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Les méfaits du tabac et du tabagisme passif

Sommaire

 

  MESSAGE DU DIRECTEUR GENERAL DE L'ORGANISATION MONDIALE DE LA SANTE
POUR LA JOURNEE MONDIALE SANS TABAC 1997

"Tous unis pour un monde sans tabac"

Voilà plus de quarante ans que l'on a commencé à comprendre les risques liés à la consommation du tabac. Les preuves scientifiques se sont rapidement accumulées et il ne fait plus aucun doute aujourd'hui que le tabac est une très importante cause de morbidité et de mortalité. Depuis le début du siècle, les produits du tabac sont à l'origine de plus de 60 millions de décès dans les seuls pays développés. A moins d'un changement radical de tendance, on peut s'attendre dans trente ans à atteindre le chiffre de 10 millions de décès annuels imputables aux produits du tabac dont 70% dans les pays en développement. Ces décès évitables constituent une situation d'urgence mondiale et pour freiner l'épidémie, des mesures rapides et efficaces de santé publique s'imposent.

Pourtant, la lutte contre le tabac se distingue de celle menée contre les autres problèmes de santé publique. On se trouve en effet confronté à des groupes de pressions et à des spécialistes des relations publiques qui consacrent des millions de dollars à neutraliser les mesures de santé publique. En outre, les risques liés au tabagisme sont sous-estimés par le grand public et très souvent par ceux-là même qui sont chargés de protéger et de promouvoir la santé publique. C'est ce qui explique la survivance de politiques tolérantes à l'égard du tabac et beaucoup de ceux qui pourraient promouvoir une lutte antitabac efficace ne font rien.

Fort heureusement, un nombre croissant de particuliers, d'associations et de gouvernements du monde entier ont obtenu des résultats louables dans cette lutte. Leurs succès ont permis de réduire le nombre des décès prématurés et d'améliorer la qualité de la vie pour quantité d'individus et de sociétés. Ces succès démontrent aussi qu'il est possible d'infléchir l'histoire de la santé publique.

Il faut que les solutions soient à la mesure du problème auquel on se trouve confronté La consommation de tabac touche chacun, chaque société. Le tabac provoquera la mort prématurée de millions d'êtres humains; des millions d'autres souffriront de maladies. Les non-fumeurs risquent de perdre des amis, des proches ou des collègues fumeurs. Mais d'autres non-fumeurs seront gênés, tomberont malades ou même décéderont à la suite d'une exposition involontaire à la fumée de tabac. Les autorités nationales consacreront au traitement des maladies liées au tabac des milliards de dollars qui s'ajouteront aux milliards perdus du fait de toutes ces vies productive brisées par le tabac.

Aucun individu, aucune organisation, aucun gouvernement ne peut à lui seul mettre un terme à cette épidémie. Une lutte complète et durable contre le tabac suppose une large mobilisation populaire. Mais quand l'ensemble des secteurs sociaux conjugueront leurs forces aux côtés de l'OMS et seront "tous unis pour un monde sans tabac", alors l'épidémie de tabagisme sera vaincue.

Docteur H. Nakajima
Directeur général

STRATEGIES PROPICES AU SUCCES DE LA JOURNEE MONDIALE SANS TABAC


Les informations présentées dans ce numéro spécial de Tabac alerte ! ont pour but de faciliter la célébration de la Journée mondiale sans tabac 1997. Elles montrent comment tous les secteurs de la société peuvent jouer un rôle dans la lutte antitabac. Même si certaines stratégies doivent être adaptées en fonction des conditions culturelles, sociales et économiques de chaque pays, on espère que les idées transmises dans le présent numéro accéléreront les progrès réalisés vers un monde sans tabac.

Stratégies propices au succès de la Journée mondiale sans tabac

·Consultez vos collègues et identifiez ce qui pourrait être réalisable avec le budget et le temps dont vous disposez pour la planification, la préparation et l'exécution des activités.

·Utilisez toutes les méthodes de communication à votre disposition, diffusez l'information sur ce qui va se passer ainsi que sur les ressources et programmes consacrés aux fumeurs qui veulent arrêter de fumer.

·Prenez contact avec la presse et informez-la de vos activités. Présentez l'événement de manière à intéresser le lecteur.

·Si vous n'avez qu'un petit budget (ou pas de budget du tout), cherchez comment générer d'autres revenus. (Demandez des subventions locales ou sollicitez des entreprises. Ces dons peuvent également prendre la forme de services ou de biens.) Prenez-vous y à l'avance.

·Le cas échéant, organisez des concours et des compétitions pour accroître la participation.

·Faites participer les restaurants et les magasins. Encouragez-les à afficher des signes et des informations sur l'interdiction de fumer et à offrir une section non fumeurs (si elle n'existe pas déjà).

·Les guides religieux peuvent encourager les gens à adopter un mode de vie sain, sans tabac, et les groupes religieux proposer la tenue de programmes de sevrage dans leurs locaux.

·Les lieux de travail peuvent organiser des manifestations spéciales et fournir des informations afin de célébrer la Journée mondiale sans tabac. On peut insérer des bulletins d'information dans les enveloppes contenant les bulletins de salaire, fournir un appui à ceux qui souhaitent s'arrêter de fumer, inclure des articles sur la lutte antitabac dans les bulletins d'information des sociétés et concevoir des politiques pour des lieux de travail sans tabac.

·Soyez souple et prêt à vous adapter si nécessaire.

·Evaluez votre campagne avec soin et de manière aussi objective que possible. Faites le point sur le public atteint, les niveaux de sensibilisation, le nombre de personnes qui ont essayé d'arrêter de fumer, le nombre de celles qui ont réussi à s'arrêter de fumer et la couverture fournie par la presse.

LA CONSOMMATION DE TABAC :
UNE CATASTROPHE DE SANTE PUBLIQUE

Le tabagisme est en train de devenir rapidement une cause
plus importante de décès et d'incapacités que toute autre maladie


A l'heure actuelle, on estime que le tabac tue plus de 3 millions de personnes par an. Toutefois, si l'on se base sur les tendances en cours, le tribut prélevé par celui-ci s'élèvera à 10 millions de décès par an d'ici les années 2020 ou 2030, 70 % de ces décès survenant dans les pays en développement. Selon les estimations de l'OMS, il existe environ 1,1 milliard de fumeurs dans le monde soit à peu près un tiers de la population mondiale âgée de 15 ans et plus. En gros, 47 % des hommes et 12 % des femmes environ fument. Les données dont on dispose pour les pays en développement montrent que 48 % des hommes fument contre 7 % des femmes, tandis que dans les pays développés, il y a 42 % d'hommes et 24 % de femmes.

Le tabac constitue un facteur de risque pour plus d'une vingtaine de maladies et si l'on connaît bien ses effets sur la santé, on n'apprécie pas encore pleinement l'ampleur même de son impact sur le fardeau mondial de la maladie. AUCUNE maladie ne prélève de tribut aussi lourd sur la santé que ce facteur de risque là. Les estimations indiquent que le tabac est déjà responsable à peu près 2,6 % du fardeau total de décès et de maladies et il est prévu qu'il triplera sa part pour passer à 8,9 % du total d'ici l'an 2020 Pour chaque millier de tonnes de tabac produit, ce sont un millier de personnes environ mourront.


Selon la Banque mondiale


A moins d'un changement de comportement en ce qui concerne l'usage du tabac, d'ici trois décennies, les décès prématurés provoqués par le tabac dans le monde en développement dépasseront le chiffre escompté de décès dus au SIDA, à la tuberculose et aux complications de l'accouchement combinés.

 

 

Dans les pays plus développés, l'impact du tabagisme sur la santé des hommes se manifeste dès à présent, mais il n'a pas encore atteint son apogée chez les femmes. L'épidémie ne fait que commencer dans les pays à revenus faibles et moyens. Les augmentations les plus importantes et les plus aiguës dans le fardeau de la maladie sont attendues en Chine et en Inde, où l'usage du tabac a augmenté de façon considérable. Si la tendance actuelle se poursuit, on prévoit de deux à trois millions de décès annuels dus au tabac pour la seule Chine d'ici les années 2020.

 

Fumer réduit l'espérance de vie
Le risque au niveau individuel est encore plus alarmant. Sur la base des données actuelles, les fumeurs invétérés ont en moyenne 50 % de chances de mourir à cause du tabac. La moitié d'entre eux mourront au milieu de leur vie, avant l'âge de 70 ans. Les fumeurs qui meurent avant l'âge de 70 ans perdent en moyenne 22 années d'espérance de vie normale.

De toutes les maladies provoquées par le tabac, le cancer du poumon est la maladie la mieux connue. Toutefois, le tabac provoque en réalité davantage de décès dus à des maladies autres que celle-ci. En 1995, il y a eu 514 000 décès dus au cancer du poumon provoqué par le tabac dans les pays développés, contre 625 000 décès dus aux maladies cardiaques et autres maladies vasculaires attribuables au tabac cette même année. Des études faites au Royaume-Uni ont montré que les fumeurs ayant la trentaine ou la quarantaine risquaient d'avoir cinq fois plus de crises cardiaques que les non fumeurs.

QUELLES SONT LES MALADIES PROVOQUEES PAR LE TABAGISME ?

