LA COMPETITIVITE DE L'ECONOMIE AFRICAINE

LA COMPETITIVITE DE L'ECONOMIE AFRICAINE

 

(Actualisation du cadrage théorique de la compétitivité et éléments pour une stratégie de promotion des conditions d'applicabilité de ce concept au continent africain)

Contribution de Djilali Benamrane, économiste, au Forum International sur la compétitivité des économies africaines, Dakar, mars, 1999

I… Rappel de quelques fondements du concept

1. Depuis l'émergence de l'économie moderne avec la succession de ses écoles de pensée, des mercantilistes jusqu'aux néoclassiques monétaristes, le concept de compétitivité a toujours trouvé sa légitimité dans les théories du commerce international. Deux dogmes incontournables affectent ces dernières, celui du sacro-saint "avantage comparatif " et celui " de la "détérioration des termes de l'échange".

2. A priori, rien ne semble indiquer une quelconque difficulté, ni sur le plan de la théorie ni sur celui de la pratique, pour définir et mesurer la productivité qui sert d'instrument d'évaluation de la compétitivité en tant que déterminant du rapport qui lie un produit ou un service donné aux facteurs l'ayant engendré. La productivité d'un produit, d'un service, d'une entreprise, d'un secteur, voire d'une économie nationale rend compte du rapport entre la richesse produite et le coût des facteurs ayant été consommés pour sa production. Il en découle que la productivité sera d'autant plus élevée que les coûts des facteurs de production sont réduits, qu'il s'agisse des coûts de main d'œuvre, des moyens de production (équipements, installations, matières premières, énergie, services, etc…) ou de facteurs extérieurs.

3. Dans l'un des très nombreux ouvrages qui dépeignent le mieux la relation intime entre le commerce international et la compétitivité, il y est indiqué avec clarté (1) :

"Le taux de couverture de la balance commerciale est un excellent indicateur de performance et permet de mesurer la santé économique d'un pays.

Tout déficit commercial est en effet un syndrome…

Cette description rend compte, même si ce n'est pas de façon totalement exhaustive, des causes du manque de compétitivité de certaines économies en général et de celles des pays en développement en particulier.

4. Des recherches sur la réduction des coûts des facteurs se sont concentrées spécialement sur le facteur travail dont les objectifs d'accroissement de la productivité dépendent aussi bien des conditions techniques de la production (niveau de la technologie utilisée, organisation scientifique du travail et gestion rationnelle des ressources) que des conditions socio-psychologiques des travailleurs (climat de travail, formation professionnelle, degré d'adhésion des travailleurs aux objectifs de leur entreprise, pratiques de mobilisation et techniques d'intéressement, etc…).

5. Les difficultés vont apparaître dès lors que le concept est appliqué comme critère de comparaison entre filières ou secteurs aux niveaux technologiques différenciés et encore davantage lorsqu'il s'agit de tentatives de comparaison entre différentes économies nationales. Alors on se trouve confronté à la problèmatique générale de l'analyse des performances qui ne peut être significative que dans un contexte de pays à structures de production et à niveaux de prix relatifs identiques, ce qui n'est absolument pas le cas lorsqu'on veut comparer les économies développées et celles des pays en voie de développement.

6. Dès lors que l'on admet la pertinence de cette assertion, ne sont comparables de façon pertinente que les économies nationales à structures de production et à niveau de prix relatifs identiques. Alors s'impose la nécessité de "revisiter" la théorie de l'avantage comparatif qui fonde les réflexions sur les échanges internationaux depuis les contributions théoriques des tenants du libre-échange. Il suffit de rappeler que lorsque David Ricardo illustrait au début de XIXème siècle la véracité de ses lois sur l'avantage comparatif et sur une soi-disante bénéfique spécialisation des économies en fonction de leur dotation en facteurs, en se référant à l'échange du drap anglais contre la vin portugais, la différence de développement entre les deux pays concernés était autrement moindre que si aujourd'hui on tentait de comparer l'offre de service de la NASA des USA, pour un séjour dans l'espace, à une promenade à dos de chameau, proposée par un opérateur qui plus est informel, dans l'Aïr au Nord Niger. Ce ci pour ce qui concerne les dotations naturelles ou historiques des ressources.

7. Pour ce qui concerne les velléités de dotation volontariste en facteurs de production de biens et de service, même lorsque les multinationales, conceptrices et promotrices de technologies sophistiquées de production, investissent dans des secteurs de rente hautement profitables, aggravant le dualisme néfaste dans les économies sous-développées d'application, la tendance vérifiée à la détérioration des termes de l'échange dément la pertinence du recours inconsidéré au concept de l'avantage comparatif.

