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LES NOUVELLES TECHNOLOGIES DE L’INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION (NTICs)

ENJEUX POUR L’AFRIQUE : le cas de la diffusion numérique audio et multimédia

(Contribution de Djilali Benamrane, économiste, Niamey août 1999)

  1. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTICs) constituent de nos jours, vraisemblablement, l’un des domaines qui contribue le plus à la dynamique de la croissance économique et du progrès social. Rares sont les domaines qui ne se trouvent pas affectés par ces instruments modernes du développement. Mais alors que dans les pays industrialisés les NTICs ont investi tous les secteurs et niveaux publics et privés d’organisation et de gestion, elles éprouvent les plus grandes difficultés à une appropriation et à une généralisation dans le monde sous-développé. Le risque réel est qu’au lieu de constituer une chance pour un progrès à l’échelle planétaire, ces technologies risquent au contraire de contribuer à aggraver le fossé qui sépare les standards de vie des populations des pays en fonction de leur niveau de développement. L’exemple de la diffusion numérique audio et multimédia illustre les potentialités extraordinaires offertes, spécialement aux populations pauvres, enclavés, peu ou pas instruites et qui pourraient être liées de façon interactive au monde moderne.
  2.  

    1… les apports des NTICs en matière de diffusion numérique audio et multimédia

  3. Depuis octobre 1998, grâce à un satellite géostationnaire " Afristar ", lancé par WorldSpace Corporation (http://www.worldspace.com/), le continent africain peut avoir accès, en tout lieu à une écoute de qualité (standard numérique) de programmes audio (FM, OC et OM) et progressivement d’autres services multimédia, par le moyen de simples postes récepteurs fabriqués par quatre opérateurs japonais, disposant pour une durée de trois années, d’une exclusivité de production de pareils équipements. Durant la période triennale d’exclusivité, les prix de ces radios numériques sont relativement élevés, de l’ordre de 200 à 250 $. US l’unité. Ces prix connaîtront ultérieurement une chute significative avec notamment la multiplication des constructeurs d’équipement électroniques. WorldSpace propose à des Etats ou Institutions publiques ou privées des installations pour des liaisons montantes " up-links " avec des abonnements pour disposer de canaux pour la transmission des programmes recevables en standard numérique. Les mêmes équipements et installation permettront dans un proche avenir le transport du texte puis de l’image.
  4. Il existe déjà sur le marché des unités de radiodiffusion, peu encombrantes et robustes, fonctionnant à l’énergie solaire et qui permettent des transmissions en FM sur un rayon d’une cinquantaine de Km. Leur prix sur le marché est de l’ordre de 6.000 $. US l’unité, panneaux solaires compris (en cas d’intérêt, consulter le site http://www.wantokent.com) . Ces unités solaires d’un poids inférieur à dix kg, peuvent être aisément utilisées dans des projets nécessitant la mobilité des équipements. Elles peuvent être équipées d’une dynamo à énergie manuelle pour suppléer à une insuffisance ou à une absence d’ensoleillement.
  5. Il existe enfin des postes récepteurs à énergie manuelle et/ou solaire commercialisés par l’opérateur sud-africain Baygen dont le site Web de la Fondation associée est http://www.freeplay.org.uk, autorisant une écoute individuelle ou collective, confortable, à des coûts autrement plus abordables que ceux des postes de radios numériques décrites précédemment, des prix de l’ordre de 40 $.US pour les radio à énergie manuelle, de l’ordre de 50 $.US pour les solaires.
  6. A première vue, les trois éléments décrits ci-dessus, relèvent d’un exercice de simple publicité pour des opérateurs privés de fabrication et de commercialisation d’équipements électroniques. Pourtant leur simple combinaison permet de solutionner, à des conditions exceptionnelles, la situation dramatique que vivent les populations pauvres et enclavées, leur ouvrant des voies d’espérance pour un accès inattendu au monde moderne avec des potentialités d’interactivités insoupçonnables.
  7. 2… Une expérience en cours au Niger

