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Agrégation de français au Maroc Histoire d'un voyage en terre de Brésil J. de Léry |
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Hacini Khalid Professeur agrégé |
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Histoire
d’un voyage faict en la terre du Brésil, Livre de Poche, Ed. 1994,
chapitre
XXII, pp.537-538, de “ Mais quoy ?
dira ici quelqu’un… ” , jusqu’à “ … que ce n’eust pas esté
moy. ” Introduction Structurellement, Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil de Jean de Léry est divisible en trois grandes parties : il y’a d’abord le départ de la France au nouveau monde, puis la séjour en terre du Brésil, et enfin le retour dont il est question au vingt-et-unième et vingt-deuxième chapitres. Le passage, extrait de ce dernier, narre l’arrivée effective de Léry et ses compagnons aux côtes de la Basse Bretagne. Il est à noter que cet extrait a un double intérêt : Sur le plan de l’économie globale de l’œuvre. Il peut être considéré comme l’ aboutissement de l’ ensemble des aventures narrées au fil du périple , et dont il est en quelque sorte le couronnement. Il est aussi fonctionnel sur le plan micro structurel du dernier chapitre. En effet, alors que ce dernier développe une vision pessimiste quand à l’arrivée de Léry et ses compagnons sains et saufs en France, et ce en insistant sur l’ampleur qui réduisent de plus en plus les chances de survie des personnages, ce passage, et contre toute attente, met en scène le salut de nos voyageurs. Dès lors, leur arrivée prend la forme d’un véritable événement miraculeux. Pour mieux faire apprécier à son lecteur la dimension extra ordinaire de cette issue heureuse, Léry en retarde le récit par la mise en scène, entre autres, de l’ampleur des dangers vécus avant l’arrivée. Il sera question dans cette explication de voir comment la stratégie dilatoire retarde l’annonce de l’arrivée et du coup la met en valeur voire la sublime. Pour éclairer ce projet de lecture, ce passage est à diviser en deux mouvements : le premier commence du début et s’achève à la ligne 24 : “ … delivrance prochaine. ” Au cours de ce mouvement, Léry annonce son arrivée aux côtes françaises, après avoir enduré l’épreuve de la famine extrême. Le deuxième( qui s’étale de la ligne 24 à la fin du passage) fait état de l’anthropophagie à laquelle les personnages ont failli être confrontés durant la période de famine qui a sévi sur le bateau. Le texte s’ouvre sur une réaction spontanée du lecteur. Elle est sous forme d’une série d’ interrogations : “ Mais quoy ? dira ici quelqu’un, sans nous particulariser ici ton perroquet, duquel nous n’avions que faire, nous tiendras-tu toujours en suspens touchant vos langueurs ? Sera-ce tantost assez enduré en toutes sortes ? n’y aura t-il jamais fin ou par mort ou par vie ? ” (L.1-5). Cette entrée en matière in medias res confère au rythme de l’attaque un dynamisme et une force d’interpellation certains. L’allusion au perroquet de Léry : “ ton perroquet ”(L . 1), constitue à la fois un lien avec le pré-texte puisque quelques lignes avant le début de ce texte, Léry narre la malheureuse fin d’un perroquet qui lui était cher et qu’il a été obligé de manger pour survivre à sa faim. Le récit de la mort du perroquet constitue donc le pré-texte mais aussi un prétexte pour le lecteur de dénoncer la valeur dilatoire de l’acte narratif de Léry, qui consiste à différer le récit de la fin tant attendue de cet extraordinaire voyage du retour du pays des Tououpinambaoults, et ce par le recours à une série de récits enchâssés, où figure bien sûr le récit de consommation du malheureux perroquet. La valeur volontiers ironique du possessif “ ton ”, ainsi que la relative explicative( à la deuxième ligne), vont dans le sens du rejet par le lecteur du suspens développé dans les narrations antérieures des péripéties que Léry a vécues : “ sans nous particulariser ici ton perroquet, duquel nous n’avions que faire, nous tiendras-tu toujours en suspens touchant vos langueurs ? ”(L.3-4). Si la réaction du lecteur exprime le désir voire l’impatience de ce dernier de connaître l’issue du voyage, ce qui ne peut se réaliser qu’en passant outre les récits d’aventures qui reportent l’annonce du dénouement, cette réaction devient elle même, paradoxalement, un prétexte pour différer encore une fois le récit de la fin. En donnant la parole à son lecteur supposé pour réagir à l’aspect dilatoire du récit, l’auteur de l’Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil continue d’ajourner l’information de l’arrivée. Mieux encore, tout en rejetant les récits des épreuves subies, le lecteur ne fait que dire autrement, à sa façon, ces mêmes épreuves. La réaction du lecteur, pour ainsi dire , en allant dans le sens du rejet des aventures, devient une astuce rhétorique à laquelle Léry recourt pour développer un meta-discours sur sa propre aventure. La valeur hautement rhétorique de l’intervention du lecteur opère alors comme une sorte de prétérition qui dit l’aventure en feignant ne pas vouloir en entendre parler. Cette manipulation rhétorique qui consiste à masquer le dire par le refus du dire, puise sa raison d’être dans la double énonciation qui caractérise cette série interrogative : le premier plan énonciatif est assuré par un lecteur supposé qui adresse à Léry son impatience d’aller outre les informations qui viennent s’intercaler pour reporter la fin Le deuxième niveau énonciatif relève de la pragmatique du texte, elle engage Lèry qui s’adresse à son lecteur réel pour lui dire, par lecteur fictif interposé, l’ampleur de l’aventure qu’il a vécue Dans ce sens on ne manquera pas de souligner l’interêt du lexique de l’épreuve, dont font partie les mots suivants : “ langueurs ”, “ enduré ”. Ce lexique, allié au pouvoir rhétorique du pluriel : “ vos langueurs ”, à la valeur hyperbolique du totalisant : “ toutes sortes ”, à la charge rhétorique de l’antithèse : “ ou par mort ou par vie ”, met en valeur l’aventure de Léry. Le rythme en crescendo de la série interrogative, développe une intensité psychologique à telle enseigne que l’information de la fin devient urgente. L’aspect urgent du dénouement, à chaque fois différé, sublime ce dernier et l’inscrit déjà dans l’ extraordinaire. La réponse de Léry : “ si aura ” condense la tension développée dans les questions du lecteur supposé et prépare l’explicitation de cette réponse assez équivoque, puisque “ si aura ” peut impliquer aussi bien la fin par la mort que la fin par la vie. Si la valeur rhétorique des interrogations du lecteur met en valeur l’information urgente de la fin, la réponse vient surenchérir en narrant l’épisode de l’arrivée de Léry et ses compagnons en France et ce sur le mode de la théâtralité. L’interjection : “ Helas ” constitue, semble t-il, le premier élément de cette syntaxe de la théâtralité. Cette dernière est à lire aussi dans la concrétisation et la matérialisation du secours divin : “ Helas, si aura, car Dieu qui soustenant nos corps d’autres choses que de pain et de viandes communes, nous tendoit la main au port, fit par sa grace, que le vingtquatieme jour dudit mois de May 1558. (…)nous eusmes la veue de basse Bretagne. ” (L.5-11). Aussi l’image de la main de Dieu tendue à l’équipage transfigure t-elle le récit d’arrivée en transcendant son réalisme et en l’inscrivant dans un merveilleux chrétien de convention : A propos de la main, on peut lire dans le dictionnaire des symboles : “ La main, dans la tradition chrétienne, est le symbole de la puissance et de la suprématie(…) être saisi par main de Dieu, c’est recevoir la manifestation de son Esprit(…). Quand il y est fait allusion, le symbole signifie Dieu dans la totalité de sa puissance et de son efficacité. La main de Dieu crée, elle protège. ”. Rappelons ( toujours dans le cadre de l’interprétation de cette image religieuse) que ce geste de Dieu fait écho à une autre scène antérieure au cours de laquelle un ami de Léry tend la main à ce dernier pour le sauver de la mort en le dissuadant de retourner vers Villegagnon l’apostat : “ l’un d’iceux du regret qu’il avoit à mon depart, poussé d’une singuliere affection d’amitié qu’il me portoit, me tendant la main dans la barque où j’estois, il me dit,je vous prie de demeurer avec nous(…)remontant en grande haste au navire, je fust par ce moyen preservé du danger que vous orrez ci-apres, lequel ce mien ami avoit bien preveu. ”. ( pages 510-511, chapitre XXI). La sublimation du récit d’arrivée est d’autant plus notable que la dernière partie du voyage-retour s’effectue dans la privation de toute nourriture, ce qui implique une certaine élévation de tout ce qui est biologique, et quelque part de ce qui est terrestre et donc temporel. La subordonnée relative à la ligne 6 et 7 illustre cette abstinence(même involontaire) : “ Dieu qui soustenant nos corps d’autres choses que de pain et de viandes communes… ”. Les “ autres choses ” qui ne relèvent pas des “ viandes communes ”(le mot viandes est à prendre dans le sens général de toute forme nourriture qui assure la vie), laissent supposer que la nourriture, qui a permis à Léry et à ses compagnons de survivre à la famine, est d’une tout autre nature, spirituelle en l’occurrence : il s’agit dans la logique du sublime chrétien de la foi et la grâce divine. La séquence descriptive entre parenthèse, de la ligne 9 à 10 confirme la thèse de l’arrivée de Léry et de ses compagnons dans le contexte du sublime. Cette thèse est servie par la technique de la mise en scène, dont se sert Léry pour décrire le péril extrême qui menace la vie de l’équipage : “ lorsque tous etendus sur le tillac sans pouvoir presque remuer bras ni jambes, nous n’en pouvions plus. ”. Le tillac représente l’espace scénique, la position physique des personnages “ estendus (…) sans pouvoir presque remuer bras ni jambes ” montre l’ampleur de la famine et théâtralise, par conséquent, l’expérience de la proximité de la mort. La mise en scène de cette expérience-limite amplifie le suspens et rend l’annonce du salut des personnages encore plus sublime ; la structure même de la phrase complexe, qui s’étale de la ligne 5 à la ligne 11, révèle le souci du narrateur de créer le suspens. Aussi, l’issue du voyage n’est-elle livrée qu’à la toute fin de la phrase : “ Dieu (…) fit par sa grace ( que) nous eusmes la veue de basse Bretagne ”. Dans le cadre de l’économie dilatoire de ce passage, la vue même de la Basse Bretagne se trouve différée cette fois, non pas sur le plan discursif comme ce fut le cas au début du texte avec l’intervention du lecteur supposé, mais sur le plan événementiel. En effet, l’illusion et le mirage viennent semer le doute et troubler ainsi la crédibilité de la vue des côtes françaises, la citation suivante montre clairement la méprise optique qui sursoit à la véritable vue de la Basse Bretagne : “ nous avions esté tant de fois abusez par le pilote, lequel au lieu de terre, nous avoit monstré des nuées qui s’en estoyent allées en l’air ” (L.11-14). Le lecteur assiste même à la mise en scène de cette incrédulité : deux composantes au moins sont à relever, il y’a l’espace scénique, en l’occurrence le bateau, et le discours sous sa forme directe, c’est le cas de celui du matelot : “ Quy que le matelot qui estoit à la grande hune criast par deux ou trois fois, Terre, terre ” ….ou bien encore sous la forme diégétisée : “encore pensions-nous que ce fust moquerie ” (L.14-16). Tout se passe comme si l’écriture et l’aventure concourent pour différer l’arrivée de Léry , afin de mieux en exprimer l’aspect sublime et miraculeux. L’arrivée des personnages paraît d’autant plus miraculeuse que l’illusion semble se muer, comme par enchantement, en réalité palpable, peut- on lire aux lignes 17, 18, et 19 : “ mais ayans vent propice et mis cap droit dessus nous fusmes tost apres assurez que c’estoit vrayement terre ferme. ” Le mot “ conclusion ”, à la ligne 19, vient clore ce premier tout en sublimant doublement l’arrivée de nos voyageurs, d’abord par la référence religieuse : “ Dieu eut pitié de nous et nous assista. ” Cette référence religieuse réactive le