 


·Le tabagisme est une cause connue ou probable de décès par cancer de la cavité buccale, du larynx, du poumon, de l'oesophage, de la vessie, du pancréas, du bassin du rein, de l'estomac, et du col de l'utérus
·Le tabagisme est également à l'origine
de cardiopathies, d'accidents vasculaires cérébraux, de maladies vasculaires périphériques, de broncho-pneumopathies chroniques obstructives des poumons et autres maladies respiratoires et de l'insuffisance pondérale à la naissance
·Le tabagisme est une cause probable
d'ulcère de l'estomac, de fausse couche, de mortalité infantile accrue (y compris la mort subite du nourrisson)

Dépendance a l'égard du tabac


Tous les produits du tabac contiennent des quantités considérables de nicotine, qui est absorbée facilement par les poumons à travers la fumée et par la bouche ou le nez en ce qui concerne le tabac à chiquer ou à priser. La nicotine a été clairement reconnue comme une drogue engendrant l'accoutumance, et la dépendance à l'égard du tabac a été classée parmi les troubles mentaux et comportementaux conformément à la Classification internationale des Maladies de l'OMS, la Dixième Révision (Classification F17.2). Les experts dans le domaine des toxicomanies estiment que la dépendance à l'égard du tabac est aussi forte ou plus forte que la dépendance à l'égard de drogues comme l'héroïne ou la cocaïne. On commence généralement à fumer au cours de l'adolescence. Si on s'abstient de fumer pendant cette période-là, il est peu probable qu'on commencera un jour à fumer. Toutefois, il est essentiel de déployer des efforts intensifs pour aider les jeunes à éviter de consommer du tabac.

Si entre 75 et 85 % des fumeurs, lorsque on a pu en mesurer la proportion, souhaitent s'arrêter et si environ un tiers a déjà fait au moins trois tentatives sérieuses, moins de la moitié des fumeurs a réussi à s'arrêter définitivement avant l'âge de 60 ans. Il est clair que la dépendance à l'égard de la nicotine entrave considérablement les tentatives faites pour s'arrêter de fumer.

Pour obtenir le sevrage sur une grande échelle, les programmes spéciaux destinés à cette fin sont loin d'être suffisants. Actuellement, seuls quelques professionnels de la santé savent traiter la dépendance à l'égard du tabac. L'ensemble des professionnels de la santé, et notamment les médecins, les dentistes, les infirmiers et les pharmaciens devraient recevoir à la fois une formation de base et une formation sur le tas afin de pouvoir fournir conseils et/ou traitement concernant la dépendance à l'égard du tabac. Cette dépendance est un problème de santé publique grave auquel il faut prêter une attention sérieuse si l'on veut réduire l'épidémie de mortalité et de morbidité due au tabac.

 

L es politiques de lutte antitabac doivent comprendre des stratégies visant à renforcer la motivation des fumeurs pour cesser de fumer, telles que l'éducation sanitaire, l'information du public, les politiques en matière de prix, les politiques pour un environnement exempt de fumée et les programmes comportementaux. Par ailleurs, il existe des preuves qui montrent que, le cas échéant, le recours à des traitements pharmacologiques, et notamment à des produits de substitution de la nicotine, permet de soulager les difficultés liées à la dépendance physique pour les fumeurs qui tentent de s'arrêter.

 


Il y a de nombreux avantages à s'arrêter de fumer
S'arrêter de fumer offre des avantages immédiats et considérables sur le plan de la santé et réduit notablement le risque correspondant à la plupart des maladies liées au tabac. Un an après le sevrage, le risque de cardiopathie coronarienne (CPC) décroît de moitié et dans les 15 ans qui suivent, le risque relatif de décès dû à une CPC pour un ancien fumeur rejoint celui de quelqu'un n'ayant jamais fumé. Les risques relatifs concernant le cancer du poumon, les broncho-pneumopathies chroniques obstructives des poumons et les accidents vasculaires cérébraux décroissent également mais plus lentement. Entre dix et 14 ans après le sevrage, le risque de mortalité due au cancer décroît pour atteindre pratiquement celui des personnes qui n'ont jamais fumé. Cesser de fumer est salutaire pour la fonction pulmonaire, particulièrement chez les plus jeunes et le taux de morbidité des anciens fumeurs décline pour rejoindre celui des non-fumeurs. Des preuves récentes montrent qu'il est plus profitable d'arrêter de fumer avant l'âge de 35 ans qu'à un âge plus avancé mais les avantages demeurent néanmoins conséquents, quel que soit l'âge auquel on s'arrête.

Penser globalement, agir localement


La lutte antitabac est nécessaire à tous les niveaux, qu'ils soient local, national ou international. Les politiques et programmes à tous ces niveaux se complètent les uns les autres et chacun joue un rôle important dans l'avènement d'un monde libéré du tabac. Même si la législation et la réglementation ne sont pas envisageables tout de suite au niveau fédéral, il peut néanmoins être possible, aux niveaux de la municipalité ou de l'état, de promulguer une législation vigoureuse qui incite ensuite le gouvernement national à prendre les mesures voulues. Dans de nombreux cas, les programmes et politiques nationaux se sont mis en place grâce aux efforts déployés au niveau local, souvent par des organisations locales ou des personnes résolues. Il s'agit notamment de fournir une protection contre la fumée de tabac ambiante, de faire respecter les restrictions sur les ventes de produits du tabac aux mineurs, de fournir des programmes d'éducation sanitaire antitabac et des programmes ou des matériels de sevrage. Chaque fois que possible, les autorités nationales doivent fournir soutien et coopération aux activités de lutte antitabac entreprises par les groupes locaux et les administrations locales. De même, les pays partagent de plus en plus de renseignements sur les stratégies de lutte et tirent les leçons des succès et des échecs des uns et des autres. Les pays qui en sont au premier stade de la lutte antitabac prennent comme exemple les pays dotés de programmes complets de lutte antitabac. Il faut toutefois se rendre compte que les échecs rencontrés dans ce domaine, notamment dans les pays les plus développés, retentissent dans le monde entier et risquent d'entraver sérieusement les efforts déployés par les pays moins avancés.

LA FUMEE DE TABAC AMBIANTE EST EGALEMENT NOCIVE
POUR LES NON-FUMEURS


La fumée de tabac ambiante contient essentiellement les mêmes agents cancérogènes et toxiques que ceux inhalés par le fumeur. L'exposition involontaire à la fumée de tabac ambiante est également cause de maladie, et notamment de cancer du poumon, chez les non-fumeurs en bonne santé. Par ailleurs, cette fumée peut aggraver l'asthme, détériorer la circulation sanguine, provoquer bronchite et pneumonie. On note, chez les enfants de parents fumeurs, un accroissement de la fréquence des infections et des symptômes respiratoires et de l'oreille moyenne et le risque d'une dégradation de la fonction pulmonaire. Chez les enfants asthmatiques, la fumée de tabac ambiante provoque des épisodes supplémentaires et accroît la gravité des symptômes. Les bébés de femmes qui ont fumé durant leur grossesse, ainsi que les nourrissons exposés à la fumée ambiante, risquent beaucoup plus que les autres d'être touchés par la mort subite du nourrisson.

POURQUOI DES MESURES COMPLETES DE LUTTE
ANTITABAC SONT-ELLES NECESSAIRES
?

La coopération entre les différents secteurs est nécessaire
pour amener le changement

Tout le monde s'accorde à dire que la prévention est un élément important de la lutte antitabac. Il faut par conséquent avertir les enfants des dangers de la consommation de tabac, si l'on veut qu'ils décident ultérieurement de s'abstenir de fumer. Voilà le problème RESOLU ?

RIEN N'EST PLUS FAUX. Malheureusement, la situation est beaucoup plus compliquée. Dans de nombreux pays, les conséquences gravissimes de la consommation de tabac sont largement ignorées. Même lorsque des campagnes d'éducation sanitaire ont réussi à informer le public, et notamment les enfants, des dangers du tabac, cela ne suffit pas. Nous disons que nous ne voulons pas que nos enfants fument et nous leur offrons des programmes d'éducation sanitaire visant à renforcer ce message. Ils peuvent décider de s'abstenir de fumer. Toutefois, cette décision est remise en question à chaque occasion, car, en réalité, l'environnement social ferme les yeux sur la consommation de tabac et la présente même sous des couleurs séduisantes.

L'histoire qui va suivre n'est pas si improbable que cela : imaginez un enfant qui a reçu une éducation sanitaire des mieux faites. A peine quitte-t-il la cour de l'école que son attention est sollicitée par un immense panneau d'affichage qui l'attire vers la terre des cowboys fumeurs de cigarettes. Une fois rentré chez lui, il allume la télévision et voit une publicité pour les cigarettes. Il feuillette un magazine et retrouve les mêmes images. Le jour suivant, l'enfant aperçoit des affiches pour un grand concert de rock, parrainé par l'industrie du tabac. Le prix de l'entrée n'est que de 2 paquets de cigarettes vides. Heureusement, une machine toute proche est prête à lui vendre la marque requise, à un prix qui correspond à son budget. Le voilà bientôt qui fume régulièrement et ou se demande comment cela a pu se faire !

Cet exemple renforce le fait qu'une solution partielle à un problème majeur n'est pas suffisante. La lutte antitabac doit être entreprise dans tous les secteurs et avoir une large portée. Les recommandations suivantes, découlant de résolutions de l'Assemblée mondiale de la Santé, et s'ajoutant aux recommandations d'autres organismes internationaux et intergouvernementaux, énumèrent certains éléments clés qui doivent être inclus dans les programmes nationaux de lutte antitabac.

