Le Printemps de Pékin : Evènements du 08 mai au 14 mai 1989
Lundi 8 mai

Plusieurs centaines de grévistes continuent à réclamer des réponses plus concrètes du régime et menacent de défiler dans les rues durant la visite de M. Gorbatchev, prévue à Pékin le 15 mai.
Zhao Ziyang réunit un comité permanent du Bureau politique élargi. En dehors des 5 titulaires (Zhao Ziyang et Hu Qili, réformistes; Li Peng et Yao Yilin, conservateurs ; Qiao Shi), sont présents : Yang Shangkun, président de la République, Wan Li, président de l'Assemblée nationale et Bao Tong, proche de Zhao. Zhao propose des dispositions concrètes pour calmer l'effervescence étudiantes : suppression des privilèges de tous les hauts cadres ( à l'exception de ceux qui sont âgés de plus de 75 ans), libéralisation de la presse et publication de ces mesures dans le Quotidien du peuple, afin de montrer la bonne volonté du gouvernement à la population. Mais il échoue à faire adopter son initiative.
Les étudiants de Beida se remettent en grève.


Mardi 9 mai

Une pétition demandant l'ouverture de négociations avec le pouvoir sur une libéralisation de la presse et signée par plusieurs centaines de membres des rédactions est transmise à l'Association nationale des journalistes chinois (organe professionnel placé sous la tutelle du comité central du parti communiste).
Les journalistes réclament des explications sur la mise à pied du rédacteurs en chef de l'hebdomadaire World Economic Herald de Shanghai, M. Qin Benli.
Ils demandent encore à pouvoir débattre avec les autorités d'un jugement proféré face à des étudiants fin avril par le porte-parole du gouvernement, M. Yuan Mu, selon qui « en Chine, la presse est libre ». « Nous pensons que cela n'est absolument pas conforme à la réalité prévalant dans les milieux de la presse en Chine » répliquent-ils.


Mercredi 10 mai

Nouvelle manifestation, à bicyclette, des étudiants. Ils sont 10.000 environ, dont beaucoup ont la tête entourée d'un bandeau.


Samedi 13 mai

2000 puis 3000 étudiants se lancent dans une grève de la faim illimitée (il s'agit d'une forme de protestation rare en Chine et peu conforme au caractère national), afin de soutenir l'exigence d'un dialogue avec le pouvoir, et s'installent sur la place Tien Anmen. La presse internationale, présente à Pékin à l'occasion de la visite imminente de Gorbatchev (lundi 15 mai), donne un retentissement extraordinaire à ce nouveau rebondissement de l'agitation étudiante.


Dimanche 14 mai

Une amorce de dialogue entre Yan Mingfu, secrétaire du comité central et allié de Zhao, et les étudiants a lieu. Sans succès.
Naissance sur la place d'un « Groupe de la grève de la faim » qui cherche à marginaliser l'influence exercée par l'AAEP sur les étudiants.
Plusieurs dizaines de milliers de personnes sont présentes sur la place pour apporter leur soutien aux grévistes de la faim, qui, par ce geste hautement inhabituel, ont touché le point le plus névralgique de l'imaginaire populaire : l'estomac. « Maman, j'ai faim, mais je ne peux pas manger », proclame une de leurs banderoles.




Retour au sommaire Sources :
Gallimard, Le tremblement de terre de Pékin Jean-Philippe Béja, Michel Bonnin Alain Peyraube, 1991 (p555-556)
Articles du journal Le Monde (Mai 1989)
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