Temps scolaire et rythmes de l'enfant

Faut-il supprimer l'école le samedi matin ?
"Ce n'est évidemment pas de cette façon que la question doit être posée."

COMPTE RENDU DE LA RÉUNION PUBLIQUE DU 29 AVRIL 2000

Invités : Claire LECOMTE, professeur à l'Université de Lille III, responsable d'une équipe de recherche en chronobiologie et chronopsychologie.

Pierre JOYEUX, responsable des Francas, association d'éducation populaire.

Claire Lecomte :

Le temps scolaire et le temps de l'enfant sont indissociables.

Terminologie : événement rythmé = événement se reproduit identique à lui-même dans le temps. On ne peut pas parler de rythme scolaire, puisque qu'on demande, en principe, aux enfants de changer, d'apprendre, d'évoluer…

On peut aménager les temps, mais pas les rythmes : les rythmes se synchronisent ou se désynchronisent. Modifier les rythmes crée un dysfonctionnement. On peut les changer (travail posté), mais pas les aménager.

Rythmes biologiques

Nous sommes soumis à des rythmes biologiques de différentes périodes :

Rythmes sur 24 h (circadiens) : veille/sommeil, par exemple. Se manifeste par des variations de notre température centrale. Creux en milieu de nuit, plateau en fin de matinée, baisse en fin de journée (bon indic de sommeil : fait froid = allez vous coucher)

Creux de nuit entre 3 et 5 h : vrai quelle que soit l'activité. En principe, quand on dort, mais vrai même pour ceux qui travaillent épisodiquement de nuit. Ça peut provoquer un désynchronisation.

Rythmes mensuels (28 jours) (infradiens) : Il y a des modifications de l'ensemble des fonctions de l'organisme (changement de l'humeur…). Bien connu des personnes de sexe féminin.

Rythmes annuels : dépression saisonnière - ralentissement, fatigabilité. mois de novembre - disparaît en mars.

Rythmes inférieurs à 20 h (ultradiens) : rythme respiratoire, cardiaque (là, personne ne conteste qu'il doit avoir une certaine régularité !), SOMMEIL.

Rythme du sommeil

Au cours de la nuit, répétition de cycles de 90 mn environ, non identiques :

Phase sommeil paradoxal (vers 1 h du matin) (où l'on rêve) : le cerveau s'éveille et le système musculaire est totalement inhibé. Ça ne veut pas dire qu'on peut apprendre en dormant. Mais l'activité permet que les informations apprises auparavant soient traitées en profondeur, apprentissage meilleur. Une fois l'apprentissage acquis, le sommeil paradoxal revient à son niveau de base. A l'inverse, si on supprime électivement le sommeil paradoxal, l'animal n'apprend pas.

Dernier cycle = maximum de sommeil paradoxal. C'est-à-dire que quand on ne se réveille pas spontanément, on risque de supprimer une partie du sommeil paradoxal.

C'est-à-dire pour l'enfant, retarder son heure de coucher fait qu'on risque de supprimer une partie de son sommeil profond, nécessaire pour récupérer physiquement et pour grandir, et que si on le réveille trop tôt, on risque de supprimer une partie du sommeil paradoxal qui est nécessaire pour les apprentissages. On n'apprend pas en dormant, mais apprendre ses leçons avant de se coucher, et les réviser le matin, c'est une bonne chose.

L'horloge de l'éveil est peu "plastique" : en vacances, au début, on se réveille à la même heure. Après cet éveil, même si l'on continue à dormir, le sommeil est de qualité moindre (grasse matinée : "j'ai dormi plus et pourtant j'ai mal à la tête"). Chez l'enfant, l'âge de maturation physiologique approximatif, pour que cette horloge puisse éventuellement bouger, c'est vers 7/8 ans. Même s'ils ont un micro éveil, les enfants peuvent prolonger un peu leur sommeil. Les plus jeunes, quelle que soit l'heure à laquelle ils se sont couchés, se réveillent à l'heure habituelle. Chaque fois qu'on retarde le coucher de l'enfant, on modifie la structure interne de son sommeil, on ne lui permet pas de récupérer.

Pour aller bien, il faut que nos horloges soient synchronisées. Considérons 2 horloges : veille/sommeil et température centrale. Leur vitesse de resynchronisation n'est pas la même : 48 h pour l'horloge veille/sommeil, 8 à 10 jours pour l'horloge température centrale. Le fait que ces horloges ne soient plus synchronisées crée la désynchronisation interne : notre température centrale est à son minimum alors qu'on est éveillé (d'où malaise, pendant une huitaine de jours). Quand on modifie irrégulièrement ces horloges, on peut créer des déphasages permanents.

D'où le problème des coupures dans l'année. Petites vacances 15 jours minimum : les 8 premiers jours ne servent qu'à se resynchroniser et ce n'est qu'au cours de la 2ème semaine qu'il y a possibilité de récupération. Vacances de 8 jours = enfants encore plus fatigués qu'avant de partir. Alternative : ne pas modifier le rythme de l'enfant pendant ces quelques jours-là, même s'ils sont en vacances.

Rythmes psychologiques : l'attention augmente au cours de la matinée, atteint un plateau en fin de matinée, un creux en début d'après-midi, dit creux méridien - avec baisse du niveau de vigilance, quel que soit l'âge, quel que soit le contexte.

La sieste. Elle est nécessaire (en CP, 65 % des enfants s'endorment quand ils en ont la possibilité. En CM, plus de 35 %). Il n'y a pas une courbe qui monte le matin , qui baisse et qui remonte en milieu d'après-midi qui est vraie quoi que l'on fasse. Elle est vraie si le rythme veille/sommeil de l'enfant est préservé, petit déjeuner pris (répercussion très forte sur la courbe d'attention), si le début d'après-midi a été aménagé en fonction des besoins physiologiques des enfants.

L'organisation de l'école et des temps scolaires suppose de parler des espaces, avec des lieux de repos possibles proposés aux plus grands.

Organisation de la journée. Plan pédagogique : la journée doit être organisée en fonction d'alternance de séquences "coûteuses/moins coûteuses" pour l'enfant.

Temps d'accueil le matin : avec une présence des enseignants. Quand les enseignants acceptent de faire 1/2 h de plus dans leur journée en venant le matin en même temps que les enfants (8 h 30, par exemple) pour les accueillir, pour être présents, mais qu'on ne commence l'école qu'à 9 h, les enfants tiennent beaucoup mieux le choc de la journée. Parce que cette 1/2 h est vraiment une 1/2 h de mise en route, le temps d'échanger avec les copains, revoir sa leçon, demander à son maître ce qu'on a pas compris et on a une relation totalement différente avec l'école, les copains et les enseignants. Expériences existent. 1/2 h supplémentaire financée par la municipalité. Et ça marche vraiment bien. Personne n'a envie de revenir en arrière.