8. Les rapports entre les prix des matières premières et produits agricoles non transformées et ceux des produits industriels et des services marquent un avantage pour les derniers. La division internationale du travail ayant tendance à confiner les pays en développement dans l'exportation des matières premières et produits agricoles et dans l'importation des produits industriels et des services à forte composante technologique et à haute valeur ajoutée, la tendance historiquement vérifiable est à l'appauvrissement des plus pauvres et à l'enrichissement des plus riches.

9. Aujourd'hui, sous le double effets de l'aggravation de l'ampleur du gouffre qui sépare les pays développés de ceux dits en voie de développement et de la globalisation de l'économie mondiale, les échanges internationaux changent de nature, les théories explicatives des conditions optimales de développement au sein du même "village planétaire" requièrent un effort adéquat d'adaptation, voire de renouvellement, pour tenir compte de la restructuration en profondeur du système mondial de production et de répartition des richesses.

II… La compétitivité de l'économie africaine suppose un ensemble homogène dans lequel les parties constituantes se complètent et se renforcent

10. L'actualité a l'avantage de donner un exemple probant sur les conditions de création et de maturation d'un ensemble européen à la dimension continentale. La construction y a été progressive et laborieuse et les efforts de convergence des politiques économiques exemplaires, surtout lors de la formation de la zone Euro comme noyau dur du processus d'harmonisation tous azimuts pour faire de l'Europe un ensemble homogène.

11. L'Afrique d'aujourd'hui est plus plurielle que jamais. Au nationalisme chauvin héritée de la période coloniale, se sont ajoutées des pratiques belliqueuses fondées sur des différences ethniques, régionales et ou religieuses. Faute de stratégies pertinentes et de leaders crédibles, performants et désintéressés, au lieu de relever les défis de développement pour rattraper le retard hérité, les énergies populaires africaines se sont épuisées dans des batailles sans objet ni fin, qu'il s'agisse de querelles idéologiques, religieuses, raciales ou culturelles. L'intégration africaine fortement prônée, il y a déjà prés d'un demi siècle, au lendemain des indépendances nationales a pris un sérieux retard et les signes de divergences l'emportent sur ceux de la convergence.

12. L'Afrique d'aujourd'hui est plus fragile que jamais, minée par les guerres et les conflits. Le Continent est ébranlé par des conflits du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest. Au Nord, l'Algérie est confrontée à une quasi guerre civile qui perdure depuis prés d'une décennie et qui oppose intégristes religieux aux tenants des valeurs laïques et républicaines, la majorité de la population, islamique modérée, restant dans l'expectative. A l'opposé, l'Afrique du Sud, sortie victorieuse, d'un combat historique contre l'apartheid, reste confrontée à un double défi de reconciliation nationale et de difficile succession après le départ prochain du Président Mendela. D'Est en Ouest, les conflits ouverts ou latents inter-Etats et internes ne manquent pas ! La Sierra Léone, la Guinée Bissau, le Sénégal, le Tchad, le Sahara occidental, le Congo, le Congo Démocratique, la Somalie, le Soudan, l'Erythrée, l'Ethiopie, le Burundi, l'Angola, etc… Ces dernières années, la tendance est telle que bientôt, il sera plus facile de répertorier les rares pays africains dont les populations peuvent se prévaloir de vivre dans la paix et dans la concorde que de se référer aux pays à problèmes. Dans beaucoup de pays, les Etats n'ont plus les moyens d'assurer l'accomplissement de leurs missions regaliennes de paix et de sécurité. A cela vient s'ajouter l'échec des institutions internationales ayant mandat de prévention, de médiation et de résolution des conflits, malgré le fait qu'elles affectent de plus en plus de ressources à ces missions au détriment de celles du développement, sans résultats probants. Les conflits revêtent aujourd'hui en Afrique les caractères complexes suivants :