 


PROGRAMME EN DIX POINTS POUR UNE LUTTE ANTITABAC FRUCTUEUSE

 

1.Protéger les enfants pour les empêcher de devenir dépendants du tabac.
2.Adopter des politiques fiscales propres à décourager la consommation de tabac, telles que des taxes qui augmentent plus rapidement que les prix et les revenus.
3.Utiliser une part de l'argent recueilli par les taxes sur le tabac pour financer d'autres mesures de lutte antitabac et de promotion sanitaire.
4.Mettre en place des programmes de promotion et d'éducation sanitaire et de sevrage. Les agents de santé et les institutions doivent montrer l'exemple en s'interdisant l'usage du tabac.
5.Protéger les gens d'une exposition involontaire à la fumée de tabac ambiante. 6.Eliminer les incitations socio-économiques, comportementales et autres qui entretiennent et promeuvent la consommation de tabac.
7.Eliminer la publicité, la promotion et le parrainage directs et indirects des produits du tabac.
8.Contrôler les produits du tabac, et inscrire notamment des mises en garde sanitaires visibles sur les produits du tabac et toutes les publicités restantes; limiter les composants toxiques des produits du tabac et de la fumée et faire rapport obligatoirement sur ceux-ci.
9.Promouvoir sur le plan économique des solutions de rechange à la culture du tabac et à la fabrication des produits qui en découlent.
10.Gérer, suivre et évaluer de manière efficace les problèmes liés au tabac.


Un grand nombre de ces éléments dépasse le cadre du secteur de la santé; c'est pourquoi la lutte antitabac ne progressera réellement que grâce à la participation d'autres secteurs. Il ne suffit pas qu'elle soit simplement inscrite au plus haut rang des priorités de la santé publique. Elle est et doit être considérée comme l'une des plus hautes priorités en ce qui concerne l'intérêt général.

VERS UNE LUTTE ANTITABAC GLOBALE :
UNE RESPONSABILITE PARTAGEE

Le coût du tabac pour la société est suffisamment important pour justifier l'attention de tous les secteurs. Il est clair que l'épidémie de tabagisme constitue un problème de santé publique, mais elle est encore plus que cela. Une étude faite par un économiste de la Banque mondiale a estimé que la consommation de tabac entraînait une perte nette mondiale de US $200 milliards par an, la moitié de cette perte touchant les pays en développement. Ces coûts comprennent les soins médicaux liés directement aux maladies dues au tabac, l'absentéisme des employés, les pertes dues aux incendies, la réduction de la productivité et la perte de revenus due à une mortalité précoce. Il y a également des coûts considérables qui, bien qu'ils ne soient pas quantifiables, sont tout aussi réels. Parmi ceux-ci, figurent l'amoindrissement de la qualité de la vie, non seulement pour le fumeur lui-même et pour ceux qui pâtissent du tabagisme passif, mais également pour les personnes qui souffrent de la perte ou de la maladie d'un des leurs. Rares, en fait, sont les secteurs de la société qui ne sont pas touchés par le tabac.

 


C e n'est pas dans les laboratoires de recherche de nos hôpitaux qu'on ne trouvera la solution à nombre des problèmes médicaux d'aujourd'hui mais dans nos parlements. Le futur malade ne trouvera pas forcément la réponse dans la guérison grâce à une incision pratiquée sur la table d'opération mais dans la prévention grâce à une décision prise dans les cabinets ministériels. Il était d'usage qu'une nation se tourne vers ses docteurs pour améliorer son état de santé. Elle doit se tourner maintenant vers ses députés
(Sir George Young, 1981)

 

 

 

Peu de pays au monde peuvent se vanter d'avoir pris des mesures réellement intersectorielles concernant la promotion de la santé. Dans certains pays, il n'y a guère de communication entre le ministère de la santé et d'autres secteurs. Le ministère de la santé se doit de préconiser avec vigueur certaines politiques telles que le prélèvement de taxes importantes sur le tabac et doit encourager d'autres départements à se méfier du danger qu'il y a à accepter des investissements extrêmement attrayants de la part des sociétés transnationales prêtes à exploiter de nouveaux marchés. Les parlements doivent demander à tous les ministères de leur exposer l'importance de la législation antitabac. Une impulsion émanant des principaux ministres peut servir de cadre à une action intersectorielle efficace. Ainsi, en Lituanie, au début des années 90, le Cabinet s'est interdit l'usage du tabac. Ce genre d'initiative montre clairement l'importance de la lutte antitabac au Parlement, aux médias et au grand public

L'action gouvernementale est extrêmement variée en ce qui concerne la lutte antitabac et contraste fortement avec la réponse relativement constante accordée à des questions telles que la vaccination. Une grande partie du fardeau existant engendré par le tabac peut être attribuée au peu d'empressement montré par les gouvernements pour contrôler la production et la commercialisation des produits du tabac à l'aide des stratégies efficaces existantes telles que la taxation et l'interdiction de faire de la publicité. Il se peut que certains gouvernements ne manifestent pas l'intérêt voulu pour lutter contre la consommation de tabac parce qu'ils n'ont pas été persuadés de son impact dévastateur, que ce soit en matière de la santé ou de développement, dans leurs propres économies. C'est pourquoi les défenseurs de la lutte antitabac doivent s'assurer que les responsables gouvernementaux sont informés et persuadés de la nécessité d'avoir des politiques de lutte antitabac efficaces.


Le Président des Etats-Unis, Bill Clinton, prend position en faveur
de la lutte antitabac

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"Je dis à ceux qui fabriquent et commercialisent des cigarettes : chaque année, un million d'enfants commencent à fumer, même si cela est contre la loi. Trois cents mille d'entre eux auront de ce fait une espérance de vie plus courte. Notre administration a pris des mesures pour stopper les campagnes de commercialisation de masse qui ont pour cibles nos enfants."

(Discours sur l'Etat de l'Union, 23 janvier 1996)

LA LUTTE ANTITABAC EST L'AFFAIRE DE TOUS

 


<Image>Les départements de la santé jouent un rôle prééminent dans la lutte antitabac
Les ministères nationaux de la santé, travaillant avec des organisations sanitaires non gouvernementales, telles que les sociétés nationales de prévention cardiaque, pulmonaire et anticancéreuse, et les groupes contre la drogue et le tabac, jouent un rôle essentiel dans la lutte antitabac, notamment en contribuant à promouvoir des politiques publiques saines. Les professionnels de la santé ont également un rôle clé, tant sur le plan individuel que collectif. Ce sont des chefs de file en ce qui concerne toutes les questions touchant la santé publique, et ils peuvent participer de manière efficace au débat public sur les questions concernant le tabac, à la fois en tant que particuliers et en tant que membres d'organisations médicales. Les sociétés professionnelles sanitaires assurent une mission importante en fournissant appui et encouragement à la mise en place de politiques de lutte antitabac générales. Ces groupes peuvent contribuer à stimuler et à soutenir la prévention locale en matière de tabagisme et sensibiliser davantage leurs propres professions au sujet de leur rôle vital dans la lutte antitabac. Les médecins, dentistes, infirmiers et pharmaciens ont formé des réseaux tant nationaux qu'internationaux pour associer leur profession à la lutte antitabac.

L'industrie du tabac cherche résolument à jeter le doute sur des décennies de preuves médicales accumulées concernant les dangers de la consommation de tabac. Il faut diffuser des informations scientifiques solides sur le tabac hors du secteur de la santé. Les organisations sanitaires sont à même de fournir des informations sur le tabac et les questions de santé aux décisionnaires et aux médias, et elles peuvent également pousser les gouvernements à améliorer leur politique de lutte antitabac.

Les professionnels de la santé sont encouragés à montrer l'exemple personnellement et à promouvoir un mode de vie sans tabac. Les conseils et traitements dépensés par ces professionnels peuvent être un élément déterminant dans le fait qu'une personne essaie ou non de s'arrêter de fumer et y réussit. Des conseils brefs, opportuns et cohérents émanant de professionnels de la santé peuvent constituer une stratégie de poids propre à réduire la consommation de tabac.

Les pharmaciens participent de plus en plus aux efforts visant à éliminer la vente de produits du tabac dans leurs officines. Ils peuvent également jouer un rôle important en informant et en conseillant leurs clients au sujet des moyens permettant de cesser de fumer, tels que les produits de substitution de la nicotine.

Les dentistes sont très concernés par la lutte antitabac car ils constatent les nombreux problèmes de santé buccale et autres, qui découlent de la consommation de tabac. Ils sont axés sur la prévention et peuvent conseiller efficacement les jeunes, notamment en matière de prévention et de sevrage.

<Image>Les Ministères des finances et du trésor ont tout intérêt à appuyer la lutte antitabac
Des exemples tirés de plusieurs pays montrent que le relèvement des taxes sur le tabac décourage certainement la consommation de tabac, notamment chez les jeunes. Si l'on augmente les prix d'un pourcentage donné au-dessus de l'inflation, on obtient une baisse de la consommation équivalent à environ la moitié de ce pourcentage. Ainsi, une augmentation en termes réels de 10 % réduit en général la consommation d'environ 5 %. Toutefois, des taxes plus élevées sur le tabac permettent également d'engranger des recettes considérables. La taxe ne représentant qu'une portion du prix et la consommation baissant proportionnellement moins que l'augmentation des prix, des taxes plus élevées engendreront des recettes plus élevées. Il faut cependant prendre toutes les mesures voulues pour combattre la contrebande, et veiller au bon recouvrement de toutes les taxes sur le tabac dues au gouvernement. On a besoin pour ce faire de la coopération des ministères des douanes et de la régie avec les départements chargés de l'application des lois.

