Les origines africaines des musiques du monde

LES ORIGINES AFRICAINES DES MUSIQUES DU MONDE

Par François Bingono Bingono
Expert en Communication Traditionnelle Africaine
ESSTIC./ Université de Yaoundé II, Soa
Cameroun
   

François Bingono B.

 
           Il est toujours bon à savoir que 3000 ans avant l’ère chrétienne, les Egyptiens créent l’une des plus brillantes civilisations de l’histoire du monde. Au VIIIè siècle, l’Islam et la civilisation arabe gagnent l’ensemble de l’Afrique du Nord. Du Ier au XVI è siècle, les peuples noirs se répandent successivement dans le Sud du continent, dans un vaste mouvement migratoire vague par vague. L’Afrique tel que nous en parlerons, renvoie presque uniquement au continent noir, à cette Afrique située au Sud du Sahara, dont la culture musicale est demeurée authentique, originelle, car n’ayant pas subi d’influences étrangères tel en Afrique blanche du Nord.

 

L’Afrique, berceau de la musique

 

          L’Afrique étant le berceau de l’humanité, il est évident que la musique et la culture musicale soient partis de l’Afrique. Pour parler de l’influence musicale africaine dans le monde, nous partirons du Cameroun qui est à très juste titre présenté comme l’Afrique en miniature.

          Au plan géographique,  l’Afrique se subdivise en gros  en zone de forêt, au Sud notamment,  de savane et de  sahel quand on remonte vers le Nord. Au plan sociologique, on retrouve de grands ensembles culturels dont une culture de la forêt à dominante bantou, une culture semi bantou, une culture sahélienne et une culture soudano-sahékienne. Or, Le Cameroun est un point de rencontre de toutes ces disparités culturelles africaines. La diversité culturelle  camerounaise est pertinente du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest. Et qui a visité le Cameroun a visité presque toute l’Afrique, tant aux plans des populations, de la flore, du climat que de la faune. Il a également tout écouté, en termes linguistiques où on parle 250 langues et en terme musical aussi, car l’expression musicale est le résumé de la plupart des chants et rythmes qu’exprime l’Afrique tout entière. Nous allons essayer de démontrer ce qui peut passer pour une unicité des la musique africaine à partir du Cameroun. 

 

La musique camerounaise

 

          En rappel, le concept musique est un triptyque en Afrique. Il renvoie au chant, à la danse, à la parole poétique. Au regard de cette répartition, il ressort que, pour produire de la musique, il faut des préalables :

 

          - le chant : il est l’œuvre de la voix humaine ; au Cameroun, si le chant est dit crée par la femme dont il est le moyen d’expression par excellence, l’homme a également appris à chanter aux côtés de la femme. Donc, les deux chantent désormais.

          - l’instrument de musique : nous parlerons ici des instruments de musique, qui sont des supports de la communication à part entière. Ils vont en effet au-delà de la simple communication ludique pour embrasser le champ de la communication classique, c’est à dire le transfert et l’échange des informations, à l’instar du « nkul » des Beti, le tambour à fente, un idiophone solide à corps vibrant qui permet de communiquer à distance. Le « nkul » a en effet une portée variable de 10 à 20km à la ronde, et a calqué son langage sur les langues bantou qui sont des langues à tons. Deux tons fondamentaux.

          Les instruments de musique au Cameroun sont donc des plus variés. Ils vont des idiophones solides dont le « nkul », aux membranophones, c’est à dire la grande famille des tambours à peau. Nous en comptons une très grande variété au Cameroun, allant des plus longs aux plus courts, des plus grands aux plus petits dont ceux qu’on glisse sous l’aisselle pour en jouer ; le « kalangu » du Nord par exemple. D’autres se jouent à l’aide du talon le « ngom » des Bulu du Sud est de ceux-là. Les membranophones du Cameroun se jouent des mains, à l’aide de baguettes, ou comme nous venons de le voir, à l’aide du talon ou sous l’aisselle.

          - les aérophones : c’est l’ensemble de tout ce qui exploite le vent pour la résonance. On y rencontre de flûtes, des cornes, des trompettes, conques, coquilles diverses…

          - les cordophones : c’est la grande famille des guitares traditionnelles. Le mvet des Beti, les harpes, cithares, luth, arc-en-bouche…, sont autant d’instruments à corde qu’on rencontre au Cameroun.

