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Lettre à Pythoclès
Épicure à Pythoclès, bonjour,.
Cléon m'a apporté ta lettre, dans laquelle tu
te montrais à mon égard plein de sentiments d'amitié, dignes du soin que je
prends de toi ; tu as essayé de façon convaincante de te remémorer les
arguments qui tendent à la vie bienheureuse, et tu m'as demandé pour toi-même
de t'envoyer une argumentation résumée et bien délimitée touchant les réalités
célestes, afin de te la remémorer facilement ; en effet, ce que j'ai écrit
ailleurs est malaisé à se remémorer, bien que, me dis-tu, tu l'aies continuellement
en mains. En ce qui me concerne, j'ai reçu avec plaisir ta demande, et j'ai été
rempli de plaisants espoirs. Aussi, après avoir écrit tout le reste, je
rassemble tels que tu les as souhaités, ces arguments qui seront utiles à
beaucoup d'autres, et tout spécialement à ceux qui ont depuis peu goûté à
l'authentique étude de la nature, ainsi qu'à ceux qui sont pris dans des
occupations plus accaparantes que l'une des occupations ordinaires. Saisis-les
distinctement et, les gardant en mémoire, parcours-les avec acuité ainsi que
tous les autres que, dans le petit abrégé, j'ai envoyés à Hérodote. Début de page
I. La
méthode
Tout d'abord, il ne faut pas penser que la connaissance
des réalités célestes, qu'on les examine en relation à autre chose, ou pour
elles-mêmes, ait une autre fin que l'ataraxie et la certitude ferme, ainsi
qu'il en est pour tout le reste. Il ne faut pas non plus faire violence à
l'impossible, ni tout observer de la même façon que dans les raisonnements qui
portent sur les modes de vie, ni dans ceux qui nous donnent une solution aux
autres problèmes physiques, comme le fait que le tout est corps et nature
intangible, ou que les éléments sont insécables, et toutes les propositions de
ce genre qui sont seules à s'accorder avec ce qui apparaît; cela n'est pas le
cas pour les réalités célestes : au contraire se présente une multiplicité de
causes pour leur production, et d'assertions relatives à leur être même,
en accord avec les sensations. Car il ne faut pas pratiquer l'étude de la
nature en s'appuyant sur des principes vides et des décrets de loi, mais comme
le réclame ce qui apparaît. En effet, notre mode de vie ne requiert pas une
recherche qui nous serait propre, et une opinion vide, bien plutôt une vie sans
trouble. Tout devient inébranlable pour tout ce que l'on résout entièrement
selon le mode multiple en accord avec ce qui apparaît, lorsqu'on conserve,
comme il convient, ce qu'à propos de ces réalités on énonce avec vraisemblance
; mais lorsqu'on admet une explication et qu'on rejette telle autre, qui se
trouve être en un semblable accord avec ce qui apparaît, il est clair que l'on
sort du domaine de l'étude de la nature, pour se précipiter dans le mythe. Début de page
Certaines des choses qui apparaissent près de
nous fournissent des signes de ce qui s'accomplit dans les régions célestes,
car on les observe comme elles sont, à la différence de celles qui apparaissent
dans les régions célestes ; il est en effet possible que ces dernières arrivent
de multiples façons. Il faut toutefois conserver l'image de chacune des
réalités célestes, et en rendre compte par ce qui lui est rattaché, ce dont la
réalisation multiple n'est pas infirmée par les choses qui arrivent près de
nous.
