Séquence de seconde : étude d'un genre : la Nouvelle, par Chantal Anglade

ÉTUDE D'UN GENRE : LA NOUVELLE

Corpus :

Une liaison dangereuse, Yves Simon ( nouvelle parue dans un recueil édité par Librio intitulé C'est la rentrée et distribué en supplément d'un numéro de Libération le jour de la rentrée 97 )

Quand Angèle fut seule, Pascal Mérigeau ( nouvelle parue dans le n° 28 de la revue Polar - 1983 )

Une Partie de Campagne, Guy de maupassant (Édition Livre de poche-Les classiques d'aujourd'hui, édition qui a l'avantage de donner aussi le scénario du film de Jean Renoir, et de ne coûter que 10 francs)

on peut ajouter éventuellement la lecture ou l'étude du Bonheur dans le crime

Cette séquence est adaptée à un début de Seconde : l'étude de la nouvelle d'Yves Simon permet de mettre évidence le saut que représente le passage en seconde, rupture avec le cocon supposé du collège ; elle permet aussi de montrer qu'un texte ne s'écrit que par rapport aux textes précédents, qu'il y a donc des références classiques, et qu'un élève de Seconde les connaît, même confusément ( Les liaisons dangereuses, il connaîtra au moins le film ; Beethoven ; L'île au trésor...).

C'est l'activité de lecture qui sera dominante ; il s'agira aussi de faire des recherches pour éclairer les références contenues dans la nouvelle.

La seconde nouvelle - qui est une nouvelle "policière" avec intrigue et mystère - permet de travailler la notion de cohérence : cohérence tout simplement de situation ( la campagne, ce n'est pas la ville ; les souvenirs sélectionnés par le monologue intérieur d'Angèle doivent faire sens ; une lecture progressive des indices permet de comprendre la chute de la nouvelle; enfin, quand les élèves seront en situation d'écrire à leur tour un paragraphe de la nouvelle, ils devront être attentifs à utiliser une langue de la même teneur que celle de Pascal Mérigeau , à garder les caractères psychologiques des personnages et le ton de la nouvelle qui ne peut pas tomber dans le sensationnel, à ne pas commettre d'anachronisme).

C'est l'activité d'écriture qui sera dominante : seul le premier paragraphe est distribué, son étude conduit à l'écriture du second paragrahe ; puis les trois paragraphes suivants sont distribués et leur étude conduit à l'écriture du dernier paragraphe.

L'étude de la troisième nouvelle permet d'insister sur la notion de première page : ouverture réaliste et donc étude des indices spatio-temporels, mais aussi symboles des différents lieux traversés par la carriole , présentation des personnages - en fait les lieux et les personnages sont présentés en fonction de la suite de la nouvelle ; on étudiera aussi la notion de point de vue qui deviendra cruciale par la suite, la narrateur se révélant très cruel vis-à-vis de ses personnages; elle permet aussi d'étudier l'effet de chute de la dernière page ; elle permet enfin d'amener à la notion de naturalisme : destruction de tout caractère sentimental, tabous qui sont objets d'écriture.

On comparera la nouvelle au film de jean Renoir, et cela permettra de travailler la notion d'interprétation, puisque le film est moins "naturaliste" que la nouvelle et accorde plus de hauteur aux personnages.

C'est l'activité d'analyse et de commentaire qui sera dominante : on distribue un planning de série de questions auxquelles les élèves doivent répondre par écrit.

I ÉTUDE D' UNE LIAISON DANGEREUSE

Première séance :

dix dernières minutes de la premiere ou deuxième heure de cours en fait : distribution de la photocopie de la nouvelle et lecture par le professeur. À l'oral, des questions ultra-simples : de quoi s'agit-il , pourquoi ce texte en début d'année ? peut-on expliquer le titre ?

Travail pour la séance suivante : 1. qu'est-ce qu'une référence ? 2. Repérez, justifiez grâce au contexte toutes les références que vous trouvez.