 

D ans de nombreux pays en développement et en transition, l'industrie du tabac n'est plus contrôlée par des monopoles gouvernementaux mais par des sociétés transnationales de tabac qui cherchent ouvertement à étendre leur marché. Ces sociétés font valoir la croissance économique et l'emploi qui sont dus aux investissements qu'elles réalisent dans le pays. Toutefois, il arrive souvent que même si quelques usines nouvelles recrutent des employés, d'autres usines moins efficaces ferment ou que les employés perdent leur travail à cause de l'automatisation croissante de la production des cigarettes. Par ailleurs, les bénéfices découlant de la production sont reversés au pays d'origine des multinationales du tabac, au lieu de profiter à l'économie locale. Des recherches économiques récentes ont montré que d'autres industries profitent bien davantage à l'économie nationale que l'industrie du tabac. En fait, celle-ci représente une perte nette pour l'économie d'un pays.

 

<Image>Les Ministères ou les départements des douanes et de la régie peuvent contribuer considérablement à la lutte antitabac
Ils peuvent fournir des informations sur la contrebande et travailler avec les organismes sanitaires à l'élaboration de mesures de prévention de la contrebande telles que des timbres fiscaux très visibles et impossible à contrefaitre. Grâce aux succès obtenus dans ce domaine, les gouvernements éviteront de perdre d'importantes recettes fiscales à cause de la contrebande.

<Image>La participation active des juristes et des départements de la justice est essentielle
La législation est un élément clé de programmes antitabac généraux. De nombreuses parties participent à l'élaboration, à la mise en oeuvre et à l'administration de la législation antitabac ainsi qu'à l'application de celle-ci. Les juristes peuvent préconiser des changements d'ordre législatif, participer à la rédaction et à l'amendement de lois et trouver une parade ferme contre les arguments de l'industrie du tabac et les défis que celle-ci lance à la législation antitabac. Dans certains pays, les procès intentés à l'encontre des fabricants de produits du tabac ont reçu une attention accrue. Les résultats qui en découlent peuvent être importants, à la fois en terme d'avantages et en terme d'informations transmises au public à la suite de ces affaires. Toutefois, les litiges avec les fabricants peuvent se révléler onéreux et prendre beaucoup de temps. Pour la plupart des pays, il peut être souhaitable de concentrer les ressources juridiques sur l'élaboration d'interventions d'ordre législatif ou sur la solution de litiges portant sur des questions telles que les lieux réservés aux non-fumeurs, les interdictions relatives à la publicité et à la promotion en faveur du tabac et l'application des lois existantes.

<Image>Départements de la consommation
On dit souvent que les dangers de la consommation de tabac pour la santé sont tellement connus qu'il n'est plus nécessaire de fournir ce type d'informations aux gens. Pourtant, même les pays développés n'apprécient pas comme il se doit l'ampleur des risques dus à la consommation de tabac et les avantages qu'il y a à cesser de fumer ainsi que l'assistance fournie à cette fin. Il en résulte que nombre de consommateurs ne sont pas en mesure de prendre des décisions en toute connaissance de cause au sujet de leur propre santé. Dans les pays en développement, cette insuffisance d'informations est encore plus aiguë.

La plupart des pays ont adopté une réglementation stricte obligeant les fabricants à énumérer les ingrédients contenus, par exemple, dans les produits alimentataires et pharmaceutiques. Toutefois, la réglementation concernant les produits du tabac fait défaut. Dans la plupart des pays, les composants et additifs contenus dans les cigarettes sont gardés secrets sous couvert du secret commercial et ni les consommateurs ni les responsables de la santé publique ne les connaissent. De ce fait, les fumeurs sont loin d'être informés comme ils devraient l'être au sujet d'un produit qu'ils consomment. Des groupes de consommateurs ont tenté de rendre ce type d'information obligatoire avant la commercialisation des produits dans une localité donnée et ces dernières années, plusieurs pays ont imposé des limites concernant la teneur des cigarettes en goudrons et en nicotine. Les départements de la consommation préconisent également l'inscription de mises en garde sanitaires énergiques et détaillées sur les paquets de cigarettes et sur les publicités (là où elles sont encore autorisées). D'autres pays ont réussi à obliger les fabricants de tabac à imprimer sur les paquets un numéro d'appel gratuit permettant aux consommateurs de recevoir des informations complémentaires concernant les risques du tabac pour la santé ou des renseignements en matière de sevrage.

<Image>Ministères et départements de l'agriculture
Même les politiques de lutte antitabac les plus globales ne réussiront qu'à faire décliner lentement la demande de tabac, ce qui laissera au secteur agricole plus de temps qu'il n'en faut pour procéder à un ajustement économique. Les départements et organisations à vocation agricole, tels que l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO), peuvent contribuer à mettre au point des activités pouvant se substituer à la culture du tabac. Certains pays ont réussi à utiliser une part des taxes prélevées sur le tabac pour financer ce type de programme.

<Image>Personnel, transport et service public
Dans les endroits tels que les lieux de travail, les transports et les édifices publics, on se doit de protéger les usagers de la fumée de tabac ambiante. Les départements chargés de la santé et de la sécurité professionnelle doivent assurer cette protection dans les lieux publics fermés en adoptant une législation, d'une réglementation, des normes ou des lignes directrices. Dans les transports publics, on peut encourager les responsables à supprimer la publicité en faveur du tabac et protéger les voyageurs de la fumée de tabac ambiante à bord des véhicules.

<Image>Education
Les autorités sanitaires et éducatives pourraient exiger que les enfants reçoivent une éducation efficace sur les dangers de la consommation de tabac et les avantages d'une vie exempte de tabac à des intervalles répétés tout au long de leur scolarité. Une politique antitabac pourrait être énoncée dans toutes les écoles et institutions à la fois à l'intention des étudiants et du personnel enseignant. Des groupes de "professeurs contre le tabac" sont désormais actifs dans certains pays tandis que dans d'autres, les associations de parents/professeurs ont contribué énormément à la lutte antitabac. Il est conseillé aux écoles de sciences de la santé, et notamment aux écoles de médecine, de dentisterie, de soins infirmiers et de pharmacie de prévoir des cours sur le tabac et la santé ainsi que sur le traitement de la dépendance à l'égard du tabac à l'intention de tous les étudiants.

<Image>Environnement
La consommation de tabac est de plus en plus reconnue comme une question environnementale. Dans de nombreuses régions du monde, on coupe des arbres qui servent au séchage du tabac.

<Image>Culture et sports
Ces ministères peuvent soutenir la politique générale de lutte antitabac en affectant certaines taxes sur le tabac à la promotion de modes de vie sains grâce au parrainage de sports et de manifestations culturelles; en insistant sur le fait que les manifestations qu'ils parrainent doivent être exemptes de tabac et de publicité en faveur du celui-ci; en empêchant les athlètes d'être utilisés pour cautionner les produits du tabac; et en donnant en exemple d'éminentes personnalités du monde des sports et de la culture ayant des modes de vie sains sans tabac. Les athlètes et les artistes peuvent montrer la voie et promouvoir des modes de vie sains où la consommation de tabac ne représente plus la norme sociale. Des groupes existent qui s'efforcent de supprimer des films, des séries télévisées et des photos de mode toute consommation de tabac purement gratuite.

<Image>Religion
Certains groupes religieux s'intéressent de près à la lutte antitabac et des guides spirituels ont eu une influence importante en prônant une vie exempte de tabac. C'est ainsi que l'Eglise des Adventistes du Septième Jour participe activement à la lutte antitabac depuis un certain nombre d'années et qu'elle a considérablement contribué aux programmes de sevrage.

 

Interfaith Center on Corporate Responsibility:
Inciter les sociétés à adopter une politique responsable concernant le tabac


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L 'Interfaith Center on Corporate Responsability (ICCR) est une coalition internationale et interconfessionnelle d'investisseurs qui se sont engagés à respecter certaines valeurs sociales lors qu'ils prennent des décisions en matière d'investissement. L'ICCR s'appuie sur ce type d'invertissements pour remettre en question les politiques et pratiques des sociétés qui produisent ou commercialisent des produits menaçant la santé et le bien-être des consommateurs et du grand public. Il a remporté plusieurs succès importants dans le domaine des politiques antitabac.

L'une des stratégies clés de l'ICCR consiste à soumettre des résolutions d'actionnaires demandant instamment aux firmes d'être responsables sur le plan social. Ces résolutions ouvrent ensuite la voie à des négociations directes entre les investisseurs religieux et la direction. En 1995, ces investisseurs et les entreprises de soins de santé ayant une affiliation religieuse ont réussi à inciter un fabricant de produits de santé et d'hygiène à vendre ses sociétés liées au tabac. En 1996, les négociations entre l'ICCR et une grande société de publicité urbaine ont abouti à un accord en vue d'un retrait progressif mais complet de la publicité en faveur du tabac. Cette même année, l'ICCR a persuadé un important organe d'information d'adopter un ensemble de lignes directrices suggérées, lors de l'examen et de l'insertion de messages publicitaires en faveur du tabac dans ses journaux et autres publications.