II. Cosmologie
générale
1. Les
mondes
Un monde est une enveloppe du ciel, qui enveloppe astres, terre et tout
ce qui apparaît, qui s'est scindée de l'illimité, et qui se termine par une limite
ou rare ou dense, dont la dissipation bouleversera tout ce qu'elle contient ;
et elle se termine sur une limite soit en rotation soit en repos, avec un
contour rond, triangulaire ou quel qu'il soit ; car tous sont possibles : rien
de ce qui apparaît ne s'y oppose dans ce monde-ci, où il n'y a pas moyen de
saisir ce qui le termine. Mais il y a moyen de saisir qu'à la fois de tels
mondes sont en nombre illimité, et qu'aussi un tel monde peut survenir tant
dans un monde que dans un inter-monde, comme nous appelons l'intervalle entre
des mondes, dans un lieu comportant beaucoup de vide, mais pas dans un vaste
lieu, pur et vide, comme le disent certains, et ce, dans la mesure où des
semences appropriées s'écoulent d'un seul monde, ou inter-monde, ou bien de
plusieurs, produisant peu à peu des adjonctions, des articulations et des
déplacements vers un autre lieu, selon les hasards, et des arrosements
provenant de réserves appropriées, jusqu'à parvenir à un état d'achèvement et
de permanence, pour autant que les fondations posées permettent de les
recevoir. Car il ne suffit pas que se produise un agrégat, ou un tourbillon
dans le vide où il est possible qu'un monde surgisse, d'après ce que l'on croit
être par nécessité, et qu'il s'accroisse jusqu'à ce qu'il heurte à un autre
monde, ainsi que l'un des réputés physiciens le dit ; car cela est
en conflit avec ce qui apparaît. Début de page
2. Les corps célestes
Le soleil, la lune et les autres astres, qui se formaient par
eux-mêmes, étaient ensuite enveloppés par le monde, ainsi évidemment que tout
ce qu'il préserve, mais dès le début ils se façonnaient et s'accroissaient (de
la même façon que la terre et la mer) grâce à des accrétions et des
tournoiements de fines particules, qu'elles soient de nature ventée ou ignée,
ou bien les deux ; la sensation nous indique en effet que cela se fait ainsi.
La grandeur du soleil et des autres astres,
considérée par rapport à nous, est telle qu'elle apparaît, car il n'y a pas
d'autre distance qui puisse mieux correspondre à cette grandeur. Si on le
considère en lui-même, sa grandeur est ou plus grande que ce que l'on voit, ou
un peu plus petite, ou identique (pas en même temps). C'est ainsi également que
les feux, qu'auprès de nous l'on observe à distance, sont observés selon la
sensation. Et on résoudra aisément tout ce qui fait obstacle dans cette partie,
si l'on s'applique aux évidences, ce que nous montrons dans les livres Sur
la nature. Début
de page
III Mouvements et variations célestes
I. Mouvement
nycthéméral
Levers et couchers du soleil, dé la lune et
des autres astres peuvent résulter respectivement d'une inflammation et d'une
extinction, Si l'environnement est tel - et ce en chacun des deux lieux
correspondants - que ce qui vient d'être dit s'accomplisse ; car rien de ce qui
apparaît ne l'infirme ; et c'est encore par une émergence au-dessus de la
terre, puis au contraire par une interposition, que levers et couchers
pourraient se produire ; car rien de ce qui apparaît ne l'infirme.
Pour leurs mouvements, il n'est pas
impossible qu'ils résultent soit d'une rotation du ciel tout entier soit du
fait que, si celui-ci est en repos, eux connaissent une rotation engendrée à
l'orient suivant la nécessité à l'œuvre à l'origine, lors de la naissance du
monde, ensuite, prenant en compte la chaleur, du fait d'une certaine
propagation du feu qui progresse toujours vers des lieux contigus. Début de page
2. Rétrogradations
Les rétrogradations du soleil et de la lune
peuvent survenir en raison de l'obliquité du ciel qui se trouve par moments
contraint à obliquer ; également parce que de l'air les repousse, ou bien aussi
parce que la matière dont ils ont constamment besoin, et qui s'enflamme progressivement,
les a abandonnés ; ou il se peut aussi que dès le début un tourbillon ait
enveloppé ces astres, un tourbillon que leur mouvement soit comme celui d'une
spirale. Car toutes ces raisons et celles qui leur sont apparentées ne sont en
désaccord avec aucune des évidences si, pour de tels aspects particuliers,
s'attachant au possible, l'on peut ramener chacune d'elles à un accord avec ce
qui apparaît, sans redouter les artifices des astronomes, qui rendent esclave.
3. Questions lunaires
Les évidements et les remplissements de la
lune pourraient se produire aussi bien en raison du tour qu'effectue ce corps
qu'en raison également des configurations de l'air, mais encore en raison
d'interpositions, et de tous les modes par lesquels ce qui apparaît auprès de
nous, nous appelle à rendre compte de cet aspect-là, à condition que l'on ne se
satisfasse pas du mode unique et que l'on ne repousse pas de façon vaine les
autres modes, n'ayant pas observé ce qu'il était possible et ce qu'il était
impossible à un homme d'observer, et désireux en conséquence d'observer
l'impossible. Début de
page
En outre, il se peut que la lune soit
lumineuse par elle-même, possible aussi qu'elle le soit grâce au soleil. De
fait, autour de nous, l'on voit beaucoup de choses qui sont lumineuses par
elles-mêmes, et beaucoup qui le sont grâce à d'autres. Et rien de ce qui
apparaît dans le ciel ne fait obstacle à cela, Si l'on garde toujours en
mémoire le mode multiple et si l'on considère ensemble les hypothèses et les
causes qui sont conformes à ce qui apparaît, si l'on ne considère pas ce qui ne
lui est pas conforme, que l'on grossit en vain, et si l'on n'incline pas
d'une manière ou d'une autre vers le mode unique.