On ne peut réfléchir à une organisation du temps de l'enfant que si on accepte de réfléchir à tout ce qui précède. Quel temps, quelle organisation de l'espace, quelle organisation de la journée, de la semaine, de l'année… Mais aussi quel contenu proposé dans les différentes activités, scolaires et périscolaires. Réflexion sur un projet éducatif, projet en coéducation. Possibilité que l'école d'une part s'ouvre à l'extérieur, mais tienne aussi compte des besoins reconnus des enfants, qui ne sont pas que des besoins physiologiques, aussi des besoin sociaux, éducatifs. A partir de là, on peut avoir un projet éducatif qui va dans le sens d'une qualité plus grande des apprentissages pour tous les enfants.

La question du samedi amène à considérer la question des ruptures. Que passe-t-il à chaque fois qu'on crée une rupture au cours de la semaine ? Le samedi supprimé fait que l'on a une longue rupture, du vendredi au lundi. Quand on a désynchronisé l'enfant pendant le week-end le faisant se coucher plus tard le vendredi, plus tard le samedi, parfois plus tard le dimanche… il est clair qu'il n'est absolument pas en forme le lundi, et pas uniquement le lundi matin, le lundi toute la journée. Nous ne sommes donc pas du tout chaud et partant pour que l'on supprime les samedis car on a constaté que cela était plus cause de désynchronisation que la possibilité de temps sociaux pour les enfants. La rupture du mercredi curieusement a rarement les mêmes effets. Plus de régularité dans le rythme (les parents travaillent, les enfants sont chez la nourrice, en halte-garderie, etc.), donc rythme préservé. Temps de respiration. Le rythme, quoique régulier, n'est pas aussi lourd que celui d'une journée de classe. Pour les petits surtout, ça fait du bien.

Du point de vue strict des performances, pas de différences entre samedi ou mercredi, mais ça dépend des âges. Quand on en discute avec les enseignants, ils reconnaissent que le samedi matin, l'école est beaucoup plus calme qu'elle ne l'est à d'autres moments et que eux-mêmes sont dans des conditions d'apprentissage qui sont un peu différentes parce que c'est la fin de semaine. On fait le point (ce qui ne se fait pas le mercredi).

(suite à question salle)

Non, pas le vendredi. Quand le samedi est supprimé, le vendredi après-midi, les enfants ne sont déjà plus là. Fatigués, déjà le WE. (paroles d'enseignants)

Le débat pas ne date pas d'aujourd'hui. L'argument "le samedi matin, ça permet le rapprochement des familles puisque les gens ne travaillent pas" ne tient pas : plus 50% des salariés travaillent le samedi matin (INSEE) (commerces, hôpitaux, etc.).

Pierre Joyeux :

Les Francas, c'est un mouvement d'éducation dont le champ d'action est celui du temps libre. Option de coéducation. Différent intervenants.

Il y a 3 espaces : famille, école et temps libre.

Prégnance de l'espace école, monopole, qui organise la vie sociale. Or, temps scolaire = 950 h, temps famille (hors sommeil) = idem, temps libre = 2000 h.

L'éducation, c'est pas l'enseignement, c'est l'ensemble des influences qui s'exercent sur un individu et que l'individu exerce sur son environnement.

Les influence éducatives sont de tous ordres : TV, copains, parents, école, la rue…

Cette focalisation sur l'école consomme énormément d'énergie.

Problématique : Aménager le temps de l'enfant dans sa globalité autour d'un projet éducatif global et pas sur l'ATS en tant que tel. Comment articuler et faire converger les influences éducatives. Peut-on imaginer un instant que la vie sociale prenne en compte et s'organise en fonction des rythmes de vie de l'enfant , mais pas en fonction des horaires de l'école ou des vacances ?

Les premier tests sur les rythmes ont été faits dans les colos : les enfants sont présents longtemps et 24/24h. Ça marche… A condition que tout le monde soit réuni autour d'un projet éducatif.

Le temps libre est un temps éducatif aussi. Comment être complémentaire des 2 autres espaces éducatifs ? Temps d'accueil pré et post-scolaire et midi. Temps d'accueil du matin fondamental pour démarrer la journée (même 1/4 h). Lien obligatoire avec les parents. Préparer la journée. L'animateur doit connaître ce que l'enfant va vivre dans la journée. Ce n'est pas compliqué si on travaille en bonne intelligence…

Expérience d'Évry. A fonctionné car ville nouvelle. Conjugaison volonté politique de la municipalité (si n'existe pas, inutile d'aller plus loin), enseignants partants, acteurs service enfants service jeunesse, parents, habitants aussi. Quelle politique éducative ? Comment la mettre en œuvre dans tous les espaces (école, famille, etc.) ? Pas de blocage au niveau des locaux (construction au fur et à mesure). La "mayonnaise a pris".

Problème : évaluation ? faite sur le court terme, mais pas de recul suffisant sur le moyen et le long terme.

(salle) : qu'est-ce qui diffère à Évry ?

L'existence d'un projet. Par exemple, l'accueil préscolaire ne se limite pas à "as-tu pris ton petit déjeuner ?", il y a discussion avec l'enseignant.

Dans toutes les expériences sans samedi matin, les parents et les enseignants disent que ça va pas. Sur le critère de la réussite scolaire…

Organisation du temps de midi

Pas 2 h obligatoirement. Temps d'ouverture du repas plus long si self. Puis temps de repos. Abandon des activités physiques ou demandant trop d'énergie (atelier échecs) au profit d'ateliers tels que "Et si on causait de l'actualité ?".

Claire Lecomte :

Réponse à "tout ça est très théorique" : tout ce qu'on peut dire et faire, on le fait avec les enfants sur le terrain.

J'ai essayé de vous faire comprendre que vous ne pouvez pas vous poser la seule question "on laisse ou on supprime le samedi matin " si on ne se pose pas d'autres questions. Qu'est-ce que vous allez faire le samedi ? Qu'est-ce qui est prévu par la Ville de Paris si le samedi est supprimé ?

(salle) "La semaine de 6 jours, c'est l'horreur. On parle de la semaine de 35 h, nous on a la semaine de 6 jours !"

Nous ne pouvons avoir un projet éducatif qui ne s'appuie que sur quelques enfants . Notre souci, c'est de réfléchir à un projet qui permettra que tous les enfants s'y retrouvent.

