L'histoire de la guitare
On fabrique aujourd'hui des guitares destinées à des
musiques spécifiques: la guitare de jazz, à la caisse
echancrée, permet d'atteindre les notes aiguës du haut du
manche.
Ces guitares peuvent être amplifiées par des micros.
Elles restent cependant acoustiques car elles ont une caisse de
résonnance, par opposition aux guitares éléctriques qui,
elles, sont munies d'un corps plein. La guitare éléctrique est
aussi appelée solid body
La guitare folk, appelée à jouer en plein air, est
massive et plus profonde afin de gagner en puisance. Elle est
parfois montée de six cordes doubles, plus communément appelée
la douze courdes.
On connait l'histoire de la guitare acoustique mais nous allons voir la guitare électrique à ses débuts.
Depuis 1910, la radio se développait grâce aux premiers postes à galène. Quelques années plus tard, les labaratoires de la compagnie Bell mettaient au point le premier microphone. Il devenait possible d'enregistrer, de transmettre et de reproduire des sons sous forme d'ondes électriques. Un micro, un ampli, un heut-parleur et n'importe quelle voix de basser pouvait couvrir un hall de gare. Pourquoi ne pas appliquer la recette à la guitare, se dit en 1923 un certain Lloyd Loar. Cet ingénieur travaille alors chez Gibson, une des principales fabriques américaines d'instruments de musique.

Les premiers prototypes voient le jour les années suivantes à l'usine de Kalamazoo (Michigan). Principe:un petit microphone collé sous la table d'harmonie recueille le son de la guitare puis le transmet, via un câble, à l'amplificateur. Sur le papier, cela marche. Mais bonjour la douche froide à la première écoute! La guitare ainsi amplifiée sonne comme un concert de casseroles passé à travers un décodeur Canal Plus. En attendant de sérieux progrès sur les microphones, les recherches sont abandonnées.
Il faut attendre 1931 pour qu'une guitare électrique soit commercialisée. Le premier fabriquant à se lancer dans l'aventure est un Californien immigré en Suisse, Adolph Rickenbaker. L'histoire ne sera pas ingrate, Rickenbaker est aujourd'hui encore l'une des marques les plus prisées des guitaristes. Le modèle initial, mis au point par un musicien, Georges Beauchamps, et un ingénieur, Paul Barth, est loin du design des futures stars de rock n'roll. L'objet est baptisé "Frying Pan" (poêle à frire) en raison d'un look qui semble le prédisposer à la confection de la paëlla.
La conceepetion de la Frying Pan est cependant révolutionnaire. Contrairement au prototype de Lloyd Loar, la poêle à frire fait sa cuisine sans caisse de resonance. Son microphone transforme les vibrations mécaniques des cordes en électricité. PLus besoin de résonateur, la guitare est alors toute plate. Aujourd'hui, la "Frying Pan" s'admire au musée Rickenbaker de Santa Anna.
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Ce principe va subsister, tout en étant amélioré. De fil en aiguille, la barette magnétique des premiers microphones est remplacée par 6 petits aimants. Pour que le son soit plus puissant, la bobine passe de 4000 à plus de 10000 tours. Dans les années 50, on place deux bobinages au lieu d'un. Ce système, appelé "Humbucking", réduit le bruit de fond, le souffle qui pollue le son pur et originel des cordes...
Mais revenons à Ted. Avec la poêle à frire, le voilà enfin capable de se faire entendre dans sa formation de jazz. Pourtant lui comme la plupart de ses collègues dédaignent cet instrument bizarre. Habitué à appuyer son coude sur une caisse aux hanches rebondies, Ted ne sait comment se saisir de ce drôle de bout de bois. Seuls les amateurs de guitare Hawaïenne, s'expriment assis, l'instrument posé à plat sur les cuisses, adoptent la création d'Adolph Rickenbaker. Les joueurs de jazz vont attendre l'arrivée d'une guitare de compromis, équipée de microphones à barettes et d'une caisse de résonnance plus petite. Ces guitares "électroacoustiques" ou "demi-caisse" sont reconaissables à leurs 2 ouïes en forme de "f" très effilé.
Première demi-caisse, l'Electro-Spanish 150 de Gibson sort en 1938. Avec elle, Charlie Christian pose les premiers jalons de la guitare moderne dans l'orchestre de Benny Goodman. Deux ans plus tard, le guitariste meurt de la tuberculose mais grâce à lui, la guitare électro-acoustique a fait son entrée en force dans le jazz. Ted désormais fanfaronne, au grand dam de ses collègues qui trouvent ses solos un peu envahissant. Qu'importe, le public appécie. Après la seconde Guerre mondiale, on retrouve Ted et son instrument dans les orchestres be-bop.
A la fin des années 40, de nombreux luthiers relancent la guitare plate dans le style de la poêle à frire. Les musiciens de la Country music prennent le pas. La première "planche", comme la surnomme ses détracteurs, est fabriquée en 1948 par Paul Bigsby pour le guitariste Merle Travis. Mais le vrai succès commerciale de la guitare pleine, solid body en anglais, revient à Clarence Leo Fender, qui lance en 1950 la Broadcaster.
Cette guitare est sobre, ses lignes sont belles, et elle est simple à fabriquer en grande série. Vite rebaptisée Telecaster, elle va faire les beaux jours d'une musique rebelle qui pointe le nez : le rock n'roll. Des Shadows à Elvis Presley en passant par les Beatles, la Telecaster en devient l'engin emblématique. Recors de longévité, elle est encore fabriquée aujourd'hui.
En 1954, Leo Fender récidive avec l'arrivée de la grande soeur de la Telecaster. Superbe innovation, la Stratocaster est équipée d'un vibrato, sorte de tige métallique accrochée au cordier. En appuyant dessus, le guitariste fait varier la hauteur des notes.