L'apparent visage en elle peut résulter aussi
bien de la différence de ses parties successives que d'une interposition, ainsi
que de tous les modes dont, en tous points, l'on observerait l'accord avec ce
qui apparaît ; pour toutes les réalités célestes en effet, il ne faut pas
renoncer à suivre une telle piste ; car si l'on entre en conflit avec les
évidences, jamais il ne sera possible d'avoir part à l'ataraxie authentique.
4. L'exceptionnel et le régulier
Une éclipse de soleil et de lune peut
résulter aussi bien d'une extinction - comme auprès de nous l'on voit cela
arriver - qu'également d'une interposition d'autres corps, soit la terre, soit
le ciel, ou un autre du même type ; et c'est de cette façon qu'il faut
considérer ensemble les modes apparentés les uns aux autres, et voir que le
concours simultané de certains modes n'est pas impensable. Début de page
En outre, comprenons l'ordre régulier de la
révolution à la façon dont certaines choses se produisent près de nous, et que
la nature divine ne soit en aucun cas poussée dans cette direction, mais qu'on
la conserve dépourvue de charge et dans une entière félicité ; car si l'on ne
procède pas ainsi, toute l'étude des causes touchant les réalités célestes sera
vaine, comme cela est déjà arrivé à certains qui ne se sont pas attachés au
mode possible, mais sont tombés dans la vanité pour avoir cru que cela
arrivait seulement selon un seul mode, et avoir rejeté tous les autres qui
étaient compatibles avec le possible, emportés vers l'impensable et incapables
d'observer ensemble tout ce qui apparaît, qu'il faut recueillir comme ses
signes.
Les longueurs changeantes des nuits et des
jours peuvent venir soit des mouvements rapides et inversement, lents, du
soleil au-dessus de la terre, parce qu'il change les longueurs des espaces
parcourus, soit parce qu'il parcourt certains espaces plus vite ou plus
lentement, comme on observe aussi des cas près de nous, avec lesquels il faut
s'accorder lorsqu'on parle des réalités célestes. Mais ceux qui se saisissent
de l'unité entrent en conflit, avec ce qui apparaît et échouent à se demander
si la considérer est possible à l'homme. Début de page
IV Météorologie
1°Prévisions
Les signes précurseurs peuvent
apparaître soit à la faveur de concours de circonstances, comme dans le cas des
animaux qui en manifestent près de nous, soit en raison d'altérations de l'air
et des changements ; car ces deux explications ne sont pas en conflit avec ce
qui apparaît ; mais dans quels cas elles se produisent pour telle ou telle
cause, il n'est pas facile de le voir également.
2° Nuages
Les nuages peuvent se constituer et
s'assembler soit par le foulage de l'air dû à la compression des vents, soit
par des enchevêtrements d'atomes concaténés et propres à produire ce résultat,
soit en raison de la réunion de courants issus de la terre et des eaux ; mais
il n'est pas impossible que les assemblages de tels éléments se réalisent selon
bien d'autres modes. Par suite, les eaux peuvent se former en eux pour autant
que les nuages se pressent, et changent, et aussi parce que des vents,
s'exhalant des lieux appropriés, se déplacent dans l'air, l'averse plus
violente se produisant à partir de certains agrégats convenant pour de telles
précipitations. Début
de page
3° Tonnerre, éclair, foudre
Il est possible que les coups de tonnerre se
produisent en raison du roulement du vent dans les cavités des nuages, comme
c'est le cas dans nos viscères, également par le grondement du feu qu'un vent, dans
les nuages, alimente, aussi en raison des déchirures et des écartements des
nuages, et aussi en raison des frottements et des ruptures des nuages s'ils se
sont congelés comme de la glace ; ce qui apparaît nous appelle à reconnaître
qu'au même titre que l'ensemble, cette réalité particulière se produit selon
plusieurs modes.
