une nonne étonnante

Une nonne étonnante

En ce temps-là, il arriva qu'un moine tombât éperdument amoureux d'une nonne.

Ryonen était belle, d'une beauté radieuse, à la fois éclatante et mystérieuse.

Son teint, son port de tête, son allure, tout dans son physique charmant éblouissait mais elle y joignait une intelligence pénétrante, un caractère décidé, et une générosité, une attention aux autres, qui l'éclairaient d'une lumière intérieure.

Ryonen aurait pu rendre fou d'amour les plus sages des hommes, et des moines peut-être...

Hashino l'aimait d'un amour déraisonnable, exacerbé.

Il ne mangeait ni ne dormait, il était distrait pendant les cérémonies rituelles, il était obsédé, il ne voyait qu'elle, ne vivait que pour elle, il courait à sa perte.

Une nuit, il franchit le pas, commit le crime suprême, il s'introduisit dans sa cellule de moniale, et la supplia de l'aimer.

Ryonen tint alors le destin de Hashino entre ses mains.

Il eût suffi qu'elle crie, qu'elle appelle ses soeurs, et le pire serait advenu.

Mais elle ne se débattit point, ne manifesta aucun étonnement.

Elle dit seulement au novice, qui brûlait de désir : « Je me donnerai à toi, demain. »

Le jour suivant était jour de grande fête.

À l'occasion de l'illumination du bouddha, l'empereur assistait aux offices.

C'est là, dans le sanctuaire du temple de Todaidji, qu'elle apparut à Hashino complètement nue :

« Prends-moi, dit-elle, maintenant ! »

Alors Hashino eut un choc et vécut le Satori, l'Éveil.

Peu de temps après, la nonne se lacéra le visage afin de ne plus plaire aux hommes.