Lutte antipatriarcale

Anarchiste individualiste

On essais avec ce qui dépend de nous

Lutte antipatriarcale


Vers une autre solidarité masculine

Il y a quelque temps j'ai reçu le message suivant :

"Une femme m'a parlé d'un groupe non mixte d'hommes. Cela m'intéresse beaucoup, depuis peu de temps je prends conscience de ma position de dominant et cela m'insupporte énormément. Mais je ne sais par où débuter cette déconstruction, cela me rend malade. Me dire que quoi que je fasse, je suis de fait un oppresseur est difficile. Je veux détruire totalement ce statut, le plus rapidement possible, même si je sais que c'est quasiment impossible. Après avoir discuté avec quelques camarades hommes de ce sujet pour voir s'il y aurait possibilité de faire des réunion non mixte, cela ne parait pas évident et je n'ai pas envie d'attendre.

Comment ne pas culpabiliser, c'est atroce. Le plus dur, en fait, est de ne pas savoir ce qui fait l'oppression. Qu'est ce qui dans mon comportement amène de fait une situation de domination ? Lorsque j'ai compris que tout ce que je fais, dis, mes comportements, mes schémas de pensées, d'imaginations, la manière de manger, de dormir, d'aimer, de me ronger les ongles. TOUT TOUT TOUT. Que malgré tout je suis un mec. Je flippe un max.

Peux tu me venir en aide ?"


Voici ma réponse, retravaillée et corrigée, toujours incomplète.


Tu vis dans une société basée sur la domination et l'exploitation. Une des formes de domination est le patriarcat. C'est une des pires manifestations de domination, puisqu'elle est présente partout. Elle introduit l'apprentissage et l'habitude de la domination. Elle fait dominer une moitié de l'humanité par l'autre.


La culpabilisation peut être la première étape d'une prise de conscience.. Il faut dépasser ce stade et passer à l'action. Tu es de sexe masculin, ça tu n'y peux absolument rien, ton genre est masculin, c'est ton éducation. Pour paraphraser Simone De Beauvoir, "on ne naît pas homme, on le devient" !


De sexe/genre masculin, tu fais partie des dominants. Tu es un individu, tu as un certain degré de liberté, tu peux refuser la domination et certaines de ses manifestations, pour d'autres, tu ne peux que peu de choses. Par exemple que peux-tu faire contre la frayeur d'une femme seule qui te croise dans la rue la nuit ? Essayer de surveiller ton regard, ne pas la dévisager, mais aussi ne pas fuir celui de cette femme, garder un regard neutre... Mais cela n'effacera pas la première réaction de peur de cette femme.


Tu n'es pas responsable des viols, de la prostitution, des violences domestiques, des salaires inférieurs. Est-ce à dire que tu peux t'en laver les mains ? Non bien sûr ! Mais culpabiliser ne sert à rien, sauf à se justifier inconsciemment, l'idée catholique de confession.. Plutôt que de culpabiliser il faut agir, agir sur soi, essayer d'agir sur son entourage, agir sur la société... En un mot militer.


La comparaison, qui est loin d'être parfaite, avec la colonisation peut aider à comprendre. Les peuples colonisateurs, et surtout les membres des classes dominantes, ont opprimé les colonisé-e-s. Que devait faire celles et ceux qui tout en appartenant au groupe dominant refusaient cette oppression ? Si ces personnes n'avaient fait que culpabiliser, les choses n'auraient pas bougées aussi vite. Il reste la lutte. Soutien aux luttes des femmes, lutte contre le patriarcat en toi, lutte contre le patriarcat dans la société.


Les femmes demeurent les principales victimes du patriarcat mais les hommes en souffrent aussi. Parfois, le patriarcat assimile des hommes "faibles" à des femmes. Il suffit de penser aux viols dans les prisons et les casernes. Dans ces cas, les violeurs nient une quelconque homosexualité, ils assimilent les personnes pénétrées à des femmes.


La peur d'être homosexuel, de ne pas être un homme, un vrai, conduit bien des adolescents au suicide. L'obligation de bander et d'éjaculer quand il faut et son corollaire : la peur de ne pas y arriver est une oppression aussi. À 18 ans, lors de mon premier rapport sexuel, j'ai empêché ma partenaire de me guider car je voulais "y arriver" seul, "comme un homme", "sans les mains". Je n'ai pas réussi et ce qui aurait pu être mon premier grand moment amoureux est devenu une chaste nuit. Cette obligation de résultat, d'avoir une bite plus grande, plus dure, de jouir le plus vite possible (un comble !), cette obligation, conduit à ignorer les joies et les plaisirs des caresses, le bonheur de donner et de recevoir du plaisir. On ne serait homme qu'en pénétrant et jouissant dans le mépris de ses partenaires qui se seront "fait baiser". Dans le système patriarcal les hommes n'ont droit ni à la faiblesse, ni à l'émotion. Faut-il souffrir personnellement d'une injustice pour la refuser ?


Où lutter ? Je crois qu'il faut commencer dans la sphère privée, il suffit de se rappeler le slogan féministe "le privé est politique" pour comprendre l'importance de cette action sur soi.