Et les éclairs, de même, se produisent selon
plusieurs modes ; en effet, c'est par le frottement et le choc des nuages que
la configuration du feu propre à produire cet effet, lorsqu'elle s'en échappe,
produit l'éclair ; également par l'attisement, sous l'action des vents, de
corps de ce genre arrachés aux nuages, qui disposent l'éclat que l'on voit ;
également par pressurage, si les nuages sont comprimés, soit les uns par les
autres, soit par les vents; également par l'enveloppement de la lumière qui
s'est répandue depuis les astres, car ensuite elle est contractée par le
mouvement des nuages et des vents, et elle s'échappe à travers les nuages ; ou
bien par le filtrage, dû aux nuages, de la lumière la plus fine, et par le
mouvement de cette lumière ; ou encore par l'embrasement du vent, qui se
produit en raison de la forte tension du mouvement et d'un violent enroulement
; aussi par les déchirures des nuages sous l'effet des vents et l'expulsion des
atomes producteurs de feu, qui produisent l'image de l'éclair. Et il sera
facile de voir distinctement cela en suivant bien d'autres modes, si l'on s'en
tient toujours à ce qui apparaît, et si l'on est capable de considérer ensemble
ce qui est semblable. Début
de page
L'éclair précède le tonnerre dans une
disposition nuageuse de ce genre, soit parce qu'en même temps que le vent tombe
sur les nuages, la configuration produisant l'éclair est expulsée, et ensuite
le vent qui est roulé produit ce grondement ; soit, en raison de la chute de
l'un et de l'autre en même temps, l'éclair vient jusqu'à nous grâce à une
vitesse plus soutenue, et le tonnerre arrive avec du retard, comme c'est le cas
pour certaines choses vues de loin, qui produisent des coups.
Il est possible que les foudres se produisent
en raison de réunions de vents en plus grand nombre, d'un puissant enroulement
et d'un embrasement, et d'une déchirure d'une partie suivie d'une expulsion de
celle-ci plus puissante encore, en direction des lieux inférieurs - la
déchirure survient parce que les lieux attenants sont plus denses, en raison du
foulage des nuages ; aussi en raison du feu comprimé qui est expulsé, comme il
est possible aussi que le tonnerre se produise, lorsqu'il est devenu plus
important, que le vent l'a puissamment alimenté et qu'il a rompu le nuage, du
fait qu'il ne peut se retirer dans les lieux attenants, à cause du foulage (le
plus souvent contre une montagne élevée, sur laquelle les foudres tombent avant
tout), qui se fait toujours entre les nuages. Et il est possible que les
foudres se produisent selon bien d'autres modes ; que seulement soit banni le
mythe ! Et il sera banni si l'on procède à des inférences sur ce qui n'apparaît
pas, en s'accordant correctement avec ce qui apparaît. Début de page
4° Cyclones, séismes
Il est possible que les cyclones se
produisent d'une part en raison de la descente d'un nuage dans des lieux
inférieurs, qui change de forme en étant poussé par un vent dense, et se trouve
emporté en masse du fait de ce vent abondant, en même temps qu'un vent
extérieur pousse le nuage de proche en proche ; et aussi bien en raison d'une
disposition circulaire du vent, lorsque de l'air se trouve poussé par en haut,
et qu'un fort flux de vent se crée, incapable de s'écouler sur les côtés, à
cause du foulage de l'air tout autour. Et si le cyclone descend jusqu'à la
terre, se forment des tornades, quelle que soit la façon dont leur naissance a
lieu selon le mouvement du vent ; s'il descend jusqu'à la mer, ce sont des
tourbillons qui se constituent.
Il est possible que les séismes se produisent
en raison de l'interception de vent dans la terre, de sa disposition le long de
petites masses de cette dernière, et de son mouvement continu, ce qui provoque
un tremblement dans la terre. Et ce vent, la terre l'embrasse ou bien parce
qu'il vient de l'extérieur, ou bien parce que s'effondrent des fonds intérieurs
qui chassent l'air capturé dans les lieux caverneux de la terre. Et en raison
de la communication même du mouvement par suite de l'effondrement de nombreux
fonds et de leur renvoi en sens inverse, quand ils rencontrent des
concentrations plus fortes de terre - il est possible que se produisent les
séismes. Et il est possible que ces mouvements de la terre se produisent selon
plusieurs autres modes. Début
de page
Il arrive que les vents surviennent
au bout d'un certain temps, lorsqu'un élément étranger s'introduit, régulièrement
et petit à petit, et aussi par le rassemblement d'eau en abondance ; et les
autres vents se produisent, même si ce sont de faibles quantités qui tombent
dans les nombreuses cavités, lorsqu'elles se diffusent.
