Déviriliser la vie politique, le politique, la politique

Anarchiste individualiste

On essais avec ce qui dépend de nous

   Contre le patriarcat


Je serais artiste, je chanterais le monde : la vie d'ici, les humiliations subies et celles imposées à mes proches, connu-e-s ou inconnu-e-s, mais aussi le souffle de révolte qui donne l'énergie de penser demain. Je suis homme, sociologue et Motivé-e, personne n'est parfait.

Dans l'esprit qui a animé la Commission Pour Une Société Non Sexiste, et pour alimenter les débats d'après campagne, dans le cadre de la Diversité d'Été ou ailleurs, il m'a semblé intéressant de jeter quelques idées sur le papier. Essayer de mettre en relation les luttes contre la domination masculine, contre le machisme et la virilité obligatoire, les recherches que nous menons sur les situations des femmes et des hommes avec le/la politique.

Bref, alimenter, à ma manière nos débats. Ces mêmes débats qui nous permettent de penser un monde différent, ici et là-bas, maintenant et plus tard.


Daniel Welzer-Lang Août 2001,

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Penser la politique autrement, en intégrant les rapports hommes/femmes,

les femmes, mais aussi les hommes, ce que l'on appelle le genre.


L'objectif de ce texte est d'essayer d'aider à réfléchir ce que pourrait être la politique " Autrement ". En particulier de mettre des mots sur des idées communes que nous avons agitées ensemble. Notre démarche collective à Motivé-e-s a, lors de la campagne et après, d'accepter nos différences, nos histoires particulières, de ne laisser personne hors de l'analyse. Ainsi, il n'a jamais été question de ne pas écouter et intégrer dans nos analyses et propositions les jeunes de quartiers, y compris les soeurs (moins visibles) des garçons, les immigré-e-s sans papier, les artistes. Or, lors de la fureur électorale, nous avons bien souvent été obligé-e-s de courir entre deux rencontres, entre deux diffusions ou fêtes, sans toujours avoir le temps d'écrire nos idées, d'expliciter ce qui sous-tendait nos analyses et nos prises de position. Souvent, de manière très pragmatique, face à un événement, un discours, nous avons réagi au plus vite, proposé autre chose. D'une manière générale, nous avons fait l'économie des textes.

Aujourd'hui une réflexion me semble urgente. Pourquoi ?

- D'une part pour briser les résistances masculines aux changements, ce qui contribue à freiner les aspirations des femmes à vivre autrement et, en même temps, pour aider les hommes à changer, les accompagner. En particulier ceux qui manifestent des difficultés à vivre les changements.

- D'autre part, pour faire évoluer la politique, le politique en lui offrant un cadre au plus proche de la vie quotidienne des hommes et des femmes ; ce qui contribue à accompagner la révolution mise en place par le mouvement féministe. Notamment en balayant les obstacles qui limitent l'entrée des femmes, comme citoyennes à part entière dans le politique, y compris dans la mouvance Motivé-e-s.

L'histoire d'une commission

Souvenons-nous : à la première Assemblée Générale, quelques personnes (5, si je me souviens bien) proposent d'ajouter à la liste des commissions proposées par ceux et celles qui avaient préparé cette rencontre, une commission de plus : sur le sexisme. De suite, nous précisions qu'il n'était pas question de faire une nouvelle " Commission Femmes ", que pour nous, celles et ceux qui voulions intégrer cette question dans la campagne, la lutte contre le sexisme ne concernait pas que les femmes, mais aussi les autres : les hommes.

Pourquoi une commission contre le sexisme et non pas une commission Femmes ? Cette réaction visait à refuser le consensus qui semble aujourd'hui exister sans même qu'il n'y ait eu un débat quelconque à ce propos. La parité hommes/femmes, l'amélioration du mode de vie des femmes, leur participation citoyenne, les revendications salariales égalitaristes, seraient le problème des femmes, et des quelques " amis-hommes " qu'elles ont su se faire au cours de plus de trente années de luttes. Mais ce n'est jamais le problème " des " hommes, encore moins celui des rapports entre ces hommes et la virilité. Or, au-delà des différences biologiques - le fait d'avoir ou pas quelques centaines de grammes de chair entre les jambes ou entre les épaules - la question est d'abord sociale. C'est bel et bien parce que des femmes s'occupent du domestique que des hommes peuvent faire de la politique, et sans conteste parce que les hommes raptent les postes de pouvoir que les femmes ont tant de difficulté à y accéder. Bref la question est celle de la distribution des pouvoirs et de la lutte (conjointe) contre la domination masculine.

