INTRODUCTION AUX DEBATS SUR L'IMPACT DU PROCESSUS

INTRODUCTION AUX DEBATS SUR L'IMPACT DU PROCESSUS

DE GLOBALISATION DE L'ECONOME MONDIALE

SUR LES DYNAMIQUES RELIGIEUSES, INSTITUTIONNELLES, SOCIALES ET CULTURELLES

(Contribution de Djilali Benamrane, économiste, au colloque de l'Association nigérienne des professeurs de philosophie, Niamey, avril 1999)

 

Table des matières :

Table des matières : *

1… Rappel du contexte historique de la rencontre : *

2… Rappel de quelques dominantes du phénomène de la globalisation de l'économie mondiale *

2.1… Essai de qualification rapide du phénomène d'internationalisation *

2.2… du phénomène de mondialisation *

2.3… du phénomène de globalisation *

3… L'environnement socioculturel du processus de globalisation *

3.1.. Gérer le lancinant problème de l'équilibre population/ressources naturelles. *

3.2… Accompagner l'essor des Nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTICs). *

3.3… Investir sur les valeurs porteuses de défense des libertés et des droits humains *

3.4… Accorder toute l'importance requise aux aspects culturels de la globalisation *

4… L'encrage institutionnel et de bonne gouvernance *

5… Les enjeux de nature idéologique et religieuse *

6… En guise de conclusion, quelques pistes d'investigation de la philosophie pour rationaliser les choix *

 

1… Rappel du contexte historique de la rencontre :