  8. La population du village de Bankilaré, simple poste administratif de deux milles habitants environ, relevant du Canton de Yatakala (environ soixante mille habitants), à la frontière du Niger avec le Mali et le Burkina Faso, ne dispose ni de routes goudronnées, ni de réseaux d’énergie électrique, de téléphone, d’eau potable ou d’assainissement. Les revenus y sont des plus bas dans l’un des pays les plus pauvres du monde. Très rares sont les familles qui possèdent de simples transistors et pour les rares familles "privilégiées " qui en disposent, l’écoute de la radio nationale du Niger est difficile, de plus, même lorsqu’on y accède grâce à des postes assez sophistiqués, rares sont les émissions en langues compréhensibles dans la localité (principalement : Songhaï, Tamachek et Peul).
  9. A Bankilaré fonctionne un projet de dimension modeste d’appui au développement communautaire, mis en œuvre dans le cadre du Programme National de Lutte Contre la Pauvreté (PNLCP). Dans le document de projet d’appui qui précise les domaines d’intervention couverts par le PNUD et exécutés par la SNV, rien de révolutionnaire : un peu d’hydraulique rurale, quelques banques de céréales, des appuis aux femmes pour le micro crédit ou d’autres interventions classiques en appui aux initiatives de développement communautaire.
  10. Lors d’un exercice d’animation des populations féminines, consistant en leur sensibilisation aux potentialités d’utilisation des moyens d’information et de communication pour le développement, les participantes ont commencé par montrer de l’intérêt pour les radios à énergie manuelle, mises à leur disposition pour les besoins de démonstration, parce qu’elles ne nécessitaient pas de dépenses dissuasives au regard de leurs revenus, pour l’achat de piles. Mais très vite, elles ont identifié les inconséquences de l’initiative : à quoi servirait en effet la possession individuelle ou collective de telles radios puisqu’elles ne donnent pas ou très difficilement accès à l’écoute de la radio nationale, laquelle ne diffuse que très peu de programmes dans les langues compréhensibles par ces populations ? De plus, les programmes d’intérêt national ou international ne concernent qu’accessoirement les préoccupations quotidiennes de ces populations.
  11. La réflexion s’est poursuivie des mois durant pour aboutir à la décision des populations de Bankilaré, avec l’accord des autorités locales et nationales ainsi que l’appui du PNUD, de la SNV, de l’IRD ex ORSTOM et de l’ACMAD, d’étudier les voies et les moyens de se doter d’une radio rurale. La démarche en soi n’a rien d’exceptionnel et nombreuses sont les radios rurales et/ou locales qui fonctionnent tant au Niger que dans les pays voisins. Pourtant, dans ce cas particulier, les nouvelles technologies de l’information et de la communication vont autoriser une approche novatrice, adaptée à la situation difficile de ce village, approche dont les dominantes sont les suivantes :

 

3… Des perspectives prometteuses

  1. Grâce aux besoins énormes d’information et de communication des populations, aux bonnes prédispositions des autorités nigériennes et aux potentialités de partenariat entre les différents partenaires concernés, il se développe au Niger en ce milieu d’année 1999, un climat favorable pour démultiplier des initiatives du genre de celle décrite pour le cas de Bankilaré. L’ambition des initiateurs de cette démarche et que très rapidement le projet pilote de Bankilaré puisse justifier avec le support technique de l’UNESCO et l’apport multiforme attendu de l’AIF ex ACCT, des Fondations Worldspace, Baygen et d’autres partenaires, la création d’un premier réseau d’une dizaine de stations radio rurales, avec une densification des échanges entre elles. Au cours de l’année 2000, des expériences peuvent émerger d’autres partenaires bilatéraux et multilatéraux inspirés par le projet, créant un réseau conséquent de radios rurales et de radio locales à vocation socio-professionnelles, culturelles, voire d’affaires. Des passerelles seront construites qui relieront le ou les réseaux nigériens de radios rurales et locales à ceux des pays voisins qui partagent les mêmes langues transnationales, les mêmes intérêts économiques, sociaux ou culturels. Ces mêmes réseaux démultiplieront leurs moyens de production et de diffusion de programmes, grâce à l’accès aux banques de programmes développés notamment par l’UNESCO et l’AIF ex ACCT, banques de programmes à l’alimentation desquelles au demeurant ils participeront, avec leurs propres productions en qualité et en quantité.
  2. Conclusion

  3. Les propositions de recommandations ci-après visent à donner à cette approche quelques éléments opérationnels de contenu qui concernent plusieurs niveaux :