          Nous pouvons enrichir la typologie des instruments de musique camerounais par les hydrophones, ces supports où le résonateur est l’élément hydraulique, l’eau, recueillie dans une calebasse musicale, ou les « mekutuk » des Beti, appelés tambour d’eau. C’est toute une portion de la rivière que l’on transforme en orchestre. Les métallophones, tout instrument à base de métal ou de fer dont les cloches à une ou deux bouches, les hochets, castagnettes, grattoirs, les xylophones…, sont autant d’instrument de musique qui offrent un éventail inépuisable au Cameroun.

          Le troisième élément central du concept musique est la danse. Elle est essentiellement rythme. Elle est une expression du corps, de la tête aux pieds. D’une région à une autre, ce peut être une partie du corps qui domicilie la danse. Au bout du compte, c’est tout le corps.

 

La rythmologie camerounaise.

 

          La base des temps rythmiques est le 4/4. En beat simples, nous y domicilions : l’assiko, le bikutsi, le mangabeu, ben sikin, essewe, makossa, ngumba, gurna, njang, patengue, mendu, que lon retrouve dans toutes les régions culturelle du Cameroun. Ces rythmes ont pour support, les 250 systèmes linguistiques déjà évoqués. Les chants et instruments cités s’expriment dans cette variété.

          Toutefois, si la base de la rytmicité camerounaise est le 4/4, d’autres expressions rythmiques, notamment le bitkutsi des Beti qui est en fait un courant musical avec des variantes, offre un large éventail de temps composés : le 6/8, le 3 /4, le 7/8, et bien d’autres temps et beats très complexes.

 

          Au regard de ce parcours rapide, et à l’évaluation de ce qui se joue partout en Afrique, nous pouvons aisément affirmer qu’il y a une unicité des musiques africaines. Avec l’unique différence que, on ne rencontre pas toujours cette diversité camerounaise concentrée dans un même pays. Au plan des instruments également, certains pays ont des instruments de prédilection. Par ce que l’instrument de musique se fabrique à partir de ce qu’offrent la nature et l’environnement, il est compréhensible que les pays sahéliens n’offrent pas de grande diversité en terme de tam-tam à cause de la rareté du bois ; Ils savent tisser, et les cordophones sont légion chez eux. Dans les pays de la culture de la fonte et des forgerons, les métallophones sont récurrents.

          Des différences peuvent alors apparaître au niveau des instruments, ainsi qu’au niveau de la ligne mélodique. Le chant monodique, la gamme pentatonique sont des expressions musicales que l’on rencontre plus en remontant l’Afrique.

          Or, au plan de la rytmicité, on retrouve l’unicité. Toutes les variétés camerounaises du bikutsi se retrouvent sur toute la partie ouest-africaine. Le mbalak du Sénégal, le saw ruba, ou l’abonkarabon du même pays ont leur représentation au Cameroun. Les rythmes en vogue de nos jours en Côte d’Ivoire dont la rythmicité est un 4/4 fondamental, le chant griotique guinéen, ou la berceuse malienne… ne sont guère étrangers chez qui a parcouru le Cameroun dans toutes ses régions.

          Au plan mondial, il n’est pas du Rap dance et du courrant Hip Hop qui ne soit d’origine africaine, camerounaise. Des études ont démontré que le « mbala etoudi » du Cameroun qui est le Break dance tout craché, a été dansé au Canada à plusieurs reprises à l’occasion de festivals intercontinentaux dans les années 70.

          On connaît l’histoire du blues noir américain, la naissance du jazz, l’influence des berceuses sur la soul…Quant à la salsa et la samba, il n y a pas de commentaire à faire. Des manifestations très anciennes mais encore en vogue sont encore très vivaces au Cameroun, tan au Sud qu’à l’Est chez les Baya.

 

          Sans prêcher un nouvel ethnocentrisme à la camerounaise, il est tout simplement évident que le monde est beaucoup plus « un » que ne le laissent croire les apparences. Nous sommes tous paris des mêmes origines ; et les gênes ont conservé un lot de valeurs civilisationnelles et culturelles que les conflits pour l’hégémonie de quelques uns devrait simplement bannir.