cliché chrétien de la Providence salvatrice. La deuxième forme de valorisation est d’ordre rhétorique : ce qui justifie la valeur hyperbolique du pluriel : “ nos afflictions ”, cette dernière apparaît mieux dans l’usage pléonastique du groupe nominal suivant : “ l’extreme extremité . Dans le même esprit, on ne manquera pas d’être sensible à l’effet rhétorique de la parataxe qui surenchérit, pour présenter l’aventure de Léry comme expérience-limite, inscrivant du coup l’arrivée sous un jour extraordinaire et miraculeux : “ Par quoy pour la conclusion de tout ce que j’ay dit ci dessus touchant nos afflictions, à fin de mieux faire entendre l’extreme extremité ou nous etions tombés, et qu’au besoin, n’ayans plus nul respit Dieu eut pitié de nous et nous assista. ” (L. 19_). Mieux encore, le texte tire son sublime de la nature même de l’intervention de la Providence, cette dernière étant défi et transgression de la logique de la causalité. En effet, toutes les données narratives de ce récit mènent logiquement à la mort : extrême famine, extrême défaillance, espoir d’arrivée à chaque fois condamné par les illusions optiques qui font que l’équipage prend souvent les nuées pour les côtes françaises. A l’opposé de cette causalité qui développe la logique tragique, le miracle de l’arrivée vient infléchir le cour narratif dans le sens de la vie. Cette intervention brusque et imprévisible est génératrice de sublime ; la manifestation divine ( le mot manifestation est dérivé du mot main)qui est illustrée par l’image de Dieu tendant sa main vers l’équipage, relève de ce qui est appelé dans l’art d’inspiration chrétienne le deus ex machina ( Dieu en machine) ; laquelle notion est à même de convertir la logique de la mort en dénouement heureux. Le premier mouvement, donc, met en valeur l’arrivée de Léry et de ses compagnons, et ce par une véritable mise en scène des dangers physiques. Au cours du deuxième mouvement, il s’agira d’un danger à cheval entre le physique et l’éthique, en l’occurrence, l’anthropophagie. Le deuxième mouvement est amorcé dans le cadre de la continuité narrative du premier, d’où l’emploi de la subordonnée de temps : “ apres que nous luy eusmes rendu graces de nostre delivrance prochaine … ” ( L. 23). Placée en tête de la phrase, elle crée un effet d’attente et prépare un événement de taille qui prend la forme d’une proclamation solennelle, faite au discours indirect : “ le maistre du navire dit tout haut que … ” (L. 24-25). Il est à noter que dans la perspective de la stratégie dilatoire développée dans le passage, la proclamation du maître du navire ne s’inscrit dans la continuité narrative qu’en apparence, car elle constitue non pas une progression mais une suspension sur le plan événementiel, en ce sens qu’ elle renvoie à un événement hypothétique dans le passé, ce qui suspend, pour un moment toute progression effective de la diégèse. Le recours à l’imparfait du subjonctif : “ nous fussions ”(L. 25 ), œuvre dans le sens du retour en arrière ( il s’agit d’une analepse selon la terminologie de Gérard Genette). Le discours dilatoire porte sur l’anthropophagie qui s’impose de plus en plus comme unique remède à la dure famine qui sévit sur le bateau. Le risque du cannibalisme implique à la fois un danger physique (le risque d’être mangé), et moral étant donné que l’anthropophagie est un péché et une pratique anti-chrétienne : “ le maistre du navire dit tout haut, que pour certain si nous fussions encor demeuré un jour en cet estat, il avoit deliberé et resolu, non pas de jetter au sort, comme quelques uns ont fait en telle destresse, mais sans dire mot, d’en tuer un d’entre nous pour servir de nourriture aux autres. ” (L. pages537-538). La menace est d’autant plus forte que l’équipage risque, en se livrant à cet acte cruel, de s’assimiler aux Sauvages ; pire encore, de devenir plus barbare que les Sauvages eux- mêmes, puisque ces derniers ne consomment la chair humaine que par vengeance et non par faim ; leur anthropophagie est donc moins grave, elle est d’honneur et