L'ICCR travaille également avec d'autres investisseurs institutionnels afin d'expliquer ses préoccupations concernant l'industrie du tabac et interpelle les fabricants de tabac sur les conséquences du tabagisme et de la fumée de tabac ambiante. Il a également dirigé des tentatives visant à détourner les fonds de pension des investissements dans l'industrie du tabac afin d'isoler encore plus celle-ci. En 1996, le groupe chargé de la question du tabac de l'ICCR a demandé à plus d'une quarantaine de grands fonds de pension de soutenir des résolutions d'actionnaires sur le tabac, parrainées par les actionnaires religieux et leurs alliés dans le domaine de la médecine et de la santé publique.

<Image>Les médias peuvent être des alliés importants dans la lutte antitabac
Les médias jouent un rôle important en ce qu'ils influencent à la fois le comportement des individus qui fument et les mesures prises par les responsables gouvernementaux. Toutes les formes de média peuvent constituer des moyens valables de diffuser des messages éducatifs importants sur les dangers de la consommation de tabac et de la fumée de tabac ambiante, et les avantages d'une vie exempte de tabac. Les organes d'information de masse peuvent également informer les responsables et les citoyens sur la politique publique qui continue à promouvoir le tabac. Dans de nombreux pays, les médias ont commencé à exposer les tactiques utilisées par l'industrie du tabac pour éviter de divulguer les faits, pour promouvoir les ventes et tourner les codes adoptés de lutte antitabac volontairement. La rédaction des certains journaux a pris position en faveur des mesures de lutte antitabac comme l'interdiction faite à la publicité (lorsque celle-ci n'est pas déjà interdite) et elle a même poursuivi dans cette voie en refusant volontairement d'accepter les messages publicitaires en faveur du tabac. Quelques pays ont pu interdire complètement la publicité en faveur du tabac et ont par ailleurs renforcé des alliances avec les médias en investissant une part des taxes prélevés sur le tabac dans des messages de lutte antitabac diffusés par divers moyens d'information.

Les mesures de lutte antitabac peuvent profiter de l'attention que leur porte l'environnement médiatique actuel et s'appuyer sur une observation ou un événement basés sur une histoire déjà diffusée dans le public. Ainsi, lorsque une série de films télévisés sur Humphrey Bogart (qui le représentaient en fumeur invétéré) a été annoncée, les groupes de santé ont demandé et réussi à obtenir que le public soit informé au sujet du décès tragique de l'acteur provoqué par un cancer de la gorge.


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En 1981, une société de tabac australienne a organisé un grand concours promotionnel afin de trouver, dans son pays, un cow-boy qui pourrait servir de modèle dans la publicité qu'elle faisait pour des cigarettes Un groupe de militants antitabac, comprenant plusieurs médecins, a trouvé un candidat volontaire en la personne de Frank, victime d'une maladie due au tabac, qui continuait à fumer au moyen d'un trachéotome. Des affiches montrant la photo de Frank et la légende "Frank va-t-il gagner ?" ont été diffusées. Frank n'a pas gagné mais la couverture médiatique intensive accordée à cet événement a beaucoup gêné la société de tabac en question. Ce n'est là qu'un exemple des nombreuses activités publicitaires qui, des années plus tard, ont abouti à l'adoption d'une législation antitabac globale en Australie, interdisant notamment ce type de concours promotionnel.
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<Image>Le commerce et l'industrie
Ces deux secteurs peuvent participer dans le cadre de l'obligation qui leur est faite de protéger la santé et la sécurité des travailleurs en fournissant des lieux de travail exempts de fumée. De nombreuses entreprises, s'étant rendu compte des avantages présentés par des lieux de travail sans fumée, ont pris des initiatives pour appliquer des politiques visant à proteger les gens contre la fumée ambiante. Dans de nombreux cas, ces politiques répondaient à la requête des employés. De plus en plus, les entreprises trouvent qu'il est sensé, sur le plan commercial, de soutenir des politiques antifumée. Ainsi, des compagnies d'assurance sur la vie ont calculé les risques présentés par les fumeurs et elles offrent des primes bien inférieures aux non fumeurs qui souhaitent contracter ce type d'assurance. Les sociétés pharmaceutiques, qui s'efforcent de commercialiser des moyens permettant de cesser de fumer, tels que les produits de substitution de la nicotine, jouent un rôle de plus en plus important dans le soutien qu'elles apportent aux mesures de lutte antitabac. En 1996, un grand fabricant de timbres à la nicotine a donné une grosse somme d'argent à l'American Cancer Society (ACS) en échange de l'utilisation du logo de celle-ci sur le conditionnement du produit. Les fonds reçus serviront à lancer une campagne d'information du public et de sensibilisation sanitaire. Un porte-parole de l'ACS a déclaré "Nous avons tous deux une mission commune qui consiste à inciter les fumeurs à cesser de fumer".

Bien que l'OMS et l'Organisation de l'Aviation civile internationale aient toutes les deux adopté des résolutions exigeant des vols sans fumée, une grande part du mouvement vers ce type de vol est due à la demande des consommateurs. Actuellement, la majorité des plus gros transporteurs mondiaux offrent des voyages sans fumée sur tous ou certains de leurs vols. La demande du public en faveur de voyages sans fumée ne faisant que croître, on s'attend à ce que de nouvelles compagnies aériennes ajoutent des vols sans fumée à leurs horaires.

<Image>Les jeunes peuvent être des défenseurs efficaces de la lutte antitabacsont les projets éducatifs qui cherchent désormais à engager les jeunes à agir au sein à la fois de leur école et de leur communauté. Cela amène souvent les jeunes à participer aux activités de lutte antitabac et à constituer des réseaux et des alliances. Il est toutefois important que ces activités viennent des jeunes eux-mêmes plutôt que d'un calendrier politique adulte. L'un des programmes qui se sont avérés très populaires auprès des jeunes est le mouvement SmokeBusters qui, vise les enfants âgés de 9 à 12 ans, et qui fait participer ceux-ci à des réseaux d'action ainsi qu'à des activités de club. Ainsi, un club écossais a lancé le Projet "Détaillants responsables" dans le cadre duquel ses membres aident les autorités locales à identifier les commerçants qui n'enfreignent pas la loi en vendant du tabac aux mineurs. Le club leur offre ensuite une distinction ainsi qu'une publicité locale.

Les enfants se sont avérés des porte-parole influents dans la lutte antitabac et les médias sont souvent prêts à refléter leur opinion. Un autre endroit où les enfants peuvent faire une contribution importante est le domicile. Ils sont souvent résolus à aider leurs parents à cesser de fumer et se montrent souvent très persuasifs.

<Image>Trouver de l'aide dans les endroits inattendus
Une campagne journalistique lancée par une grande société de tabac transnationale en 1996 a comparé les risques présentés par le fait de manger un biscuit, de boire un verre d'eau du robinet ou d'ingérer du poivre avec ceux présentés par le tabagisme passif. Cette campagne a suscité de nombreuses protestations qui n'émanaient pas toutes de groupes sanitaires. Dans plusieurs pays, des plaintes ont également été déposées par des associations d'épiciers, de compagnies des eaux, de biscuiteries, etc. exigeant l'arrêt de la campagne. Plusieurs tribunaux ont jugé que cette campagne était trompeuse, qu'elle donnait une impression incorrecte des risques liés au tabagisme passif et qu'elle citait les résultats de la recherche scientifique de façon partiale. La société de tabac en question a dû retirer sa publicité.

LORSQU'UN ET UN FONT PLUS QUE DEUX

De l'usage approprié des coalitions dans la lutte antitabac


Nombre des progrès considérables réalisés dans la lutte antitabac aux niveaux national, provincial et régional n'auraient pu l'être sans l'aide d'une coalition. La force principale d'une coalition est d'accroître la visibilité, dans le public, d'une question donnée en manifestant son appui à travers une vaste gamme d'organisations et d'intérêts. Par ailleurs, les coalitions ont, en général, une crédibilité plus importante que les organisations individuelles, car elles sont moins soupçonnées d'agir dans leur propre intérêt. Une coalition peut s'avèrer utile dans les cas où l'on souhaite :

 

Atteindre un objectif important, tel que l'adoption d'une législation exigeant le soutien d'une vaste collectivité.

Faire passer une question relativement obscure à une place où elle a la prééminence politique.

Aborder des questions qui exigent une base d'appui géographique élargie.

Insuffler une nouvelle vie à ce qui est perçu comme une question "usée" ou trop étudiée.

Lancer des projets nécessitant beaucoup de main-d'oeuvre là où les ressources d'une organisation donnée sont insuffisantes pour atteindre l'objectif voulu.

 

Pour réussir, une coalition doit présenter les caractéristiques suivantes :

 

 

Un recrutement ciblé afin d'assurer une adhésion largement représentative.

Un fort esprit d'équipe, une mission commune, un sens de la maîtrise et de la participation active.

Une équipe organisée en groupes de travail et comités efficaces.

Une mission donnée aux réunions ce qui aboutit à des plans et à des produits, et donne un sens du devoir accompli.

Un ensemble officialisé de règles et de procédures et des réunions régulières.

Une méthode permettant d'établir des moyens d'action grâce à une formation et à la fourniture de programmes types à mettre en oeuvre.