  1. L'Association nigérienne des professeurs de philosophie a retenu pour son colloque de 1999 de traiter du thème de "la mondialisation, choc des cultures, affirmation de l'individu : comment penser aujourd'hui l'univers ?" C'est assurément un thème d'actualité qui rend compte d'une des préoccupations majeures de l'humanité en cette fin du vingtième siècle.
  2. Le vingtième siècle aura été celui des transformations technologiques, spectaculaires par la rapidité de leurs manifestations et la généralisation de leur utilisation dans la vie quotidienne du commun des mortels, ce qui a permis de donner un contenu réel à de nouveaux phénomènes de mise en relation des hommes, créant les conditions requises pour la généralisation de l'interdépendance effective, à l'échelle planétaire, entre les hommes et les sociétés.
  3. Les communications terrestres et maritimes se sont densifiées et accélérées et ont été complétées par des communications aériennes, le tout démultiplié par l'explosion des télécommunications et les apports extraordinaires des nouvelles technologies de l'information et de la communication qui repoussent les limites des possibilités offertes par la combinaison des liaisons du son et de l'image. L'individu aujourd'hui fait partie d'un système mondial de communication et de télécommunication le mettant en relation, en temps réel, avec son correspondant se trouvant à n'importe quel point du monde. Grâce aux réseaux satellites, les liaisons téléphoniques qui donnent accès aux échanges sonores mais également de messages écrits et d'images se fait sur la base d'un réseau mondial. Demain la numérotation téléphonique sera mondiale et les coûts des communications seront identiques quelle que soit la distance séparant les communiquants. Les supports deviendront de plus en plus accessibles et polyvalents intégrant toutes les catégories de communication.
  4. Se proposer, comme nous voulons le faire ensemble aujourd'hui, de réfléchir avec modestie sur "comment penser l'univers dans un environnement de choc de cultures né de la dialectique de l'affirmation de l'individu dans une mouvance de mondialisation, de globalisation", cela nous incite à convenir d'une démarche prospective, capable de nous situer dans un processus historique, tirant des enseignements du passé et fixant des repères pour le futur. Pour ce qui concerne la rétrospective, le vingtième siècle finissant constitue à lui seul un champ d'investigation suffisant pour tirer des enseignements opérationnels qui éclairent le futur, tout au moins au regard de nos humbles préoccupations d'ouverture d'un débat sans grande prétention. Le futur dans notre démarche ne se conjugue ni en millénaires ni en siècles mais par rapport à une vision, à moyen voire à court terme, des contours d'une humanité possible ou souhaitable découlant des choix qui sont entrain d'être faits en cette phase spécifique de transformation radicale des systèmes et structures de fonctionnement de la société et de l'économie mondiale. La thématique que je privilégierai, en guise de contribution aux débats, pour légitimer que nous vivons effectivement une phase spécifique de grande transformation de l'humanité, c'est ou plutôt se sera le fait qu'aujourd'hui, les conditions objectives sont réunies pour une reconsidération de fonds des rapports de l'homme vis à vis de lui-même, de la nature et de la science, cette dernière considérée à juste titre comme le moteur principal de la croissance, du développement et du progrès.
  5. En effet, des siècles durant, la notion de progrès aura été portée par l'esprit de compétition et de compétitivité, qualités assises selon les époques sur la connaissance et le savoir scientifique et leur corollaire le savoir-faire technologique, l'ingéniosité, mais aussi le goût du risque, l'esprit créateur et d'entrepreneuriat. L'homme se trouvait par culture et par obligation, impliqué dans cette mouvance de compétition, au sein de sa famille, dans son clan, dans son milieu professionnel, dans son environnement social. La dynamique de compétition était nourrie par les batailles économiques sans fin que se livraient les pays pour sauvegarder leurs intérêts dans les échanges internationaux. Plus tard et plus haut dans la pyramide de l'organisation mondiale, les blocs idéologiques veillaient aux équilibres de survie de leurs ensembles au prix d'une guerre sans merci pour améliorer la compétition dans chacune de leurs composantes respectives. Au cours du vingtième siècle, le progrès scientifique et les retombées technologiques qui ont largement porté les grandes avancées en matière de croissance et de développement l'ont été dans un monde marqué par la compétition idéologique que se sont livrés les deux blocs, l'un se prévalant du communisme et de la planification, l'autre du libéralisme et de la démocratie de marché.
  6. Avec l'implosion du bloc communiste, le siècle s'achève sur une situation particulière où la pensé unique règne sans partage, avec une vocation à s'imposer à tous les niveaux de la pyramide. Dans pareil nouveau contexte, quelles seront les nouvelles règles qui porteront les dynamiques de la compétitivité, pour autant que l'on puisse considérer qu'il y a encore une place justifiée pour la compétition au sens mercantile du terme. Parmi les scenarii possibles du développement de la pensée unique, dans un monde devenu "Village planétaire" il devrait à terme y avoir plus de place pour le dialogue et la concertation que pour les guerres et les batailles, plus de motivation pour la spécialisation et la complémentarité que pour la concurrence, plus d'impératifs de recours aux instruments de prospective, de planification et de programmation qu'aux règles du marché pour faire correspondre l'offre et la demande. En quelque sorte la mise en œuvre de la pensée unique triomphante, pourrait fort bien aboutir à une situation de paix, de progrès et de prospérité pour autant qu'elle soit portée par une actualisation des théories du développement et une réhabilitation des instruments de prospective, de planification et de programmation, adaptés aux nécessités impérieuses de concertation entre l'ensemble des opérateurs, producteurs et consommateurs, solidaires autour d'un projet de société plus juste et d'un modèle de consommation plus équitable !
  7. 2… Rappel de quelques dominantes du phénomène de la globalisation de l'économie mondiale

  8. Si l'on devait faire ressortir sur le plan de la sémantique des nuances entre les concepts d'internationalisation, de mondialisation et de globalisation souvent utilisés comme des synonymes, l'on pourrait proposer une démarche fondée sur un même processus saisi à différentes étapes historiques de son évolution :
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    2.1… Essai de qualification rapide du phénomène d'internationalisation

  10. Au départ l'internationalisation, phénomène vieux de plusieurs siècles, rend compte d'une volonté des entreprises à élargir leur base de production de biens et de services, au-delà des besoins du marché local ou national dans la logique de la recherche de plus grands profits attendus des effets combinés des économies d'échelle, démultipliées par des économies externes ainsi que par des économies de concentration. L'entreprise, à partir de la solidité de sa base nationale investit le niveau international pour s'assurer des approvisionnements indispensables à sa production ou pour se garantir des marchés d'écoulement hors des limites nationales, de proximité, de souveraineté (dans le cas des empires coloniaux) ou de compensation lorsque les coûts des transports le requiert. Les excès dans le développement de l'internationalisation et les pratiques courantes des Etats à défendre par tous les moyens, y compris le recours aux guerres, le dynamisme et les intérêts de leurs entreprises nationales ont été analysés dans les traités sur le colonialisme et l'impérialisme.
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    2.2… du phénomène de mondialisation