Questions de la salle :

  1. (éducateur américain) Qu'est-ce qu'on peut retirer des expériences des autres pays ?
  2. Évry : école avec enseignement matin et animateur de la Ville l'après-midi. Enfants et parents ravis. Mais plus de budget l'après-midi…
  3. (prof philo/père) Discours très intéressant, mais élude un concept : la relation parents/enfants, motivation affective des enfants et des parents…
  4. (Jean-Jacques Hazan) Y a pas de décideurs ici ! Nous sommes ici pour débattre. La position de notre organisation dépendra du Congrès, de nos positions communes. Il est possible que nous n'en trouvions pas. On va voir et avancer ensemble. 3 questions :
  5. a) Est-ce qu'il n'y a pas une différenciation entre les rythmes urbains et ruraux ?

    b) Samedi matin. On réfléchit toujours par rapport à la performance scolaire. Pour une meilleure performance, faudrait 7 matins/7. Est-ce qu'on est pas obligé de prendre en compte une rupture (WE, petites vacances), nécessaire pour remotiver les 5 autres jours ?

    c) Est-ce que ce que vous avez dit signifie qu'après manger, il faudrait surtout pas qu'ils aillent devenir "dingues" dans la cour ?

  6. Y a des tas de questions qu'on pourrait se poser. Y a 2 mois de vacances. Ca fait 20 ans que j'ai quitté l'école et rien n'a changé. Expérience en Allemagne : activités sportives l'après-midi et j'ai m'impression que ça marche bien chez eux. Faut qu'on se remette à s'occuper de nos enfants…
  7. Si le rythme est si important (ce que je crois), pourquoi est-ce qu'il y a des samedis libérés ? J'ai l'impression que le samedi matin, ce qui embête les parents, c'est de se lever tôt.
  8. Affectif : enfants restent à Paris. Est-ce si bien d'emmener les enfants au supermarché ? Par ailleurs, le samedi matin est un moment de tissu social important. Beaucoup de parents aiment la samedi matin parce qu'ils se retrouvent, retrouvent les copains des enfants, vrai vie sur le trottoir, une vraie relation, affective entre tous les parents et ce moment-là, on l'a pas les autres jours de la semaine. Très important pour l'enfant, car le parent est à l'école, et ça, c'est important affectivement pour l'enfant.

  9. Problème des familles éclatées. Quand il reste 1 jour sur 2, comment on fait ? Il n'y a rien d'immoral à se lever tard le samedi matin !
  10. Cycles/rythmes : semaine = rythme arbitraire (cycle de la journée, année, lune). Allemagne. Aucune modèle meilleur que l'autre. Le modèle en France ne marche pas. Les enfants sont fatigués...
  11. Pourquoi ne les parents n'intégreraient pas le fait de se lever tôt le samedi ?
  12. (…)

  13. Je sais pas si vous avez étudié les enfants qui font la semaine pleine… ils se reposent pas le mercredi.
  14. On parle que du mercredi contre le samedi Est-ce qu'on peut parler des autres expériences. Vacances plus courtes. Y a trop de vacances.

(RL)

Par rapport aux valeurs FCPE et à l'expérience de Lyon sur la semaine de 4 jours. Niveau scolaire : pas grand chose pour la majorité des enfants, un peu mieux pour les enfants favorisés, aggravation pour les enfants défavorisés. Augmentation des inégalités ? Ce débat est une entrée en matière. Le Rectorat a annoncé qu'on a une année pour en discuter. Il y a une Commission prévue au Congrès. Ce n'est que le début. Ça va se compliquer avec les enseignants…

(CL) :

Je ne suis pas là comme chrono, bio, psy ou tout ce que vous voulez. Je suis là comme quelqu'un qui depuis 15 ans travaille avec des secteurs scolaires, la plupart du temps en difficulté, parce que c'est pas en centre ville avec des enfants qui vont déjà bien, qu'on va faire une réflexion nationale sur l'ATS. Maximum d'égalité des chances pour tous les enfants.

Autres pays : accepteriez-vous que vos enfants n'aient que 4 h d'école tous les jours et que vous les repreniez pour les temps de midi - qui là n'est plus de 2 h. Il n'y a qu'en France qu'existe le temps de cantine, etc. (ailleurs, soit on arrête l'école, soit la rupture est très courte : Danemark, on amène pique-nique et on mange dans la classe avec la maîtresse). En Allemagne, on ne laisse pas les enfants plus aux familles : à Cologne, où tous les après-midi sont libérés, la délinquance est en recrudescence, depuis que les femmes ont été obligées de reprendre le travail. Conclusion, les ados sont dans la rue. Car les après-midi ne sont occupés que si l'on paye l'association, le club, etc. C'est pas ce qu'on a voulu faire, c'est pas ce qu'on veut. On n'en est pas à une école égalitaire. La question est comment la rendre le plus égalitaire possible. Mais votre question, "on laisse ou on supprime le samedi", ne permet pas d'avoir une réponse de type égalitaire. Dans les expériences menées (dont on espère qu'elles auront les moyens de perdurer), on a réduit les journées scolaires, en les amenant à 4 ou 5 h et en organisant des activités en ouvrant l'école. Ouverture au culturel, sportif, parce que c'est gratuit… plusieurs dizaines d'écoles sont en ATS. Partenariat entre animateurs et enseignants. Ce qui amène fatalement une réduction des vacances (on peut pas faire 936 h en diminuant autant le nombre d'heures par jour). On sort plus tard en juillet. C'est positif pour le vécu des enfants qui retournent à l'école autrement qu'avec des pieds de plomb.

L'école. Temps libre, temps famille, etc. OK, mais l'enfant, quand il va mal, c'est toujours à cause de l'école. Les soucis des enfants (sauf problèmes sociaux graves), c'est toujours par rapport à l'école, pas par rapport au temps libre.

Résultat Lyon. Évaluation menée par l'EN : évaluation CE2 math et français… !!!! Si on parle d'affectif, là on est complètement à côté, c'est clair… Les résultats viennent de la DEP. D'autres travaux ont été menés sur la semaine de 4 jours. Partout, il a été montré que ces semaines-là pouvaient être au bénéfice des enfants, ça ne pouvait être qu'à une seule et unique condition : il y ait une implication totale de la municipalité, de toutes les associations de quartier, de l'ensemble des politiques qui permettent qu'il y ait des Contrats éducatifs qui soient passés avec les enfants et qui permettent que les enfants occupent leur temps libre dans des activités. Donc ça demande forcément du budget.

