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PROFIL DE LA DETTE EXTERIEURE DU NIGER

(Document élaboré par Djilali Benamrane, économiste, version du 06/06/99)

 

Sommaire :

PROFIL DE LA DETTE EXTERIEURE DU NIGER *

Introduction : *

1… Quelques indications sur l’évolution de la situation de la dette depuis 1980 *

1.1… Evolution de l’encours et du service de la dette *

1.2... Effets de la dette et de son service sur la mobilisation des ressources *

2… Quelques indications sur la situation à la fin de l’année 1998 *

2.1… Données globales sur l’encours et le service de la dette en 1998 *

2.2… La composition de la dette par devises *

3… Quelques réflexions sur le devenir de la dette à court et à moyens termes *

Annexe portant *

Introduction :

  1. Le Niger, l’un des pays les plus pauvres de la planète, appartenant à la catégorie des pays les moins avancés (PMA), figurant parmi les tous derniers dans le classement des pays dans les Rapports annuels mondiaux du PNUD sur le Développement Humain, accuse une dette extérieure très importante au regard du niveau de son PIB et de ses exportations. Cela le rend éligible à l’Initiative prise par les Institutions de Bretton Woods en faveur de pays pauvres très endettés (PPTE). Les derniers chiffres disponibles indiquent en fin d’année 1998 un encours de la dite dette de l’ordre de 859,1 milliards de FCA pour un PIB de 992,5 milliards (soit 86,6%) et un service de la dette de 50,3 milliards de FCFA pour un volume d’exportation de biens et de service de 121,6 milliards (soit 41,4%).
  2. Alors que la situation nécessite la mobilisation de davantage de ressources extérieures, la dette et son service devraient absorber plus du tiers des recettes de l’Etat si elles étaient satisfaites. En réalité, chaque année il est procédé au paiement d’une partie du service de la dette, le reste se transformant en des arriérés qui s’accumulent d’année en année et qui constituent une contrainte très importante qui annihile les efforts de croissance économique et de développement social. Les programmes d’ajustement structurel tout comme les initiatives visant l’allégement de la dette, notamment dans le cadre de la Facilité d’ajustement structurel renforcée (FASR), se traduisent en principe par des engagements fermes des Etats à mener des efforts conséquents d’apurement de leur dette et de non aggravation d’arriérés extérieurs, autant dire de limitation des financements extérieurs aux seuls dons ou quasi dons.
  3. Au Niger, la crise de la dette est apparue au début des années 1980, générée principalement par la chute importante et brutale du cours et des quantités d’uranium exporté. Le stock de la dette a depuis considérablement augmenté, ce qui a entraîné une détérioration des rations mesurant le poids de la dette. L’encours de la dette a évolué de 182,3 milliards de FCFA en 1980 à 859,1 milliards de FCFA en fin 1998. Cette dette est quasi-exclusivement publique et essentiellement multilatérale et concessionnelle. La dette multilatérale, jusqu’à présent non re-échelonnable, représente plus des 2/3 du stock et plus de 50% de son service. Le Niger n’a plus de dette commerciale à moyen et long termes, car les marchés financiers lui sont fermés. La dette commerciale contractée pendant les années 1970 et début 1980 a été rachetée en 1991 grâce au fonds de désendettement de la Banque Mondiale et aux concours de bilatéraux. La dette bilatérale est due en partie à des pays qui ne sont pas membres du Club de Paris.
  4. Les neuf Clubs de Paris consacrés à la dette du Niger n’ont pas affecté le stock de la dette et ont surtout allégé le service de la dette publique bilatérale. L’impact de ces Clubs de Paris a été aussi réduit par la structure essentiellement multilatérale de la dette. Les annulations de la dette, obtenues au cours de la période n’ont pu contrebalancer la hausse de son encours.
  5. La quasi-totalité de la dette est libellée en devises, exposant ainsi l’Etat aux effets des fluctuations du taux de change. Après la dévaluation de janvier 1994, l’encours a pratiquement doublé entraînant du même coup un doublement de son volume et de ses charges.
  6. 1… Quelques indications sur l’évolution de la situation de la dette depuis 1980

     

    1.1… Evolution de l’encours et du service de la dette

  7. Le tableau et le graphique N°1 ci-après font ressortir une tendance à la hausse continue de l’encours de la dette extérieure nigérienne, avec un taux de croissance de l’ordre de 85 % entre 1980 et 1990 et de plus de 250 % entre 1990 et 1998, avec un doublement entre 1993 et 1994, lié directement à la dévaluation du FCFA.. Le tableau et le graphique rendent compte d’une évolution de moindre croissance du service de la dette résultant des effets des mesures prises lors des différents Clubs de Paris.
  8. Tableau et graphiques N°1 portant évolution