• deuxième séance :

vérification du travail

explicitation de ce qu'est une référence grâce à l'article du Robert (article joint )

mise en place de la notion d'intertextualité ( qui sera essentielle plus tard lorqu'on étudiera les mouvements littéraires du XIXème siècle - romantisme-réalisme-naturalisme). définition : ensemble des relations existant entre un texte et d'autres avec lesquels le lecteurs établit des rapprochements).

ici, le narrateur aide considérablement le lecteur à établir des rapprochements :

relevé des références :

-titre, ligne 2 Les liaisons dangereuses, Choderlos de Laclos ligne 3, ligne 24 la contesse de Merteuil, Valmont + "je t'écrirai" ligne 23 +le mot "lettres" ligne 25, "théâtre" ligne 26, "chef d'oeuvre" ligne 27 : c'est la référence essentielle; Le jeune homme et Lesley ont en commun avec Merteuil et Valmont la correspondance et beaucoup d'ironie.

- lignes 26-27 une métaphore pour que l'amour devienne littérature : "l'amour serait un théâtre et notre correspondance un chef d'oeuvre"

- lignes 3 et 4, Apache, les Shadows ( rock western, des années 50-60)

- lignes 35-37 : Beethoven ( début XIXème), Stauss ( fin XIXème), Tuonela (?), My prayer des Platters (années 50)

- ligne 38 : "un romantique"

- ligne 40 : "moi, le veuf, inconsolable" : Les Chimères de Nerval

"Je suis le Ténébreux, le veuf, -l'inconsolé

Le Prince d'Acquitaine à la Tour abolie.

Ma seule étoile est morte - et mon luth constellé

Porte le soleil noir de la Mélancolie."

- lignes 43 et 48 : Robinson et l'île Esperenza : le Robinson Crusoë de Defoe

- ligne 58 "le dimanche, dès l'aube" + idée de départ ( "je pris le premier autorail") : Victor Hugo

"Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne

Je partirai. vois-tu, je sais que tu m'attends.

J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.

Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps"

- ligne 80 " Je me rendais dans une colonie universaitaire alors que je la découvris pénitentiaire", mauvais jeu de mots pour La Colonie pénitentiaire de Kafka.

Finalement, cette nouvelle est "truffée" de citations - déguisées ou pas -, de références assez scolaires en fait - il s'agit bien de scolarité. Une grande place est faite par ce jeune homme qui fait sa rentrée dans un lycée technique à la littérature. D'où, l'étude particulière du dernier paragraphe, sorte de conclusion en forme de leçon : "je découvrais" - étude que l'on fera lors de la troisième séance.

Travail pour la prochaine séance : 1. Proposer un plan de la nouvelle, donnez des titres aux parties ( et sous-parties s'il y en a ) . Pour le professeur, il s'agira non pas de plan, mais de structure : bref, comment ça fonctionne, une nouvelle ? 2. A quoi le lycée est-il comparé ? 3. Étude du dernier paragraphe : en conclusion, les découvertes du narrateurs sont-elles positives ou négatives ?

Troisième séance

1: stucture de la nouvelle :

I lignes 1-27 : introduction : a. situation dans le temps : le temps n'est pas précisé justement ("il y a déjà quelques temps"), il est asssocié à la jeune femme aimée (premier paragraphe), puis à la mère ("pour l'heure, ma mère brodait")

b. situation du récit : séparation d'avec les deux femmes et puisqu'il y a séparation, décision d'écriture.

II lignes 28-59 : rêve et préparation à l'aventure inconnue : mise en condition sentimentale ("dernière soirée") et mise en mémoire de références (phantasme de liberté et d'espérance avec Robinson).

III Blanc typographique - pour rendre plus âpre encore la déception.

IV lignes 60-85 : réalité : la prison.

V Blanc typographique - pour que murisse la reflexion et se tire la conclusion;

VI Conclusion : écrire, aimer, imaginer.

2. À quoi le lycée est-il comparé ?

- lignes 60-85, relevez le champ lexical de la prison.

- idée d'enfermement et de rupture avec le passé et l'enfance en particulier ( on avance vers la moralité du récit) : "A l'instant même où je franchissais la grille d'entrée ( grilles//prison, "franchissais"//rite d'initiation, cap que l'on passe) , la contesse de Merteuil était morte, mon enfance avec. j'étais bel et bien prisonnier"

3. Étude du dernier paragraphe : "connaissance" s'oppose à "desespoir" - et le dépasse, on a d'ailleurs le mot "remèdes" ensuite. Donc, le lycée est une réalité décevante et difficile, mais le desespoir qu'il suscite mène à l'apprentissage, la découverte ("je découvrais") et la croissance.