(salle - enseignante) : problème : le matin, c'est le temps idéal pour la concentration (petits surtout), après-midi activités OK, mais ces activités, ce sont les municipalités qui financent….

(CL)

Vous avez raison de soulever ce problème, nous ne cessons de le soulever. Si nous ne sommes pas dans une école égalitaire, c'est parce que depuis longtemps, on a accepté que les municipalités, quand elles sont riches, puissent offrir des structures, des animations, etc. Ou même les familles. Vous avez certains quartiers de centre ville où les familles participent financièrement très amplement au complément de l'école (voyages, par exemple). C'est pas ça l'égalité. C'est pas ça qu'on veut. On veut que ça soit un projet politique national, on veut que ça soit l'Éducation Nationale et les autres ministères (Jeunesse et Sports, Culture, Affaires Sociales). C'est au plan politique national qu'on doit se battre pour pouvoir avoir un projet éducatif global qui permette qu'enfin, on arrive à des situations comme celles-là. Il y a 2 ans, le ministère de la Jeunesse et des Sports avait fait une journée de rencontre des différents sites pilotes qui avaient été expérimentaux pendant 3 ans. Point financier, avec quelqu'un de la Cour des comptes. Projection financière sur le plan national si on généralisait ces quelques expériences qui marchaient : tout le monde s'est rendu compte qu'il suffisait d'une volonté politique de le faire, en déplaçant les budgets de là où ils sont sur l'EN pour qu'on y arrive. C'est là-dessus qu'on doit se battre.

(PJ)

Question : est-ce que c'est bien l'enfant qui doit s'adapter au rythme des adultes, est-ce les adultes qui doivent s'adapter au rythme des enfants. Je suis pas sûr qu'il y ait un compromis.

Je pourrais rétorquer à ceux qui disent qu'ils ne voient leurs enfants que le samedi, qu'ils pourraient tout aussi bien ne pas travailler le mercredi. Pas facile à négocier, mais pourquoi faudrait-il modifier ce que vit l'enfant, et pas la marche de l'entreprise - et peut- être la mise en place des 35 h en tenant compte de ce genre de choses.

Contrats bleus : existent depuis 75, mais ça n'avance pas. La question doit effectivement être envisagée sur un plan national, avec nos conditions de départ (égalité, fraternité, liberté).

Contrat Éducatif Local (CEL) : dispositif interministériel (Jeunesse et Sport, Culture, Politique de la Ville et Éducation Nationale). Deux intérêts : reconnaît dans son préambule que tous les temps de l'enfant sont des temps éducatifs (ce n'est donc pas que la question de l'école). Comment articuler l'ensemble des temps. En route depuis 2 ans. Base volontariat. Quelques crédits possibles. Crédits d'incitation, (donc temporaires), contrat temps libre de la CAF (financement à 50 %). Il existe donc un certain nombre de dispositifs qui permettent de dire "allons-y, on le met en œuvre, à condition qu'on ait envie d'inventer, c'est bien à nous de construire ce qui va se passer". Pas de modèle unique, ça doit s'adapter aux conditions locales. Ça sera pas le même en rural qu'en urbain. Charte 21ème siècle : comment de l'intérieur de l'école, on peut transformer l'école. Tous les acteurs traitent de l'ensemble des problèmes. La clé, c'est la volonté politique des élus, la volonté des enseignants, la volonté des parents.

(RL)

La Ville de Paris a dit clairement qu'elle était pour la Charte. C'est maintenant à nous de leur rappeler, parce que la Charte, c'est justement une cohérence éducative du début à la fin. Concrètement, il faut par exemple des animateurs de cantine et d'études, pas des surveillants comme c'est le cas actuellement. Il faut des gens formés, pas des étudiants qui passent et qui disent au revoir au bout de 3 mois. Il va falloir mettre la Municipalité devant ses responsabilités. Elle peut pas dire en même temps qu'elle est pour l'ATS, pour la Charte, alors qu'elle continue à faire n'importe quoi. De toutes façons, elle pourra pas continuer, parce que les conditions de recrutement des animateurs à Paris sont telles qu'elle arrive même plus à en recruter.

(salle)

Dans les faits, tous les enfants n'ont pas accès à ces ateliers bleus, qui sont très chers, dont les animateurs n'ont pas de contact avec les parents, et dont la durée est variable. En outre, c'est souvent, compte tenu du nombre limité de places, un tirage au sort. Ces ateliers bleus qui sont censés justement apporter une autre activité pendant les temps libres, dans les faits, tous les enfants n'ont pas d'égalité des chances. Le samedi matin, d'accord, c'est à réfléchir au niveau des institutions, des parents, des collectivités locales, mais c'est aussi à réfléchir avec les enfants. Moi, j'ai vraiment le sentiment que mes fils sont très heureux d'y aller le samedi matin.

(salle - directeur école)

J'ai une école qui est en temps aménagé depuis plus de 10 ans à Paris 19ème, et depuis 2/3 ans, on émet un souhait qui n'a jamais obtenu de réponse, c'est d'avoir des gens compétents pour évaluer l'intérêt de ce qui a été fait et de la pratique que l'on continue. Simon Bolivar (1000 enfants), ateliers bleus depuis 10 ans, création d'une association pour que les parents puissent avoir un vue immédiate de l'organisation des ateliers, mais aussi permette aux parents d'entrer plus dans l'école, ce qui n'est pas une mauvaise chose. Horaire aménagé = temps du déjeuner réduit à 1 h 30 (11h 30 - 13 h). Mais, avec une cantine de 229 places pour 550 enfants, le libre service, c'est la course et la bousculade, mais on n'a pas d'autre solution. Ça a permis seulement de faire baisser le nombre d'accidents corporels au moment du déjeuner. C'est le seul résultat concret qu'on en connaisse pour l'instant. Les ateliers, y en a dans le temps scolaire et hors TS (30 ateliers/semaine hors TS). Financement par l'association, tarif Ville de Paris, 20 % des parents payent les 20 à 25 % qui sont au tarif 1. Secteur : mixité sociale (27 nationalités, commerçants, etc.). Regret : absence d'évaluation et la Mairie de Paris ne nous aide pas non plus…

(salle)

On pourrait s'appeler l'Association des parents tout simplement. Si on prend en compte la dimension extra-scolaire, on est des parents, plus des parents d'élèves.

Changement de tarif du Centre aéré de 7 F à 45 F en milieu d'année (rue Moureau). Le mercredi, la cour était pleine de gamins. Changement de population : enfants arrivant des "bidonvilles " du 18ème, logés dans les tours. Classes avec 3 enfants parlant français chez eux. Avec ce changement de tarif, les gamins qui remplissaient la cour le mercredi se sont retrouvés soudainement à l'extérieur, devant la porte.

