
Origine de La Vierge Noire
Les Vierges noires sont
apparues pour la plupart vers le XI° et XII° siècle.
Elles sont pratiquement toutes des Vierges "en majesté" (et
non pas des Vierges de l'Annonciation ou des Vierges allaitant Jésus)0
C'est la christianisation ,des dévotions populaire à Diane, la
déesse de la nuit des Grecs, ou à Annis, la divinité celte,
ou à Cybèle, la divinité gauloise de la terre et de la
maternité.
Les moines bénédictins, qui semblent avoir fait connaître
les Vierges noires, évoquaient à propos de Marie, l'image de la
lune dont l'éclat provient du soleil, comme celui de Marie vient du Christ.
Une statue en bronze de la Vierge, emporté de Lyon pour Alger et patinée
avec le temps est sans doute à l'origine de la Vierge Noire du
sanctuaire marial a Alger.
La Statue Notre Dame d'Afrique
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La statue de Notre Dame d'Afrique a aussi toute une histoire. Habillée d'une robe opulente brodée dans le style de Tlemcen, la statue est en fait une uvre en bronze, imitation d'une statue d'argent faite par Bouchardon ( 698-1762), et détruite pendant la Révolution française. La position de la vierge, visage souriant incliné et mains tendues en accueil est typique de ce qui a été appelé la Vierge fidèle, modèle connu de Catherine Labouré et de Thérèse de Lisieux. C'est Monseigneur de Quélen, archevêque de Paris, qui fit faire la copie dont est issue la statue d'Alger, en exécution d'un vu, préoccupé qu'il était de la conversion et du salut éternel du prince de Talleyrand (mai 1 838). La copie d'Alger a été offerte au premier évêque d'Alger, Monseigneur Dupuch, en 1 838 par un pensionnat des Dames du Sacré-Cur, à la Ferrandière, près de Lyon. Les Algériens, pour qui Notre-Dame d'Afrique est "madame l'Afrique", ne se soucient point de cette histoire franco-française. S'ils demandent pourquoi elle est noire, on explique qu'elle est en bronze et s'ils questionnent sur le titre, je réponds : "Quand les Français chrétiens ont mis le pied en Algérie, ils avaient l'impression d'aborder sur tout un continent nouveau, et spontanément ils nommèrent ce sanctuaire Notre-Dame d'Afrique". L'Algérie phare de l'Afrique, pour qui pense relier l'immense continent à l'Occident chrétien, voilà une idée qui a enchanté bien des imaginations.
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La basilique Notre Dame d'Afrique à
Alger fut l'uvre de Mgr Pavy, ainsi que de deux saintes et humbles filles,
Anne Cinquin et Agarite Berger, alias Marguerite Bergesso, piémontaise,
selon Mgr Baunard, biographe du cardinal Lavigerie.
L'édifiante histoire de Notre-Dame d'Afrique a été contée
en détail par Mgr Ribolet, qui fut évêque auxiliaire à
Alger, dans un petit livre intitulé "Origines de Notre-Dame-d'Afrique"
publié par l'éditeur algérois Heintz en 1900.
Lorsque Louis Pavy fut promu en 1846 évêque à Alger, Mlles
Berger et Cinquin, qui s'étaient attachées à ses pas depuis
son vicariat de Lyon à l'Eglise Saint-Bonaventure, place des Cordeliers,
sollicitèrent de l'accompagner en Afrique. Dans le Petit séminaire
qu'ouvrit le prélat dès son arrivée sur l'emplacement de
l'ancien consulat de France, au flanc nord-est de la Bouzaréa, à
l'orée de la vallée des Consuls, elles devinrent l'une infirmière,
I'autre lingère.
Or, peu au-delà du séminaire, un sentier descendait vers la mer
dans un étroit ravin où, sous une abondante végétation
de lauriers et de lentisques, coulait un ruisseau intarissable. Entre trois
branches d'un ormeau-d'aucuns disent au creux d'un vieil olivier-sous un auvent
de lierre, elles avaient placé une petite statue de la Vierge, réplique
de celle qui était vénérée dans la vieille chapelle
de Fourvière, et souvent venaient s'y recueillir.
