Pas de vrai liberté sans égalité féminisme

Anarchiste individualiste

On essais avec ce qui dépend de nous

   Contre le patriarcat

Dans les deux premières parties de ce texte (Courant alternatif n°88 et n°89), on s'est efforcé de montrer comment, en France aujourd'hui, le fort développement du salariat féminin et l'évolution des m¦urs concernant le couple et la famille incitent des représentants du système patriarcal et capitaliste à promouvoir une politique d'intégration des femmes dans la vie publique et à chercher une réglementation des rapports sexuels autre que celle du mariage. Le projet de parité porté par la «gauche plurielle» illustre parfaitement cette démarche: il s'agit de récupérer l'électorat des femmes grâce à une prétendue avancée vers l'égalité entre les sexes qui, en masquant à la fois les inégalités existant entre les classes et la domination masculine persistante dans la société, tend à perpétuer l'illusion de la démocratie parlementaire. A nos yeux, il importe bien davantage de réfléchir à des pistes qui permettraient, par une rupture avec cette société d'exploitation, de déboucher su!

r une réelle émancipation sociale.


Non à l'intégration des femmes dans le système qui les opprime


Si l'invisibilité des femmes est une donnée quasi universelle qui traverse les classes comme les époques, et si les institutions françaises (pour ne parler que d'elles) sont à 90 % tenues par des hommes - ne dit-on pas d'ailleurs les «hommes politiques» ? -, la lutte contre l'ordre établi implique de ne pas y participer, et bien au contraire de chercher à le détruire. En quoi l'accès aux sphères publiques devrait-il être un enjeu, dès lors qu'y règnent le patriarcat- par le biais du paternalisme, de la hiérarchisation des luttes, de la non-reconnaissance du privé comme étant du «politique» - et le capitalisme - par la prise en compte des seuls intérêts de la classe possédante ? Loin de favoriser la disparition du système, l'élection de femmes dans les hautes instances nationales contribue à sa reproduction. En fait, parler d'égalité entre les sexes sera vain tant que la domination masculine demeurera intégrée dans la tête des hommes mais aussi des femmes, au point qu'ils et el!

les la défendent pour la plupart, consciemment ou non.

Comment la parité en politique pourrait-elle avoir une quelconque efficacité dans un système à la fois de classe et sexiste ? Si le PS l'a proposée, c'est parce qu'il sait que, acceptée ou non, les rapports de domination demeureront inchangés; et si la classe politique se déclare prête à accorder en son sein une place à certaines femmes, c'est afin de remettre les autres à leur place. Car, dans l'affaire, la parité domestique est complètement laissée de côté, les inégalités économiques «oubliées».

Pour défendre son projet, la «gauche plurielle» assure que les élues apporteront un changement parce qu'elles aborderont autrement que les élus les sujets traités. «Habituées qu'elles sont à faire le va-et-vient entre ces deux versants [le privé et le public, l'individu et la société], [les femmes] posent mieux les problèmes de santé, de prévention [...], les réalités du travail à temps partiel, le souci des générations futures, elles ont une approche plus concrète de l'urbanisme, etc.», affirment F. Comte et A. Lipietz (Le Monde du 17/2/99). Mais comment «les femmes» pourraient-elles faire leur entrée dans le club masculin des institutions en innovant, dès lors que seules ¦lles qui appartiennent aux couches supérieures de la société y sont admises, et qu'elles reflètent plutôt les préoccupations, valeurs et préjugés de leur milieu ? On le voit dans les débats entre pro et antiparitaires «de gauche», qui affirment dans leur ensemble vouloir corriger l'effacement des femmes dan!

s la société, mais divergent sur le moyen d'y parvenir. Le discours de certaines «intellectuelles universalistes», par exemple, témoigne qu'elles ne sont pas disposées à se laisser amalgamer à, et confondre avec, n'importe quelle autre femme: I'idée que, si une parité était établie partout, on pourrait «expliquer» leur position sociale par leur seule appartenance au sexe féminin les révolte, et leur mise en avant de la «compétence» reflète leur élitisme. Il n'y a guère de chamboulement à craindre pour le PS (entre autres) avec l'intégration de telles personnes, qui forment déjà sa clientèle électorale. De plus, les élues n'ont en général, comme l'immense majorité des femmes dans les autres secteurs de la société, qu'un rôle de seconde zone.

Pour nous, le problème n'est pas vraiment d'avoir autant de femmes que d'hommes chez les cadres ou les leaders politiques, mais plutôt de n'avoir ni dirigeants ni dirigeantes dans une société la plus égalitaire possible...