II ÉTUDE DE QUAND ANGELE FUT SEULE

Première séance :

1. Définition d'un genre, la nouvelle (on s'appuie sur la nouvelle étudiée, sur les nouvelles auparavant lues au cours de leur scolarité des élèves) :

définition du Petit Robert : "récit généralement bref, de construction dramatique, et présentant peu de personnage"

- point commun avec le drame ; le même concentration, la même densité.

Point commun avec le roman : le récit .

Les éléments constants de la nouvelle : c'est un récit bref ne dépassant pas cinquante pages ; c'est un récit nettement structuré à l'aide de repère chronologiques et d'un découpage typographique nettement apparent ; le sujet est restreint ; le récit est mené d'un seul point de vue ; le récit est "reserré" : entrée en matière immédiate, effet intense de la conclusion réduite à peu de phrases ; c'est un récit qui prétend être vrai, qui s'ancre dans le réel ( même si elle l'abandonne comme dans la nouvelle fantastique ) et s'appuie sur un contexte réaliste.

2. Distribution et lecture du premeir paragrahe de la nouvelle ( on sait qu'elle compte cinq paragraphes) :

la question est : que peut-on dire de complet en cinq paragraphes, soit 75 lignes ?

compte tenu du titre, quelle type de nouvelle a-t-on ? descriptive à cause du titre ? D'après "l'effet Poe", on attend un retournement final dans ce paisible village.

Lecture des réalités décrites : village, femme discrète, poids des traditions,…

Lecture des indices : le récit s'ouvre sur une fin (enterrement ), ; texte qui pousse au récit de souvenirs ; pourquoi parler de Germaine Richard qui "a l'air d'une catin" ? Pourquoi le paragraphe s'arrête-t-il ici ? Comprenons-nous tous qui est Baptiste ?

Travail pour la séance suivante : écrire le second paragrahe de Quand Angèle fut seule.

Critères d'évaluation :

- environ 20 lignes de 15 mots (=300 mots) : 2 points

la copie est bien présentée ( le sujet est recopié, on écrit au stylo d'une écriture lisible, on tente de vérifier grammaire et orthographe ) : 2 points

Le style d'écriture est respecté ( pas de décalage de niveau de langue) : 3 points

Ce second paragraphe est cohérent par rapport au premier ( il ne contredit pas ce qui a été écrit, il maintient les mêmes réalité de lieu, de temps, de caractères des personnages ) : 7 points

Ce second paragraphe n'est pas une fin, il ouvre au contraire sur la suite, en ménageant du suspens : 6 points

Deuxième séance :

la moitié des copies sont ramassées

certaines copies sont lues, avec l'accord des élèves concernées et évaluées en fonction des critères retenus

le second paragraphe de Pascal Mérigeau est lu

les paragraphes 2, 3, 4 sont distribués, il manque donc la fin, c'est-à-dire la résolution de l'énigme.

lecture des indices : on fait la part de ce qui est indice et de ce qui est rien => jalousie à l'égard de la femme, à l'égard de la mère, symbolique des noms ( Cécile, c'est celle qui est aveugle ; Germaine, c'est celle qui est fertile ; Angèle, celle qui est un ange, etc. les noms mentent ou disent la vérité ).

Travail pour la séance suivante : écrire le dernier paragraphe de Quand Angèle fut seule.

Critères d'évaluation :

- environ 7 lignes de 15 mots (=110 mots) : 2 points

la copie est bien présentée ( le sujet est recopié, on écrit au stylo d'une écriture lisible, on tente de vérifier grammaire et orthographe ) : 2 points

Le style d'écriture est respecté ( pas de décalage de niveau de langue) : 3 points

Ce second paragraphe est cohérent par rapport aux précédents ( il ne contredit pas ce qui a été écrit, il maintient les mêmes réalité de lieu, de temps, de caractères des personnages ) : 7 points

Pertinence : ce dernier paragraphe est une fin, il répond aux questions que se posait le lecteur : 6 points

Troisième séance :

la moitié des copies sont ramassées

certaines copies sont lues, avec l'accord des élèves concernées et évaluées en fonction des critères retenus

le dernier paragraphe de Pascal Mérigeau est lu, l'effet de fin est commenté.