D'où dégradation du quartier, parkings envahis par ces gosses, qui pouvaient rester sous la pluie, toute la journée dans le froid. Je veux dire que la Ville a une grosse responsabilité dans sa gestion des mercredis. On connaît des familles qui mettent les gamins dans la rue à 6 h du matin avec une pomme jusqu'au soir. A 10 h, les gamins rentrent chez eux. Quand on parle de quartier défavorisé, c'est plein de gamins comme ça., et ce qui était intéressant, quand vous parliez d'Évry , c'est que les gamins étaient tous à l'école de 9 jusqu'à 18 h, au lieu d'être à 16 h 30 à la rue. Donc les gamins étaient mieux, les parents étaient plus tranquilles parce que leurs gamins faisaient pas des conneries, étaient pas dans une bande ou dans une autre dès l'âge de 6 ans, mais étaient dans l'école.

(salle)

Je me demandais si mettre des gamins dans une école jusqu'à 18 h pour des loisirs extrascolaires, c'était vraiment une bonne idée, parce qu'ils saturent complètement. Repenser le lien entre le scolaire et l'extra-scolaire au travers des équipements. Et qu'il y ait donc des liens entre un équipement scolaire et un équipement socioculturel et sportif et… Dans le Xème, je rappelle que nous nous battons fortement pour l'hôpital St-Lazare, où nous réclamons des équipements sportifs et culturels justement pour tous ces gamins qui traînent, comme prolongement de l'école (de 17 à 20 h), soient pris en charge par des animateurs dans un autre lieu que l'école, qui fonctionne aussi le mercredi et le samedi. Parce que l'école, les enfants ils en ont ras-le-bol à partir d'un certain âge…

(PJ)

L'école, c'est pas l'école en tant lieu, bâtiment, dont ils ont marre, c'est le concept école, le temps scolaire, le maître, etc. Ca ne pose aucun problème aux gamins. Ce qui leur pose problème, c'est la contrainte de la collectivité de 7 h du matin à 7 h du soir et même le mercredi ou pendant les vacances. On met les enfants dans une vie collective réglementée par les adultes, du matin jusqu'au soir, toute l'année. 2000 h de temps libre, accueil du matin, cantine, soir, vacances. Y a des gosses qui y sont 2000 h. Tout dépend de ce qui s'y passe. Mettons d'autres personnes dans les locaux. En outre, les locaux, ça coûte cher : on aura jamais un centre de loisir à côté de l'école.

(salle)

Quelle est la position de la FCPE ? Le débat n'est pas nouveau. Est-ce qu'on peut avoir des éléments pour amorcer la discussion avec les enseignant plutôt que de tout redécouvrir à chaque fois ? Est-ce que les choses ont changé depuis 10 ans qui fasse que notre position d'association soit à revoir ou est-ce c'est simplement parce qu'on est des gens nouveaux qu'on doit rediscuter des choses ?

(RL)

Il me semble que la réponse est naturelle, dans le sens où on a un projet éducatif, un certain nombre de valeurs qu'on défend, parmi lesquelles de mettre l'enfant au centre du système. Il faut qu'on se repositionne par rapport à ces valeurs, à ce qu'on défend, égalité des chances, etc. Ce qui change, c'est qu'un certain nombre d'études ont été menées et qu'il faut en tenir compte pour essayer d'avancer. Et il y a une échéance : l'année prochaine, l'académie va nous solliciter pour avoir notre position sur les problématiques concrètes.

(JJH)

L'actualité de la discussion, elle est réelle, en interne aussi. Donc, c'est pas pour recommencer une discussion qu'on aurait déjà eue, juste avec des gens nouveaux. C'est une vraie question. La position défendue par la FCPE, qui était si je me rappelle bien, exactement celle de la FEN, c'était qu'il était pas question de semaine de 4 jours, parce qu'en fait, on allait déstabiliser un peu tout le système sans apporter de solution.

La demande de la FCPE, c'est la réorganisation du temps et la prise en considération de l'enfant dans sa globalité et la réorganisation en termes de temps scolaire de la globalité du temps scolaire, à commencer par la journée, et la réorganisation de l'année, avant de commencer par l'organisation de la semaine. Parce que les 936 heures immuables, le fait que chaque fois qu'on donne une 1/2 journée, il faut pouvoir la rendre, ce principe immuable que toute heure donnée doit être rendue, on peut pas s'en sortir. Donc, il faut bien prendre le problème de façon globale pour arriver à le traiter globalement et la discussion sur le samedi, le mercredi, l'après-midi, le matin, ne peut, d'un certain point de vue que se raisonner globalement. C'est un des morceaux de la solution, mais une fois qu'on a réfléchi à la totalité du problème. Sinon, on risque un peu toutes les catastrophes. Du point de vue des syndicats enseignants, la FEN, à Paris, on a un peu l'impression qu'ils sont en train de se positionner pour obtenir la semaine de 4 jours. Au dernier CDEN, on a tous demandé que l'académie entame la discussion, comme cela avait été demandé par S. Royal sur l'organisation et la réorganisation du temps scolaire, mais chacun avec sa petite approche. Nous, approche un peu globale, le SE par rapport à sa question de semaine de 4 jours et la FSU par rapport à la globalité de la semaine. En général, on arrive à une discussion à peu près normale. Tant qu'elle ne se résume pas uniquement à : samedi/pas samedi - on a des chances d'arriver à trouver la solution, y compris si la solution porte sur le samedi. Maintenant la discussion interne à la FCPE, elle est très simple, très claire, on a un congrès national, qui va parler de l'école, primaire en particulier, et le thème du congrès, c'est "Réinventer l'école". Dans un des groupes de travail, thématique ATS. La position de la FCPE va se déterminer en grande partie au travers de la préparation de ce congrès et du congrès départemental. Les choses sont d'un certain point de vue ouvertes, mais elles répondent aussi d'une part à une demande sociale qui a un peu évolué, deuxièmement, à des résultats de recherche qui ont beaucoup apporté, troisièmement, à des tas d'évaluations, d'expérimentations qui donnent des résultats assez surprenants. Y a un endroit sur lequel l'IA s'est exprimé, c'est l'Aveyron. Ils étaient passés à la semaine de 4 jours. Ils ont fait une enquête. Les enseignants ne sont plus qu'à 50 % pour les 4 jours. Les parents sont en majorité contre. Pour les mômes, c'est radical. 75 à 80 % contre le samedi libéré. Argument massue : "je veux pas aller à l'hyper". "je préfère être avec mes copains à l'école et me lever de toutes façons à 7 h 1/2, plutôt que de me lever à 8 h -20, puis de partir avec les parents à l'hyper." De ce point de vue-là, qui est notre point de vue de départ (car c'est vrai qu'on est une association de parents d'enfants scolarisés, mais on fait un petit peu fonction de syndicat d'enfants et de syndicat des élèves. Un peu. Et en tous cas, c'est ce que j'ai essayé d'impulser un peu comme état d'esprit dans un certain nombre de bagarres parisiennes). Pour résumer, la situation est assez ouverte en termes de discussion, mais il faut bien tenir compte du passé, des expériences et des choses qui se passent. L'Aveyron nous a fait passer un dossier y a quelques jours et l'IA est en train de remettre en cause cette semaine de 4 jours. Et si je posais la question rural-urbain, c'est par rapport à des besoins, une structure familiale qui sont bien différents à Paris de celles qu'il y a dans les couches profondes de l'Aveyron. Les familles coupées, décomposées, recomposées ou pas, posent effectivement le problème du WE de 1 jour, 1 1/2 jour, 2 jours, au même titre que ça pose un problème immédiat quand les petites vacances ne font pas 2 semaines pleines…

