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Le féminisme en bref

INTRODUCTION
PRINCIPES FONDAMENTAUX
LES GRANDS COURANTS

 

Introduction au féminisme

FEMMES : un même combat ?
FEMMES : La moitié de l'humanité

Une personne féministe est une personne qui croit, affirme et met en pratique le principe de l’égalité entre les hommes et les femmes.  Il va de soi, qu’un homme peut aussi être féministe.  En plus d’être un courant de pensée, le féminisme est porteur d’un projet politique qui s’adresse à l’ensemble de la société.  Ce projet espère l'avènement d'un monde où les rapports entre les sexes respectent  les principes d'égalité et de liberté.

Le féminisme ne se limite pas uniquement à la quête et à l'affirmation de l'égalité entre les sexes.  La pensée féministe cherche également à "libérer les femmes" en leur donnant des outils pour s'affirmer comme des individus capables de contrôler leur propre corps et, de façon plus générale, toutes les dimensions de leur vie.

Aujourd'hui, la signification du féminisme s'est considérablement étendue.  Le féminisme n'est plus seulement associé à un mouvement social qui conteste l'ordre établi, mais aux études féministes et peut-être surtout, aux valeurs d'égalité et de liberté qui animent la pensée féministe.

Dans ce site, faute de temps, je me limiterai à une présentation très brève et incomplète des courants de pensée qui ont traversé la pensée féministe.  Beaucoup d'autres sujets auraient pu être abordés (l'histoire des femmes, les théories féministes, etc).
 

Femmes : un même combat ?

Deux principes fondamentaux animent le féminisme :

1. Les hommes et les femmes sont égaux
2. Les femmes partagent une condition commune.

Cette deuxième affirmation ne veut pas dire que les femmes forment un groupe homogène.
En effet, les femmes sont extrêmement différentes les unes des autres (différences sociales, ethniques, d’âge, de personnalité, d’orientation sexuelle, etc.).
Cependant, quant on y pense, les femmes partagent aussi un certain nombre d’intérêts et une condition sociale similaire.

Cette condition commune repose sur  :

Le partage d’expériences de vie similaires en raison de la socialisation, de l'apprentissage des rôles sociaux de sexe et de caractéristiques communes psysiologiques, biologiques (ex: la possible expérience de la maternité, de la ménopose, etc).

Bien qu'il existe de multiples façons d'être socialisées ou de vivre son identité sexuelle ou de genre, on observe des similitudes.  Dans la majorité des sociétés, les femmes sont associées au foyer, aux enfants, alors que  les hommes agissent dans la sphère politique et économique.   D'autre part, la majorité des sociétés humaines sont patriarcales.  À ce titre ce n'est pas un hasard si les religions et les modes pensées qui ont une conception patriarcale des rapports homme/femme (donc la majorité) véhiculent une quantité de préjugés sur les femmes.  On oublie souvent que beaucoup d'interdits moraux ont été et sont encore formulés au sujet des femmes ou du féminin, du corps féminin ou de la sexualité féminine (la femme impure, la tentatrice, la pêcheresse).

En Occident, depuis les 100 dernières années, la situation des femmes s'est considérablement améliorée.  Toutefois, au niveau mondial, les discriminations et les conditions de vie partagées par une majorité de femmes sont préoccupantes.

Toutefois, de pays en pays, de régions en régions, les conditions de vie des femmes sont très différentes.  Le processus d'industrialisation qui a accompagné tout le XXe en Occident s'accélère et s'étend maintenant à l'échelle planétaire.  Cette situation n'est pas sans créer de nombreux conflits entre les modes de vie traditionnels et celui exigé par la production capitaliste.  D'autre part, ici comme ailleurs, les femmes font souvent les frais des bouleversements économiques et sociaux.

Le féminisme pourrait tirer une nouvelle légitimité de cette perspective mondiale.   Si les femmes d'ici ont gagné beaucoup, ailleurs les progrès à réaliser sont parfois immenses.  D'autre part, il est légitime de rappeler que même dans les pays occidentaux, de nombreuses femmes sont touchées par la pauvreté et la violence.   Dans le prolongement d'évènements comme la Marche Mondiale des femmes et des mouvements de contestation autour de la mondialisation, il y a fort à parier que le féminisme prendra de plus en plus la forme d'un geste de solidarité pour l'avènement d'un monde plus juste.
 

Femmes : 1/2 de l'humanité

Les personnes qui adhèrent au féminisme sont souvent présentées comme des personnes qui se victimisent ou comme des personnes sectaires.  Ces accusations sont plus souvent qu'autrement caricaturales.  La majorité des féministes admettent et se réjouissent des gains (juridiques, sociaux, économiques, politiques) obtenus et des progrès réalisés.  C'est justement pour cette raison qu'elles/ils luttent !  Cependant, ils/elles savent aussi se montrer critiques et constatent la fragilité des gains obtenus et l'émergence de nouvelles injustices...

Les inégalités quotidiennes vécues par la majorité des femmes dans le monde constituent, en soi, une bonne raison d'être féministe.  L'admettre n'est pas un signe de malhonnêteté intellectuelle.  Les femmes forment la moitiée de l'humanité.  En ce sens, les problèmes et les injustices qu'elles affrontent ne sont pas des questions marginales.  Il s'agit, au contraire de sujets fondamentaux qui vont au coeur de l'organisation des sociétés humaines.
 
