31 ECRIVAINS FACE A LA HAINE  
Samedi 28 mars 1998

Bons mots

par M. NDiaye

EN août 1996, dans un article du Nouvel Observateur, chacun pouvait lire ceci : " Marie NDiaye est noire, comme son nom l'indique, mais elle écrit blanc. " La sottise malsaine de ce propos m'apparut si grande que, par répugnance, je renonçai à y répliquer ainsi : " Madame NDiaye, ma mère, est blanche, comme son nom l'indique sans doute... "

Ce fut là, dans cet article, l'unique fois où mon écriture a été qualifiée de " blanche ", qualification ne s'appuyant évidemment sur rien, justifiée par la seule joie d'un " bon mot ". Mais en ces temps de ciel brun, viendra-t-on un jour me reprocher de ne pas écrire blond ? Ecorchera-t-on mon nom à plaisir ? Sera-t-il moqué comme, dans un récent " Masque et la plume ", celui d'Andreï Makine : " S'il s'appelait André Machin, on n'en parlerait même pas ! " Et les rires de fuser ! La preuve était une nouvelle fois faite que certains de nos intellectuels et critiques roses n'étaient en rien gauches, et savaient être au moins aussi drôles que les plaisantins du Front.

L'abjection transpire, et macule le langage, aujour- d'hui comme aux heures les plus sales de l'histoire nationale. Alors, alors soyons quelques-uns, quelques millions à dire que, cela, on ne l'endurera pas.