A quelque temps de là, cédant à leur respectueuse insistance,
Mgr Pavy fit aménager en ce lieu une grotte artificielle de rocailles
et de coquillages pour abriter " NotreDame-du-Ravin " et inaugura
solennellement le modeste oratoire. Les séminaristes y descendaient nombreux,
en particulier à l'ouverture et la clôture du beau mois de mai,
ainsi que la nuit de Noël, après la messe de minuit, en procession,
portant des torches et chantant les vieux noëls de France. Rapidement le
sanctuaire devint un lieu de pélerinage, orné de cierges et ex-voto,
de médailles militaires, de béquilles, manifestant la reconnaissance
des fidèles, qui montaient surtout du faubourg Bab-el-Oued et de Saint-Eugène.
En septembre 1857, le prélat fit construire, sur le plateau du promontoire
dominant la mer de plus de 120 mètres, un sanctuaire provisoire abritant
une statue en bronze de la Vierge, offerte dès mai 1840 à Mgr
Dupuch par les dames du Sacré-Cur (1).
Entreposée chez les Trappistes de Staouéli à l'ouverture de leur couvent, avec le temps le bronze de son visage avait noirci. Noire mais belle comme dit le cantique, vêtue de bleu, couronnée d'or. Dès lors un second courant de pèlerins s'établit le long de la montée sinueuse, qu'ont gravie tant de fidèles, souvent pieds nus et parfois en partie, à genoux.
Le 2 février 1858, I'évêque donnait le premier coup de pioche de l'édifice dont le plan et le style byzantin avaient été élaboré par l'architecte Fromageau. Sept ans plus tard, le 2 février 1865, sur sa majestueuse coupole était plantée la croix.
C'est seulement en 1872 qu'il fut achevé, sept ans après la mort de Mgr Pavy, inhumé devant l'autel sous la Vierge noire, aux pieds de laquelle furent déposées les épées du maréchal Pélissier et du général Yusuf, la célèbre canne de Lamoricière fixée sur le pilastre à droite de l'autel, et, sur le pilastre gauche, dans un cadre, une petite médaille miraculeuse de la Vierge portée par le maréchal Bugeaud pendant ses campagnes algériennes.
Rapidement les murs se tapissèrent de plaques de marbre exprimant d'innombrables gratitudes à Notre-Dame d'Afrique. Aux voûtes furent suspendues des réductions de bateaux de toutes tailles protégés de la perdition par la Madone. La corporation des pêcheurs italiens d'Alger offrit une statue en argent de leur patron Saint Michel. En grande solennité, l'Assomption de Marie était célébrée chaque année devant de vastes foules, dans la sublime lumière du plein été algérois.
L'achèvement de la Basilique
En l'architecture de la
basilique une particularité sur laquelle on n'a pas épilogué
à ma connaissance: son orientation n'a rien d'orthodoxe.
Alors que toutes les églises doivent être dirigées vers
l'Orient, le chur de Notre-Dame d'Afrique est tourné vers le sud-ouest.
Ce qui lui offre une perspective saisissante: d'abord le ciel et la mer seuls
puis en descendant les degrés du porche et en avançant sur le
terre-plein vertigineux, I'on surplombait le grand cimetière de Saint-Eugène
montant avec les années vers le sanctuaire, et l'étroit prolongement
de la ville étirée le long du littoral.
En poussant sur l'esplanade vers l'est, où se dressait sous les eucalyptus
une statue conquérante du Cardinal Lavigerie érigée en
1925 pour commémorer le centenaire de sa naissance, on voyait se dérouler
de profil les plans successifs du Grand Alger dans le vaste et harmonieux décor
des collines proches et des montagnes lointaines.
Le culte de Marie et la chrétienté de cette époque
Dans l'histoire du culte
marial en Algérie, la consécration de l'Afrique à Notre-Dame,
par sa basilique d'Alger, occupe une position centrale.