(…)

JJH (suite) Évitement de bouchons et zones. Les zones, c'est surtout par rapport à des besoins, des volontés exprimés par l'économie touristique. Quant au retour à Paris et aux grands problèmes de bouchons, etc., on aménage en ce moment et chaque année, à Paris, par exemple, le WE de l'Ascension, qui est bien évidemment comme chacun sait le plus mortel. Par contre pour les vacances qu'on appelle de la Toussaint, on les réduit à une semaine parce que ça permet d'avoir toutes les 2 semaines et surtout de respecter les 936 h, sans jamais rien rendre. Alors que tout le monde s'est entendu pour dire qu'il était nécessaire d'avoir 7 semaines travaillées, 2 semaines de congés. Ces petites vacances-là, on les a écourtées dans un trimestre, qui est un quadrimestre et qui est bien long et très difficile. Les histoires de bouchons, cette année, on nous proposait de rentrer le mardi pour les vacances de printemps. On a tous demandé, syndicats et nous, de rentrer le lundi, parce que c'est le début de la semaine souvent et que, justement, ça permettrait de faire le pont où on se tuera tous sur la route. Si tout le monde rentre le mardi, les bouchons, ça sera le mardi. Ce sont des pressions qui ne tiennent en rien compte d'une réalité sociale, familiale. Faire des vacances du jeudi au jeudi, je pense que c'est quelqu'un qui a pas d'enfant et qui va jamais partir en vacances, rentrer de vacances un mardi matin, je pense que ça ne peut être que le fait d'un ordinateur parce que lui, il s'est jamais posé le problème des vacances.

(CL)

Question intéressante : est-ce qu'on a interrogé les enfants ? Ils sont effectivement toujours en dehors des discussions qu'on peut avoir. On parle des syndicats enseignants, des associations de parents... Dans tous les travaux de recherche qu'on a fait, les enfants sont toujours systématiquement, acteurs de l'évaluation qui est faite. C'est-à-dire qu'on ne fait pas qu'évaluer le sentiment des parents ou des enseignants ou des animateurs. Les enfants apprennent à s'auto-évaluer par rapport au vécu qu'ils ont. Ce qu'on a comme résultat à l'heure actuelle , après 3 ans de suivi des enfants, de suivi évaluatifs des différents sites qui ont été aménagés, de Dunkerque à Bagnières de Bigorre en passant par le Calvados, l'Orne, la Manche, la région parisienne (collège de l'Hay les roses) - ce qui ressort, c'est qu'à partir du moment où il y eu un projet éducatif à la base où tout le monde était partenaire, où l'école s'est sentie impliquée dans le travail qui était fait, pas uniquement pour son temps scolaire, mais pour réfléchir à une école autrement, pour réfléchir au fait que même les locaux scolaires pouvaient être utilisés autrement avec des personnes formées, avec des animateurs qui ne sont pas des surveillants, mais qui sont de véritables animateurs, partenaires de la coéducation, qui sont formés pour prendre en charge des enfants scolarisés, donc pas des enfants en club ou en association. Parce que pour commencer à bien connaître le terrain, on s'est rendu compte aussi que les animateurs qui étaient recrutés… Pour l'éveil musical, par exemple, c'était un prof de conservatoire, à qui on a eu énormément de mal à faire comprendre que l'éveil musical, c'était pas le solfège du conservatoire. Donc, il y a aussi tout un travail de formation des personnes qui viennent. Parce que ce qu'on leur demande dans ces activités, c'est d'initier les enfants, de leur donner un regard critique par rapport à quelque chose qu'ils font. Et même temps, faire avec eux une éducation au choix, justement. "Je choisis une activité", éviter le papillonnage, éviter qu'on fasse 3 essais dans un atelier… puis passer à un autre. C'est aussi un contrat éducatif qui est passé avec eux. On essaye de leur demander de rendre position par rapport à au choix qu'ils vont faire. C'est pas parce que le copain le fait. C'est pas parce que le grand frère l'a fait ou que papa a dit de le faire. C'est parce que, eux, ils ont envie à un moment donné de le faire parce qu'ils savent ce que c'est, parce qu'ils savent les efforts qu'ils vont avoir à fournir et ça, ça ne se fait pas comme ça, en disant, en 8 jours, "j'ai décidé de faire un autre emploi du temps et on s'y met". Ça veut dire qu'on prépare le projet éducatif - dans la plupart des sites, ça a pris un an - et ensuite 3 ans d'expérimentation et maintenant on arrive aux contrats éducatifs qui essayent de prendre le relais et on s'aperçoit que, un peu à la fois, tout va tomber à l'eau encore un fois parce que financièrement, ça ne suit pas… et qu'il a fallu forcément qu'il y ait des investissement, en termes de rémunération du personnel, d'aménagement des locaux, de matériel, etc. Arrêtons d'essayer d'avoir des machins comme ça les uns à côté des autres, arrêtons d'expérimenter, les résultats, on les a. Sur ces 3 ans de suivi, les enfants étaient partenaires de cette évaluation et actuellement, il n'y en a pas un qui a envie de revenir en arrière, c'est très clair. Y compris avec des semaines de 6 jours, de 6 jours de classe, parce qu'un quartier de Lille avait décidé - parce qu'ils était dans un quartier où le temps n'avait plus aucun sens - énormément de familles de chômeurs, parfois seuls les enfants se levaient le matin pour venir à l'école, et que le temps dans tout ça, qu'il soit scolaire ou autre, ça n'avait plus aucun sens. Et donc, le projet éducatif sur ce quartier, ça avait été de redonner un sens au temps pour l'enfant. Donc ils ont décidé de faire un semaine de 6 jours. Les enfants évidemment n'ont que 4 h de classe par jour et ensuite des activités organisées avec l'école, la municipalité, les Francas, les associations de quartier. Et à l'heure actuelle, plus personne ne veut revenir en arrière. Ni les enseignants, ni les familles, ni le directeur qui m'a dit il y a 8 jours : je suis très ennuyé parce que je ne pourrai pas prendre toutes les nouvelles inscriptions. Et ce n'est plus uniquement les enfants de ce quartier-là qui y viennent, c'est aussi un afflux d'autres familles. Donner la parole, oui, à tous, aux enfants les premiers, leur demander comment ils vivent ces temps-là et ce qu'ils en attendent. A partir de là, on peut passer un contrat avec eux.