    De l’encours et du service de la dette

    Milliards de FCFA

    1980

    1990

    1991

    1992

    1993

    1994

    1995

    1996

    1997

    1998

    Encours de la Dette

    182,3

    337,4

    320,5

    336,5

    359,9

    705,8

    673,1

    696,4

    815,2

    859,1

    % croissance par an

    0,85

    -0,05

    0,05

    0,07

    0,96

    -0,05

    0,03

    0,17

    0,05

    Service de la dette

    25,8

    41,93

    25,95

    21,97

    25,6

    66,73

    51,2

    42,2

    51,9

    50,3

    % croissance par an

    0,63

    -0,38

    -0,15

    0,17

    1,61

    -0,23

    -0,18

    0,23

    -0,03

    -1,00

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Sources : compilation de données du CCA/PNUD, documents de la Direction de la dette et documents des Institutions de Bretton Woods.

  9. L’éligibilité à l’Initiative des institutions de Bretton Woods en faveur des pays pauvres très endettés (IPPTE) qui constitue présentement l’instrument privilégié de traitement de la dette affectant les pays pauvres lourdement endettés, est dépendante notamment de trois conditions : i) la première est l’application avec succès d’une Facilité d’ajustement structurel renforcée (FASR), condition qui peut être considérée comme satisfaite puisque le Conseil d’Administration du FMI a approuvé en août 1998 la mise en œuvre de la troisième année d’une FASR couvrant la période 1996-99) ; ii) la seconde situe à plus de 250% le rapport de la dette officielle nette actualisée à la valeur d’exportation, conditions largement satisfaite vu l’importance de l’encours de la dette ; iii) la troisième situe à plus de 25% le rapport du service de la dette à la valeur d’exportation et cette dernière condition est également satisfaite puisque comme il ressort du tableau et du graphe n°2 ci-après, ce rapport a toujours été supérieur à 25 % sur la période 1990-98 (41,4% en 1998).
  10. Tableau et graphique N°2 portant évolution

    du rapport du service de la dette à la valeur des exportations

    1980

    1990

    1991

    1992

    1993

    1994

    1995

    1996

    1997

    1998

    Service de la dette

    25,8

    41,93

    25,95

    21,97

    25,6

    66,73

    51,2

    42,2

    51,9

    50,3

    Exportations des biens et services

    128,8

    93,3

    96,2

    85,4

    85,3

    143,4

    161,1

    172,3

    177,5

    121,6

    %service dette/export

    20,0

    44,9

    27,0

    25,7

    30,0

    46,5

    31,8

    24,5

    29,2

    41,4

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Sources : compilation de données du CCA/PNUD, documents de la Direction de la dette et documents des Institutions de Bretton Woods.

    1.2... Effets de la dette et de son service sur la mobilisation des ressources

  11. Les tensions de trésorerie dont souffre le Niger et l'accumulation des arriérés ont donné lieu a des cas de gel de la coopération de la part de certains partenaires au développement affectés par ces arriérés. Parfois, cela s'est traduit par des décisions de suspension de déboursement de fonds provoquant des arrêts de projets et de programmes en cours. Parmi les créanciers ayant dû suspendre, pour un laps de temps plus ou moins long, les déboursements pour cause d'arriérés : la Banque Européenne d'Investissement (BEI), les Fonds arabes, les Fonds des institutions régionales et sous-régionales ((BAD, BOAD, Fonds de la CEDEAO).
  12. Les effets néfastes de l'accumulation des arriérés sur l'évolution de l'aide publique au développement sont devenus tellement inquiétants que le neuvième Club de Paris a décidé qu'à compter de la fin février 1998, toutes les échéances dues aux créanciers membres du Club de Paris seront prises en charge par un compte ouvert à cet effet au près de la Banque de France.
  13. 2… Quelques indications sur la situation à la fin de l’année 1998

     

    2.1… Données globales sur l’encours et le service de la dette en 1998

  14. Ainsi qu’indiqué sur le tableau et graphique n°3 ci-dessous, le volume de l’encours de la dette extérieure en fin d’année 1998 est de 859,1 milliards de FCA alors que celui du service de la dette est de 50,3 milliards. L’encours de la dette est marqué par les caractéristiques suivantes :

