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Anarchiste individualiste |
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On essais avec ce qui dépend de nous |

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L'identité individuelle et l'implication |

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nouvelle liberté, elle est aussi celui d'une nouvelle oppression. C'est ça le libéralisme. Beaucoup de rapports de pouvoir politique, notamment le pouvoir masculin, prennent naissance au sein de cette " liberté ", celle d'opprimer sa compagne et ses enfants. Le libéralisme intime pose les mêmes problèmes que le libéralisme économique. La sphère privée abrite l'oppression comme la propriété privée est une oppression en soi. LA PSYCHOLOGIE ET LA POLITIQUE Comment abolir cette oppression sans contraindre également l'individualité, sans confisquer la sphère privée, terreau de l'implication politique ? Une meilleure compréhension psychologique de nos comportements constitue peut-être une solution. En effet, selon certains psychothérapeutes qui se gardent d'ailleurs bien d'en tirer la moindre conclusion politique, tout être non créatif est névrosé. Partant de ce principe, tout individu qui ne parvient pas à émerger, à devenir lui-même, est névrosé. Car devenir soi-même, c'est créer ses actes en situant leur cause en soi. C'est créer ses actes au lieu de les subir, c'est devenir sujet et plus objet de l'acte collectif. L'émergence de l'individu est un besoin psychologique. La psychothérapie, cela devrait être la recherche de soi-même et donc la libération de toute forme d'oppression. Sur le plan politique, le recours à la psychothérapie semble cependant dérisoire. Il ne suffit évidemment pas de dire d'une femme victime de la domination masculine : " elle n'a qu'à aller se faire soigner " pour résoudre le problème. Mais peut-être est-ce parce que la psychothérapie ne joue pas son rôle que les militants politiques la prennent rarement au sérieux. Le mythe fondateur de l'ordre moral occidental Qu'elle ne joue pas son rôle ne l'empêche pas d'en jouer un majeur, ce qui confirme la portée d'une éventuelle politisation des psychothérapies. Sans que cela ne soit vraiment apparent, l'influence de la psychanalyse dans la maintien d'un ordre moral patriarcal et culpabilisant est en fait considérable. Freud est aujourd'hui devenu l'un des penseurs les plus influents du monde : comme le dit Richard Webster,(6) nous sommes tous freudiens à présent. La psychanalyse est aujourd'hui devenue le mythe fondateur de l'ordre moral occidental. Richard Webster montre que nombre d'ouvrages très documentés ont déjà dénoncé les erreurs et falsifications de la psychanalyse. Alors que ces ouvrages n'avancent que des arguments très spécialisés qui semblent n'intéresser que les professionnels, leur parution déclenche des torrents de protestations : c'est toute la société qui vole au secours de la psychanalyse, comme si la culture occidentale était menacée dans ses valeurs fondamentales. Il serait vain de croire balayer toute une civilisation simplement en lui apportant la preuve que le mythe fondateur de sa morale n'est qu'un mythe... Le drame est que ce mythe est si bien implanté que même la gauche, les féministes et les libertaires s'y empêtrent trop souvent. Certains croient pouvoir le balayer d'un revers de main, d'autres tentent de l'adapter sans comprendre la nécessité de rompre radicalement avec lui pour une théorie alternative. Wilhelm Reich,(7) Jacques Lesage de la Haye,(8) le mouvement français Psychanalyse et Politique,(9) restent freudiens. Friedrich Liebling,(10) Ronald D. Laing(11) et les mouvements de psychothérapie féministe américain(12) et canadien(13) développent des méthodes psychothérapeutiques réellement alternatives au freudisme, mais qui ne rencontrent pas l'audience qu'ils méritent, peut-être parce que, trop empiriques, ils négligent