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On essais avec ce qui dépend de nous

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L'ange du foyer

Des enfants rentrent "à la maison", Maman est là, sourire, goûter.

Une quasi-sylphide, un balai entre deux doigts, derrière elle la cuisine briquée et le salon chaleureux qui va avec.

Pour le dessert, bouquet final d'un dîner ciselé, la maîtresse de maison prodigue des joyaux comestibles.

L'objet de la réclame dans une main (experte, dois-je le préciser ?),  le rasoir dans l'autre, le mec ensuite, cuirassé dans une estime de soi inébranlable.

Une autre pub, slogan  version masculine: extrêmement construit ; la même, slogan version féminine : repassé. Vous l'aviez deviné : un gel pour cheveux.

Noël et ses jouets éducatifs pour la « petite maman ».

Pas de trêves pour les braves des rôles sociaux de sexe. Mais, il y en a « des » qui. Certes, je sais, j'en ai même rencontré.

Reste que selon le mode de calcul, le travail des femmes  effectué « par amour » produirait une augmentation de 30% à 70% du PNB. Désigné par l'expression « double journée », ce travail constitue une base du capitalisme. Il génère des services gratuits qui augmentent significativement la productivité.

Les qualités des services augmentent proportionnellement au sacrifice de la personnalité devenue Maman. Maman produit de la culture, intégrée rapidement par sa progéniture.

Un : les femmes s'occupent des enfants et les encouragent à devenir intéressants (parole, esprit d'initiative, modelage des corps et de la gestuelle).

Deux : parmi les enfants, il y a les garçons et les filles. Ils sont plus nourris, encouragé à être coléreux, impulsif, violent. Elles doivent avoir le regard fixé sur la balance et le sourire tendre, décharger les autres de leurs préoccupations. Ce précepte vaut aussi pour l'âge adulte.

Trois : ne pas confondre le dehors et le dedans. Le dehors réserve ses joies à ceux qui sont naturellement doués pour ça. A noter que ce don naturel se manifeste surtout après que la culture maternelle soit passée par-là. Le dehors est dur, il faut être un loup pour y survivre, on n'y va pas pour s'amuser mais les raisons du dehors gagnent toujours sur celles du dedans. Le dedans ne rapporte rien mais doit apporter tout ce dont ceux du dehors ont besoin (chaleur, soins). Le privé est politique.

Nadine


Vive la vie !

En tant qu'anarchiste, finalement, ma revendication centrale, c'est le droit au bonheur. Le droit de mener une existence épanouissante, choisie, conduite dans le respect de la liberté d'autrui. Lorsque nous nous opposons aux croisé-e-s auto-proclamé-e-s de la vie, je me dis qu'il y a supercherie. Elles et eux militent pour une présence humaine asservie à des préceptes absurdes et mortifères. D'un côté, la planète Terre fait doucement naufrage sous le poids de ses trop nombreuses/x habitant-e-s. De l'autre, les intégristes de tous poils mènent une guerre démographique. De nombreux exemples historiques montrent que ce genre de guerre débouche systématiquement sur l'exacerbation des nationalismes et sur des guerres pour un " espace vital " !

Lorsque nous militons pour le droit à la maîtrise de la conception, nous militons en même temps pour l'augmentation de la qualité de vie de chacun-e. Il y a bien entendu des enfants non désiré-e-s qui sont aimé-e-s et épanoui-e-s. Il y a des enfants qui endurent des sévices et qui les reproduisent après (ou non). Comment jeter la pierre aux parents : méprisé-e-s en tant qu'enfant, maintenu-e-s dans l'ignorance du mécanisme de leur fertilité, avec le sentiment d'être piégé-e-s à l'annonce de la grossesse jusqu'à la mort de la personne et parfois après. Nous, anarchistes, revendiquons une éducation, une formation qui permette à chaque personne de vivre une existence digne de ce nom dans le respect d'autrui et de l'environnement.

Gabrielle


« Monsieur ou Mondemoiseau ? »

Dès la naissance, les hommes sont des « messieurs ». Leur statut civil ne change rien à la perception de leurs autres qualités. Pour une femme, être demoiselle revêt une double signification : vierge et/ou célibataire. D'où l'expression vieillie « demoiselle des postes » : dès qu'elles devenaient « Madame », elles ne travaillaient plus. « Madame » ou « Mademoiselle », que veut-on savoir ? Si je suis vierge ? La belle affaire, cela ne regarde que moi ! Ou perdrais-je un statut de « terra incognita » ?