III Étude d' Une partie de Campagne

N.B. : la nouvelle a été donnée à lire en début d'année pour une date fixée , dernière semaine de septembre.

A la page suivante est donné un planning de travail pour les élèves, des blancs sont laissés pour y ajouter les dates des préparations.

Voir un document internet

http://perso.club-internet.fr/apetitea/seb40.html

(document joint en photocopie )

Jointe aussi une photocopie de la première page de la nouvelle pour ne pas s'arracher tous les cheveux - que nous avons beaux encore - quand la moitié de la classe aura oublié son livre.

PLANNING DE L'ETUDE D' UNE PARTIE DE CAMPAGNE

MAUPASSANT

Edition Livre de Poche- les classiques d'aujourd'hui

POUR LE : ETUDE DE LA PREMIERE PAGE DEPUIS L'INCIPIT JUSQUE "les miasmes des dépotoirs."

1) INSCRIPTION DANS L'ESPACE

- Relevez les noms propres de lieux : quelle est leur fonction dans cette première page ?

- Quelles sont les différentes étapes du "voyage" ? qu'est-ce que les différents lieux symbolisent ?

2) ENONCIATION

- Quelle est la valeur de "on" (lignes 1, 3, 4; puis ligne 14 ; puis ligne 18) ?

-Qui perçoit les personnages, le paysage ?

3) PERSONNAGES

- Quel commentaire faites-vous du prénom et du nom du personnage féminin Pétronille Dufour ?

-Les autres personnages sont-ils nommés ? Pourquoi ou pourquoi pas ?

- Quelles sont les connotations contenues dans la phrase " La femme, à côté de son époux, s'épanouissait dans une robe de soie cerise extraordinaire ."?

POUR LE : LA SCENE D'AMOUR, page 26-27 depuis " La jeune fille pleurait toujours " jusque "s'acheva dans un sanglot."

1) Etudiez le parallélisme entre le chant du rossignol et l'acte amoureux.

2) Le narrateur fait-il de cette scène une scène "romantique" ? réaliste ? Que pensez-vous de ce narrateur ?

POUR LE : DERNIERE PAGE depuis " Deux mois après " jusque la fin .

1) Commentez " La grosse dame s'arrondissait au comptoir."

2) Quel est l'intéret du discours direct ?

3) En quoi cet épilogue est-il méchant ? Sur quelles pensées laisse-t-il le lecteur lorsqu'il ferme le livre ? Répondez longuement en réfléchissant aux contradictions du personnage d'Henriette.

LE , le film de Jean Renoir, Une Partie de Campagne (1946) , sera projeté. Pendant la projection , notez brièvement quels sont du texte au film

Première séance : ETUDE DE LA PREMIERE PAGE DEPUIS L'INCIPIT JUSQUE "les miasmes des dépotoirs."

La nouvelle, dans l'incipit, prend en charge les personnages avant le jour de Sainte Pétronille, le 31 mai, et avant leur apparition sur leparcours Paris-campagne ( valeur du P.Q.P. )

Tout est mis en place : lieux, temps printanier, personnages, et ambiance ( d'une part une atmosphère sale qui est symbolisée par la banlieue dévastée, d'autre part une atmosphère de désir qui est symbolisée par le lumière et la luxuriance de la nature).

Les noms propres assurent une ouverture réaliste en produisant un effet de réel - comme si cette première page dépliait une carte de l'ouest de Paris.

Il y a trois étapes dans ce parcours : sortie de Paris, la Ville, monde des privilégiés ; sorte de no man's land ( deux paragraphes depuis "le soleil commençaità brûler les visages" jusque "odeur moins agréable encore") ; la nature accueillante et bienveillante à laquelle on accède à la fin de notre extrait.

è cette beauté est tout d'abord perçue de loin, pour la rejoindre il faut traverser la banlieue "lèpreuse" ; en tout cas, la beauté cotoie la laideur. On retrouvera ces deux aspects dans la nouvelle.

Voir le vocabulaire dépréciatif :" campagne interminablement nue, sale, puante", "lèpre", "ravagée", "rongeait", "squelettes de bâtiments défoncés et abandonnés", "sol stérile", "champs putrides", "odeur moins agréable encore" //voir le vocabulaire appréciatif ( verbes : "se dressait", "s'en élevait" …; adjectifs :"formidable", "douce", "bienfaisant", "pur", ; substantifs : "une admiration", vocabulaire de la campagne, et de la lumière.