5° Grêle, neige, rosée, glace
Le grêle se forme à la fois en raison d'une
congélation assez forte, du rassemblement de certains éléments venteux venus de
tous côtés, et d'une division en parties, et aussi par la congélation assez
modérée de certains éléments aqueux, en même temps que leur rupture, qui
produisent à la fois leur compression et leur éclatement, conformément au fait
que lorsqu'ils gèlent ils se condensent par parties et en masse. Et la rondeur,
il n'est pas impossible qu'elle tienne au fait que de tous côtés les extrémités
fondent, et que lors de sa condensation, de. tous côtés, comme on dit, se
disposent autour de manière égale, partie par partie, des éléments aqueux ou
venteux.
Il est possible que la neige se forme d'une
part lorsqu'une eau fine s'écoule à la suite de l'adaptation de nuages
différents, de la pression des nuages appropriés, et de sa, dissémination par
le vent, et qu'ensuite cette eau gèle se déplaçant, parce que, dans les régions
situées au-dessous des nuages, il y a un fort refroidissement ; et aussi, en
raison d'une congélation dans les nuages qui présentent une densité faible et
régulière, pourrait se produire une émission, hors des nuages qui se pressent
les uns contre les autres, d'éléments aqueux disposés côte à côte, lesquels,
s'ils subissent une sorte de compression, produisent finalement de la grêle,
chose qui arrive surtout dans l'air. Et aussi en raison du frottement des
nuages qui ont gelé, cet agrégat de neige pourrait, en retour, s'élancer. Et il
est possible que la neige se forme selon d'autres modes. Début de page
Le rosée se forme d'une. part en raison de la
réunion mutuelle d'éléments en provenance de l'air, de nature à produire une
humidité de cette sorte ; et c'est d'autre part en raison d'un mouvement qui
part des lieux humides ou des lieux qui contiennent de l'eau, que la rosée se
forme dans les lieux où elle apparaît : ensuite ces éléments se réunissent au
même point, produisent l'humidité, et vont en sens inverse vers le bas, ainsi
que souvent, même près de nous, se forme de manière semblable ce genre de
choses. Et la gelée blanche se forme lorsque ces rosées connaissent une sorte
de congélation, à cause d'une disposition d'air froid.
La glace se forme aussi bien par l'expression
hors de l'eau de la forme arrondie, et la compression des éléments inégaux et à
angle aigu qui se trouvent dans l'eau, que par le rapprochement, à partir de
l'extérieur, d'éléments de cette nature qui, réunis, font geler l'eau, une fois
qu'ils ont exprimé une certaine quantité d'éléments ronds.
6. Arc-en-ciel, halo
L'arc-en-ciel survient en raison de l'éclairement par le soleil d'un air aqueux, ou bien en raison d'une nature particulière de l'air, qui tient à la fois de la lumière et de l'air, qui produira les particularités de ces couleurs, soit toutes ensemble, soit séparément ; et à partir de cet air-là, d'où se sépare à, nouveau en brillant, la lumière, les parties limitrophes de l'air prendront cette coloration, telle que nous la voyons par l'éclairement des parties ; quant à sa forme arrondie, cette image se forme parce que la vision voit un intervalle partout égal, ou parce que les sections dans l'air se compriment de la sorte, ou bien parce que dans les nuages, les atomes étant emportés à partir d'un même air, un certain arrondi se dépose dans ce composé. Début de page
Le halo autour de la lune se produit
parce que de l'air se porte de tous côtés vers la lune, et que, ou bien il
renvoie également les écoulements qui sont émanés d'elle, jusqu'à disposer en
un cercle la nébulosité que l'on voit, sans opérer une séparation complète, ou
bien il renvoie de façon proportionnée, de tous côtés, l'air qui est autour de
la lune, pour disposer ce qui entoure cette dernière en une périphérie ayant
une épaisseur. Cela se produit seulement en certaines parties soit parce qu'un
écoulement venu de l'extérieur exerce une violente pression, soit parce que la
chaleur s'empare des passages appropriés pour réaliser cet effet.
