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L'ENCYCLOPÉDIE 
Encyclopédie
(de Diderot et d'Alembert), entreprise éditoriale, philosophique et
scientifique menée par Denis Diderot et d'Alembert dans l'esprit de la
philosophie des Lumières et parue entre 1751 et 1766.
Un projet éditorial:
Né du projet de traduire la Cyclopædia de l'anglais Chambers (publiée
de 1728 à 1742) pour l'éditeur Le Breton en 1745 - Diderot travaillait
alors comme traducteur pour une maison d'édition -, l'Encyclopédie ou
Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers grâce à
Diderot affichait son ambition de faire l'inventaire des acquisitions de
l'esprit humain.
Son objectif était de favoriser la diffusion de la philosophie des Lumières.
Diderot a eu recours à des auteurs connus (Montesquieu, Voltaire,
Rousseau, Buffon, Du Marsais, Daubenton) ainsi qu'à des auteurs inconnus.
D'Alembert s'occupait des mathématiques, Diderot de l'histoire de la
philosophie, Buffon des sciences de la nature, Paul-Joseph Barthez
(1734-1806) de la médecine, Quesnay et Turgot de l'économie. Le
chevalier de Jaucourt assistait Diderot dans de nombreuses tâches rédactionnelles
et éditoriales.
L'Encyclopédie est avant tout marquée par l'intérêt de Diderot pour la
technique, même si certaines planches s'inspirent d'autres encyclopédies,
ou si certaines conceptions paraissent archaïques.
Le destinataire était "le peuple" et pourtant les souscripteurs
étaient des gens cultivés, ecclésiastiques, nobles et parlementaires.
Un projet philosophique:
L'article "Encyclopédie", rédigé par Diderot et placé en tête
du premier volume après le Discours préliminaire de d'Alembert, définit
le programme d'ensemble de l'ouvrage : le projet de l'Encyclopédie était
de rassembler les connaissances acquises par l'humanité, son esprit une
critique des fanatismes religieux et politiques et une apologie de la
raison et de la liberté d'esprit. Diderot relie le projet encyclopédique
à la philosophie, qui trouve en ce siècle son plus grand développement.
l'Encyclopédie doit faire la synthèse (et le tri) des acquis humains et
effectuer une généalogie des connaissances. Diderot emploie à cet effet
une technique spéciale : des racines aux dernières branches, la
connaissance progresse et porte ses fruits. L'encyclopédie est donc un
arbre de la connaissance. Aussi, le projet antireligieux devient
explicite. Non seulement la connaissance n'est pas interdite, mais elle
est construite par l'homme, qui doit s'appuyer sur elle pour son bonheur.
Une stratégie éditoriale : ordre et circulation
Il s'agit pour Diderot de "tout examiner, tout remuer sans exception
et sans ménagement". Il procède à cet effet à une mise en ordre
rationnelle (encyclopédie "raisonnée") alphabétique. Il
s'appuie sur la classification des facultés et des sciences établie par
le philosophe anglais Francis Bacon. Nouveauté, Diderot utilise les
"renvois" ("de choses" et "de mots") pour
faire circuler le lecteur à travers cette forêt de connaissances.
Le trajet raisonné induit par les renvois construit progressivement un
discours sceptique : l'analyse des mythologies fait douter de la vérité
de la religion chrétienne, l'étude de l'histoire ancienne ou des mœurs
des pays lointains conduit à porter un autre regard sur notre politique
et nos mœurs, selon un procédé cher aux Lumières - à l'œuvre de
Voltaire, la convocation "encyclopédique" (en un cercle) du
savoir visant bien plus à provoquer une réflexion et une relativisation
politique qu'à seulement instruire. Toute la ruse et l'idéologie de
l'Encyclopédie est dans ces renvois, discrets mais efficaces.
Les chapitres sur les techniques artisanales et les métiers visent quant
à eux à informer sur des choses dont on ne peut douter ou à dissimuler
la vocation philosophique antireligieuse de l'entreprise.
La "bataille" de
l'Encyclopédie:
Le premier volume, tiré à 2 000 exemplaires, fut adressé aux
souscripteurs le 28 juin 1751. Dans l'article "Autorité
politique", Diderot attaque Bossuet et la théorie de la royauté de
droit divin. Très vite, l'entreprise reçoit le soutien de Malesherbes,
de Montesquieu, de Voltaire et de Mme de Pompadour. L'Encyclopédie connut
un succès européen : la Suisse, l'Italie, l'Angleterre, la Russie
l'acquirent.
En 1752 parut le tome II, qui fit scandale, et la publication fut
suspendue. Diderot entreprit de se cacher. Voltaire proposa de continuer
l'entreprise à Berlin, mais Diderot refusa. En 1753 parut le troisième
tome!; il fit l'objet d'une condamnation du Conseil du Roi. Les tomes IV,
V et VI parurent néanmoins en 1754, 1755 et 1756.
En 1757, l'Encyclopédie fit l'objet de 4 200 souscriptions.
Une "bataille" se déclencha alors à partir de l'article
"Genève", rédigé par d'Alembert, qui suscita une réponse
virulente de Rousseau. L'Encyclopédie fut l'objet de railleries : Moreau
surnomma les encyclopédistes les "cacouacs", Palissot rédigea une Petite lettre sur de grands Philosophes, Voltaire la qualifia de
"fatras". En 1759, l'Encyclopédie est interdite à la
publication. Le privilège de 1748 fut annulé; ordre fut donné de
rembourser les souscripteurs. Pour les dédommager, Le Breton édita deux
volumes de planches séparées, qui bénéficièrent d'un privilège spécial
et furent envoyés aux souscripteurs. D'Alembert, Marmontel et Duclos se
retirèrent. Diderot poursuivit seul, durant sept années. En 1766
parurent les dix derniers volumes. Un dernier volume de planches parut en
1772. Mais les volumes, à partir du tome VIII, firent l'objet d'une
censure de l'éditeur Le Breton, à l'insu de Diderot, qui laissa néanmoins
paraître les volumes.
Postérité:
L'entreprise de Diderot et de ses collaborateurs donna un grand essor à
la production encyclopédique. Elle restera également le symbole de
l'esprit des Lumières. On tentera encore dans les milieux catholiques, au
milieu du XIXe siècle, d'en effacer les traces par des monuments plus
importants encore. Ainsi, l'abbé Jacques-Paul Migne (1800-1875),
fondateur de la Bibliothèque universelle du clergé et éditeur des
monumentales collections de textes de Pères de l'Église Patrologie
grecque et Patrologie latine, fera-t-il paraître une Encyclopédie ecclésiastique
(1851-1859) en soixante-six volumes afin de reléguer la
"funeste" Encyclopédie de Diderot et d'Alembert à n'être
qu'un pygmée de science et d'utilité!", pour montrer implicitement
l'infériorité de celle-ci et de son inutilité.
La postérité de l'œuvre de Diderot eut aussi un autre versant : une
autre encyclopédie philosophique. Synthèse des savoirs autant que du
savoir philosophique, l'Encyclopédie de Diderot reste une œuvre unique.
Source, CD-ROM Encarta 2000 ©.
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