d'opposer une théorie alternative au dogme freudien dans ses grands domaines réservés que sont la structure de l'esprit et la formation des pulsions sexuelles. L'ordre moral patriarcal et culpabilisant dont la psychanalyse constitue le mythe fondateur enserre l'individu dans un étau de culpabilité et de soumission qui le privent à jamais de son autonomie, de son identité. Liebling, Reich et les psychothérapeutes féministes ont montré ce que la psychologie pourrait pourtant avoir de libérateur si elle n'en redoutait pas les conséquences politiques révolutionnaires. Il est grand temps aujourd'hui de restituer à la psychologie cette dimension politique dont Freud l'a privée pour un siècle. Pourquoi cette dimension n'a-t-elle pas encore explosé ? Peut-être est-il nécessaire pour le comprendre de mettre en relief le rôle de la science médicale dans le maintien de l'ordre moral à partir du Siècle des Lumières. À ce moment-là, l'autorité morale de l'Église entame une phase de déclin qui la conduira lentement à son actuelle agonie. Désormais cartésien, l'Occident ne se tourne plus vers la " vérité " cléricale, mais vers la science pour s'enquérir des consignes morales qui régiront sa vie sexuelle. Prenant son rôle très au sérieux, la médecine agrémente alors ses manuels de terrifiants inventaires des maladies engendrées par la masturbation, et bientôt Charcot se passionne à la Salpêtrière pour l'hystérie, maladie imaginée par la médecine et dont le diagnostic s'abattait sur les jeunes femmes à la sexualité exacerbée. C'est alors que Freud entre en scène. Et c'est peu dire qu'il a incarné le rôle que l'Occident cartésien attendait désormais de la médecine pour assumer l'ordre moral. Il n'existe probablement rien dans la théorie psychanalytique qui ne trouve son exacte correspondance dans la morale judéo-chrétienne, patriarcale et culpabilisante. Pour Freud, le phallus constitue l'étalon universel de la valeur positive. (14) Cependant, le désir sexuel est intrinsèquement et universellement pervers.(15) La nature profonde de l'esprit, instinctive et perverse (le Ça), s'oppose aux forces du bien, du progrès et de la civilisation (le Surmoi). Le principe de plaisir s'oppose également au principe de réalité, incarné par la loi du père. Autrement dit, le plaisir n'est ni réaliste ni légal, le plaisir c'est le mal, tandis que le bien c'est l'autorité paternelle. La nécessite d'une théorie alternative Il n'existe pas de façon plus radicale de nier l'être humain que de culpabiliser son désir le plus intime et c'est exactement ce qu'à fait Freud. Webster démystifie la psychanalyse mais constate son impuissance à la déraciner de notre culture. Il ne peut l'envisager car il n'est ni libertaire ni féministe : s'il dénonce le mythe, il n'ose récuser l'ordre moral en lui-même. La seule façon d'aller plus loin serait de dénoncer la psychanalyse non pour ce qu'elle n'est pas, une science, mais pour ce qu'elle est, une morale, avant de lui opposer une théorie alternative. Il s'agit évidemment d'un projet ambitieux que je ne peux qu'à peine évoquer dans un espace aussi restreint mais que j'exposerai prochainement dans un ouvrage en cours de rédaction. Alors, il sera possible d'abandonner à la fois le phallus comme étalon universel de la valeur positive, la loi patriarcale comme unique réalité, le Ça comme incarnation inconsciente du mal et le pêché originel de la perversion du désir sexuel. Il sera possible de comprendre que l'obscénité du désir sexuel, le désir pour les parties souillées du corps, le sexe et les fesses, n'est pas une attirance pour le mal, mais une tentative de réconciliation avec son intimité, un effort de résolution du conflit engendré par la souillure corporelle, afin de pouvoir s'aimer entièrement, y compris dans ce qu'on a de plus intime - exigence fondamentale de l'esprit humain - à travers le corps idéalisé de l'autre. Il apparaîtra aussi que c'est en