obtenu par implantation dans un de ses chromosomes d'un gène de poisson modifié. Depuis, la vie de Monsieur la Brème est bouleversée, son téléphone n'arrête pas de sonner, il reçoit des sacs de courrier, les puissants le courtisent, le monde entier le veut pour ami. C'est que les enjeux sont énormes.
Les déjections de pigeons sont souvent ruineuses pour les capitales. Certaines villes parmi les plus prestigieuses engloutissent chaque année des fortunes pour nettoyer, entretenir ou restaurer les monuments agressés par les fientes de ces columbidés. La seule protection du palais des doges de Venise se chiffre en millions de dollars sans que les résultats répondent aux espoirs ni aux investissements. Des millions de francs sont dépensés chaque année par des citoyens, parfois pauvres, pour le nettoyage d'un tailleur ou d'un pardessus.
Deux millions de francs par unité
M. Colin est bien conscient de la portée de sa découverte, il envisage même d'entreprendre la mise au point de chiens akopriques par transfert de gènes de pigeons mais, scientifique avant tout, il sait garder la tête froide. On verra en temps opportun, on n'hésitera pas à négocier l'invention au plus haut prix mais il faut d'abord procéder à quelques améliorations. Un pigeon akoprique produit en laboratoire coûte la bagatelle de deux millions de francs, aucune capitale ne peut protéger ses monuments à ce tarif-là. La solution réside bien entendu dans la reproduction naturelle de ces volatiles avec l'espoir que l'espèce modifiée sera suffisamment conquérante pour éliminer ses cousins naturels. Las, les pigeons akopriques, les mâles aussi bien que les femelles se montrent jusqu'à ce jour exclusivement et résolument homosexuels !
Lou P. Scadù Traduit du roumain par Nepa Frescù
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