Une planification stratégique et une prise de décision précisant une séquence d'objectifs clairs (qui fera quoi à quelle date).

Une direction centrale ferme/un style de direction qui donne aux autres les moyens d'agir.

 

Il faut une direction si l'on veut que les objectifs soient atteints. Il est nécessaire toutefois de s'assurer que l'opinion d'une personne en particulier ne domine pas la coalition. Le rôle directif peut être confié à différentes personnes en fonction des projets ou des étapes des activités de la coalition, mais il doit exister de manière évidente. Lorsque cela est financièrement possible, il peut être utile d'employer du personnel travaillant uniquement pour la coalition dans son ensemble, plutôt que pour une organisation membre donnée. Des porte-parole de la coalition indépendants peuvent permettre d'éliminer ou d'amenuiser la rivalité intergroupes en s'assurant que la voix de la coalition n'est pas étouffée par la voix d'une organisation en particulier.

 

Si vous prévoyez qu'une activité donnée va susciter des controverses politiques, pensez à recruter un ou deux alliés d'opposants politiques potentiels et à les assigner au groupe de travail qui s'occupe de la question. Ces alliés peuvent ensuite rencontrer vos opposants potentiels périodiquement pour les mettre au courant et tenter de rallier leur appui ou, au moins, d'atténuer leur opposition.

L'une des plus grosses difficultés auxquelles se heurte une coalition est celle de pouvoir agir et prendre des décisions rapidement. Il est essentiel de pouvoir profiter d'occasions importantes et opportunes. Une coalition saine, une fois qu'elle a déterminé ses principes et directions, doit pouvoir confier le soin à un groupe ou à un individu délégué de prendre les décisions au mieux de ses intérêts et de ses objectifs. Une coalition efficace doit pouvoir, s'il le faut, décider et agir dans les 24 heures. Une des façons d'y réussir est de déléguer l'autorité en matière de prise de décisions soit à une organisation chef de file soit, dans l'idéal, au personnel de la coalition.

Dans certaines situations, un petit nombre d'organisations ou d'individus bien informés pouvant communiquer des renseignements de manière rapide et efficace peuvent être beaucoup plus performants qu'une coalition lourde qui a besoin de temps pour se mobiliser. On trouvera ci-après des exemples d'initiatives qui réussissent souvent mieux sans l'intervention d'une coalition :

 

Les questions politiquement populaires pour lesquelles il est probable que des mesures ont déjà été prises.

Les questions complexes, où des connaissances approfondies et une capacité à communiquer lesdites connaissances de manière crédible sont plus importantes que la vigueur de l'appui.

Les questions extrêmement pointues qui sont maîtrisées par un petit nombre de responsables élus et qui ont besoin de l'appui de ces derniers.

 

La constitution de coalitions part souvent de l'hypothèse que plus il y aura d'organisations participantes, moins une organisation donnée aura de travail à faire. En réalité, cela est rarement le cas. Les coalitions, si elles sont parfois nécessaires et souvent utiles pour atteindre des objectifs fixés, exigent beaucoup de temps et d'efforts pour se développer, se maintenir et demeurer concentrées. Il faut également s'efforcer de veiller à ce que l'établissement d'une coalition ne devienne pas un objectif en soi. Il faut se demander si on ne pourrait pas mieux employer l'argent dont on dispose en finançant une seule organisation qui serait chargée tout particulièrement de la lutte antitabac. Une coalition devrait être constituée uniquement pour répondre à un besoin identifié. Les coalitions sont efficaces lorsqu'elles doivent atteindre un objectif précis, identifiable et réalisable. Les efforts déployés pour créer et maintenir une coalition sanitaire doivent trouver leur aboutissement dans l'obtention de résultats.

POINTS ESSENTIELS POUR
MOBILISATION COMMUNAUTAIRE

 

Il faut inclure les professionnels de la médecine, les professionnels susceptibles d'influencer le système parlementaire et législatif aux niveaux national, régional et local, les partenaires de réseaux ayant accès aux groupes essentiels, les conseillers en relations publiques, commercialisation et publicité.

Une grande partie d'une campagne de lutte antitabac réussie consiste à sensibiliser les médias. L'information doit être présentée de manière stratégique aux médias, avec pour objectif de les convaincre de couvrir la question et de l'encadrer par des thèmes et des messages visant à changer l'environnement afin de promouvoir comme norme le fait de ne pas fumer. Il est tout aussi important de veiller à ce que l'information soit présentée de manière stratégique aux responsables politiques afin de les persuader d'appuyer et d'adopter des politiques et stratégies de lutte antitabac.

La campagne en faveur de la lutte antitabac n'est pas discriminatoire à l'encontre des fumeurs. Les partisans d'une société libérée du tabac parlent d'améliorer la santé à la fois des fumeurs et des non-fumeurs. L'ennemi de la santé publique est la fumée de tabac et non les fumeurs.

Il est fréquent que les groupes qui se prononcent en faveur du tabac soient financés en partie par l'industrie du tabac. Lorsque on est à même de prouver ce fait, il est souvent utile de diffuser largement l'information en question.

En préconisant des comportements et des politiques publiques favorables à la santé, les partisans doivent veiller à utiliser des symboles positifs forts : autonomie individuelle, affranchissement à l'égard d'influences extérieures néfastes, force physique et bien-être, protection de la famille, responsabilité sociale pour ceux qui commercialisent sciemment des produits nocifs. Il ne faut pas considérer la liberté comme la liberté qu'à le fabricant de promouvoir un produit dont on sait qu'il est dangereux pour la santé, mais plutôt comme la liberté et la capacité de la société d'appliquer des mesures de santé publique.

Les groupes de citoyens qui publient le montant des contributions versées aux hommes politiques par les sociétés de tabac et indiquent la manière dont ils votent sur les questions relatives au tabac ont fait beaucoup pour attirer l'attention voulue sur ces questions.

Les faits prennent davantage d'importance s'ils sont présentés dans un cadre que le lecteur ou le spectateur reconnaît immédiatement. Les données mondiales ont une signification plus grande si on les ventile de manière à montrer les dangers qu'encourt la communauté immédiate. Par exemple, on peut démontrer les coûts pour la communauté de la mortalité et de la morbidité locales. Une autre stratégie consiste à calculer le coût financier pour une ville ou un pays donnés ou le coût médical de chaque paquet de cigarettes vendu.

On peut mobiliser la communauté pour exiger des lieux publics sans fumée. Les hommes politiques finiront par tenir compte du poids-écrasant de l'opinion publique, notamment lorsque les sondages d'opinions confirmeront le soutien de celle-ci à des politiques fermes de protection contre l'exposition involontaire à la fumée de tabac.

COLLABORATION AU NIVEAU NATIONAL

Travailler ensemble pour instaurer une législation antitabac : Une réussite


En Pologne, la première réglementation antitabac a été introduite en 1974 par le Ministère de la Santé pour tenter de restreindre l'usage du tabac dans les établissements de santé. D'autres ministères en ont fait autant, même si l'application de ces restrictions était limitée. En 1985, la première loi antitabac a été préparée avec l'assistance du Centre anticancéreux Marie-Sklodowksa-Curie Cette loi a toutefois été rejetée par le conseil législatif du Parlement. On s'est alors attaché à introduire des limites concernant la teneur en goudrons et en nicotine des cigarettes vendues en Pologne et cette législation est entrée en vigueur en 1991. Cette même année, le premier Sénat élu démocratiquement depuis la Seconde Guerre mondiale, a commencé à élaborer une loi générale de lutte antitabac à l'initiative d'un sénateur ayant une formation médicale. Les travaux ont été poursuivis par deux autres médecins membres du Parlement, tandis que le Ministère de la Santé travaillait également à d'autres lois antitabac. Néanmoins, pendant ce temps-là, l'industrie du tabac mettait en place un groupe de pression. Profitant des profonds changements politiques survenus en Pologne au début des années 90, ledit groupe s'est opposé à la promulgation de lois pendant les cinq années qui ont suivi.

En 1992, une sous-commission spéciale, composée des représentants des partis politiques les plus importants, a été nommée par le Parlement pour élaborer une législation antitabac acceptable. Au cours des années ultérieures et jusqu'en 1994, plusieurs villes ont institué des lois locales limitant ou interdisant l'usage du tabac dans les lieux publics. En 1993, le Gouvernement a décidé une interdiction partielle concernant la publicité en faveur des produits du tabac dans le cadre d'une loi en vigueur relative à la concurrence déloyale. Immédiatement, l'industrie du tabac a répliqué en constituant une coalition contre la censure, dans le but de faire obstacle à cette interdiction. Quelques années plus tard, le Conseil général des Médecins a appelé les membres du Parlement et les sénateurs à adopter une loi interdisant la publicité et la promotion en faveur des produits du tabac et, en 1995, la loi sur la protection de la santé et la lutte antitabac a été votée avec une majorité de 90 %. En janvier 1996, le nouveau Président de la Pologne a signé cette loi, laquelle est entrée en vigueur en mai 1996. Le 5 décembre 1996, le Ministère de la Santé autorisait une nouvelle réglementation exigeant l'inscription de mises en garde sanitaires occupant 20 des publicités restantes en faveur du tabac et situées dans la partie supérieure de celles-ci, et couvrant 30 % à la fois du recto et du verso des paquets de cigarettes. On s'efforce de renforcer divers aspects de la loi en question. Néanmoins, l'adoption de cette législation et des réglementations connexes représente un grand succès pour la Pologne et montre au reste du monde la voie à suivre.

