LES ORIGINES AFRICAINES DES MUSIQUES DU MONDE
Par
François Bingono Bingono
Expert
en Communication Traditionnelle Africaine
ESSTIC./
Université de Yaoundé II, Soa
Cameroun
L’Afrique, berceau de la musique
L’Afrique étant le
berceau de l’humanité, il est évident que la musique et la culture musicale
soient partis de l’Afrique. Pour parler de l’influence musicale africaine dans
le monde, nous partirons du Cameroun qui est à très juste titre présenté comme
l’Afrique en miniature.
Au plan
géographique, l’Afrique se subdivise en
gros en zone de forêt, au Sud notamment,
de savane et de sahel quand on remonte vers le Nord. Au plan
sociologique, on retrouve de grands ensembles culturels dont une culture de la
forêt à dominante bantou, une culture semi bantou, une culture sahélienne et
une culture soudano-sahékienne. Or, Le Cameroun est un point de rencontre de
toutes ces disparités culturelles africaines. La diversité culturelle camerounaise est pertinente du Nord au Sud,
de l’Est à l’Ouest. Et qui a visité le Cameroun a visité presque toute
l’Afrique, tant aux plans des populations, de la flore, du climat que de la
faune. Il a également tout écouté, en termes linguistiques où on parle 250
langues et en terme musical aussi, car l’expression musicale est le résumé de
la plupart des chants et rythmes qu’exprime l’Afrique tout entière. Nous allons
essayer de démontrer ce qui peut passer pour une unicité des la musique
africaine à partir du Cameroun.
La musique camerounaise
En rappel, le concept
musique est un triptyque en Afrique. Il renvoie au chant, à la danse, à la
parole poétique. Au regard de cette répartition, il ressort que, pour produire
de la musique, il faut des préalables :
- le chant : il est
l’œuvre de la voix humaine ; au Cameroun, si le chant est dit crée par la
femme dont il est le moyen d’expression par excellence, l’homme a également
appris à chanter aux côtés de la femme. Donc, les deux chantent désormais.
- l’instrument de
musique : nous parlerons ici des instruments de musique, qui sont des
supports de la communication à part entière. Ils vont en effet au-delà de la
simple communication ludique pour embrasser le champ de la communication
classique, c’est à dire le transfert et l’échange des informations, à l’instar
du « nkul » des Beti, le tambour à fente, un idiophone solide à
corps vibrant qui permet de communiquer à distance. Le « nkul » a en
effet une portée variable de 10 à 20km à la ronde, et a calqué son langage sur
les langues bantou qui sont des langues à tons. Deux tons fondamentaux.
Les instruments de
musique au Cameroun sont donc des plus variés. Ils vont des idiophones solides
dont le « nkul », aux membranophones, c’est à dire la grande famille
des tambours à peau. Nous en comptons une très grande variété au Cameroun,
allant des plus longs aux plus courts, des plus grands aux plus petits dont
ceux qu’on glisse sous l’aisselle pour en jouer ; le « kalangu »
du Nord par exemple. D’autres se jouent à l’aide du talon le « ngom »
des Bulu du Sud est de ceux-là. Les membranophones du Cameroun se jouent des
mains, à l’aide de baguettes, ou comme nous venons de le voir, à l’aide du talon
ou sous l’aisselle.
- les aérophones :
c’est l’ensemble de tout ce qui exploite le vent pour la résonance. On y
rencontre de flûtes, des cornes, des trompettes, conques, coquilles diverses…
- les cordophones :
c’est la grande famille des guitares traditionnelles. Le mvet des Beti, les
harpes, cithares, luth, arc-en-bouche…, sont autant d’instruments à corde qu’on
rencontre au Cameroun.
Nous pouvons enrichir la
typologie des instruments de musique camerounais par les hydrophones, ces
supports où le résonateur est l’élément hydraulique, l’eau, recueillie dans une
calebasse musicale, ou les « mekutuk » des Beti, appelés tambour
d’eau. C’est toute une portion de la rivière que l’on transforme en orchestre.