Dès 1839 à Constantine, l'une des premières églises
d'Algérie avait été dédiée à Notre-Dame-des-Sept
Douleurs par Mgr Dupuch et l'abbé Suchet, dans la mosquée dite
du Palais. On sait qu'au-dessus d'Oran, la chapelle de Santa-Cruz fut édifiée
en 1849-50, en reconnaissance à la Madone d'avoir quasi miraculeusement
mis un terme à l'épidémie de choléra qui avait ravagé
leur ville.
C'est en 1954-55, que sera construite à ses côtés la basilique actuelle. Et il ne faudrait pas oublier qu'en pleine guerre d'Algérie, Mgr Pinier avait inauguré à Constantine, sur le sommet de Sidi-Mcid, une statue de Notre-Dame-de-la-Paix. .
Aujourd'hui en Algérie
En 1989, Notre-Dame-de-la-Paix
était toujours debout, intacte, en face de Constantine.
La statue de Notre-Dame-de l'Atlas, montée en 1938 sur le Nador, près
de Médéa, par les Trappistes de Tibharine, n'a été
qu'à peine endommagée en sa couronne et un bras.
Plus surprenant encore, la statue du cardinal Lavigerie, sur l'esplanade de
Notre-Dame d'Afrique, a été respectée.
La basilique elle-même n'a pas été islamisée ; on
y célèbre la messe et elle continue de recevoir, plus encore,
que jadis, des musulmans respectueux et recueillis, pas seulement des femmes.
Son accès a été facilité récemment par un
téléphérique destiné à desservir le quartier.
Au-dessus de l'abside la prière demeure, en bandeau de grandes capitales:
" Notre-Dame d'Afrique priez pour nous et pour les musulmans ".

De nouveaux ex-voto s'ajoutent
à ceux de notre temps: " A Notre-Dame qui a exaucé mon vu.
Toufik 1977 " " Merci pour le bac. Lakhdar 1977 " et aussi des
graffitis: " Je demande la guérison de ma santé. 1981 ",
" Faites que je reçoive mon logement. 1987" , " Que je
sois aimée par l'homme que j'aime ; O Marie, protégez-nous de
tous les malheurs. Leïla mars 1987 " (4).
Cependant, après l'assassinat de Mgr Jacquier à Alger, puis de
l'abbé Jover à Orléansville, sa ville natale, un père
blanc a été blessé, paraît-il victime d'un attentat,
à Notre-Dame d'Afrique.
... En France
Dans la France d'aujourd'hui
des copies de la statue restée à Alger sont présentes,
notamment à Toulon dans l'église Saint-Louis, ainsi que dans l'église
paroissiale qui porte son nom à Carnoux-de-Provence, cette petite ville
créée par des transplantés d'Afrique du Nord dans un site
pierreux, ingrat, devenu aimable et riant, non loin d'Aubagne où a été
transférée la maison mère de la Légion et son émouvant
mémorial. L'autel de cette église de Carnoux est en pierre provenant
de Bizerte et ses cloches sont celles de Saint-Denis-du-Sig.
Le pèlerinage du 15 août à Carnoux, ne reçoit que
quelques milliers de fidèles car il y a concurrence entre de multiples
sanctuaires où l'on tient aussi à honorer Notre-Dame d'Afrique
ce jour-là. Rien de comparable au pèlerinage des Oraniens le jour
de l'Ascension à Notre-Dame-de Santa-Cruz dans la chapelle qu'ils ont
construite à Courbessac près de Nîmes pour y abriter la
petite statue vénérée transportée de là-bas:
plus de cent mille et chaque année davantage, rassemblés de tous
les horizons parfois très lointains, en famille de trois générations
souvent,
Ce pèlerinage est devenu le plus important de France, après Lourdes.
Cette fidélité, des Oraniens en particulier, à Notre-Dame,
qui résiste à plus d'un quart de siècle, en contraste avec
les dérives religieuses de notre époque, s'impose comme l'un des
traits caractéristiques de notre communauté en exil.
Pierre GOINARD - L'Algérianiste n°48 de décembre
1989