devenant sociale que la psychologie devient politique. La psychologie sociale contemporaine, trop pressée de vendre ses talents aux artistes du marketing, a oublié Reich depuis longtemps. Reich, malgré ses attitudes de phallocrate et de dominant, (16) a ouvert des voies restée inexplorées depuis. L'hypocrisie des relations sociales assigne à chacun un rôle de soumis, de rebelle ou de dominant, une partition qu'il joue toute sa vie et dans laquelle il n'est qu'un acteur, un menteur comme au cinéma et jamais un créateur car il n'est jamais la cause de ses actes. Même le rôle de dominant correspond rarement à la personnalité de ceux à qui ce rôle est assigné par l'ordre social. D'innombrables jeunes hommes voient leur développement intellectuel momentanément stoppé tant la nécessité de prouver leur virilité les accapare, preuve que ce rôle n'est pas vraiment le leur, sinon ils le joueraient avec moins d'efforts. Car ce rôle du dominant est aussi celui du salaud. Tous les journaux répètent à satiété que les guerres sont inadmissibles lorsqu'elles tuent des civils car les civils sont des innocents. C'est donc que lorsqu'elles tuent des soldats, elles tuent des coupables. Coupables de quoi ? D'être des hommes, preuve que la culpabilité masculine est universellement admise. Ce rôle de salaud est aussi celui des chefs, corrompus et menteurs. Aussi longtemps que l'humain joue un rôle, les actes qu'il effectue ne sont pas les siens. Or créer ses actes est une nécessité du psychisme humain. L'incapacité à utiliser son pouvoir créateur entraîne une frustration névrosante qui incite à employer son pouvoir destructeur, le pouvoir de domination. Le besoin de domination est une névrose engendrée par l'incapacité à créer. Le jour où la psychologie reconnaîtra cela, elle deviendra politique. NOTES : 1- Janet Coleman (dir.), L'individu dans la théorie politique et dans la pratique, PUF, Paris, 1996. 2- Jacques Adda, La mondialisation de l'économie, vol. 1 : Genèse, La Découverte, Paris, 1997, pages 12 à 14. Lire aussi Immanuel Wallerstein, Capitalisme et économie-monde (1450-1640), Flammarion, Paris, 1980. 3- Denis Duclos, La vie privée traquée par les technologies, Le monde diplomatique, n° 545, août 1999. 4- Albert Meister, dans La participation dans les associations, Éditions Économie et Humanisme - Les Éditions Ouvrières, Paris, 1974, montre d'ailleurs que l'évolution de la participation dans un groupe suit quasiment toujours le même schéma. 5- Aimé Hamann, L'abandon corporel, Les Éditions de l'Homme - Alain Stanké, Quebec, 1993. 6- Richard Webster, Le Freud inconnu, Exergue, 1998, page 5. 7- Wilhelm Reich, La révolution sexuelle, Plon, 1968 ; Wilhelm Reich, La psychologie de masse du fascisme, Payot, Paris, 1972. 8- Dans la collection Psychanalyse et Anarchie de l'Atelier de création libertaire, Lyon. 9- Françoise Picq, Libération des femmes, les années-mouvement, Seuil, Paris, 1993 ; Juliet Mitchell, Psychanalyse et féminisme, Éditions des femmes, Paris, 1975. 10- En français, on peut lire de Gerda Fellay, Une éducation libertaire, dans La culture libertaire, (actes du colloque de Grenoble), Ateliers de Création Libertaire, Lyon, 1997. 11- Ronald D. Laing, Le moi divisé, Stock. 12- Susan Sturdivant, Les femmes et la psychothérapie, Pierre Mardaga, Bruxelles, 1980. 13- Christine Corbeil, Ann Pâquet-Deehy, Carole Lazure, Gisèle Legault, L'intervention Féministe, Saint-Martin, Montréal, 1983. 14- Gérard Pommier, L'ordre sexuel, Flammarion, 1995, page 255 et 263. 15- Sigmund Freud, Trois essais sur la théorie sexuelle, Gallimard, 1987, page 179. 16- Qui ressortent dans la biographie qu'a écrite de lui sa compagne Ilse Ollendorff Reich, Wilhelm Reich, Pierre Belfond, Paris, 1970. |
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L'IDENTITÉ INDIVIDUELLE ET L'IMPLICATION POLITIQUE |
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par Philippe Laporte |