  1. Pour ce qui concerne la nature de la dette par rapport à l’implication de l’Etat, la situation se présentait comme suit :

  1. Les autres particularités de l’encours de la dette extérieure nigérienne résultent à la fois de l’importance des montants de la dette contractée mais non encore mobilisée, de la part constituée par des arriérés du principal et des intérêts ainsi que part d’autres indications sur les annulations, remises de dettes et autres effets des opérations de re-échelonnement réalisé dans le cadre des Clubs de Paris :

  1. Pour ce qui concerne le service de la dette exigible en 1998 et estimée à 50, 3 milliards de FCFA, les remboursements effectifs se sont élevés à 20,4 milliards soit 40% et ont constitué respectivement 17% des exportations de biens et services (121,6 milliards de FCFA) et 12,5% des recettes budgétaires de l’année (163 milliards de FCFA).
  2. Tableau et graphique N°3 portant indications

    Sur l’encours et le service de la dette en 1998

    INDICATEURS POUR 1998

    Milliards

    de FCFA

    Encours de la dette au 31/12/98

    859,1

    Prêts multilatéraux

    599,4

    % des prêts multilatéraux/encours

    69,7%

    Dont Fonds Monétaire International

    42,5

    Prêts bilatéraux

    127,0

    % des prêts bilatéraux/encours

    14,8%

    Prêts commerciaux garantis

    0,1

    Prêts issus du Club de Paris

    132,6

    % des prêts Club de Paris/encours

    15,4%

     

     

    Graphe N°3 portant indications

    sur l’encours et le service de la dette

    Sources : compilation de données du CCA/PNUD, documents de la Direction de la dette et documents des Institutions de Bretton Woods.

    2.2… La composition de la dette par devises

  3. La dette contractée par le Niger est libellée pour l’essentiel en devises. Sur le volume global de la dette au 31 décembre 1998, seuls 47,8 milliards, soit 5,5% l’était en FCFA. Ainsi qu’il ressort du tableau et du graphe n°4 ci-après, sur la trentaine de devises concernées, les principales étaient :

  1. L’indexation depuis le 1er janvier 1999 du FCFA à l’Euro, facilitera certes dans l’avenir la gestion de la dette contractée par le Niger à l’égard des onze pays européens membres de la zone Euro, mais cette dette évaluée au 31 décembre à 163,2 milliards de FCFA reste libellée à concurrence des trois quarts en Francs français.
  2. Tableau et graphique N°4 portant indications

    Sur l’encours et le service de la dette en 1998

    en milliards de FCFA

    % du total

    DTS

    347,7

    40,5%

    $,US,

    164,3

    19,1%

    FF

    123,2

    14,4%

    Devises arabes

    163,3

    19%

    Autres devises

    60,6

    7%

    Sources : compilation de données du CCA/PNUD, documents de la Direction de la dette et documents des Institutions de Bretton Woods.

    3… Quelques réflexions sur le devenir de la dette à court et à moyens termes

  3. Il est quasiment établi que dès l’an 2000, le Niger pourra entrer dans une phase d’application active de l’Initiative IPPTE, laquelle devrait lui permettre de ramener dans une période indicative de trois années le volume de la dette et de son service à des niveaux compatibles avec une gestion autonome de la dette reposant sur les capacités internes d’amortissement. En principe, le Niger espère également pouvoir bénéficier des retombées bénéfiques des pressions menées par la communauté internationale, relayées au sein même du Groupe des G8 pour consentir aux pays pauvres très endettés des conditions encore plus favorables.
  4. En collaboration avec les institutions de Bretton Woods, le Gouvernement nigérien prépare activement le dossier à soumettre au Conseil d'Administration de ces institutions pour lui permette de bénéficier de la phase de traitement effectif de sa dette. Cela consiste en l'élaboration de tableaux, actualisés selon le cas, annuellement, trimestriellement, semestriellement, voire mensuellement, portant sur l'ensemble des mouvements affectant la structure de la dette extérieure et plus spécialement le service prévisionnel de la dette, les opérations d'allégement ou de remise obtenues des créanciers membres ou non membres du Club de Paris, enfin, l'évolution des arriérés.
  5. Pour l’instant, des scénarios portent sur la poursuite du dispositif minimal, celui répondant aux conditions de Naples et qui prévoient des opérations de remise et d’allégement un peu plus conséquentes que celles obtenues jusqu’ici. Les promesses d’allégement et de remise portent sur des montants indicatifs qui permettent au service de la dette de rester sur la période 1999-2001 en de ça des 50 milliards de FCFA. Mais, il va de soi que l’application des conditions de Lyon et d’autres facilités attendues permettront d’ici l’an 2001 une réduction encore plus significative du fardeau de la dette, principal et service.
  6. Les autorités nigériennes soucieuses d'accéder dans les meilleurs délais possibles à l'Initiative des pays pauvres très endettés (IPPTE) devront poursuivre leurs efforts de maîtrise des flux affectant la structure de leur dette extérieure. Elles devront par ailleurs s'associer à toutes initiatives prises au niveau mondial, régional ou sous régional et tendant à améliorer le dispositif retenu par l'IPPTE, en anticipant les événements et en apportant leurs contributions aux efforts d'argumentation, de lobbying et de négociation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Annexe portant