Les recommandations clés suivantes sont basées sur l'adoption réussie par la Pologne d'une législation antitabac en 1996

 

Même si la législation est proposée par un petit groupe de personnes, il est essentiel qu'elle bénéficie d'un soutien élargi afin de porter ses fruits.

La législation proposée doit tenir compte de la situation sanitaire, économique, sociale et juridique spécifique du pays. Cette législation doit s'appuyer sur les recommandations de l'OMS concernant une lutte antitabac globale. Plutôt que d'entrer en conflit avec l'industrie du tabac, le but premier de cette législation doit être de protéger les jeunes et les autres des produits du tabac et de la fumée, de limiter les effets de la consommation de tabac sur la santé et de promouvoir un mode de vie sain, notamment chez les jeunes.

Parfois, il est important d'obtenir des concessions, même mineures. Ainsi, lorsqu'on s'efforce d'interdire la publicité en faveur du tabac, même un accord autorisant cette publicité à la télévision uniquement à une heure tardive est une première mesure dans le bon sens car elle montre que le Gouvernement admet que la publicité a sûrement une influence sur les enfants.

Il faut se tourner vers les pays qui ont mis en place une législation antitabac concluante et leur emprunter certaines parties de leur législation, le cas échéant.

Le projet de loi doit être édité ou vérifié non seulement par des spécialistes des politiques de santé mais également par des experts en économie, droit et affaires sociales. Le bureau juridique du Parlement doit également y participer.

Afin d'obtenir le soutien des membres du Parlement, il convient d'approcher tous les partis politiques. Il est fort probable que les membres ayant une formation médicale manifesteront un intérêt certain, quelle que soit leur tendance politique.

Les experts doivent participer activement aux travaux des commissions parlementaires sur cette proposition. Une liste détaillée d'arguments et de contre-arguments doit être élaborée afin de bien se préparer à répondre aux objections qui seront inévitablement présentées par l'industrie du tabac.

Les progrès en matière de législation doivent faire l'objet d'un débat public périodique avec la participation des médias, et notamment de la télévision. Des conférences de presse doivent être organisées régulièrement et être axées sur les points les plus controversés de la législation concernant l'industrie du tabac (par exemple, interdiction de la publicité en faveur du tabac; politique en matière de prix et de taxes).

Durant l'élaboration de la législation, l'opinion publique doit être informée au sujet de la législation et de la réglementation proposées, afin de la persuader, à l'aide des résultats obtenus, de faire adopter la législation en question.

Cette législation doit être un document juridique approfondi et exhaustif, qui comprend les aspects les plus importants relatifs à la limitation des effets de la consommation de tabac sur la santé. Si certains des éléments ne sont pas compris dans la loi parce que les législateurs ont cédé aux pressions de l'industrie du tabac, il peut être possible de les inclure dans d'autres lois ou règlements.

L'introduction de la législation pertinente risque de prendre plus longtemps que prévu et il est probable que des obstacles seront dressés sur son chemin. Le résultat final en vaut la peine. Ne jamais abandonner.

COORDINATION DES EFFORTS VERS LA LUTTE ANTITABAC EN AFRIQUE DU SUD

En Afrique du Sud, le groupe d'action antitabac (TAG) a été formé en 1991. C'était une coalition d'organisations existantes comme le Conseil national contre le tabagisme, l'Association anticancéreuse d'Afrique du Sud et la Fondation Cardiologique d'Afrique du Sud. Il s'est appuyé avec succès sur les médias pour sensibiliser le public à la nécessité de la lutte antitabac. Le besoin d'une coalition solide pour appuyer la recherche d'une législation a également été reconnu. Cette coalition s'est élargie aux églises, aux syndicats et aux groupes de santé. Une collaboration étroite s'est mise en place entre le Département de la Santé, le TAG, le Conseil de la recherche médicale et les ONG. Le Président Nelson Mandela a donné la preuve de son appui à la lutte antitabac en faisant une déclaration à l'occasion de la Journée mondiale sans tabac de 1992 et il est ainsi devenu ainsi un symbole puissant pour le groupe de pression antitabac. En 1995, l'Afrique du Sud a adopté une législation antitabac et fait désormais inscrire des mises en garde sanitaires vigoureuses et variées sur les paquets de cigarettes et les publicités en faveur du tabac.

LA COLLABORATION INTERNATIONALE

Une convention-cadre internationale pour la lutte antitabac

Certaines questions concernant la lutte antitabac dépassent le domaine des politiques et de la législation nationales antitabac. La commercialisation et les communications mondiales ne tiennent aucun compte des frontières nationales et tournent les interdictions nationales en matière de publicité. La contrebande et les pressions commerciales anéantissent les effets de la taxation ou des marchés réservés. Il est évident que les régions de culture du tabac et de fabrication de produits du tabac ne peuvent envisager d'une base économique nouvelle sans avoir la garantie d'un appui financier sûr et stable. Il faut élaborer des stratégies réalistes concernant les accords commerciaux et la lutte contre la contrebande, prévoir, sur le plan agricole, des solutions de rechange à la culture du tabac et proposer des alternatives économiques aux économies basées sur le tabac. Il vaut mieux aborder ces questions, comme d'autres, d'un point de vue international.

En mai 1996, la Quarante-Neuvième Assemblée mondiale de la Santé a adopté une résolution (WHA49.17) demandant au Directeur général de l'OMS d'entreprendre l'élaboration d'une convention-cadre internationale pour la lutte antitabac. Cette convention serait un instrument juridique et prendrait la forme d'un traité international auquel les Etats signataires adhéreraient en vue de poursuivre des objectifs généraux. Bien que le contenu de la convention-cadre dépende largement de ce que les Etats signataires ont choisi d'y inclure, un des objectifs généraux pourrait être de mettre progressivement en oeuvre des stratégies complètes de lutte antitabac, ainsi que le demandent de nombreuses résolutions de l'Assemblée mondiale de la Santé. Des protocoles séparés (formes plus détaillées d'accords subsidiaires internationaux) permettraient de découper la liste des éléments des programmes complets de lutte antitabac en sections plus gérables et d'élaborer des plans et calendriers séparés visant à mettre progressivement en oeuvre chaque section. Les Etats Membres pourraient choisir de devenir signataires uniquement des sections pouvant être facilement appliquées dans leur pays.

De nombreux aspects de la lutte antitabac revêtent un caractère international et c'est dans le contexte d'une convention-cadre et de ses protocoles annexes qu'ils seront le mieux traités. Il s'agit :

de la contrebande du tabac;
de la publicité en faveur du tabac;
des ventes hors taxes de tabac;
de l'établissement de rapports concernant la production, la vente, l'importation et l'exportation des produits du tabac;
des essais sur les composants toxiques du tabac et de l'établissement de rapports y relatifs;
du partage de l'information sur les politiques et les programmes.

 

La planification, l'établissement d'un calendrier et le partage de l'information internationale qui accompagneraient toute élaboration d'une convention internationale permettraient en même temps d'aider les Etats Membres à renforcer leurs politiques nationales de lutte antitabac et les encourageraient en ce sens.

 

 


LA COALITION NON GOUVERNEMENTALE INTERNATIONALE CONTRE LE TABAC (INGCAT)

E n ce qui concerne le tabac, le monde est confronté à un problème qui dépasse le cadre des initiatives antitabac locales et nationales. Les stratégies de commercialisation mondiale des sociétés transnationales du tabac ont été jusqu'ici couronnées de succès. La consommation de tabac de par le monde est élevée et elle augmente rapidement dans le monde en développement. Il faut que les ONG internationales, et les organisations au niveau national telles que les ligues contre le cancer, les associations pour la santé et contre les maladies pulmonaires, les groupes de consommateurs, les organisations de promotion de la santé, les entités religieuses etc., se regroupent pour former des alliances nationales visant à faire adopter des mesures législatives destinées à limiter la propagation du tabagisme et à réduire la puissance de l'industrie du tabac sur la scène politique. En avril 1995, un nouvel organisme international a été créé face au problème international du tabac : la Coalition non gouvernementale internationale contre le Tabac (INGCAT). Cette Coalition a pour but de renforcer la crédibilité et la légitimité de la lutte antitabac en présentant un front commun et uni sur certaines questions et en favorisant la mise en oeuvre d'une stratégie internationale de lutte antitabac. Elle s'est également efforcée :


·De promouvoir la liaison entre toutes les organisations participant activement à la lutte antitabac et de favoriser l'échange d'information. ·De promouvoir les efforts collectifs dans diverses parties du monde et de coordonner les activités communes au niveau national ou international. ·D'élaborer des prises de position concertées sur lesquelles les membres de la Coalition peuvent s'appuyer, le cas échéant, pour renforcer leur position, par exemple pour contrer les prétentions de l'industrie du tabac. ·D'alerter les membres de par le monde quant aux occasions d'actions communes, de déclarations conjointes et de mesures collectives destinées à influer sur les responsables politiques et l'opinion publique. Ainsi, l'INGCAT peut organiser une campagne de lettres qu'écriraient les ONG du monde entier pour soutenir une proposition de législation antitabac dans un pays donné. ·De stimuler les activités internationales de lutte antitabac grâce à un appui individuel au niveau communautaire. ·De maintenir des relations de travail étroites avec les organisations du système des Nations Unies, et notamment l'OMS. ·De poursuivre activement sa collaboration avec l'Organisation de l'Aviation civile internationale (OACI) afin de renforcer l'interdiction de fumer sur tous les vols internationaux. ·De faciliter le partage des ressources, notamment avec les ONG des pays à faible revenu. ·De fournir des liens avec les médias afin de couvrir les relatifs à la lutte antitabac. Les organisations (internationales et nationales) qui souhaiteraient adhérer à l'INGCAT sont invitées à s'adresser à cette Coalition pour obtenir de plus amples renseignements :