Si je suis célibataire ? Si j'ai reconnu à l'Etat le droit de sanctionner ma vie privée ? Il semble que lorsqu'on est née femme, ces subtiles distinctions aient valeur de grille de lecture de nos actes. Qu'une femme mariée (à un homme) soit ressentie comme une femme à la fois élue et soutenue. D'où l'insistance d'autres femmes à signaler qu'elle ont « réussi » sans. J'ai, un jour, écrit à « Melle le conservateur ». Elle a réussi sans homme et surtout elle est un conservateur comme les autres : pas d'enfants malades, pas de mari à soigner en priorité, pas de « crise d'hystérie ». Par contre, elle n'échappera pas aux plaisanteries sur les « vieilles filles ». Il ne faudrait surtout pas que des femmes s'imaginent sortir aussi facilement de leur condition...

Et pourquoi les femmes ?

Madeleine


« Tiens, j'ai pensé à toi, ... »

Comme d'autres personnes engagées, j'évolue aussi dans un milieu où les autres le sont peu ou pas. En intervenant dans les conversations ou en explicitant des choix liés à ma pratique professionnelle, j'ai laissé apparaître mon engagement, notamment féministe. Régulièrement, un-e collègue me dit « tiens, j'ai pensé à toi : à la télé, ils ont dit... »

En soi, j'estime cela constructif : la lutte est identifiée, les enjeux compris. La personne a réagi à ce qui lui était proposé et me communique une forme de soutien. En ce faisant, elle prend l'initiative d'ouvrir le débat, occasion trop importante pour qu'on la dédaigne. Pourtant, ce « tiens, j'ai pensé à toi » introductif me désespère. Je pressens par expérience, (c'est pas dur) le rapport avec une facette de mon engagement. Mais, si cet engagement constitue un choix personnel, ce choix peut être fait par l'autre. Pourquoi cette personne a-t-elle pensé à moi et pas à elle ? Elle et moi vivons dans le même monde, subissons la même oppression. Tout se passe comme si les opprimé-e-s étaient toujours les autres. Comme s'il existait des militant-e-s professionnel-le-s comme d'autres sont philatélistes. Si une personne humaine vit quelque chose, elle ouvre à l'ensemble de l'humanité la capacité de vivre la même chose. La liberté ne se demande pas, elle se prend : occupons-nous de nos affaires !

Ménie


Libération des femmes, année zéro

Les groupes opprimés ont-ils une histoire ? Nous avons appris (plus ou moins) que nous vivons dans une société historique. Nous savons (à peu près) d'où nous venons, quelles découvertes ou inventions ont conduit à un développement relatif. L'Histoire et la maîtrise de son écriture sont de même que l'Information, synonyme de pouvoir. Jusqu'à une époque récente, seule l'histoire des dominants était écrite et apprise comme valable pour tous et toutes. D'où des distorsions savoureuses tels « nos ancêtres les Gaulois » enseignés aux enfants africains.

Ou l'instauration du suffrage dit universel en 1848. Depuis la décapitation d'Olympe de Gouges, les Françaises avaient donc le droit de monter à l'échafaud mais pas de voter. Depuis le code de la famille, elles se savaient être des arbres fruitiers dont les fruits appartiennent aux jardiniers. Comment voulez-vous qu'un arbre fruitier puisse concevoir un projet politique ?

Les analyses historiques des dominants leur permettaient de faire passer sous silence, notamment la participation des femmes au devenir économique, social et culturel de nos sociétés. L'acceptation par nous, les femmes, de notre a-historicité alourdit la chape de silence et alourdit notre oppression. Les luttes féministes, comme d'autres mouvements sociaux, connaissent des périodes de plus ou moins grande activité. A chaque creux de la vague, l'amnésie nous frappe. A chaque réveil, nous nous trouvons sans généalogie, à devoir reconstruire. Nous ajoutons sur l'œuvre de nos prédécesseuses du mépris par-dessus celui de leurs contemporain-e-s. Nous nous refusons la possibilité d'une légitimité historique, bien antérieure pourtant à celle des mouvements ouvriers. Libération des femmes, année 4245 !