Non à la réglementation des modes de vie, quels qu'ils soient


Concernant des projets tels que le PACS, il s'agit de dire haut et fort qu'on est contre l'institution matrimoniale sans pour autant soutenir une quelconque mise en carte nouvelle et faire le jeu du pouvoir (le PACS doit ainsi être signé au greffe du tribunal d'instance, sa rupture signifiée par huissier...). Luttant contre la société existante, pourquoi irions-nous demander à ses autorités qu'elles prennent en charge et à leur compte les manifestations de résistance ou de délégitimation d'elles-mêmes que représentent une partie des unions libres. ? De plus, le gouvernement dispose des moyens de faciliter, par des réformes juridiques et fiscales, la vie quotidienne des personnes vivant hors mariage, quelle que soit leur sexualité; il n'a donc pas, pour ce faire, besoin d'instaurer une nouvelle forme de vie légale. Et puis, le PACS restera un compromis boiteux, parce qu'il est censé répondre à la fois à un désir de reconnaissance institutionnelle chez certain-e-s homosexuel-le-!

s et à un désir de libre choix individuel que partagent les couples refusant de se marier, ceux qui ne le peuvent pas, et ceux qui n'ont pas le droit de le faire parce que frères et s¦urs. Bien sûr, on peut comprendre la volonté affirmée dans la communauté homosexuelle de voir légitimer un autre type de sexualité que l'hétérosexualité, seule reconnue à ce jour par l'acte du mariage. (Les femmes naguère ont pu de même revendiquer le droit de vote - pas forcément pour en user, mais parce que, pour rejeter un droit, il faut au préalable en disposer.) Le PACS efface, certes, de la loi la discrimination homophobe à l'encontre des couples et ouvre la voie à la reconnaissance des familles homoparentales.

Mais l'intégration des homos par ce biais, outre qu'elle est illusoire, n'a rien de libérateur au niveau individuel, car libération sexuelle ne rime pas avec réglementation: on doit pouvoir aimer qui on veut, quand on veut, où on veut sans qu'il soit besoin d'en référer à une quelconque autorité.


Oui à une réappropiration de leur histoire et de leur vie par les femmes


Une étude réalisée aux Etats-Unis en 1996 montre (d'après Libération du 19/1/99) que, s'il fallait avoir seulement un enfant, 80 % des hommes et plus de 50 % des femmes préféreraient que ce soit un garçon.

Les femmes ? Pas d'âme et guère de cerveau... L'interdiction pour l'immense majorité d'entre elles d'accéder à la connaissance, pendant des siècles, a fait traiter de sorcières et condamner au bûcher l'infime minorité qui passait outre dans les classes populaires, tandis que seules les «gourgandines» gagnaient par leur liberté de m¦urs une possibilité plus ou moins grande de se cultiver en fréquentant la haute société... Après s'être demandé si les femmes possédaient l'aptitude à recevoir le savoir (aller à l'école) et la faculté de le transmettre (enseigner), les tenants de la société patriarcale s'interrogent aujourd'hui encore sur leur capacité de «créer» du savoir (notamment faire de la recherche scientifique). Fidèle à son héritage judéo-chrétien, la démocratie représentative maintient la différenciation des rôles selon les sexes: l'homme produit et décide, la femme reproduit et acquiesce. De là ce qui est dit du «sexe faible» chaque fois qu'il obtient une avancée à l'ext!

érieur de la maison - faisant un pas vers l'autonomie et l'affirmation de soi. Le vieux fond de misogynie ressort constamment: tour à tour, les femmes sont jugées incapables de conduire, voter, lutter... alors qu'en matière de conduite automobile, finalement, les assurances les préfèrent aux hommes; qu'en matière de vote -après les avoir accusées d'être plus bêtes et réacs que leurs maris, de s'aligner sur leurs choix ou sur les préceptes de l'Eglise, «on découvre» que leurs options politiques ne sont pas trés différentes de celles des hommes dans la répartition gauche-droite, hormis pour le Front national(1); qu'en matière de lutte elles n'ont cessé de montrer, dans la conduite des grèves ou des mouvements de solidarité, une endurance et une détermination qui valent bien celles des hommes. Et si des féministes se sont attachées à dégager leur histoire, masquée par celle des hommes ou des individus, il reste beaucoup à faire pour leur restituer leur place dans le cours des évé!

nements passés et présents(2).

Les femmes demeurent peu présentes dans les manuels scolaires et n'ont fait, en littérature, leur apparition que récemment dans la prestigieuse collection de La Pléiade(3). Suzanne Lenglen a remporté six fois, entre 1920 et 1926, le tournoi de tennis de Roland-Garros (un record toujours inégalé par les joueurs des deux sexes), mais un seul court porte son nom... depuis 1996. Quand une sportive comme Amélie Mauresmo revendique son homosexualité, elle se voit accusée d'être un homme ou presque, à son arrivée pour la première fois en finale d'un tournoi du grand chelem. Et si les femmes journalistes sont à présent très nombreuses (quoique surtout à la base des organigrammes rédactionnels), le rôle traditionnel de faire-valoir ou de jolie potiche n'a pas plus disparu de leur profession que des autres: les directions de presse les envoient facilement dans les pays où se déroulent les conflits les plus médiatisés, ayant constaté que leur présence «sur le terrain» apporte du piment a!

u journal télévisé...