Il y a là un avertissement en première page sur la laideur aussi d'une partie de campagne.

On : qui voit ? qui pense ?

lignes 1,3,4, le "on" représente les personnages avant même qu'ils ne soient présentés. Ils sont donc désignés en groupe, en masse, sans personnalité distincte. C'est leur point de vue qui s'exprime.

Ligne 14 : "On apercevait encore la chevelure jaune d'un garçon" ; c'est un narrateur externe et distrant qui voit et qui juge ("jaune" est particulièrement méprisant).

Ligne 18, "on" représente la masse indistincte des personnages alors qu'ils ont été présentés au paragraphe 2 - ils ne se distinguent cependant pas les uns des autres. La phrase " on s'était mis à regarder la contrée" ouvre sur une description de la campagne du point de vue -naïf - des pesronnages, alors que le regard sur la banlieue lèpreuse sera celui - cruel - du narrateur. Ce regard s'exerce aussi sur les personnages.

Les personnages :

- Pourquoi le prénom de Madame Dufour dans le premier paragraphe ? la date de sa fête permet de situer l'action au printemps (31 Mai) ; d'autre part, c'est un prénom ridicule ; le dictionnaire de l'argot signale "pétrus" qui désigne les fesses.

Paragraphe suivant : présentation des pesronnages par le narrateur ; ils sont présentés par paire, monsieur et madame, puis la vieille femme et la jeune fille, enfin un élément isolé. La position des personnages ( tout devant sur la banquette du cocher, derrière sur des chaises, enfin couché à même le sol, comme un animal) symbolisent de manière riddicule leur position familiale et sociale.

Quelles sont les connotations contenues dans la phrase " La femme, à côté de son époux, s'épanouissait dans une robe de soie cerise extraordinaire ."? La femme est à la fois ridicule et totalement inconsciente de l'être : idée de trop plein, rouge très foncé de la cerise, "extraordinnaire" dit le hors du commun dans le criard, le voyant plutôt que la beauté.

Deuxième séance : LA SCENE D' AMOUR, page 26-27 depuis " La jeune fille pleurait toujours " jusque "s'acheva dans un sanglot."

L'objectif de cette lecture est de montrer que tous les éléments d'une rencontre sentimentale sont présents dans le texte, mais que l'écriture naturaliste de Maupassant détruit tout romantisme ( les clichés) au point de fournir un texte pornographique à peine crypté.

La question est : du récit de quoi s'agit-il ? Quel regard porte le narrateur sur ses jeunes personnages ?

Récit

Etude des temps et de leur valeur : imparfait ( atmosphère, description du lieu isolé propice aux amours, durée et répétition aussi) et passé simple ( pour toutes les actions qui font avancer l'intrigue, le récit°.

Récit de quoi ? Les connecteurs de temps sont fortement présents ("toujours", "brusquement","alors", "d'abord","puis", "puis", "quelquefois" ; le verbe "s'acheva" clôt notre extrait. Que s'est-il passé ?

Les éléments d'une rencontre amoureuse et sentimentale, les éléments romantiques

Evidemment, le lieu : isolé au sens propre puisque c'est une île sur la rivière, nature presque sauvage.

La situation du tête-à-tête: "la jeune fille" /Henri: le trouble d'Henriette ("sensations très douces"); les gestes d'abandon amoureux ( tête/épaule, "il la baisa sur les lèvres") ; le désir amoureux lui-même ; les larmes du début ("La jeune fille pleurait toujours") et de la fin ("s'acheva dans un sanglot").

Le rossignol, symbole même de l'amour que l'on chante.

Ces éléments sont aussitôt vidés de romantisme

le trouble d'Henriette : elle est "piquée de chatouillements inconnus"

le chevalier servant "s'abattit sur elle, la couvrant de tout son corps".

Les larmes : d'ignorance et de sentimentalité au début ("inconnus"), de vaincue à la fin ( voir six lignes plus bas "comme si un dégoût se fût élevé entre leurs corps, une haine dans leurs esprits").

Le rossignol comme "la brise molle" et les branches et les feuilles sont la métaphore de l'acte amoureux, au point que l'on peut faire une lecture pornographique de cet extrait.

