De la placedes hommes dans la lutte contre le patriarcat

Anarchiste individualiste

On essais avec ce qui dépend de nous

   Contre le patriarcat

Si le type homme ou femme est bien déterminé par le biologique, les

genres sont très variables d'un bout à l'autre de la planète voir d'un bout à l'autre

de la vie d'une même personne suivant les rapports sociaux-culturels qui régissent

les diverses communautés humaines. Et même si le modèle patriarcal est ultra

dominant, c'est donc qu'une évolution est possible et qu'une autre construction est

envisageable.


Le patriarcat c'est nous!


" Les rapports sociaux de sexe s'appuient autant sur l'illusion naturaliste de

supériorité masculine que sur la reproduction entre hommes de la vision

hiérarchique des rapports hommes/femmes. Être homme, y compris chez les

hommes, c'est être le plus fort, le meilleur, celui qui agit. Les autres, certains

homosexuels, les faibles, ceux qui ne veulent pas -- ou ne peuvent -- gagner sont

assimilés dans le genre masculin -- syntaxe comprise -- aux femmes. (1) " Et

lorsque l'on se retrouve après des processus de construction sociale,

d'apprentissage, de rapports de force, en position de dominant, il n'y a

objectivement aucune raison de descendre de son piédestal. Nous (les hommes

dans leur globalité) avons une place de choix dans le système patriarcal puisque

nous occupons la plus haute marche du podium, c'est-à-dire que nous opprimons

les autres, ceux, ou plus exactement celles, qui n'ont pas eu l'incommensurable

honneur de naître couillu! Comme dans le rapport maître/esclave où le maître ne

change que sous la contrainte, dans les rapports hommes/femmes, les hommes ne

changent que forcés. Par qui? par quoi? En premier lieu par les conséquences des

luttes et réflexions féministes, mais aussi parce qu'entre hommes la guerre est

impitoyable et qu'elle ne fait pas que des vainqueurs. Il es commun de penser que

les hommes ont beaucoup à perdre à la libération des femmes et pourtant des

hommes participent aux luttes antisexistes, antipatriarcales. Est-ce par solidarité

désintéressée, est-ce que se sont des refoulés, veulent-ils se faire pardonner des

fautes inavouables, sont-il des espions, ont-ils d'autres intérêts?


Les luttes féministes créent une situation nouvelle où est remis en cause la suprématie masculine.


" Les hommes ont vu leurs certitudes s'effriter une à une, au cours des dernières

décennies. Leur identité,

leur couple, leurs rôles sociaux et familiaux ont été remis en question, voire

bouleversés. Maintenant que les femmes réclament autant dans la vie privée que

dans la vie publique l'autonomie et l'égalité, de nombreux hommes sentent leur

place leur échapper. le nouvel équilibre entre les sexes peut cependant s'avérer

l'occasion pour les hommes de penser et d'organiser différemment leur existence

(2) ". Face à ces bouleversements, ils doivent chercher d'autres repères. Cette

dimension collective peut aller de paire avec une approche plus individuelle

notamment lorsqu'on vit, travaille, milite, discute, se confronte avec des féministes

et que l'on se fait renvoyer au quotidien, et à juste titre, notre statut de mâle, notre

rôle d'oppresseur. Si cette confrontation est douloureuse elle n'en n'est pas moins

salutaire pour nous et pour les autres. Un autre vecteur de prise de conscience est

notre rapport aux autres hommes, à l'image, aux attitudes que l'on est censé

reproduire en tant que mec " normal ". Certains parce qu'ils n'arrivent à prendre

en charge leur rôle de macho, sûr de lui, etc. ou parce qu'ils sont considérés

comme des sous hommes (des " femmelettes ") par les autres hommes, en raison

de leur physique, de leur caractère, de leur sexualité... vont se remettre en cause.

On peut être un homme et avoir la nausée face à la violence masculine, à

l'homophobie, au virilisme, ect.