  12. Avec la mondialisation on franchit le seuil de la logique de l'entreprise dans sa vocation à l'extension horizontale et verticale de sa capacité de production pour une logique plus vigoureuse de conquête systématique du marché international, en comptant davantage sur ses propres forces de conviction (techniques, économiques et financières) que sur celles des Etat desquels elles sont sensées relever et qui les protégeaient dans la phase d'internationalisation. Dans ce cas, l'opérateur devient la société multinationale ou transnationale qui prend ses distances à l'égard de sa base nationale pour diversifier ses domaines d'intervention et verrouiller sa ou ses filières d'interventions (approvisionnements, production, services, transport, financement, commercialisation, etc…). L'opérateur est toujours à la recherche du maximum de rentabilité et de profit. Sa base devient multipolaire avec une aptitude à délocaliser des lieux d'activité au grès des impératifs de productivité et de compétitivité. Le phénomène de mondialisation a atteint son apogée en cette fin du XX ème siècle avec la victoire du libéralisme et de l'économie de marché sur le communisme et l'économie planifiée. La fin de l'économie "administrée" et la levée des entraves au commerce international et aux flux financiers ont conforté les progrès de mondialisation. Les volumes investissements internationaux vont croissants et proviennent principalement des multinationales. Déjà au début des années 1980, les estimations faisaient état de 10.000 multinationales de par le monde contrôlant quelques 90.000 filiales étrangères et que les 500 plus grandes assuraient à elles seules plus de 80 % des investissements directs étrangers. Depuis, ce phénomène de concentration va en s'amplifiant, avec une accélération inédite des opérations de fusion de sociétés multinationales, parmi les plus gigantesques, dont certaines ont des chiffres d'affaires supérieurs au produit national de pays, même parmi les plus développés.
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    2.3… du phénomène de globalisation

  14. La phase de la globalisation pourrait refléter une étape supérieure où la mondialisation de l'économie va tenter de résoudre les problèmes d'environnement politique, institutionnel, financier, économique, social et culturel, qu'elle aura directement ou indirectement générés. L'économie mondiale est resituée par rapport à la société mondiale qui constitue la source principale de ses facteurs de production et la destination exclusive et finale de la production. On attend de la mise en place d'un nouveau cadre institutionnel mondial la gestion des conflits objectifs et la création d'un climat mondial de paix, de sécurité, de progrès et de bien être. Il s'agit de rechercher les voies et les moyens de régulation du marché global, afin qu'il réponde aux besoins de la société globale. Pour ce faire, il faudrait que la communauté internationale puisse convenir de normes d'encadrement du marché mondial afin de prévenir et d'éviter et ou de corriger, autant que faire se peut, les situations de crises, comme la crise financière qui secoue le monde en ce moment.
  15. La réflexion est en cours tendant à adapter les mandats des institutions mondiales en charge du développement international de l'économie, des finances, du commerce et de l'emploi (Fonds Monétaire International, Banque Mondiale, Organisation Mondiale du Commerce, Bureau International du Travail, etc…) et le cas échéant de la création de nouvelles institutions de régulation et d'arbitrage (Conseil de Sécurité pour le Développement). Le mouvement associatif en pleine expansion dont les Organisations non gouvernementales (ONG) a obtenu une légitimité pour participer aux grands débats de l'heure, y compris en participant activement aux grands sommets mondiaux organisés, notamment par l'ONU. Malgré les tentatives d'absorption et d'étouffement, il porte haut et fort le point de vue de la société civile face aux exigences excessives des multinationales, des Etats et même des organisations internationales dont la plupart se sont doter de départements en charge du dialogue avec la société civile et les ONGs.
  16. La capacité de réaction aux excès de la globalisation de l'économie mondiale au service des seuls intérêts des sociétés multinationales peut être déjà considérée comme est réelle et les manifestations de la réalité de cette lutte se multiplient. Le repli spectaculaire accusé par l'Accord multilatéral sur les Investissements (AMI), aussi tactique soit-il, constitue un exemple significatif, intervenu en 1998, de l'émergence des constituants de défenses des intérêts d'une globalisation sociale appelée à contrebalancer la globalisation économique et financière. La méthode de son élaboration discrète sinon secrète au sein de l'OCDE pour être adopté par les pays industrialisés avant d'être imposé à leurs partenaires sous-développés aura été condamnée autant que son contenu.
  17. 3… L'environnement socioculturel du processus de globalisation