Alors leader sur le marché des guitares électro-acoustique, Gibson se sent menacé par Fender et contre-attaque avec l'aide d'un guitariste, bricoleur fou, qui donnera son nom à sa première solid body : Les Paul. Suit toute une collection de guitares électriques, Les SG, Flying V, Explorer...qui font le bonheur de Junior, guitariste yéyé et fils indigne de Ted. Ce dernier porte en effet sur cette musique de zazou le regard écoeuré du grand couturieur sur le mode "grunge". Le pauvre Ted n'a encore rien entendu!
Vers la fin des années 60, Jimi Hendrix, ancien GI fraîchement revenu de l'enfer du Viêtnam, fait vivre à l'instrument sa seconde révolution. Non content de jouer avec ses dents ou la guitare dans le dos, il pousse les boutons de son amplificateur "à donfe!". Pour poivrer le tout, il torture le son de sa Stratocaster à l'aide d'un tas de boitiers électroniques. Véritable félé des décibels, Hendrix est également un guitariste surdoué. Résultat : toute une génération suit les traces du maître. Les pédales d'effets deviennent alors indispensables au guitariste de rock.

C'est le monde à l'envers. On entend plus que la guitare dans les groupes. Basse et batterie sont tout juste bonnes à servir de métronomes. Le piano a bien de la chance, lorsqu'on tolère sa présence, et le chanteur est là pour faire entracte entre les interminables solos sur cordes métalliques.
Bientôt naissent les guitares à 2 manches. Un manche avec 12 cordes, l'autre avec 6. Bien avant le dentifrice double-action, voilà le concept du 2-en-1. Esthétiquement, cela laisse à désirer, et pourtant, l'instrument bicéphale a une raison d'être. Il permet aux joueurs d'enchainer un superbe accompagnement sur 12 cordes, et un solo sur 6 sans perdre de temps. Dans le genre démeusuré, la palme revient à Rick Nielsen, su groupe Cheap Trick, qui connut quelques petits succès vers 1980 avec une guitare à...5 manches!
Dans cet univers aussi électrique, l'acoustique n'a pas dit son dernier mot. Certes, dans les concerts géants, avec les sonos hurlantes, la guitare dite "sèche" pose problème. Les micros placés devant l'ouïe de l'instrument sont souvent source de sifflements aigus : l'effet Larsen. Pourtant, nombreux sont les musiciens qui veulent utiliser leur guitare acoustique sur scène.
En 1970, une nouvelle technologie résout la difficulté. En incrustant 6 petits microphones de type piezzo-électrique
sous le chevalet de l'instrument, les guitares Ovation entrent dans la légende. Leur sonorité allie le velouté de l'acoustique aux commodités de l'électrification. Cette technique permet d'amplifier les guitares classiques, à cordes en nylon, alors que le traditionnel micro à aimant impose un cordage métallique.
Le dernier épisode de la saga recommence en 1974, lorsque le constructeur Roland sort la guitare-synthétiseur. 6 micros autonomes recueillent le son de chacune des cordes. Ces derniers sont ensuite traités de manière indépendante. Par exemple, on peut programmer un son de contrebasse sur les 2 cordes les plus basses et un timbre de trompette et de violon sur les 4 autres. Le tout grâce à un énorme dispositif électronique qui fait peur aux vrais musiciens, soucieux de ne pas perdre leur spontanéité dans cette techno-mania.

En 1983 naît un langage de communication universelle entre les instrument de synthèse (boîte à rythmes, claviers électronique, ordinateur...). La norme du MIDI (Musical Instrument Digital Interface) permet pratiquement de tout faire, comme de contrôler la guitare à partir d'un clavier d'ordinateur ou encore de commander une batterie électronique en tapotant sur ses cordes. Hélas pour la musique, la programmation informatique et la pratique de la souris deviennent plus importante que l'inspiration musicale et le travail des gammes.
Coulant une paisible retraite dans sa Louisianne natale, Ted suit d'un oeil amusé tout ces développements. Soixante-dix ans plus tôt, il attendait avec impatience l'invention d'une guitare capable de couvrir les cuivres de son orchestre. Aujourd'hui, assis sur le péron de sa villa, il joue du blues sur sa vieille Martin acoustique, achetée en 1893 par son père. L'oeil plein de malice, il souhaite à tous ces instruments modernes et truffés d'électronique...de vieillir aussi bien qu'elle!