V Sujets astronomiques complémentaires
1° Comètes
Les astres chevelus naissent soit parce qu'apparaît la disposition qui fait que du feu prend consistance dans les régions célestes, en certains lieux, à certains moments, soit parce que le ciel, par moments, adopte au-dessus de nous un mouvement particulier, propre à faire apparaître de tels astres, ou encore ils s'élancent à certains moments en raison d'une disposition donnée, se dirigent vers les lieux que nous occupons, et deviennent visibles. Et leur disparition survient par suite de causes opposées à celles-là. Début de page
2° Astres
fixes
Certains astres tournent sur p1ace :
cela arrive non seulement parce que cette partie monde autour de
laquelle le reste tourne, est immobile, comme le disent certains, mais aussi
parce qu'un tourbillon d'air tourne autour de lui en cercle, et l'empêche de
faire un parcours identique à celui des autres ; ou bien parce qu'à proximité
ils n'ont pas la matière appropriée, tandis qu'ils l'ont dans le lieu où on les
voit demeurer. Et il est possible que cela arrive selon bien d'autres modes, si
l'on peut rassembler par le raisonnement ce qui est en accord avec ce qui
apparaît.
3. Astres errants
Que certains astres soient errants, s'il arrive qu'ils aient des mouvements de cette sorte, tandis que d'autres ne se meuvent pas ainsi, il est possible d'une part que cela tienne à ce qu'ils ont été contraints dès le commencement à se mouvoir en cercle, si bien que les uns sont transportés par le même tourbillon parce qu'il est égal, tandis que les autres le sont par un tourbillon qui comporte en même temps des inégalités. Mais il est possible également que selon les lieux où ils sont transportés, il se trouve des étendues d'air égales qui les poussent successivement dans la même direction et les enflamment de façon égale, tandis que d'autres sont assez inégales pour que puissent s'accomplir les changements que l'on observe. Mais donner de ces faits une seule cause, alors que ce qui apparaît en appelle une multiplicité, est délirant et se trouve mis en œuvre, au rebours de ce qu'il convient de faire, par les zélateurs de la vaine astronomie, qui donnent de certains faits des causes dans le vide, dès lors qu'ils ne délivrent pas la nature divine de ces charges-là. Début de page
4. Retard
de certains astres
Il arrive d'observer que certains astres sont
laissés en arrière par d'autres, soit parce que, tout en parcourant le même
cercle, ils sont transportés autour de lui plus lentement, soit parce qu'ils sont
mus selon un mouvement contraire, et sont tirés en sens inverse par le même
tourbillon, soit parce qu'ils sont transportés, tantôt sur un espace plus
grand, tantôt plus petit, tout en tournant en cercle autour du même tourbillon.
Et se prononcer de façon simple sur ces faits ne convient qu'à ceux qui veulent
raconter des prodiges à la foule.
5° Etoiles filantes
Les astres que l'on dit tomber, et par parties, peuvent se constituer, soit par leur propre usure, et par leur chute, là où se produit un dégagement de souffle, ainsi que nous l'avons dit pour les éclairs aussi ; soit par la réunion d'atomes producteurs de feu, lorsque apparaît un regroupement susceptible de produire cela, et par un mouvement là où l'élan a surgi depuis le commencement, lors de leur réunion ; soit par le rassemblement de souffle dans les amas nébuleux et par leur embrasement dû à l'enroulement qu'ils subissent, ensuite par la désintégration des parties enveloppantes ; et l'endroit vers lequel entraîne l'élan, c'est vers là que le mouvement se porte. Et il y a d'autres modes permettant à cela de s'accomplir, en un nombre que je ne saurais dire. Début de page
6. Prévisions
Les signes précurseurs qui se produisent en
certains animaux, se produisent par un concours de circonstances ; car les
animaux n'introduisent aucune nécessité qui ferait se réaliser le mauvais
temps, et nulle nature divine ne trône surveillant les sorties de ces animaux,
ni, ensuite, n'accomplit ce que ces signes annoncent ; car ce n'est pas sur le
premier animal venu, même un peu plus sensé, qu'une telle folie pourrait
tomber, encore moins sur celui qui dispose du parfait bonheur.
Remémore-toi tous ces points, Pythoclès, car
tu t'écarteras de beaucoup du mythe, et tu seras capable de concevoir ce qui
est du même genre. Mais surtout, consacre-toi à l'observation des principes, de
l'illimité et de ce qui leur est apparenté, et encore des critères et des
affections, et de ce en vue de quoi nous rendons compte de ces questions. Car
ce sont eux surtout ; lorsqu'on les observe ensemble, qui feront concevoir
facilement les causes des réalités particulières ; mais ceux qui ne ressentent
pas pour eux le plus vif attachement, ne pourront pas correctement observer
ensemble ces éléments mêmes, ni obtenir ce en vue de quoi il faut les observer.
Début de page
Dernière révision faite le:
17/04/2008