Pornographie déguisée :

On reprend la question posée et le relevé fait précédemment : Récit de quoi ? Les connecteurs de temps sont fortement présents ("toujours", "brusquement","alors", "d'abord","puis", "puis", "quelquefois" ; le verbe "s'acheva" clôt notre extrait. Que s'est-il passé ?

Le chant du rossignol :

d'abord "trois notes pénétrantes"

puis "des modulations très lentes"

"Une brise molle" :

"soulevant un murmure de feuilles" + "profondeur"

Le chant du rossignol :

ivresse

"s'accélérant peu à peu"

puis "se déchaînait"

"pâmoisons prolongées", "grands spasmes"

quelquefois "se reposait un peu"

ou bien "une course affolée, avec des jaillissements de gammes, des frémissements, des sacades"

"cris de triomphe"

"Mais il se tut" +"s'acheva".

Inutile, je suppose, de commenter la variété des rythmes, l'acmé et la chute suggérés par les mots relevés.

Conclusion :

cette scène d'amour est une réécriture de scène romantique par un narrateur cruel doublé d'un écrivain naturaliste qui ne fait aucune concession aux sentiments, se moque de ses personnages. Le lecteur peut éprouver des difficultés à lire un tel cynisme ( c'est la raison pour laquelle bien souvent il ne perçoit pas la métaphore sexuelle du rossignol ). Jean renoir, dans son film, refusera cette interprétation et rendra la scène d'amour réaliste mais sentimentale.

Troisième séance : DERNIERE PAGE depuis " Deux mois après " jusque la fin - lecture à peu près linéaire.

Cette dernière page est une double fin, séparée du récit de la "partie de campagne" par un blanc typographique, qui répond aux derniers mots : "un soupir et une larme leur répondirent". Après deux ellipses temporelles ("Deux mois après" et "l'année suivante"), ce soupir de Mme Dufour et cette larme d'Henriette vont prendre voix.

C'est le même personnage masculin, Henri, qui fait le lien entre les deux scènes qui toutes deux sont isolées dans le temps et dans l'espace - "comme il passait rue des Martyrs" et "un dimanche qu'il faisait beau" : l'itinéraire de la rue parisienne à l'île est retracé. Dans le deuxième volet de cette fin, le temps est cyclique : on a les verbes "revinrent" et "retourna" ; la question est de savoir si la boucle de l'intrigue amoureuse se referme comme se termine la nouvelle, ou si un nouveau cycle se remet en place ( rien n'empêcherait Henri et Henriette d'envoyer le mari aux cheveux jaunes à la pêche une prochaine fois).

L'effet de fin est "l'effet Poe" : cette fin se lit d'une traite, et l'effet que rien ne laisse imaginer dans la nouvelle est bien préparé.

Premier volet de la fin : rencontre Henri/Mme Dufour :

Le nom de la rue est signifiant et s'oppose à l'aspect idyllique de la campagne. C'est le narrateur qui va martyriser lespersonnages aux yeux du lecteurs et montrer plus encore toutes leurs petitesses.

cette rencontre n'est pas voulue : "comme il passait ", il n'y a donc aucune recherche amoureuse de la part du canotier ( en d'autres termes, jamais ne lui est venue l'idée de rechercher Henriette et de la garder pour lui). Ce caractère passif est renforcé après la révélation du mariage d'Henriette par "Il s'en allait fort triste, sans trop savoir pourquoi ".

Mme Dufour est encore plus repoussante : adjectif "grosse"+"s'arrondissait", le mot "comptoir" fait référence à l'argent : on est loin de la campagne.

les relations des deux personnages sont ambiguës : la grosse dame est rétabie dans sa dignité, et le jeune homme a été témoin de son aventure ; ils vont donc parler à mots couverts .

le personnage absent est l'autre canotier : on a un glissement du pluriel "dites-lui de venir nous voir" au singulier "cela me fera bien plaisir".

intêret de cette scène : l'information qu'elle apporte : le mariage d'Henriette et du garçon aux cheveux jaunes que la nouvelle ne désignait que par des métaphores animales.

Blanc typographique : pour que le temps passe, pour que montent les impressions et les souvenirs ; autre ellipse temporelle.

Second volet de la fin : rencontre Henri/Henriette :

Il n'est d'ailleurs pas nécessaire de nommer Henriette, elle est désignée par le pronom personnel "elle".