non de nutrition ( ce n’est pas un hasard si le cannibalisme de nutrition n’ a été envisagé qu’en proximité d’une Europe qui sombre progressivement dans les horreurs des guerres fratricides de Religion ). Il est à noter aussi que la menace du cannibalisme ( même dissipée puisqu’elle relève de l’hypothétique non réalisé dans le passé) tend à créer, chez le lecteur, une réaction, d’horreur, surtout que la résolution du maître du navire dépasse en cruauté les cas précédents d’anthropophagie sur bateau dans les récits de voyage antérieurs à l’Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil , et ce dans la mesure où la victime n’est pas choisie par tirage au sort( comme le veut la coutume chez les marins) mais bel et bien par le maître du navire lui-même. La résolution de ce dernier passe pour cruelle parce que le facteur du hasard n’intervient pas pour amoindrir la cruauté de l’acte cannibale. L’impression de l’horreur, suscitée par le discours rapporté du maître du navire, est renforcée par la note qui surenchérit en faisant allusion à la consommation d’un dénommé Lachere : “ il y en eut qui mangèrent la chair et beurent le sang tout chaut d’un de leur compagnons nommé Lachere. ” ( note 2, page 538, chapitre XXII ). Ainsi la vue des côtes françaises vient pour sauver de justesse, tel un miracle, l’équipage d’une pratique impie, et le passage souligne clairement l’imminence de ce risque sur le plan temporel : “ le maistre du navire dit tout haut que pour tout certain si nous fussions encor demeuré un jour, (…) ”. Le discours de Léry commente celui du maître de navire tout en s’en différenciant. En effet, le ton léger , volontiers ironique d’un Léry heureux d’avoir été épargné, contraste nettement avec le ton solennel et grave de la proclamation du maître du navire : “ ce que j’apprehenday tant moins pour ma mon regard qu’encore qu’il n’y eust pas grand graisse en pas un de nous, si est-ce toutefois, sinon qu’on eust seulement voulu manger de la peau et des os, que ce n’eust pas été moy. ” (L.29-30). Ce qui attire l’attention dans le commentaire conclusif de Léry, est qu’il n’appréhende pas la menace de l’anthropophagie en tant que danger moral et pratique impie, mais comme simple menace physique à laquelle il a échappé. Néanmoins cette réaction permet à l’auteur de l’Histoire d’un voyage de réaliser deux objectifs qui sous-tendent toute l’œuvre : Le premier consiste à personnaliser l’expérience vécue par le passage du “ nous ” au “ je ” : “ ce que j’apprehenday tant moins pour mon regard (…) ”, le deuxième objectif étant la volonté de Léry de montrer la faim qui l’a éprouvé, lui, plus que les autres ; il prétend ainsi présenter l’épreuve subie par lui comme la plus affligeante, et par conséquent, la place au dessus de l’épreuve vécue par l’ensemble des passagers : l’épreuve personnelle devient alors plus extraordinaire que l’épreuve collective. Conclusion : Il a été démontré, au cours de cette explication, que la rhétorique du texte développe une stratégie dilatoire qui prend plusieurs formes : réaction spontanée d’un lecteur supposé, mise en scène des épreuves subies, conclusion à valeur redondante, discours rapporté du maître du navire, ou bien encore le commentaire de Léry lui- même ; autant de procédés qui permettent de différer l’arrivée de nos voyageurs et de la présenter sous le signe du providentiel. Ces procédés constituent une mise en valeur par retardement de l’arrivée salutaire ; ils visent aussi à particulariser l’épreuve personnelle de Léry, ce qui va dans le sens de la prétention à l’élection développée dans plusieurs chapitres. Tout prend alors une dimension symbolique : le navire devient la métaphore de l’âme errante, le port la manifestation de la grâce divine, et l’extrême maigreur de Léry une forme de dépouillement nécessaire à la sublimation de l’aventure. Le texte semble, enfin, être une mise en scène du passage de l’auteur de l’Histoire d’un voyage au stade spirituel de l’élu parmi les élus. |
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