     

    3.1.. Gérer le lancinant problème de l'équilibre population/ressources naturelles.

  18. Grâce notamment aux progrès de la science et à ses effets sur les conditions de vie, de santé, d'hygiène, de nutrition, de culture et de loisirs des populations, l'évolution démographique mondiale a connu ces derniers siècles un développement spectaculaire. La population mondiale connaît une dynamique de croissance pour le moins inquiétante : estimée à 680 millions en 1700, elle frise le milliard un siècle plus tard (954 millions), double quasiment un siècle après avec 1.634 millions en 1900. Le processus va s'accélérer depuis : 2.530 millions en 1950, 5 milliards en l'an 1987 soit un doublement en moins d'un demi-siècle. Nombreux sont ceux qui s'interrogent sur la capacité de la terre et des ressources non renouvelables dont elle dispose de répondre aux besoins d'une population connaissant une telle dynamique, qui plus est de plus en plus exigeante en qualité et en quantité de produits consommés. La tendance au surpeuplement est cependant au ralentissement avec d'une part le vieillissement démographique avéré en Occident, une pression internationale pour que les pays en développement accordent l'importance requise au ralentissement de leur croissance démographique, voire au renversement des tendances, les plus optimistes considérant que la grande majorité des pays de la planète vivent, s'ils n'ont déjà achevé, la phase dite de transition démographique, de maîtrise de la croissance de leur population. Malgré le prolongement continu de l'espérance de vie à la naissance, avec une moyenne mondiale de 45,8 ans entre 1950 et 1955, 58,9 ans entre 1980 et 1985, 63,2 ans en 1994 et pour la même année 1994 une moyenne de 74,1 ans dans les pays industrialisés et de 79 ans pour le Canada, les études spécialisées indiquent qu'à proche échéance la population mondiale sera stabilisée avant de connaître un fléchissement tendanciel. En effet, Les prévisions escomptent un ralentissement significatif de la tendance dès le début du vingt et unième siècle l'estimant à 6,5 milliards en l'an 2000, entre 8 et 11 milliards en 2050 et entre 8 et 12 milliards en 2.100.
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    3.2… Accompagner l'essor des Nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTICs).

  20. L'extraordinaire bouleversement dans les relations humaines, créé en cette fin de siècle par le développement spectaculaire des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication (NTICs), façonne en profondeur le comportement humain imposant aux uns et aux autres des normes qu'il devient de plus en plus difficile voire impossible d'ignorer durablement. Aussi étonnant que cela puisse paraître ces techniques et technologies s'imposeront de par leur utilité et leur disponibilité aux populations les plus enclavées, les plus marginalisées, les plus retardataires. Grâce aux réseaux de satellites et aux possibilités d'INTERNET, le son, l'image et le texte vont être rendu disponibles en tous lieux, de façon interactive et aux moindres coûts. Plus besoin d'énormes investissements pour créer et transporter de l'énergie, plus besoin de créer des entreprises publiques et privées de gestion individuelle et collective de la distribution des réseaux de communication, les individus auront capacité d'être en liaison avec facilité, avec fiabilité. L'homme se trouvera devant une illusion de choix infinis de culture et de loisirs. En réalité, avec le temps et la banalisation de l'accès à l'information sans frontière, il se dissoudra dans l'acceptation des normes porteuses en cours dans le village planétaire, lesquelles lui indiqueront sa place dans la société mondiale.
  21.  