Inégalité/domination

Quand il y a une (bonne et belle) tarte, que les hommes prennent huit parts et distribuent une part aux femmes, il faut que les hommes apprennent à en prendre moins, à partager. A nous de leur faire comprendre qu'on vit mieux sans diabète, sans cholestérol. Bref, que partager la tarte n'est pas sans bénéfice secondaire. Surtout pour ceux, celles qui aiment manger en altérité.

Beaucoup de textes aujourd'hui nous parlent d'inégalités persistantes, d'accès inégal. Crions le bien fort, il ne s'agit pas uniquement d'une question d'inégalité entre les sexes. Si inégalité il y a, c'est parce que, encore aujourd'hui, un groupe (les hommes) s'attribuent la majorité des hauts salaires, des postes politiques (le droit de légiférer), des postes dans la police et l'armée (le droit de réprimer), " exploitent " le travail domestique gratuit de leur conjointe (pour ceux vivant en couple) utilisent les violences comme formes de contraintes de leurs proches, etc. Nous sommes bel et bien dans un système où perdure la domination masculine. Et c'est bien cette domination des hommes qui est aujourd'hui vacillante. Précisons de suite qu'être dominant, comme homme, ne signifie pas être " un salaud ", un " monstre ". Qu'en plus, l'âge, l'origine ethnique, la classe sociale sont des facteurs qui interfèrent sur le pouvoir dont chaque homme peut disposer.

Cette base était implicite et évidente - pour les femmes du Mouvement des Femmes de Toulouse qui ont adhéré collectivement à Motivé-e-s, les mêmes qui, autour de l'APIAF, du Collectif pour le Droit des Femmes, etc. se battent depuis plusieurs années contre les violences faites aux femmes, le sexisme. - les quelques hommes qui, dès le début ont travaillé avec elles.

Souvent nos positions, communes et discutées à la commission ont été incomprises. Le temps limité, l'ampleur du travail à réaliser ne nous ont pas toujours donné l'énergie d'expliquer. Expliquer comment l'analyse globale, la lutte contre la domination masculine et les critiques sur les " manières de faire " étaient liées. Notamment dans la critique de la virilité.

J'aimerais reprendre cette discussion à partir de 5 événements que l'on a vécus à Motivé-e-s. Montrer que la critique de la virilité obligatoire est, et doit être, quotidienne dans nos pratiques. Pour le bien de toutes, de tous et la marche conjointe vers une " Autre " société : une société non-raciste, non-sexiste, non-homophobe où chacun-e puisse vivre sans être opprimé-e ou discriminé-e pour quelque raison que ce soit.

La virilité en question

D'abord, rassurons ceux qui pourraient être inquiets. Et, il y en a. En critiquant la virilité obligatoire, il n'est bien évidemment pas question de castrer les hommes, ni les hommes motivé-e-s, ni les autres. Le fait de bander, de désirer des femmes, des hommes, ou les deux (voir plus loin) n'est pas en cause. La manière de le faire, oui !

Qu'est-ce que la virilité ?

Dans le Dictionnaire critique du féminisme, paru aux PUF en novembre 2000, avec Pascale Molinier (CNAM/Paris), nous la définissions ainsi :

La virilité revêt un double sens :

1) les attributs sociaux associés aux hommes, et au masculin : la force, le courage, la capacité à se battre, le " droit " à la violence et aux privilèges associés à la domination de celles, et ceux, qui ne sont pas, et ne peuvent pas être, virils : femmes, enfants.

2) la forme érectile et pénétrante de la sexualité masculine. La virilité, dans les deux acceptions du terme, est apprise et imposée aux garçons par le groupe des hommes au cours de leur socialisation pour qu'ils se distinguent hiérarchiquement des femmes. La virilité est l'expression collective et individualisée de la domination masculine.

Avons-nous été, sommes nous en dehors de ce débat ? Non.

J'utiliserai 5 exemples commentés, tirés de notre expérience commune, pour le montrer et avancer dans nos réflexions.

1er exemple : Imposer son point de vue par la force, la violence des interventions.

Rappelons-nous : la première Assemblée Générale, la même où Rachida juste sortie d'un café du centre ville est venue dire de manière si émouvante combien la démarche Motivé-e-s était nécessaire, importante. Tayeb distribuait le micro. Les débats se menaient. Dans les faits, il s'agissait de la première rencontre publique de ceux et celles qui allaient devenir les Motivé-e-s. Beaucoup de monde : des jeunes, des moins jeunes, des hommes, des femmes, des gens aux couleurs différentes, dans tous les sens du terme. Certain-e-s venaient des luttes contre la mondialisation, d'autres des luttes liées à l'immigration et au post-colonialisme, des squats et mouvement d'artistes, du monde syndical, des associations féministes toulousaines, de l'extrême gauche officielle. Et le débat s'engagea. Avec très vite, de ma part, un double étonnement :

- la Diversité des gens présents, et la volonté commune de faire autrement de la politique, de dire Ouste à Baudis et sa clique.