INGCAT
68 boulevard Saint-Michel
75006 Paris
France

Téléphone : (33.1) 44.32.03.70
Télécopieur : (33.1) 43.29.90.87
Courrier électronique : kslama@worldnet.fr

LA PROCHAINE VAGUE DE L'EPIDEMIE
DE TABAGISME : LES FEMMES


La consommation de tabac est l'un des fardeaux les plus lourds qui pèsent sur la santé et le bien-être des femmes et des jeunes filles du monde entier. A l'heure actuelle, le tabac tue plus d'un demi-million de femmes par an. Toutefois, d'ici l'an 2020, on estime que le nombre annuel des décès va doubler. Dans plusieurs pays, le cancer du poumon dépasse déjà le cancer du sein comme cause primordiale de décès par cancer chez les femmes. En Inde, où les femmes chiquent couramment du bétel, le cancer de la cavité buccale est plus courant que le cancer du sein. Par ailleurs, des études ont montré que les femmes courent des risques particuliers à consommer du tabac. Les femmes qui fument subissent les mêmes conséquences néfastes pour la santé que les hommes, plus d'autres qui leur sont spécifiques. C'est ainsi qu'elles sont plus exposées que les autres femmes au cancer du col utérin, à une ménopause prématurée et de à l'amoindrissement de leur fécondité. Si elles fument lorsqu'elles sont enceintes, le foetus court également des risques sérieux. Les femmes qui fument à la maison exposent également leurs enfants aux dangers du tabagisme passif. Il reste que dans de nombreux pays, on pense que le tabac est essentiellement un problème masculin.

Dans les pays développés en particulièr, la consommation de tabac décroît régulièrement chez les hommes. Néanmoins, les sociétés de tabac se sont rapidement tournées vers de nouveaux consommateurs potentiels et, dans les pays moins développés, les sociétés de tabac transnationales emploient des techniques de commercialisation élaborées à l'intention de ce type de consommateurs, essentiellement les jeunes et les femmes. Ce sont les mêmes techniques de commercialisation qui servi à promouvoir l'usage du tabac chez les femmes des pays développés. Ces efforts ont été couronnés de succès et, dans nombre de ces pays, on constate que les adolescentes ont tendance à fumer davantage que les adolescents. Il est probable, d'après ces exemples, que les habitudes en matière de consommation de tabac chez les femmes et les jeunes filles des pays en développement suivront les mêmes tendances.

Il faut faire de la consommation de tabac par les femmes et de leur exposition à celui-ci un problème sanitaire et social majeur et instaurer un consensus autour de cette question. On pourrait contacter les organisations de femmes ainsi que d'autres secteurs de la société afin d'aborder ce problème. Il est également recommandé de former des réseaux de femmes à tous les niveaux, local, national et international, et de créer notamment un organe de coordination national plus précisément chargé des femmes et du tabac. Ces types de réseaux pourraient contribuer à élaborer et à appliquer des programmes fructueux de prévention et de sevrage destinés aux femmes et aux jeunes filles. L'International Network of Women against Tobacco (INWAT) (Le Réseau international des femmes contre le tabac) comprenant certains des principaux partisans de la lutte antitabac dans le monde, encourage les échanges d'information et établit des stratégies sur la question des femmes et du tabac. En coordonnant les efforts à tous les niveaux, l'INWAT vise à réduire la consommation de tabac chez les femmes et les jeunes filles des pays développés, à empêcher le tabagisme de gagner les pays en développement et à éviter ainsi la prochaine vague de l'épidémie de tabagisme.

Pour obtenir de plus amples renseignements sur l'INWAT, s'adresser à :

Margaretha Haglund
Institut national de la Santé publique
B.P. 27 848
115 93 Stockholm
Suède

Téléphone : +46 878 3 3535
Télécopieur :+46 878 3 3505

NOUVELLES DIRECTIONS A PRENDRE DANS L'ECHANGE
INTERNATIONAL D'INFORMATIONS

L'utilisation efficace d'informations et de données opportunes et exactes est un élément important de la lutte antitabac. Les agents de la lutte antitabac ayant accès à l'Internet ont désormais la possibilité de recevoir et d'échanger des informations beaucoup plus facilement grâce au réseau informatique GLOBALINK. Géré par l'Union internationale contre le Cancer, GLOBALINK utilise l'Internet et le World Wide Web pour fournir des bulletins d'information, des bases de données et des annuaires ayant trait au tabac, et organiser des conférences électroniques sur le sujet. Les membres de GLOBALINK de par le monde vont des individus aux organisations internationales : éducateurs sanitaires, rédacteurs de journaux, sociétés anticancéreuses, responsables de projets et fonctionnaires. Toutes les parties qui s'intéressent à la lutte antitabac et dont la demande d'adhésion est approuvée par le Comité d'examen des adhérents se voient offrir (si elles ont accès à l'Internet) l'adhésion gratuite à GLOBALINK.

Pour recevoir une demande d'adhésion à GLOBALINK, cliquer sur http://www.uicc.ch/glob/gtap.html

Pour de plus amples renseignements, contacter GLOBALINK à l'adresse suivante .

Union internationale contre le Cancer
Rue du Conseil-Général 3
1205 Genève
Suisse

Téléphone :+41 22 809 1850
Télécopieur : +41 22 809 1810
Courrier électronique : globalink@uicc.ch

World Wide Web: http://www.uicc.ch/globdemo/mainmenu.html

A QUI S'ADRESSER ?

Pour plus de renseignements, veuillez vous adresser à :


Siège de l'OMS
M. Neil E. Collishaw
Programme de Lutte contre les Toxicomanies
Organisation mondiale de la Santé
1211 Genève 27 (Suisse)

Téléphone : (41 22) 791 34 23
Télécopieur : (41 22) 791 48 51
E-mail : COLLISHAWN@WHO.CH

Bureau régional OMS de l'Afrique
M. L. Sanwogou
Conseiller régional pour l'Education sanitaire
Organisation mondiale de la Santé
Bureau régional de l'Afrique
B.P. 6
Brazzaville (Congo)

Téléphone : 226 30 23 12/30 23 13/30 23 01
Télécopieur : 226 30 21 47

Bureau régional OMS des Amériques
Dr E. Madrigal
Conseiller régional en matière d'Abus des Drogues
525, 23rd Street, N.W.
Washington, D.C. 20037
(Etats-Unis d'Amérique)

Téléphone : 1 (202) 974 3331
Télécopieur : 1 (202) 974 3631
E-mail : MADRIGEN@PAHO.ORG

Bureau régional OMS de
la Méditerranée orientale
Dr M. Al. Khateeb
Conseiller régional pour l'Education sanitaire
Organisation mondiale de la Santé
Bureau régional de la Méditerranée orientale
B.P. 1517
Alexandrie 21511 (Egypte)

Téléphone : (20 3) 482 0223
Télécopieur : (20 3) 483 8916

 

Bureau régional OMS de l'Europe
Dr P. Anderson
Conseiller régional pour le Plan d'action
pour une Europe sans tabac
Organisation mondiale de la Santé
Bureau régional de l'Europe
8 Scherfigsvej
2100 Copenhague (Danemark)

Téléphone : (45) 39 17 17 17
Télécopieur : (45) 39 17 18 18

Bureau régional OMS de l'Asie du Sud-Est
Mme Martha Osei
Conseiller régional pour la Santé et le Comportement
Organisation mondiale de la Santé
Bureau régional de l'Asie du Sud-Est
World Health House
Indraprastha Estate,
Mahatma Gandhi Road
New Delhi 110002 (Inde)

Téléphone : (91 11) 331 7804
Télécopieur : (91 11) 331 8607

Bureau régional OMS du
Pacifique occidental
Dr Rosemarie Erben
Conseiller régional pour la Promotion de la Santé
Organisation mondiale de la Santé
Bureau régional du Pacifique occidental
B.P. 2932
1099 Manille (Philippines)

Téléphone : (63 2) 522 9800
Télécopieur : (63 2) 521 1036

REMERCIEMENTS


Ce cahier des conseils fut préparé par Barbara Zolty du Programme de Lutte contre les Toxicomanies de l'OMS avec le soutien de Neil Collishaw et Samira Asma. Marie Windsor-Leutke et Victor Salvo y ont porté de l'aide technique précieuse. Le Programme de Lutte contre les Toxicomanies remercie ceux et celles qui ont contribué à cet ouvrage. On remercie particulièrement les contributions propices des collaborateurs suivants :

M. Haglund, Institut national de Santé, Suède
M. Selin, Association des Droits de Non-Fumeurs, Canada
W. Zatonski, Centre Marie Sklodowska-Curie contre le Cancer et l'Institut d'Oncologie, Pologne