    3.3… Investir sur les valeurs porteuses de défense des libertés et des droits humains

  22. Accompagner la tendance vers la construction d'une société homogène. Un monde vivant dans un village planétaire convivial, l'image renvoie à un soubassement économique et social où domine l'harmonie autour de symboles et de normes concertées. Sur le plan des dominantes de la société de l'ère de la globalisation, cela devrait se traduire d'une part par une meilleure satisfaction des besoins fondamentaux des individus en matière d'éducation, d'hygiène, de nutrition, de santé, d'habitat, de sécurité, de justice, de culture et de loisirs, et d'autre part, par le parachèvement des grandes luttes en cours pour la réaffirmation de l'intangibilité des libertés et droits fondamentaux de l'homme et la condamnation de toutes les atteintes à ces droits. Pour citer les domaines concernés :

  1. Le XXI ème siècle devrait être celui d'où seraient bannies les maladies sociales telles le racisme, l'antisémitisme, l'apartheid, l'holocauste, les génocides, la xénophobie, la famine, la précarité et la pauvreté, ainsi que toutes autres ségrégations sanctionnant des choix religieux, des situations de genre ou de statut économique, social ou culturel. C'est à ce prix qu'il sera possible de dépasser les contradictions fondamentales qui opposent l'option pour la globalisation économique, trop souvent et trop rapidement associée à la recherche effrénée de la compétitivité, de la productivité et du plus grand profit, et celle de la construction d'une citée commune, d'un village planétaire où les femmes et les hommes seront individuellement et collectivement heureux de vivre ensemble et de partager équitablement le fruit de la croissance et du développement. Ce sont les avancées dans la lutte pour la démocratie, les droits de l'homme et des libertés individuelles, dans la libération du génie créateur des individus et dans leur capacité de s'approprier solidairement de leur avenir qui rendront faisable la résolution de cette contradiction dans les impératifs de la globalisation économique et du progrès social.
  2.  

    3.4… Accorder toute l'importance requise aux aspects culturels de la globalisation

  3. La globalisation économique et ses implications sociales affectent l'ensemble des secteurs d'activité humaine. Ni l'information, ni la musique, ni le cinéma, ni la littérature, ni la poésie n'en sont épargnés. Dans le village planétaire, les nécessités de communication s'intensifient et si les tentatives de promotion de l'espéranto comme langue planétaire ont échoué, le besoin demeure de disposer un jour prochain d'une langue de communication universelle, ne serait-ce que pour répondre aux pressions exercées par la généralisation de l'usage, à l'échelle mondiale, des nouvelles technologies de l'information et de la communication. Des chercheurs s'activent pour tenter de simplifier la plus répandue et la plus simple des langues, l'anglais. La presque totalité des échanges sur INTERNET se fait en anglais, La production scientifique se fait pour l'essentiel dans la même langue de même que les échanges internationaux.
  4. Par quels mécanismes le "village littéraire planétaire" prend-il progressivement forme dans le domaine de la création littéraire et artistique sensée être profondément liée aux inspirations, rêves et réalités puisées par les créateurs, artistes et écrivains dans les profondeurs du terroir ? Deux phénomènes convergents animent ces mécanismes. D'une part, grâce aux nouvelles technologies de l'information et de la communication c'est la planète qui devient petit à petit terroir de l'humanité, donnant vocation à la moindre œuvre produite de prétendre à l'universalité puisque le moindre un fait relaté ou traité ou produit peut acquérir une dimension planétaire. D'autre part, les phénomènes de concentration de la production culturelle, aux mains de groupes d'intérêts à dimension internationale, répondant aux même exigences que les multinationales de production des autres biens et services, structurent le marché mondial sur la base de besoins créés par la force du marketing qui gère l'interactivité et l'interdépendance des produits culturels entre création littéraire, cinématographique, musicales, mode vestimentaire, cosmétique, jeux, tourisme, etc… Aujourd'hui, les best-sellers, les films primés inspirés ou ayant inspirés des ouvrages plébiscités, les musiques et chansons et autres gadgets à la mode du fait des livres et des films à succès, inondent le monde, participant à un processus de normalisation des modèles de consommation.
  5. 4… L'encrage institutionnel et de bonne gouvernance