- J'essaye d'agir sur le langage : en français les mots baiser, enculer, avoir, etc. ont deux sens. Baiser, c'est faire l'amour. Escroquer une personne c'est aussi la "baiser". Ce n'est pas du politiquement correct que de refuser ce langage, dès qu'on y réfléchi, on ne peut plus utiliser "baiser" pour vaincre ou escroquer. Surveiller son langage est fastidieux, mais je le crois nécessaire. J'essaye de "féminiser" mon langage, non seulement lorsque j'écris, mais aussi lorsque je parle, quitte à surpriviligier le féminin : par exemple si je parle de moi et d'une femme, je dis "l'UNE et l'autre"... Souvent cela m'oblige à me reprendre, ce qui rend la chose plus forte aux oreilles des autres d'une certaine manière.


- Le partage des tâches domestiques sans trop de spécialisation (le bricolage et la voiture pour lui, les chiottes, le ménage et la bouffe pour elle) est un autre terrain de lutte. Être attentif à l'état des toilettes par exemple, et donc pisser assis comme l'ont rappelé Jean-Marc et Stéphane dans ce journal. Ça peut paraître futile, ou même bourgeois, mais c'est là que commence aussi, la déconstruction du rôle sexué inculqué par le patriarcat. Ces "futilités" remplissent la vie des femmes dans le rôle qui leur est attribué par le patriarcat. Les femmes aussi, ont ce problème de déconstruction par rapport au rôle que la société leur a assigné. On peut être confronté à des comportements patriarcaux de leur part et comprendre que pour elles non plus ce n'est pas facile de se déconstruire.


- Savoir écouter et pas seulement attendre que l'autre ait fini de parler. Ne pas privilégier les moyens d'action nécessitant la force ou des qualités "masculines". Ces choses sont d'ailleurs applicables en général, pas seulement en tant qu'homme vis à vis des femmes. L'attitude en rue ou dans les lieux publics mérite aussi d'être analysée. Il suffit de voir les cours de récréation : le centre est réservé au garçons qui jouent au foot ou tout autre jeux, les filles sont cantonnées à un petit espace en périphérie. A nous d'essayer de changer ces tendances.


- Agir ou réagir lorsqu'on observe des comportements patriarcaux dans la rue, dans les transports, au travail ou à l'école est une autre piste qui permet d'agir au quotidien. Il existe d'autres domaines de luttes : contre la publicité par exemple. L'utilisation de l'image du corps en tant qu'objet, est d'une violence insoutenable, une réification. La publicité se sert des pulsions sexuelles pour vendre tout et n'importe quoi. Le viol, la prostitution, la pornographie sont des réifications absolues : on transforme les êtres en objet. Pour contrecarrer ces critiques les publicitaires commencent timidement à utiliser le corps des hommes de la même manière. La prostitution masculine est en hausse constante. Au lieu de diminuer l'oppression augmente. Et même si on assiste à l'émergence d'un marché de prostitution, de pornographie, à l'usage des femmes dominantes, les clients sont toujours massivement masculins.


- Les hommes, ne courant pas le risque de grossesse, ont laissé le souci de la contraception aux femmes... Même maintenant, avec la crainte du SIDA, ce sont souvent les femmes qui doivent fournir les préservatifs et imposer leur usage aux hommes


- Toujours dans la sphère de la vie sexuelle, combien d'hommes ne pensent qu'à leur plaisir, pas à celui de leur partenaire. Combien ne se soucient pas de ce que certaines pratiques demandent de précautions, de douceur pour ne pas devenir des actes violents (fellation, sodomie, mais aussi la pénétration vaginale). Pourquoi toujours pénétrer d'ailleurs...


Si à un certain moment on s'est laisser aller, il faut analyser le dérapage et s'en souvenir pour ne pas recommencer ou au moins, être plus vigilant. Je voudrais répéter qu'il ne faut pas culpabiliser mais lutter.


Tu n'es pas patriarcal parce que tu es un homme, mais parce que tu es socialement construit comme homme dans une société patriarcale. Tu intègres, à cause de ton éducation, de la société autour de toi, un certain comportement et schéma de pensée. Si une femme est heurtée par ta "masculinité" en tant que telle en dehors de tout comportement macho, tu ne peux faire qu'une chose : ne plus lui imposer ta présence. Une femme qui a été violée, peut ne plus supporter de voir un homme, n'importe lequel, ou même se focaliser sur toi à cause de ce que tu évoques pour elle. Ce n'est pas en culpabilisant que tu l'aideras. Il est possible que la seule manière dont tu puisses l'aider soit de ne plus l'approcher de près ou de loin. Et c'est douloureux d'être dans cette situation.


Ce n'est pas le fait d'être un mec qui est le problème, mais la manière. Tu ne pourras pas changer ta réalité biologique, mais ton genre (ton comportement sexué) lui peut être changé. J'ai pris conscience de l'oppression des femmes il y a longtemps, peut-être même avant mon adolescence. C'est le fait de discuter avec des femmes féministes qui a permis à cette conscience de s'épanouir Formes-toi sur les problématiques de genre, les positions féministes et lutte au quotidien !


Jacob (FA Bruxelles)