Le menjan beti: à propos du balafon

MENJAÑ BETI : A PROPOS DU BALAFON

Par François Bingono Bingono

 

         Le balafon, les Beti-Bulu-Fang l’appellent de la même façon, avec certes de petites nuances dialectales. « Menjañ » ou « Mendzang » est en communication traditionnelle africaine, un idiophone solide à corps vibrant au même titre que son ancêtre le « Nkul », le tambour à fente. Mais pour spécifier le balafon « Menjañ », la musicologie le classe parmi les xylophones, un bois qui offre une résonance aux grandes qualités de musicalité. Ce support de la communication présent dans plusieurs autres cultures camerounaises et africaines, a une histoire chez les Beti. 

 

         Au plan de la genèse, celle du balafon n’est pas aussi pertinente que ce que l’anthropologie « beti » dit du « nkul ». Le « nkul », autre idiophone solide à corps vibrant, communicateur par excellence en tant qu’il assure une double communication informative et ludique, représente un Beti couché sur le dos, la bouche largement ouverte et prêt à diffuser des messages. Mais pour le faire parler, il faut le battre sur cette bouche largement ouverte. D’où l’expression « battre le nkul ». L’on comprend aisément que le « nkul », dont il faut aller chercher la date de naissance pendant l’ «Ôjambô’a », longtemps avant la traversée de la Sanaga par les Beti sur le dos du python géant (nous sommes autour du xème siècle), a été conçu pour symboliser l’être humain, communicateur par excellence. Les parties du « nkul » en témoignent, elles qui portent les noms des organes phonatoires de l’homme ; la bouche, les lèvres, le ventre entre autres…Or si le « nkul » a calqué son langage sur les langues bantu qui sont des langues à tons, deux tons fondamentaux avec des possibilités alternatives, cet outil passe pour être limitatif, et pas à même de produire une harmonie musicale suffisante. 

Le nkul

    

    Le « nkul » n’étoffe pas assez la trame musicale des Bantu, un peuple au chant polyphonique. Alors, pour compléter le « nkul », l’on conçoit le balafon. Le xylophone africain, le « menjan » est donc la formule la lus achevée du « nkul ». Il est plus harmonieux et compte une gamme complète. Il respecte un échelonnement de tons jusqu’à l’octave, et va de trois à quatre octaves pour les claviers de solo. Au plan organologique, le balafon se présente comme une caisse rectangulaire tournée ver le bas ; il  expose vers le partie supérieure, une série de lamelles de bois rouge d’acajou (ési), de diverses dimensions et achalandées sous forme d’un clavier où les lamelles vont des plus courtes vers les plus longues. Le clavier est tenu ferme grâce à des anneaux qui le fixent à un support. C’est ce clavier qui constitue en fait le balafon sur lequel le joueur percute ses deux baguettes lors du jeu. Or pour résonner assez fort, le balafon va arrimer à chaque lamelle, et en dessous, une calebasse faite d’une courge que l’on aura pris le soin de laisser sécher et dont on aura vidé l’intérieur. Les calebasses, caisses de résonance, tiennent ensemble grâce une ceinture ou cage en moelle de bambou raphia. Les anneaux fixent le clavier à la cage, et d’autres bambous transperçant les calebasses, les fixent eux aussi à la même cage. Ce qui forme un ensemble autonome, portatif ou posé à même le sol. L’instrument de musique est anthropomorphe chez les Bantu. Aussi revêt- on les dessous du balafon de fibres végétales représentant un vêtement. Un balafon sans cet accoutrement est semblable à un homme nu. Le balafon naguère appartenait au chef dont il accompagnait les processions. Ensuite, il animait la danse notamment lors des noces, des naissances, des festivités et des funérailles. Un orchestre de balafons complet compte entre quatre et six balafons avec des rôles bien déterminés. Les noms de ces instruments renvoient à la symbolique de la famille africaine. Le balafon n’est pas une reproduction du piano du Blanc. Il peut en être l’ancêtre, ou tout au moins, en est l’homologue. Et quand le premier Blanc aborde sur les côtes africaines, c’est le balafon qui l’accueille en guise de bienvenue. Peut-être déliquescent de nos jours comme la plupart des supports traditionnels de la communication africaine, le balafon ne mourra pas du tout. Il  ira se modernisant, et changera tout au plus d’usages. 

    

    La recrudescence des festivals culturels traditionnels, l’essaimage de foyers culturels, les efforts de quelques universitaires et chercheurs rassurent quant à la postérité de ce support. Au plan de la musique de variété, un regain de vitalité du balafon est évident au Cameroun. Et ce que l’Afrique Centrale risque de ne pas faire en terme de promotion et de diffusion du balafon, le sera par d’autres régions africaines. Notamment celle de l’Ouest. Retenons-le bien : « pour aller de l’avant, il vaut mieux garder la tête tournée vers l’arrière ». L’avenir n’est pas devant nous, mais d’où nous venons.

 

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