- la violence de certaines interventions.

Plusieurs militant-e-s d'une organisation d'extrême gauche présente au début de Motivé-e-s voulaient (déjà) débattre des places sur la liste, du second tour. Ce qui était leur droit légitime. La manière fut étonnante.

Nous avons eu droit à des interventions " en rafale " où, ce n'était pas tant les idées développées qui étaient importantes, que le rappel incessant par l'ensemble des intervenant-e-s de cette organisation - de leur appartenance organisationnelle (" Moi aussi je suis membre de la XXX  ".) ` - qu'ils/elles étaient d'accord avec les positions de leur porte parole. (Moi aussi, je suis d'accord avec XXXX. ").

J'étais médusé, scotché à mon siège, ne sachant pas trop s'il fallait rire, rire d'une telle dérision de la démocratie, ou pleurer, pleurer d'une unième tentative de putsch gauchiste visant à faire passer en force UNE position, sans débats possibles, sans écoute de l'Autre. La suite, on la connaît. L'organisation en question est partie sous sa propre bannière. Cette manière de débattre, de s'affronter, de faire passer son point de vue est " traditionnel " en politique. Qu'elle soit aujourd'hui, pour une partie congrue, effectuée par des femmes ne change rien. Elle rappelle la guerre entre hommes, que chacun doit s'efforcer de mener, sous peine de ne pas être considéré comme un homme. Un vrai.

La guerre entre hommes

Dis-moi quel est ton coq de référence, je te dirai ton parti politique. Étendons un peu le propos. Combien de discours, d'interventions faites par les hommes n'ont comme unique objectif de montrer qu'ils sont présents et qu'ils ont raison ?

Sur la virilité en Politique

La politique, le politique sont encore masculins. Les hommes ont le pouvoir, les postes, et ont du mal à lâcher les privilèges associés à ces fonctions. Le politique est un concentré de pouvoirs masculins. Les hommes, même ceux qui s'autoproclament " progressistes  ", quelle que soit leur couleur (verts, rouges, roses.) les copient, jouent aux jeunes coqs en guerre permanente, en luttes viriles pour être les premiers, les meilleurs, les plus forts, bref reproduisent ce que leur apprend la socialisation masculine. Affirmons ensemble, de suite, que nous sommes pour une autre manière de débattre, d'échanger. Que la discussion représente une forme d'échange où JE peux apprendre quelque chose de l'Autre. Nos points de vue, nos idées sont largement conditionnées par nos statuts, nos places sociales et notre appartenance de genre (être un homme, une femme). De tout temps, les riches ont dit qu'ils avaient raison parce qu'ils avaient la connaissance, le savoir. Le fait qu'ils avaient connaissances et savoirs parce qu'ils étaient riches, qu'ils détenaient le pouvoir et que par conséquent, ils pouvaient décider eux-mêmes, entre-eux, ce qui était réellement la connaissance et le savoir ne les a pas effleuré. Ce sont les catégories en lutte, les opprimé-e-s, les ouvrié-e-s, employé-e-s, les immigré-e-s, etc. qui ont contesté le pouvoir des riches, et les savoirs eux-mêmes.

De tout temps les hommes, riches ou non, ont pensé qu'ils avaient raison, qu'ils savaient comment conduire le monde, parce qu'ils étaient hommes. Un homme, un vrai homme, sait, fonce, dirige (le monde, mais aussi SA femme et SES enfants). Chaque homme, même celui qui n'appartient pas aux classes supérieures, reçoit les dividendes individuels de la domination masculine sous forme de droits qu'il exerce au dépend des non-hommes, des non-dominants : femmes, enfants.

La domination masculine a laissé de grandes traces dans nos débats.

Apprenons à rompre avec ces pratiques :

* Ce n'est pas parce que je suis un homme que j'ai raison ;

* Ce n'est pas parce que je suis un homme que je dois me mettre en valeur plus que les femmes ;

* Ce n'est pas parce que je parle le plus fort que j'ai raison ;

* Ce n'est pas parce que je monopolise la parole que mes propos sont plus justes.


2ème exemple : L'enculé du local.

Avant d'aller à une réunion - je ne me souviens plus laquelle - je passe au local de la rue des quêteurs. Vous savez notre local où nos camarades-filles tenaient, plus fréquemment que les garçons, les permanences. Comme souvent, en ces temps là, cela grouille de monde et chacun-e de commenter le dernier sondage, les rumeurs sur telle ou telle liste. Avec, cette ambiance si particulière qui constitua Motivé-e,


Déviriliser la vie politique, le politique, et la politique

Bien qu'en désaccord avec la démarche politicienne de « Motivés » ce texte par ses analyses pertinentes  sur les comportements  a toute sa place dans ces pages anti-patriarcales

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