  6. Dans la mouvance de la pensée unique, certains aspects majeurs de la bonne gouvernance font aujourd'hui l'objet d'un consensus qui repose sur l'aptitude d'un système étatique à démontrer que sa gestion des affaires publiques respecte un certain nombre de critères de base dont les principaux sont : i) la transparence, ii) la responsabilité, iii) la liberté d'expression des individus, des populations et des médias, iv) et enfin, l'indépendance de la justice pour veiller à l'application rigoureuse des lois et des règlements par tous et partout. Malheureusement, chacun de ces critères de base peut donner lieu à des nuances dans l'interprétation de son propre contenu, au regard notamment des conditions spécifiques du pays d'application, d'autant que ces critères sont interactifs, interdépendants, quand ils ne couvrent pas, tout au moins en partie, les mêmes domaines d'analyse.

  1. La transparence quant à la pertinence des actes de l'Etat peut s'apprécier à un double niveau national et mondial : au niveau national, les populations, quels que soient leurs lieux de résidence dans le pays, leur appartenance ethnique ou religieuse, leur degré d'instruction, leur statut socioprofessionnel ou leurs préférences idéologiques ou politiques, devraient avoir accès au même niveau de compréhension des motivations des actes étatiques et des effets attendus de tels actes, avec les mêmes facilités, la même rapidité et la même lisibilité. C'est par la qualité de la transparence de ses actes que l'Etat peut s'assurer d'offrir à l'ensemble des citoyens l'égalité des chances pour se réaliser dans une société de solidarité et pour contribuer volontairement, utilement et collectivement au progrès général, dès lors qu’ils se sentent équitablement bénéficiaires des fruits de l’effort commun au développement. A ce niveau, il devient évident que la transparence est une condition sine qua non à la participation et à la mobilisation volontaire des populations pour la réalisation d’objectifs communs. Au plan international, la transparence dans la gestion étatique est utile, voire indispensable, autant dans les pays développés que dans les pays en développement. Dans les pays riches, le déficit de transparence conduit à des dysfonctionnements, avec des effets internes et externes, notamment au regard de la capacité des Etats à mobiliser les ressources nationales au service de l'aide et de la coopération internationale et à en justifier la pertinence des disparités relevées dans les modalités et volumes d’aide accordés selon les pays. Dans les pays pauvres, dépendant de la solidarité mondiale pour leur survie et leur développement, toute insuffisance dans la transparence des actes étatiques, légitime des mesures de rétention, de suspension voire d'annulation des flux de l'aide promise avec des effets fâcheux sur les populations nécessiteuses.
  2. La responsabilité est un critère dont l'opérationnalité dépend directement de la transparence. En effet, il ne sert à rien que la transparence dans les actes étatiques fasse ressortir des insuffisances et lacunes si l'exercice de la responsabilité n'était là pour veiller à la correction des dysfonctionnements relevés grâce à la transparence. Les Anglo-saxons utilisent le terme d'accountability qui est plus explicite que celui de la responsabilité, dans la mesure où il fait ressortir une obligation de rendre compte et d'accepter une sanction codifiée, tendant à mettre un terme et à corriger la situation incriminée, voire à dédommager les victimes. Une telle démarche signifie que l'Etat n'est pas infaillible, ses actes peuvent être répréhensibles, condamnables et donner lieu à compensation pour les dégâts injustement causés. Responsabilité et accountability n'ont d'utilité réelle que dans une situation de culture et de pratique de banalisation de l'exercice du droit et de la capacité d'interpellation et le cas échéant de sanction de l'Etat pour des actes posés en contradiction avec des lois et règles convenues. Cette capacité générale d'interpellation de l'Etat et de ses démembrements pour des actes illicites ou répréhensibles n'a de raison d'être que si des institutions fonctionnent pour connaître et pour sanctionner en toute souveraineté les actes étatiques condamnables. Le système judiciaire doit comporter les moyens humains, institutionnels et de logistiques nécessaires pour répondre efficacement aux impératifs de cette fonction essentielle à dimension multiple puisque l'Etat intervient dans divers domaines relevant du politique, de l'administration ou des finances et du budget.
