Jean Giono

Jean Giono et l'Ubaye

 

 Le célèbre écrivain passe pour le chantre exclusif de la région de Manosque et son amour pour les hautes vallées est moins connu du grand public.

C'est en 1932 qu'il dit : "Je voudrais écrire un livre qui fasse chanter le monde". Ce livre, il l'écrit en 1933 ; c'est, bien sûr, "le Chant du Monde". C'est le cinéaste Marcel Camus qui le tournera ... au Sauze, plus exactement à la ferme de la Rente.

On peut y voir Sylvaine Couttolenc donner la main à Catherine Deneuve qui joue le rôle de l'aveugle Clara.

La scène de l'incendie sera tournée au hameau de l'Ubac de Lans, et c'est Honnoré Couttolenc qui jouera le rôle du patriarche Maudru qui cherche à sauver ses bêtes.

 

La ferme de la Rente, où furent tournées les scènes du haut pays Rebeillard
   "La maison se mit à craquer doucement comme une pomme sur la paille."
 Nous avons pour projet de créer un sentier littéraire autour du "Chant du Monde" et nous aurons le plaisir de vous informer de l'état d'avancement de notre travail.

 


"... C'était un large pays tout charrué et houleux comme la mer ; ses horizons dormaient sous des brumes. Il était fait de collines forestières en terres rouges sous des bosquets de pins tordus, des vals à labour, des plainettes avec une ferme ou deux, des villages collés au sommet des rochers comme des gâteaux de miel. Des chiens de chasse sortaient de tous ces villages et de toutes ces fermes et s'en allaient chasser seuls à travers les bois et dans les champs. Les chats se glissaient à ras du sol dans les labours pour guetter les taupes." Une petite chienne jaune toute en oreilles et en reins courait après une chouette. L'oiseau aveuglé de matin volait d'un arbre à l'autre vers le bois. La chienne courait en faisant claquer ses oreilles. De beaux nuages dorés avaient commencé la traversée du ciel au-dessus du pays. Ils descendaient vers le sud entraînant leur ombre."

Le Chant du Monde, chapitre 2


 

"... L'hiver au pays Rebeillard était toujours une saison étincelante. Chaque nuit la neige descendait serrée et lourde.... Les villes, les villages, les fermes du Rebeillard dormaient ensevelis dans ces épaisses nuits silencieuses. De temps en temps toutes les poutres d'un village craquaient, on s'éveillait, les épais nuages battaient des ailes au ras de terre en froissant les forêts. Mais tous les matins arrivaient dans un grand ciel sans nuages, lavé par une petite brise tranchante. A peine sorti de l'horizon, le soleil écrasé par un azur terrible ruisselait de tous côtés sur la neige gelée ; le plus maigre buisson éclatait en coeur de flamme. Dans les forêts métalliques et solides le vent ne pouvait pas remuer un seul rameau ; il faisait seulement jaillir sur l'embrasement blanc des embruns d'étincelles. Des poussières pleines de lumière couraient sur le pays.

Le Chant du Monde, deuxième partie, chapitre 1


 

 

 

"... Ce qu'il faudrait, c'est mettre l'homme à sa place, [dans les livres ] ne pas le faire le centre de tout, être assez humble pour s'apercevoir qu'une montagne existe non seulement comme hauteur et largeur, mais comme poids, effluves, gestes, puissance d'envoûtement, paroles, sympathie."

   A la fin de la guerre, accusé de collaboration, Giono est emprisonné à Digne, puis transféré à Saint-Vincent-les-Forts à sa demande. Il y resta quatre mois qui furent, dira-t-il plus tard, parmi les plus beaux de sa vie. Il sortait pour la promenade dans un des seuls bois de fayards (hêtres) de la vallée de l'Ubaye, accompagné de son gardien.
   Imaginons-le marcher dans les feuilles de hêtre, qu'il appelait "la litière des Dieux".....

Le hêtre tiendra par la suite une très grande place dans l'oeuvre de Giono, par exemple dans "Un Roi sans divertissement" où l'assassin déposera sa victime à la fourche d'un hêtre.


 

La vallée de l'Ubaye vue des bords du lac de Serre-Ponçon.

C'est ici, avant la mise en eau du barrage qu'a été tourné le film "l'Eau vive", avec Pascale Audret, sur un scénario de Jean Giono. 

A droite les bois de Saint-Vincent-les-Forts


 

 En 1932, Jean Giono écrit sur l'automne pour Vogue :

"Cet automne sauta sur nous du haut des montagnes. Depuis quelques jours l'air était inquiet et on avait plutôt tendance à être triste en goûtant l'ombre des arbres. Mais on s'attendait à ce qui est ordinaire au fil des ans. On ne s'attendait pas à ce quiarriva. Ce pays que nous habitions était un haut pays tout bubelonné de coteaux, ravagé par d'étroits torrents enfoncés dans les schistes à cent mètres de profond et tout entouré de grosses montagnes presque à pic, bleues comme des gouffres de la mer. Quand on essayait de monter à ces murs de roches, on arrivait à de petites aires, à mi-chemin entre le haut le bas et là c'était la fin de toute espérance ; il fallait redescendre. de là, on voyait les prés et les champs ; de beaux prés
gras, épais, ... On voyait des bosquets de peupliers avec des fontaines, des revers de coteaux tout roux de labours, des boqueteaux serrés, des forêts avec le fil de fumée d'un campement."

 


Il y a une sorte de mystère dans la manière dont le travail de Jean Giono a été accueilli, aussi bien Provence qu'ailleurs. Il avait écrit sur commande pour le Reader's Digest une oeuvre utilisée par de nombreux instituteurs, bien que peu représentative, "l'Homme qui plantait des arbres". La revue refusa de publier ce texte, ayant fait faire une enquête qui avait conclu à ... la non-véracité de l'histoire ! Il y a quelques années, à l'occasion du baptême d'un établissement scolaire de la montagne de Lure, le nom d'Elzéard Bouffier fut refusé, au motif ... que ce personnage n'avait même pas existé !

Y a-t-il plus beau compliment pour un romancier que de le traiter de menteur ? Comment mieux lui dire à quel point son travail "sonne" juste? Cela me rappelle qu'Yvan Audouard ayant raconté une histoire qu'il considérait comme de son crû s'entendit un jour reprocher de la raconter "... pas tout à fait comme ça s'est passé" et devant son regard interrogateur, son interlocuteur ajouta : "Je le sais, voyez-vous,...parce que j'y étais ! "

Patrick Erard, Directeur de l'École du Sauze

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