Ce n'est pas parce qu'il existe des conditions, amenées par les luttes de libération

des femmes, favorables au changement qu'il n'existe pas des résistances de la part

des hommes. Le changement n'est pas mécanique. Et pour cause, nous sommes

toujours les garants et les bénéficiaires de la société dans laquelle nous vivons;

société faite par les hommes et pour les hommes. À partir de là, on peut

s'interroger

sur notre place, forcément particulière, dans une lutte pour l'abolition du

patriarcat.


La fin du patriarcat on a tout à y gagner!


" Contrairement aux femmes et aux minorités (nationales, ethniques, sexuelles,

etc.) qui, au cours des dernières décennies, ont revendiqués l'amélioration de leur

condition, les hommes n'ont d'autres adversaires qu'eux mêmes. Les hommes ne

peuvent s'en prendre qu'à eux, sinon comme individu du moins comme collectivité

(3) ". Même si notre premier réflexe est de faire la sourde oreille, de

s'arcqueboutter sur nos privilèges, de refuser de changer, nous avons tout à

gagner de cette remise en cause de nos comportements. L'abolition du patriarcat

pour les hommes, c'est aussi la fin d'un modèle. Ce qui ne signifie pas pour autant

le néant mais plutôt la recherche d'autres modèles. Si pour paraphraser

Simone de Beauvoir, on ne naît pas homme on le devient, pour chacun d'entre

nous et pour la collectivité s'ouvre une possibilité de déconstruction. La première

étape est de se remettre en cause au quotidien concernant ses attitudes,

comportements, valeurs. La remise en cause de pans entiers ne sa vie n'est pas

évident.

Mieux se connaître, s'exprimer sous d'autres formes que la violence ou le

mutisme, changer ses rapports

avec les femmes et avec les autres hommes, etc. s'est un peu explorer l'inconnu

mais cela peut être une perspective plutôt jouissive et pourtant guerre portée en

dehors de quelques groupes non-mixtes hommes existants. Alors que les

libertaires devraient complètement s'inscrire dans une démarche antipatriarcale,

vu les valeurs qu'ils avancent (anti-autoritarisme, égalité, émancipation...), on

s'aperçoit que souvent ces derniers se cantonnent souvent à un antisexisme de

circonstances, un peu artificiel: surveiller son langage, ses attitudes sans se

remettre véritablement en cause. Les hommes sont censés prouver jour après

jour qu'ils sont des hommes notamment en affirmant leur domination sur les

femmes; domination qui recouvre énormément de formes, plus ou moins

identifiables, encouragées, et diffuses. S'affirmer comme mâle dominant, implique

aussi entre hommes une âpre compétition, un culte de la virilité, de la

performance, une course au pouvoir mais aussi des échanges relationnels

extrémement superficiels ou les émotions et les sentiments n'ont pas de place.

Si nous sommes solidaires des luttes féministes, ce n'est pas pour parler à leur

place, ni pour se réapproprier les rares espaces de la société dont nous ne

sommes pas maîtres. Christine Delphy rappelle dans un texte incontournable qui

démonte les principaux poncifs féministes émis par les hommes (révélant la

plupart du temps une pensée antiféministe!) (4), que " la libération des opprimés

est d'abord sinon seulement, l'oeuvre des opprimés [...] les oppresseurs ne

sauraient jouer le même rôle dans les luttes de libération que les opprimés". C'est

à partir de notre place d'homme que l'on doit réfléchir, se déconstruire, lutter. Un

des enjeux de notre engagement doit être de faire émerger chez les hommes une

vision critique de leur réalité.


NOTES:

1. M.-F. Pichevin, D. Welzer-Lang, " Préambule ", Des hommes et du masculin, ouvrage

collectif, Presses universitaires de Lyon, 1992, p. 11.

2. M. Dorais, " Pour une approche masculiniste ", op. cit, p. 193.

3. ibid, p. 193.

4. " Nos amis et nous. Fondements cachés de quelques discours pseudo-féministes. ",

L'ennemi principal. Économie politique du patriarcat, Syllepse, 1998, pp. 167-215.


                                       Bernard, Gile (OCL Bretagne)

                                            ocl_relex@hotmail.com


De la place des hommes dans la lutte contre

le patriarcat