31 ECRIVAINS FACE A LA HAINE  
Samedi 28 mars 1998

De quoi parle-t-on ?

par Jean-Marc Roberts

HEUREUSEMENT, nous avons les francophones.

Jacques Chirac a beaucoup apprécié la nouvelle formule de L'Express.

Les éditions Des femmes, au moins, publient des livres de femmes.

Tous les spectateurs des Visiteurs II sont vraiment des cons, non ? 

Cher Robert De Niro, acceptez en mon nom les excuses de la France.

Marie NDiaye doit être certainement jalouse du succès de Marie Darrieussecq.

Les hommes politiques ne sont plus crédibles, n'est-ce pas ? Les critiques littéraires non plus.

Moi, je n'aime que la littérature étrangère. Et un peu les biographies.

Il y a cette propriété à vendre que j'ai repérée dans les annonces du Nouvel Obs' à 3 millions de francs... Je me demande si ce n'est pas le moment d'acheter.

On publie trop de romans. Qui a le temps de lire tout ça ? 

Ah ! Comme c'est émouvant et réconfortant à la fois, ces pauvres sans travail qui s'aiment dans Marius et Jeannette. Même leur accent ne m'a pas gêné.

Deux heures pour retrouver mon nom dans la liste. Tout est de ma faute. Je me suis inscrit dans trois catégories : éditeur, écrivain, intellectuel.

On ne va plus dîner là : on s'est rendu compte que le patron était super à droite. C'est dommage, c'était bon. Cher, mais très bon.

Ma femme de ménage est d'une lenteur incroyable. Souriante, rêveuse, très africaine. La chance, c'est que je ne la déclare pas.

Darrieussecq. De gauche, qu'est-ce que vous croyez ? Forcément. Et fière de l'être, en prime.

De l'herbe, de la coke, comme Johnny, on en prend tous. On va signer un nouveau truc. Avec les sans-papiers, l'an dernier, j'ai fait un bon Pivot. Avec ça, y a peut-être un coup à jouer à " Nulle part ailleurs ". Tu as reçu mon livre ? 

Et Kundera ? Que lui est-il arrivé ? Trop de succès ? Trop d'argent ? 

Annie Ernaux, je l'aime bien, mais tout de même... Avait-elle besoin de raconter que son père se salissait en mangeant sa soupe ? 

Dans certains cas, on devrait rétablir la peine de mort. Je pense à des crimes franchement crapuleux.

Vous auriez publié le docteur Gubler ? 

Il paraît que Chirac est très malade. 

Et Jospin, vous avez vu comme il a grossi.

Anne Sinclair a dû faire une thalasso, elle. Ses scores ne sont pas fameux, paraît-il, mais on la garde. Très protégée, Anne Sinclair. Rien à voir avec la politique... 

Et Woody Allen ? Un génie ! 

JE CONTINUE ? Non, ça suffit comme ça.

Pour Woody Allen, je propose que tous les rédacteurs du Monde et de Télérama aillent lui lécher les pieds, doigt après doigt. 

Pour le reste, faisons une pause. Avant d'ignorer, de mépriser, avant d'exclure des électeurs, regardons-nous, écoutons-nous. Posons-nous une seule question : DE QUOI PARLE-T-ON ?