Les évaluations qu'on fait, elles portent pas sur le rythme pour le rythme. On prend pas plaisir à regarder si à 9 h ils vont mieux qu'à midi. Ça c'était vrai entre 80 et 85, parce qu'ils fallait bien qu'on fasse émerger des données scientifiques, objectives, sur lesquelles s'appuyer. Mais à l'heure actuelle, quand on fait des évaluations sur ces aménagement du temps, on va totalement au-delà. On a fait tout un travail qui porte sur l'évolution des comportements sociaux de l'enfant, aussi bien à l'intérieur de l'école qu'à l'extérieur. On a fait également un suivi sur l'ouverture de l'école par rapport à ce qui existe dans la ville. C'est pas le tout de les initier à découvrir le musée ou la bibliothèque, il faut qu'après, ils fassent la démarche, eux, d'y aller. C'est aussi tout un travail citoyen. Quand on parle d'aménagement, on parle de bien autre chose que simplement changer un emploi du temps, essayer de changer quelques horaires, que ce soit dans la journée, dans la semaine… Et là, je crois que le social et l'affectif, on est en plein dedans, mais on ne peut le faire qu'en s'appuyant sur des données qui sont objectives. C'est à partir de ça que le projet s'est construit. Mais c'est évident que sur la dizaine de sites que je vous évoque, on a absolument pas le même emploi du temps. Chacun a constitué son projet éducatif en fonction de son contexte, en fonction des possibilités locales, en fonction des moyens qui était à disposition pour eux, soit à créer, soit existants véritablement.

On ne peut voir les choses que dans ce cadre-là, mais et ça je ne le répéterai jamais assez, avec une volonté politique nationale, de faire en sorte que chacun ait les moyens.

Vous parliez des zones rurales. Nous sommes en conflit (nous, parce qu'il y a aussi un inspecteur, donc c'est aussi les gens de terrain qui se mouillent) avec une école rurale qui a mis en place par souci d'économie, 1 semaine de 4 jours à 6 h 1/2 par jour. Pour ne pas avoir à "rendre" sur les vacances, et pour avoir quatre jours et ne pas payer une journée supplémentaire de déplacement du bus. C'est au Conseil général qu'on est en train de se battre. C'est quand même lamentable qu'on en soit à se plier à une demande économique de ce type par rapport à ces enfants-là. Donc les combats, ils sont partout. et suivant les zones, on n'a pas les mêmes combats à mener.

Je suis parent d'élève bien sûr. J'ai 5 enfants, de 13 à 30 ans. Et puis maintenant il y a les petits enfants. Donc, ça recommence. Et je suis prof, donc je vois aussi des jeunes qui sont plus les mêmes qu'il y a 15 ans. Je commence à savoir ce qu'on attend de l' école !!!! On est quand même mouillé à tous les niveaux. Donc je crois qu'on ne peut plus en être à se poser la seule question, comme ça, est-ce qu'on change en enlevant un jour ou 1/2 jour, non, on n'en est plus là. C'est vraiment un débat de fond qu'on doit avoir, une réflexion complète, totale, sur la société qu'on veut demain pour nos enfants, qui sont actuellement scolarisés.

(…)

On voit depuis 5 ans un changement de société absolument fondamental. Et si nous, on n'est pas capable de s'ouvrir les yeux là-dessus, on passe à côté de tout. Il y a 30 ans, on n'avait pas les même débats, parce que la société n'était pas la même et que nos jeunes n'avaient pas les mêmes problèmes que ceux qu'ils rencontrent à l'heure actuelle et qu'on n'avait pas forcément les mêmes réflexions à avoir. Pourquoi actuellement on débat avec les enseignants et les syndicats sur le rôle de l'école maternelle ? Qu'est-ce que doit être l'école maternelle pour les enfants, qu'est-ce qu'elle doit pouvoir leur apporter ? A tous les enfants. Est-ce qu'il est bon de les mettre à l'école à 2 ans, 2 ans 1/2 ? Pourquoi faire ? Pour quels enfants ? Pourquoi on a ce débat-là aujourd'hui ? C'est la 5ème conférence pédagogique que je fais avec l'AGIEM (association des enseignants d'école maternelle), qui se pose toutes ces questions à l'heure actuelle. On est bien tous dans la même panade actuellement. Tout le monde se dit : on est confrontés à des difficultés qu'on ne connaissait pas avant, c'est bien nous tous, main dans la main, qui devons faire en sorte de faire évoluer ça. Et pas pour rien que c'est la maternelle et les 2 ans, parce que la prévention, elle doit exister aussi. On va pas s'amuser à continuer sans arrêt chercher de l'argent pour faire de replâtrage sur de l'existant qui a mal tourné. Il faut aussi qu'on travaille à la prévention. Il faut aussi qu'on construise pour l'avenir. C'est à tous les niveaux qu'on a à s'impliquer.

(salle)

On est arrivé la à un moment où tout le monde est en train de se dire et ça passe pas forcément par des débats syndicaux, c'est aussi sur le terrain, tout le monde est conscient qu'on est nous adultes, cette génération-ci, responsables de ce qui va se passer dans les 15 ans à venir. C'est à nous de recréer le projet de société qu'on peut offrir à nos enfants. C'est à nous de réfléchir consciemment sur un projet global d'éducation des enfants.