13. L'Afrique d'aujourd'hui est plus dépendante que jamais, handicapée par une aide internationale insuffisante et inefficace et par une dette dont le poids annihile toute velléité de croissance réelle et de développement durable. L'aide internationale, après quatre décennies de pratique a montré son inefficacité dans la mesure où les pays aidés connaissent une accentuation de leur dépendance. Cette aide est malheureusement conçue par les donateurs et par les bénéficiaires comme une quasi obligation ou devoir durable d'interventions, visant davantage à soulager la pauvreté des populations qu'à créer les conditions d'un développement significatif, d'un développement autonome. Les institutions et pays donateurs trouvent leur compte en maintenant un moyen de pression pour juger de la plus ou moins "bonne gouvernance" appliquée dans les pays aidés. Les pays récipiendaires trouvent leur satisfaction aux yeux des populations en arguant du fait que les projets et programmes "imposés" par les partenaires au développement et parfois gérés, suivis et évalués directement par leurs propres experts, ne contribuent en rien au décollage des économies soit disant aidées. L'aide à la privatisation des entreprises publiques s'est soldée pour l'instant par une désindustrialisation nette de l'Afrique et par une perte inestimable de l'expérience difficile et coûteuse, acquise grâce à l'économie publique post coloniale, en matière de socialisation de la force de travail, promue d'un statut rural, individuel et informel à celui de la participation dans des unités modernes de production de biens ou de services, y compris dans la sphère de l'économie publique et de l'Administration. L'aide au dégraissage des effectifs de la Fonction publique s'est soldée par un sous encadrement net des administrations africaines qu'il va falloir corriger dans l'avenir à des coûts significatifs, tant les institutions ont été ébranlées, le peu de savoir faire et de mémoire institutionnelle, détruit, et sans trop savoir qui va pouvoir assurer le relais entre les chassés de l'Administration et les nouvelles recrues, si non des experts expatriés appelés une fois encore à la rescousse. L'aide à la démocratisation, à pas forcé , a généré ici et là des comportements électoralistes qui exacerbent les conflits ethniques et régionalistes et qui donnent l'avantage aux actions de court terme, celles capables de satisfaire rapidement l'électorat, au détriment de celles du développement durable qui requièrent des stratégies, programmes et actions de long terme, à l'abri de remises en cause intempestives, liées aux caprices des calendriers électoraux.

 

III… Plaidoyer pour l'exception africaine dans le processus de globalisation

14. La compétitivité n'est pas une opération technique, indépendante du contexte politique, économique et social dans lequel elle s'applique. Il suffit de se référer aux temps, pas si lointains, quelques décennies à peine : qui aurait pu aller plaider la compétitivité dans les colonies lorsque la production réalisée, transportée et échangée aux seuls conditions de l'Empire colonial, dépendait des seuls intérêts de la Métropole ? Qui pouvait contester que la productivité dans le monde socialiste sous contrôle de l'ex URSS répondait, à l'époque de la coexistence pacifique de systèmes différents, légitimement à des critères différents de ceux en application dans le monde capitaliste ? Pourquoi à l'heure de la globalisation l'on ne peut plaider, pour une période limitée de rattrapage, pour un statut spécifique propre au Continent africain?

3.1. Pallier l'insuffisance criarde de la représentativité du continent africain dans les instances dirigeantes du système mondial et mettre en place et réaliser une stratégie d'intégration africaine et d'insertion de l'Afrique dans un sous-ensemble Euro-Afrique-Moyen-Orient, comme l'un des piliers d'une globalisation tripolaire.

Que ce soit au Conseil de Sécurité, aux Institutions de Bretton Woods, à l'Organisation Mondiale du Commerce, l'Afrique est sous-representée, elle est également souvent mal représentée. Là aussi, l'actualité est d'un bon enseignement lorsqu'elle fait jaillir du scandale du Comité International Olympique (CIO), l'extrême fragilité des représentants africains désignés, élus, cooptés pour être sacrifiés, si besoin est, à la grande honte du Continent. Il existe mille et un exemples où le désigné africain à un poste de représentation l'aura été par suite de pressions et de compromissions plus que de concertation, et peu importe si l'élu est capable ou non d'appliquer une stratégie ou un programme préalablement convenus, pour autant qu'ils existent. Malgré son poids économique pour le moment insignifiant, le Continent devrait faire de sa représentativité au Conseil de Sécurité une priorité absolue et arrêter par anticipation les principes de base des modalités de désignation plutôt d'attendre, si l'occasion se présentait, de le faire sous la pression, voire sous la précipitation. Dans une vision tripolaire de la globalisation, l'Afrique peut revendiquer avec plus de chance de succès un fauteuil au Conseil de Sécurité dans l'ensemble Euro-Afro-Moyen-Orient (à titre d'hypothèse dans un Conseil de Sécurité de dix huit membres permanents, six pour les Amériques, six pour l'Asie et six pour l'ensemble Euro-Afro-Moyen-orient, qui contesterait la légitimité de deux fauteuils pour l'Afrique).