Dans la logique patriarcale et capitaliste, qui reste celle du profit maximal pour une minorité de personnes, exploiter la force de travail des femmes à la maison, comme celle des ouvrier-ère-s et des paysan-ne-s à l'extérieur, implique leur maintien dans l'ignorance de ce qui n'est pas nécessaire ou serait susceptible de nuire à l'accomplissement de leurs tâches (celles-ci évoluant avec les techniques). C'est pour lutter contre cette ligne immuable que le mouvement syndicaliste et révolutionnaire s'est employé dès la fin du XIXe. siècle à favoriser l'accès à l'instruction du monde ouvrier en général, entre autres par le biais des bourses du travail; et que les (anarcha-)féministes ont mis également l'accent sur l'éducation sexuelle, concernant l'émancipation des femmes. Parce que, quand on est plus ou moins maintenu-e à l'état de bête de somme ou de reproductrice, avec un horizon borné aux limites du foyer ou de la mine, on imagine difficilement les moyens d'améliorer son tri!

ste sort.


Oui à un rééquilibrage des tâches domestique entre hommes et femmes


Si le projet de parité proposé par le gouvernement indique que la démocratie représentative est sexuée, il n'y est pas question de parité domestique, alors qu'il faudrait commencer par là, en cessant de considérer que le privé est d'abord l'affaire des femmes.

Aujourd'hui, les rôles sexués demeurent, car les femmes qui ont un emploi ne (se) sont pas pour autant dispensées des tâches ménagères; mais elles sont forcément tiraillées entre les deux pans de leur double journée. De plus, paradoxe dans une époque célébrant la fin de la centralité du travail, elles accordent souvent une grande importance à leur activité extérieure parce que celle-ci les sort de leur statut traditionnel et les valorise. Mais, d'une part, pareille valorisation n'est qu'apparence puisque l'inégalité subsiste, dans la production comme ailleurs, entre les sexes; d'autre part, elle constitue un piège en poussant les femmes qui sont au bas de l'échelle sociale à accepter des conditions de travail difficiles (annualisation et réduction du temps de travail, horaires éclatés et revenus proches de l'assistanat sont le lot des femmes de ménage, vendeuses, caissières, assistantes maternelles...), et celles qui sont en haut à s'investir et adhérer à fond aux valeurs de l!

'entreprise. Les femmes inactives ou sous-employées «en redemandent», en effet. Ainsi, nombre de salariées précaires aimeraient travailler davantage et autrement, car leurs horaires leur posent des problèmes de garde d'enfants, les obstacles à un parcours professionnel «normal» abondent, elles n'ont fréquemment droit ni aux primes ni à la formation continue... Le temps partiel ne représente donc pas pour n'importe qui le moyen idéal de concilier vie familiale et vie professionnelle: tout dépend des conditions de travail, du salaire et des horaires qui l'accompagnent.

De plus, la perpétuation des inégalités passe par le travail domestique, puisque c'est lui l'obstacle à l'activité et l'investissement des femmes dans leur carrière. De même que le' inégalités entre les classes, celles entre les sexes se répètent et se cumulent: elles s'engendrent et se nourrissent mutuellement, en multipliant les avantages au profit des uns et les handicaps au détriment des autres(4). Les difficultés aux. quelles beaucoup de femmes se heurtent dan' la recherche ou la conservation d'un emploi «classique» (CDI à temps plein) les incitent, en désespoir de cause, à se replier sur la sphère conjugale et familiale au profit du travail domestique. L'attribution du privé au' femmes, avec leur consentement, et l'hégémo.nie des hommes dans le public s'en trouvenl renforcéss. On mesure dès lors la fausseté de la «féminisation de la société française» ou «de. m¦urs» qui est affirmée sur la base de quelques constatations: la supériorité démographique des femmes; I'augment!

ation des familles monoparentales dont le «chef» est une femme ; le souci croissant affiché par la gent masculine de son apparence physique, parallèlement au développement de la pratique unisexe du sport ou à la mode des produits lightsŠ... Autant de phénomènes qui constituent un immense paravent cachant la réalité inverse, puisqu'il y a en fait aujourd'hui renforcement insidieux de la domination masculine. L'«identité féminine» tend à se définir par deux traits classiques de la «masculinité»: la détention d'un diplôme et l'exercice d'un travail salarié; et les transformations intervenant dans la condition des femmes ont des effets pervers, porteurs de nouvelles contraintes et formes de discrimination. Ce qui s'est déprécié au cours de ces dernières décennies n'est pas la masculinité, mais seulement sa forme la plus grossière : le machisme - brouillant, plus ou moins selon les milieux, l'image masculine.

Cependant, dans l'univers clos de la maison règne toujours une répartition inégalitaire entre les sexes: les femmes assurent la quasi-totalité des tâches ménagères et éducatives, même si une zone négociable (cuisine, courses, vaisselle) a récemment émergé. D'une part, les hommes n'ont en général pas envie d'aller plus loin sur ce terrain - changer les couches, nettoyer les WC ou faire apprendre les leçons, c'est moins rigolo que jouer avec les enfants ou mitonner un petit plat; d'autre part, les femmes ne veulent pas toujours qu'ils aillent plus loin: nombre d'entre elles s'accrochent aux enfants et à la maison comme à «leur domaine». Et il est bien sûr plus facile pour les classes moyennes et supérieures que pour les autres de constater et déplorer cette situation; plus facile pour elles de dégager en partie leurs

Pas de vrai liberté sans égalité !

par Vanina


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