(JJH)

(…) samedi matin - avoir un espace de concertation, on a tous du mal à faire que les enseignants travaillent autrement, ou en équipe - donc mettent en pratique et utilisent leur temps de concertation. Donc aujourd'hui, ces 2 temps de concertation sont concentrés 1/2 j dans la semaine. - le samedi matin. une des grandes difficultés que nous aurions si on décidait que l'on supprimait le samedi matin, c'est de savoir "quand il est le temps de concertation" ? Déjà on se le fait rogner heure par heure, là, ça serait catastrophique. Donc on peut pas trancher ça comme ça, sans qu'il y ait une prise en compte et aussi un engagement du terrain à appliquer ce qui va être décidé. Parce que, on a parlé ici et nous on en avait parlé avant - on a parlé aussi des réformes et de la difficulté à faire passer les choses sur le terrain. Moi, je vous dis très clairement, si demain on supprime le samedi matin , vous pouvez dire adieu à au moins un Conseil d'école par an, aux réunions parents-enseignants et adieu définitivement au travail en équipe. Donc il y a quand même beaucoup de choses qui sont problématiques. 80% des conseils d'école ont lieu le samedi matin. Ce que je veux dire, c'est que ça n'est pas si simple que ça. Si c'était si simple, ça serait déjà tranché depuis longtemps. Dans l'Aveyron, y a un vrai recul sur ça.

(RL)

Message reçu par Internet : médecin, pédopsychiatre, parent...

"Le message banal, mais important que je voudrais plus que jamais faire passer, c'est qu'il faut remanier globalement les rythmes journaliers, hebdomadaires et annuels des enfants scolarisés. Ces journées et ces semaines sont trop chargées, sont mal équilibrées, indéfendables, face notamment à des vacances d'été dont la longueur pose des problèmes considérables à la plupart des familles. Celles sont les deux parents travaillent, sauf s'ils travaillent dans l'EN et/ou qui n'ont pas les moyens d'assurer à leurs enfants surveillance, loisirs, occupations appropriées, autres que TV, etc. Tant pis si l'évocation de cette question dérange les personnels de l'EN. Il faut bien mettre les pieds dans le plat puisque Claude Allègre n'est plus là pour le faire. L'école doit être au services des enfants et de leur intérêts, avant d'être à celui des adultes. Les nécessaires réformes locales et nationales de l'ATS, à Paris comme ailleurs, sont une occasion de rappeler et de faire valoir ce principe."

(salle)

Autre question, peut-être hors sujet aujourd'hui. Mais on est dans le débat école élémentaire et maternelle. Mais dans tous les débats nationaux dans la presse, à la radio, c'est le débat sur les adolescents qui est un peu évité.

C'est vrai que les ados qui arrivent au collège et qui vont mal, ils étaient déjà mal à l'école élémentaire, qui étaient en fond de classe et à qui on mettait des bonnets d'âne (parce qu'il y a 5 ans, les bonnets d'âne, ça existait). Pour avoir un enfant au collège, je me suis aperçue qu'il n'y avait aucune structure extra-scolaire au collège. Ce qui fait que les enfants ils font quoi. J'ai des garçons (les filles, elles se réunissent chez elles, apparemment y a moins de problème). Les garçons quand ils ont envie de faire une partie de foot en classe de 6ème, où ils vont ? Sur la voie de chemin de fer désaffectée, sur le coin de trottoir, ils se font remettre à leur place par les habitants du quartier qui ne supportent pas d'avoir ces gamins, les stades sont fermés parce que c'est réservé à des clubs machin et ils n'ont aucun espace dans Paris. C'est un problème typiquement parisien. Quand on en parle aux mairies, etc., on nous dit il y a les maisons de…, mais ces maisons, vous voulez l'inscrire à 1 h de tennis, vous payez 1800 F. Pour l'année. Vous l'occupez une heure. Le reste du temps, on fait quoi ? Vous avez dit qu'il y avait 2000 h de temps libre. Qu'est-ce qu'on fait des 1999 heures qui restent ? Mon gamin a trouvé une structure, dans laquelle il a pu se retrouver avec ses copains, qui est l'aumônerie du quartier !… Cette aumônerie accueille 140 gamins, à confession religieuse ou sans (1/3) et les prêtres disent aux gamins de venir même s'ils n'ont pas envie d'entendre parler de Dieu et disent aux parents, envoyez-les quand ils en ont envie… Et c'est vrai que les gamins sont heureux. Sils veulent faire un boum, on leur donne une salle. S'ils veulent faire une partie de foot, ils ont une petite cour… Y a RIEN D'AUTRE que cette structure dans le quartier. Je trouve que le débat de l'adolescent qui est dans la rue est complètement occulté à l'heure actuelle.

(RL)

C'est très important. Mais dans le 2nd degré, c'est encore plus compliqué, avec les enseignants en tous cas. Y a du boulot !

(salle)

Je voulais remercier les intervenants. Je suis directrice d'une école élémentaire dans le 19ème. Je suis un peu surprise par tout ce que je viens d'entendre : bonnet d'âne il y a 5 ans, NON. Pour nous, à l'école, il y a un tas de choses à faire, on a envie de faire plein de choses, mais je crois qu'il faut arrêter de se bouffer le nez tous, y compris vous parents entre vous. Ça m'a sidérée. Il faut essayer de débattre de tout ça dans une certaine sérénité et c'est ce qui manque un petit peu pour qu'on arrive à fonctionner tous ensemble. Et il faut y arriver. Nous ne demandons qu'à travailler avec nos partenaires que sont les parents, avec nos partenaires que sont les représentants de la Ville - et ça c'est beaucoup plus dur pour nous. A la limite, dans l'école, on a un grand dialogue avec les parents, avec la Ville, pas. C'est bien, d'avoir des idées, il faut aussi des moyens pour arriver à les mettre en œuvre et les moyens, on les a pas, faut pas rêver. Tous les changements ne reposeront pas seulement sur les idées qu'on aura , mais sur les moyens qu'on se donnera pour pouvoir les faire passer. Mais travaillons tous ensemble et en paix.

(RL)

A Paris, on a peut-être des moyens qui sont pas toujours bien utilisés : par exemple, les PVP (Professeurs de la Ville de Paris). Pendant les cours de PVP, il y a 2 adultes pour une classe…

(JJH)

On a calculé que pour étendre des expériences style Épinal, ça revient à 2000 F/an/enfant. La majeure partie de ce coût est justement l'arrivée d'intervenants extérieurs sur la formation éducation musicale, EPS et Arts plastiques. Ce corps d'enseignants qu'on a déjà, nous. Et recruté non pas comme des animateurs, mais comme des enseignants, avec un concours d'à peu près même niveau que le CAPES. Ça veut dire qu'il y a un potentiel humain existant, plus un potentiel associatif qu'il faut arriver à revaloriser et que la Ville doit revaloriser, au sens de ses aides, de la mise à disposition des équipements, etc.