3.2. Pallier l'absence totale des intérêts africains dans le processus d'internationalisation et de concentration croissante des opérateurs financiers, entreprises de production de biens et de services et des services d'encadrement et de régulation des échanges internationaux.

En cette fin de siècle, le processus de globalisation en construction s'accompagne d'un extraordinaire phénomène de concentration sans précédent des entreprises multinationales, lesquelles ont délibérément opté pour des stratégies de fusion, absorption, intégration pour s'assurer de situations dominantes dans cette phase de déréglementation de l'économie mondiale. Cela touche tous les secteurs d'activité, qu'il s'agisse des industries de l'aéronautique, de la sidérurgie, de la mécanique, de la chimie et de la pétrochimie, de la pharmacie, des transports aériens, maritimes ou terrestres, des banques, des assurances, voire même des bourses . Ni les industries des technologies de l'information et de la communication, ni les industries agroalimentaires n'échappent à ce phénomène que les spécialistes estiment à plusieurs milliards de dollars par an (2).

C'est parce que ce phénomène augure d'une véritable transformation des structures du système économique global en construction au sein duquel le poids des Etats a tendance à diminuer au profit de firmes multinationales, aux chiffres d'affaires bien plus importants que les PNB de beaucoup de pays, y compris les pays industrialisés, qu'il faudrait que le Continent africain puisse réfléchir sur les conditions de promouvoir sa présence au sein de ces opérateurs appelés à concentrer l'essentiel du pouvoir mondial de demain.

Cette démarche peut relever du l'utopie lorsqu'on relève l'incapacité des Etats africains, co-proprétaires de firmes de taille sans doute modeste comme Air Afrique ou la Banque Africaine de Développement, à assurer le bon fonctionnement de ces outils communs ne serait-ce qu'à titre pédagogique pour tirer les enseignements sur la faisabilité de la chose ! Pour des raisons historiques, l'Afrique n'avait pas au moment des indépendances une capacité entreprenariale et patronale qui aurait pu servir de base à l'émergence de multinationales privées d'intérêt africain. La seule voie possible fut celle d'une gestation lente et difficile d' entreprises publiques nationales ou multinationales de proximité dont le sort fut réglé par les programmes de stabilisation et d'ajustement structurel.

L'entreprise publique, quelle qu'en soient les insuffisances relevées dans son fonctionnement en Afrique par le passé, n'est un épouvantail que pour les pauvres et les dépendants, comme semble le confirmer le Ministre français de l'économie des finances et de l'industrie qui soulignait récemment : "Dans cet univers en mouvement, les principes qui guident notre action sont simples ::

Face à cette impérieuse nécessité de disposer de structures opérationnelles motrices du système économique mondial, l'Afrique peut plaider pour un statut provisoire durant lequel, les Institutions internationales, les Etats et les opérateurs privés africains pourraient déceler et investir des créneaux favorables à l'émergence de transnationales africaines appelées à opérer non exclusivement en Afrique mais dans le monde, dans ce village planétaire auquel ils sont sensés appartenir.

3.3. Procéder à l'évaluation de la viabilité des programmes de stabilisation et d'ajustement structurel au regard de leur performance mitigée et dans un contexte nouveau de globalisation.

Il est difficile aujourd'hui de nier que les programmes de stabilisation et d'ajustement mis en place en fin des années 1970, début des années 80, pour corriger rapidement les effets néfastes d'une vingtaine d'années de pratiques de soit disante "planification centralisée" en Afrique n'ont pas réalisé les objectifs escomptés. Les vingt années de tâtonnement en techniques de planification pour la construction de la base d'un développement auto-centré, visant la destruction du système colonial hérité ont été suivies de vingt années de programmes de stabilisation et d'ajustement structurel, pilotés par les Institutions de Bretton Woods, visant à coup de programmes triennaux glissants la destruction du système de gestion planifiée. Peut-être est-il temps de faire une pause pour évaluer la situation et convenir d'une nouvelle vision pour l'Afrique !. Il n'est pas pour le moment question d'un Conseil Mondial de Sécurité Economique, mais si cela advenait un jour, il pourrait être sollicité pour connaître des conseils prodigués si non imposés et décider le cas échéant d'éventuelles réparations des préjudices subis.

4.4. Corriger les effets d'une mise en œuvre, à cadence forcée, des processus de démocratisation et de bonne gouvernance, souvent inadaptés aux impératifs d'une stratégie de développement à long terme.