  3. La liberté individuelle et collective d'expression comme indicateur de bonne gouvernance fait référence entre autres au statut consenti aux organes de presse, d'information et de communication. La liberté d'expression des individus et des communautés est indispensable pour se prévaloir d'une situation de transparence et de responsabilité. Les actes étatiques génèrent des effets directs ou indirects, positifs ou négatifs sur les populations d'application. L'appréciation de ces effets dépend de la qualité de la transparence, laquelle nourrit les réactions, librement exprimées des populations qui en ont bénéficié ou souffert, le tout étant sanctionné au nom de la responsabilité.
  4. L'indépendance de la justice. Quelle serait l'opérationnalité de critères tels ceux de la transparence, de la responsabilité ou de la liberté d'expression s'ils n'étaient servis par une justice indépendante de toutes les contingences et qualifiée pour connaître de tous les délits. Si les délits sont d'ordre politique la justice devrait être à même de vérifier la constitutionnalité des actes étatiques (rôle d'une cour constitutionnelle) et de vérifier la régularité des opérations électorales (rôle d'une commission électorale indépendante compétente en matière de vérification de l'équité, de la régularité, de la liberté et de la transparence des élections pluralistes). S'agissant des délits des actes étatiques d'ordre administratifs, le système judiciaire devrait disposer de composantes aptes à vérifier et à sanctionner les règles de bonne gestion de la fonction publique, y compris les aspects spécifiques aux corps de sécurité, de l'armée, de la magistrature, voire de la haute administration. S'agissant enfin des délits d'ordre financier et budgétaire, les actes condamnables, parce que fondés sur des pratiques de corruption, de malversation de prévarication, les procédures d'observation, de contrôle, de dénonciation, d'évaluation et de sanction devraient être codifiées et systématisées. En la matière, les systèmes administratif et judiciaire devraient disposer de capacités et de compétences pour vérifier et sanctionner l'ensemble des actes financiers et budgétaires posés par les fonctionnaires de l'Etat, que cela concerne les inspections et contrôle financiers internes aux administrations, la Cour des comptes et les chambres régionales ou départementales de vérification des comptes publics ou la Commission nationale en charge de la vérification des conditions de passation des marchés publics. Seule une justice capable de connaître de tous ces aspects complexes et les cas échéant de donner gain de cause aux individus et aux communautés dans leur bon droit face à l'Etat, capable de considérer les plaignants nonobstant leur sexe, leur âge, la couleur de leur peau ou le niveau de leur richesse, serait en mesure des créer les conditions d'une solidarité et d'une mobilisation nationale et internationale pour le progrès et le développement au plan national et mondial.

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    5… Les enjeux de nature idéologique et religieuse

  2. Alors que le vingtième siècle aura été marqué jusqu'aux années 1990 par la confrontation de deux idéologies dominantes : La démocratie libérale et le communisme, le vingt et unième siècle démarrera avec une situation de pensée unique, la domination de la démocratie de marché et de la recherche effrénée du bien-être matériel des individus. Cette situation monopoliste va-t-elle engendrer l'émergence ou la renaissance d'une ou de plusieurs idéologies alternatives ou va-t-elle trouver en elle des mécanismes de renouveau pour répondre aux impératifs d'évolution continue de l'humanité.
  3. A titre d'exemple, les efforts entrepris dans le domaine de rapprochement des religions pourraient déboucher soit sur une nouvelle idéologie foncièrement hostile au libéralisme qui exacerbe l'individualisme, soit sur une force d'appoint visant la correction des aspects outranciers de la démocratie libérale et de l'économie de marché.
  4. Les grandes interrogations de l'heure auxquelles les principales religions auront à répondre au regard des exigences de la globalisation sont :

  1.  

    6… En guise de conclusion, quelques pistes d'investigation de la philosophie pour rationaliser les choix