Encore une fois le jeune homme n'a aucune analyse de ses sentiments : ses souvenirs "revinrent" sans qu'il sache pourquoi, le narrateur suggère que c'est à cause de la chaleur.

Point du vue d'Henri toutefois, il est "stupéfait" et le lecteur partage sa stupéfaction. Sur quoi porte la stupéfaction ? surprise de la retrouver là ? vulgarité de la vie qu'elle mène ?

Le lecteur est sensible aux désirs des jeunes gens : c'est encore cette tentation romantique qui va être brisée par un narrateur cruel : décidément, ils n'ont pas une grandeur d'âme suffisante pour s'aimer.

Les désirs sont explicites : "détails (…) si nets et si désirables", pâleur d'Henriette, confession d'Henriette, "moi, j'y pense tous les soirs" ; pourtant, ils se résignent ( "se mirent à causer naturellement").

La présence de l'homme aux cheveux jaunes désacralise cette rencontre ( comme Arnoux brise la rêverie de Frédérique) : tout en luiest vulgaire et animal ( "dormait comme une brute", ses manières - manches de chemises et "bâillant"-, son langage - "allons, ma bonne"). Il a le dernier mot de la nouvelle et inscrit ainsi le devenir d'Henriette dans le silence.

Juxtaposition de l'aveu d'Henriette et du mot de la fin du mari : effet d'opposition, rapport de force des sentiments et de la vulgarité, victoire de la vulgarité.

Les contradictions du personnage d'Henriette :

Elle semble avoir des sentiments, des désirs et est incapable de s'opposer à un mariage qui ne peut que lui inspirer du dégoût.

Elle n'est pas si naïve, elle n'a d'ailleurs pas résisté à Henri, on s'en souvient. Rien finalement ne dit d'ailleurs que c'était la première fois…

Les élèves diront pour prendre sa défense qu'une jeune fille de son époque "était obligée" d'épouser celui que lui désignaient ses parents : est-ce vrai ? On touche là encore l'opposition romantisme/ réalisme qui se réfère plus à la société.

Quelle solution trouvera Henriette ? probablement l'adultère et aucun lecteur, cette fois, ne pourra le lui reprocher.Elle ressemblera probablement à sa mère qui n'a pas hésité à l'instruire avant son mariage : c'est sordide.

Comparaison de la nouvelle de Maupassant ( 1881) et du film de Jean Renoir ( 1946) :

(je reprends ici un travail fait dans L'école des Lettres II, n°14, 1991-1992)

Eléments supprimés

Eléments conservés

Eléments transformés

Eléments ajoutés par Renoir

Les scènes à Paris ( départ de la carriole et deux mois plus tard rue des Martyrs)

L'intrigue

Henri est nommé et différencié de son compagnon dès le début du film

Les personnages ont un physique plus précis ; pour Mme Dufour moins caricatural ; pour Henriette moins sensuel

Des deux sauts temporels à la fin, il n'en reste qu'un

Le cadre de l'intrigue : époque, lieu

Henri choisit Henriette pour partenaire pour la promenade en yole

Beaucoup plus de dialogues

L'évocation précise du déjeuner

Les personnages principaux

Insistance sur l'eau ( élément romantique) plus que sur le soleil et la chaleur

Le personnage du patron ( interprété par Renoir)

 

L'unité de temps

Le rôle du rossignol : véritable chant

La pluie clôturant les amours

 

Certains éléments de dialogue

Omniprésence du thème de la pêche qui est la métaphore de la séduction amoureuse

Le chapeau qui sert d'appât et parallèlement la chaussure que pêche le garçon aux cheveux jaunes

 

 

L'ironie et la cruauté de Maupassant deviennent du comique et de la tendresse chez renoir

Le ridicule des deux hommes "cocus" est amplifié

 

 

 

Les séminaristes, clin d'œil anti-clérical

 

 

 

 

L'allusion aux frères Prévert qui est évidemment anachronique

 

 

 

 

Comparaison de la nouvelle de Maupassant ( 1881) et du film de Jean Renoir ( 1946) :

Photocopie à distribuer aux élèves ( utiliser de préférence le format A3)

Eléments supprimés

Eléments conservés

Eléments transformés

Eléments ajoutés par Renoir