Sous la pression de leurs partenaires au développement, beaucoup de pays africains pauvres, ayant un besoin vital d'aide pour la survie de leurs populations, se sont lancées dans une concurrence acharnée, en matière de démocratisation et de bonne gouvernance. C'est à qui fait le plus et qui est le plus rapide qu'on octroie volontiers l'aide. En quelques dix années à peine, alors que les économies sont encadrées dans la seule direction d'un libéralisme outrancier, les partis politiques ont fleuri sur des bases de sensibilités par la force des choses, régionalistes, ethniques, linguistiques, mais aussi hélas, tribales, religieuses, voire de statut social ou de simple préférence de partenaires au développement, dotés de pouvoirs discrétionnaires. En moins de dix ans, certains pays africains ont expérimenté tour à tour l'alternance, la cohabitation pacifique, méfiante, agressive, jusqu'au retour de la dictature militaire qui se meut en démocratie naissante, appelée à vieillir au fil des semaines et des mois au rythme des multiples élections dont les Etats ne peuvent même pas assurer le financement du coût!

En guise de conclusion :

Aujourd'hui, force est de constater que l'Afrique est dépendante politiquement et économiquement de son environnement extérieur qui pèse de tout son poids dans les choix stratégiques est hostile à toute velléité de son insertion convenable dans l'économie globale. Aujourd'hui, division internationale du travail à l'échelle planétaire oblige, la compétitivité de l'Afrique est recherchée en exclusivité dans les secteurs et domaines d'activité où elle peut constituer, dans l'immédiat et à terme, une utilité certaine pour couvrir les besoins des économies dominantes et aux conditions de ces dernières. Les injonctions données au Continent sont d'orienter les efforts dans les domaines identifiés comme constituant les bases du développement durable. Les efforts en matière de valorisation des ressources humaines (formation élémentaire et professionnelle en priorité, pas d'enseignement supérieur et encore moins de recherche scientifique, comme si l'Afrique n'avait nul besoin de disposer d'instruments indispensables à la maîtrise de la capacité d'évaluer, de prévoir et de prévenir que seules l'université et la recherche scientifique donnent), visent l'exploitation des secteurs traditionnels dévolus au Continent : production végétale, animale, halieutique pour se nourrir, protection de l'environnement pour s'occuper, développement de l'associatif communautaire, la micro-entreprise, de l'informel, de l'économie de bazar. Lorsqu'il y a besoin de production de bien et de service de type collectif et moderne (électricité, distribution de l'eau potable, téléphone, télécommunications, banques, assurances, transport aérien ou maritime, les entreprises étrangères sont là pour prendre en charge ces activités complexes). Pour les activités utiles de production de matières premières pour l'exportation nul besoin d'entreprises nationales les multinationales qui transforment ses produits sont toutes prêtes à remplir la mission !

Questions de la fin : Est-il possible de concevoir une compétitivité d'un seul pays africain ou n'y a-t-il pour des raisons d'économie d'échelle de chance de compétitivité que dans une intégration africaine qu'au niveau continental ? Est-il possible de concevoir une compétitivité à l'échelle d'un secteur ou d'une filière ou de zones géographiques comme les zones franches ou il n'y a-t-il, pour des raisons d'interactivité sectorielles, de chance de compétitivité qu'au niveau national et continental ? Est-il possible de concevoir une compétitivité à un niveau d'entreprise ou n'y a-t-il pour des raisons de synergies sociales, de chance de compétitivité qu'aux niveaux national et continental ?

Réponse de la fin : si les économies du vingt et unième siècle seront portées par le progrès de la recherche scientifique - la science étant aujourd'hui plus que jamais au cœur des relations de pouvoir -, par les nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTICs), par les technologies de l'art (cinéma, mode, peinture,…),de la culture et des loisirs (tourisme, sport,…) , il serait grand temps si ce n'est déjà trop tard que l'Afrique s'intéresse à ces créneaux où comme par hasard elle ne manque pas d'atouts mais qu'il ne faudrait pas confondre avec des avantages comparatifs.

Version du 4 février 1999.

  1. CF. la croissance aux XIXème et XXème siècles - Histoire économique contemporaine de Marc Nouschi et Régis Bénichi - Editions Ellipses - Paris, 1990
  2. CF. Inacio Ramonet dans un article du Monde Diplomatique de juin 1998 qui estime à plus de 1.600 milliards de dollars le montant des fusions-acquisitions opérées pour la seule année 1997.
  3. Cf. "La politique économique à l'heure de l'Euro, une intervention du 18 mai 1998 de Dominique Strauss-Kahn, Ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie, devant les élèves de Sciences politique.