SUJET III
Dissertation sur un sujet littéraire
Selon Zola (Les Romanciers naturalistes, 1881), le romancier naturaliste « tue le héros », c’est-à-dire qu’il refuse de mettre en scène des « personnages grandis outre mesure. »
Pensez-vous que cette affirmation s’applique aux personnages principaux du roman naturaliste que vous avez étudié ?
Suggestions de correction
N’oubliez pas que le devoir doit être COMPOSÉ. Cela signifie qu’il doit comporter une introduction, au moins deux parties, et une conclusion.
Le sujet comportait deux expressions empruntées à Zola et tirées des Romanciers naturalistes. Il fallait reprendre ces deux expressions dans votre introduction, en mentionner l’auteur et l’ouvrage dont elles sont tirées, sans recopier textuellement le sujet. Par exemple :
On a souvent reproché aux romanciers naturalistes de proposer une image trop sordide de la réalité. Certains ont même déploré que les personnages représentés soient dépourvus des aspects admirables ou sympathiques qui font que le lecteur s’identifie à un héros.
Mais il s’agit d’un choix délibéré, puisque en 1881 dans Les Romanciers naturalistes, Zola, écrit que le romancier « tue le héros », et que par réaction contre la littérature idéaliste, il doit éviter de présenter des « personnages grandis outre mesure ».
Dans la phase suivante de votre introduction, il vous appartenait d’expliquer en peu de mots ce que signifie « tuer le héros » ou le « grandir outre mesure », et surtout de mentionner le titre du roman naturaliste dont vous allez parler, en faisant valoir comment cette considération s’applique particulièrement bien à l’œuvre choisie.
Ensuite, ne pas oublier d’annoncer le plan, et hop ! on peut commencer la première partie.
Le plan pouvait être :
Un roman en rupture avec une longue tradition romanesque.
Il ne s’agissait pas de faire l’inventaire de romans antérieurs qui ne sont ni dans le programme ni dans le sujet, mais de trouver, dans les personnages du roman que vous avez étudié, ce qui les distingue radicalement des héros traditionnels. La matière ne manquait pas : milieu sordide ou misérable, caractères chargés par une lourde hérédité, alcooliques, assassins, personnages obsédés par la seule réussite sociale ou au contraire entraînés dans une déchéance irrésistible, images souvent peu flatteuses de leurs amours...
Une nouvelle forme de héros.
Les personnages des romans naturalistes ne sont certes pas des héros au sens traditionnel, mais, par la médiocrité ou au contraire la démesure de leurs destins, parfois même par ce qu’ils ont d’odieux ou de répugnant, ils prennent un caractère de mythes au même titre que les héros admirables que présente la littérature idéaliste.
Le résultat est différent selon les œuvres étudiées : soit les personnages (dans la Bête humaine, dans Thérèse Raquin) trouvent dans le crime et la folie une sorte de grandeur tragique, soit comme Etienne dans Germinal, leur destin les apparente aux personnages épiques. Chez les personnages de Maupassant, l’intérêt est plus psychologique et sociologique.
La réussite du romancier naturaliste est donc de représenter en les transfigurant par l’art, des types humains de son époque, ou des phénomène psychologiques remarquables.
Ce n’est pas un phénomène vraiment nouveau au XIXe siècle, car il y a toujours eu une littérature « bourgeoise » qui, du Roman de Renart au Roman comique de Scarron, en passant par les Nouvelles exemplaires de Cervantès qui se plaît à représenter la réalité triviale, mais celle-ci se classait le plus souvent comme « comique », sans prétendre ouvertement au grand art. L’originalité des écrivains naturalistes est sans doute d’avoir introduit cette inspiration dans le genre littéraire noble par qu’est devenu le roman au XIXe siècle. (ouvertures possible sur les « anti-héros » qui abondent dans la littérature du XXe siècle, mais existent bien avant : Balzac, et ailleurs qu’en France : Dostoïevski).
Recommandations d’une commission sur l’évaluation des copies :
On attend du candidat :
une introduction avec mention du sujet
une conclusion
2 parties dans le développement (s’il y en a 3 : à valoriser)
a) Analyse du caractère médiocre/ordinaire du personnage naturaliste avec référence(s?) au texte: 10 et plus.
Valoriser toute copie qui analyse la notion de « héros »
b) Contresens sur « tuer » (le romancier fait mourir son personnage) : 6/20 (bien entendu, s’il n’y a que cela dans la copie, sinon moins de 10/20)
c) Problème du pluriel dans l’énoncé (« aux personnages... ») : ne pas sanctionner si le candidat ne parle que du seul personnage principal du roman étudié, notamment pour Maupassant. Mais s’il y en a plusieurs, c’est mieux.
d) une copie avec seulement des passages narratifs (on raconte l’histoire du personnage) : 6/20...
e) copie hors sujet mais correctement écrite, montrant une connaissance de l’œuvre et structurée : 8 ou 9/20
Moralité : vous auriez dû choisir ce sujet et apprendre par cœur n’importe quoi de structuré sur l’œuvre étudiée. C’était 8 ou 9 d’assurés, même pour les plus lamentablement nuls en français, pourvu qu’ils aient une mémoire correcte. Pour les malades, il reste la session de septembre. Pour les autres, c’est trop tard : l’EAF va complètement changer l’an prochain ! On vous a bien eus ;-)