Indicateurs macro-économiques du Niger

Milliards de FCFA

1980

1990

1991

1992

1993

1994

1995

1996

1997

1998

Données sur la production

PIB aux prix courants

536,2

652,5

653,1

613,8

655,5

668,1

809,6

849,4

889,6

992,5

PIB/hbt prix courants (1000 FCFA)

101

84,7

81,6

74,9

77,1

75,9

88,9

90,3

91,55

98,9

Taux de croissance du PIB (%)

2,2

-1,8

0,1

-6,0

6,8

1,9

21,2

4,9

4,7

11,5

Taux de croissance du PIB/habt

-0,4

-4,9

-3,7

-8,2

2,9

-1,6

17,1

1,6

1,4

8,2

Taux annuel d'inflation (%)

-0,81

-7,81

-4,45

-1,25

36,1

10,56

5,2

2,8

3,5

Encours de la Dette

182,3

337,4

320,5

336,5

359,9

705,8

673,1

696,4

815,2

859,1

Dette multilatérale

213,7

213,7

218,1

226,4

475,1

452,8

480,4

553

733

Dette bilatérale

123,7

106,8

118,4

133,5

230,7

220,3

216

262,2

226,1

Taux d'endettement

34,00

51,71

49,07

54,82

54,90

105,64

83,14

81,99

91,64

86,56

Balance des paiements

Exportations des biens et services

128,8

93,3

96,2

85,4

85,3

143,4

161,1

172,3

177,5

121,6

Importations des biens et services

197,4

151,3

141,6

118,5

122,2

233,5

228,1

228,5

273,5

213,5

Déficit du compte des opérations courantes

101,3

64,23

49,71

46,64

27,3

70,01

75,71

33,9

43,3

49,5

Service de la dette

25,8

41,93

25,95

21,97

25,6

66,73

51,2

42,2

51,9

50,3

Service de la dette en % des exportations des biens et services

20,0

44,9

27,0

25,7

30,0

46,5

31,8

24,5

29,2

41,4

Taux de couverture export/import

65,2

61,7

67,9

72,1

69,8

61,4

70,6

75,4

64,9

56,9

Taux de change ( FCFA/$ US)

211,3

272,3

282,1

264,7

283,2

555,2

499,1

511,5

583,8

559,8

Emplois finals

Consommation des ménages

381,7

506,2

517,3

526,2

520,1

604,5

644,3

642

701,5

750,8

Formation Brute de Capital Fixe

136,7

112,2

80,8

82,7

91

91,2

95,8

92,7

104,4

159,7

FBCF en % du PIB

25,5

17,2

12,4

13,5

13,9

13,7

11,8

10,9

11,7

16,1

Epargne Intérieure Brute

41,1

50,4

26,8

15,6

55,2

32,97

67,3

56,9

107,7

Population totale

5578

7739

7991

8258

8530

8811,5

9102,3

9402,6

9712,9

10033

Ratios significatifs de la dette

Service de la dette en % des exportations des biens et services

20,0

44,9

27,0

25,7

30,0

46,5

31,8

24,5

29,2

41,4

INDICATEURS POUR 1998

Encours de la dette au 31/12/98

859,1

Prêts multilatéraux

599,4

% des prêts multilatéraux/encours

69,7

dont FMI

42,5

Prêts bilatéraux

127,0

% des prêts bilatéraux/encours

14,8

Prêts commerciaux garantis

0,1

Prêts issus du Club de Paris

132,6

% des prêts Club de Paris/encours

15,4

Sources : compilation de données du CCA/PNUD, documents de la Direction de la dette et documents des Institutions de Bretton Woods.