Les métallophones, tout instrument à base de métal ou de fer dont les cloches à
une ou deux bouches, les hochets, castagnettes, grattoirs, les xylophones…,
sont autant d’instrument de musique qui offrent un éventail inépuisable au
Cameroun.
Le troisième élément
central du concept musique est la danse. Elle est essentiellement rythme. Elle
est une expression du corps, de la tête aux pieds. D’une région à une autre, ce
peut être une partie du corps qui domicilie la danse. Au bout du compte, c’est
tout le corps.
La rythmologie camerounaise.
La base des temps
rythmiques est le 4/4. En beat simples, nous y domicilions : l’assiko, le
bikutsi, le mangabeu, ben sikin, essewe, makossa, ngumba, gurna, njang,
patengue, mendu, que lon retrouve dans toutes les régions culturelle du
Cameroun. Ces rythmes ont pour support, les 250 systèmes linguistiques déjà
évoqués. Les chants et instruments cités s’expriment dans cette variété.
Toutefois, si la base de
la rytmicité camerounaise est le 4/4, d’autres expressions rythmiques,
notamment le bitkutsi des Beti qui est en fait un courant musical avec des
variantes, offre un large éventail de temps composés : le 6/8, le 3 /4, le
7/8, et bien d’autres temps et beats très complexes.
Au regard de ce parcours
rapide, et à l’évaluation de ce qui se joue partout en Afrique, nous pouvons
aisément affirmer qu’il y a une unicité des musiques africaines. Avec l’unique
différence que, on ne rencontre pas toujours cette diversité camerounaise
concentrée dans un même pays. Au plan des instruments également, certains pays
ont des instruments de prédilection. Par ce que l’instrument de musique se
fabrique à partir de ce qu’offrent la nature et l’environnement, il est
compréhensible que les pays sahéliens n’offrent pas de grande diversité en
terme de tam-tam à cause de la rareté du bois ; Ils savent tisser, et les
cordophones sont légion chez eux. Dans les pays de la culture de la fonte et
des forgerons, les métallophones sont récurrents.
Des différences peuvent
alors apparaître au niveau des instruments, ainsi qu’au niveau de la ligne
mélodique. Le chant monodique, la gamme pentatonique sont des expressions
musicales que l’on rencontre plus en remontant l’Afrique.
Or, au plan de la
rytmicité, on retrouve l’unicité. Toutes les variétés camerounaises du bikutsi
se retrouvent sur toute la partie ouest-africaine. Le mbalak du Sénégal, le saw
ruba, ou l’abonkarabon du même pays ont leur représentation au Cameroun. Les
rythmes en vogue de nos jours en Côte d’Ivoire dont la rythmicité est un 4/4
fondamental, le chant griotique guinéen, ou la berceuse malienne… ne sont guère
étrangers chez qui a parcouru le Cameroun dans toutes ses régions.
Au plan mondial, il
n’est pas du Rap dance et du courrant Hip Hop qui ne soit d’origine africaine,
camerounaise. Des études ont démontré que le « mbala etoudi » du
Cameroun qui est le Break dance tout craché, a été dansé au Canada à plusieurs
reprises à l’occasion de festivals intercontinentaux dans les années 70.
On connaît l’histoire du
blues noir américain, la naissance du jazz, l’influence des berceuses sur la
soul…Quant à la salsa et la samba, il n y a pas de commentaire à faire. Des
manifestations très anciennes mais encore en vogue sont encore très vivaces au
Cameroun, tan au Sud qu’à l’Est chez les Baya.
Sans prêcher un nouvel
ethnocentrisme à la camerounaise, il est tout simplement évident que le monde
est beaucoup plus « un » que ne le laissent croire les apparences.
Nous sommes tous paris des mêmes origines ; et les gênes ont conservé un
lot de valeurs civilisationnelles et culturelles que les conflits pour
l’hégémonie de quelques uns devrait simplement bannir.