 

Les principes fondamentaux

Altérité
On ne naît pas femme on le devient
Le privé est politique
  La sororité

L'ABC de la pensée

La femme est l’autre de l’homme (Altérité)

C'est Simone de Beauvoir, une des figures de proue du féminisme contemporain, qui a lancé cette idée dans le Deuxième Sexe, son oeuvre célèbre.  Elle y démontre comment  "la femme" (l'idée de la femme) est pensée dans la philosophie occidentale) comme différente, mais complémentaire à  l’homme.  La femme est l'autre de l'homme qui lui représente le sujet central.  Le mot homme renvoie à la généralité, alors que la femme renvoie à la spécificité (au particulier).  Un bon exemple de ceci se trouve dans la langue française où l’on dit " l’Homme", pour désigner l’humanité en entier, ce qui génère une certaine ambiguïté.  Le débat sur la féminisation des textes est un autre exemple.
 

On ne naît pas femme on le devient


Qui n'a jamais entendu cette phrase ?

Il s'agit encore d'une phrase tirée de  l'oeuvre de Simone de Beauvoir, qui exprime par là l'idée que les comportements sociaux des femmes et des hommes relèvent principalement de la socialisation et de la culture plutôt que de la biologie.
 

 Le privé est politique

Un grand slogan féministe associé aux manifestations du Mouvement de libération de la femmes (M.LF.) des décennies 1960-70 en Occident.  Ce slogan nous permet aussi de comprendre que les problèmes et les situations vécues par les femmes ont longtemps été (et sont souvent ) considérées comme des sujets d'ordre privé.  En scandant que le politique c'est aussi ce qui est considéré comme relevant de la vie privée, les féministes ont susciter des débats publics sur des sujets autrefois tabous ou perçus comme personnels (ex: l'avortement).  Également, ce slogan nous permet de reconsidérer notre vision du politique.  Par exemple, aujourd'hui,  la violence conjugale a le statut d'un problème social qui nécessite l’intervention de l’État et des institutions judiciaires.
 

La sororité : Nous sommes toutes sœurs/ Sisterhood is Global

Ce principe se réfère à l'existence d'une solidarité féministe mondiale.  Cette solidarité proviendrait d'une oppression commune vécue, à divers degrés, par toutes les femmes.   Par exemple : le contrôle exercé sur les corps des femmes, la violation des libertés fondamentales au nom d'une tradition, d'une morale, d'une religion, d'une culture.  En tissant un vaste réseau planétaire de solidarité féministe, plusieurs féministes croient être en mesure de mettre fin au sexisme et aux injustices qui sont à la base des différents types de systèmes patriarcaux qui existent sur la planète.
Toutefois de nombreuses féministes ont reproché au principe du « Global Sisterhood » de négliger les différences qui existent entre les femmes et la complexité des situations d’oppression dont elles sont victimes.  En effet, les inégalités vécues par les femmes ne découle pas toujours uniquement du sexe, mais aussi de l’appartenance à une classe sociale, à une ethnie ou à une culture, une religion.  Parfois, le sexisme se cumule à d'autres types de discriminations. L’appel à la solidarité doit donc respecter la diversité qui existent entre les femmes, ce qui n'empêche pas l'action.

Un exemple de solidarité fondé sur le principe du respect de la diversité : la marche mondiale des femmes d'octobre 2000.
 
 

Les grands grands courants à l’intérieur du féminisme

Le courant égalitaire
Le féminisme maternel ou de la différence
Le féminisme lesbien
Le féminisme socialiste
Le féminisme post-moderne

 

Le courant égalitaire ou de type libéral

Mot d'ordre : " Fais un homme de toi ma fille ! "

Revendique l’accès des femmes aux mêmes droits que les hommes (éducation, travail, libertés civiques et politiques) sur la base de l'égalité entre les sexes.  Le féminisme libéral se situe dans la filiation du libéralisme et des principes fondamentaux de la démocratie moderne.  C'est ce type de féminisme qui est le plus connu au sein de l'opinion public.  Historiquement, la conquête de droits civiques et politiques qui a caractérisé la première vague du féminisme (au début du XXe siècle) est identifiée au féminsime libéral.
Dans les années soixante-dix, les féministes plus radicales on reproché au courant égalitaire de ne pas être assez critique envers le système patriarcal et de ne pas avoir prêté assez attention à l’écart entre l’égalité formelle (sanctionnée par les lois) et son application concrète dans la vie des femmes (égalité réelle).  On a aussi dit de ce courant qu'il donnait comme modèle à suivre le parcours des hommes. Le féminisme libéral est encore celui prôné par la majorité des groupes de femmes.  Historiquement, le principal interlocuteur du féminisme libéral a été l'État de droit de type libéral. C'est certainement le type de féminisme qui peut rejoindre le plus d'adhésion, car il repose sur des valeurs universelles qui font largement consensus aujourd'hui.
 
 

 Le féminisme maternel ou de la différence

Mot d'ordre : "Ré-appropriation du vécu féminin."

Ce courant cherche à re-conceptualiser l’univers féminin du point de vue des femmes.  C’est une perspective très large qui peut englober des sujets aussi divers que la maternité, l’art ou la sexualité.  Ce courant a aussi essuyé des critiques importantes.   Le féminisme de la différence serait “ essentialiste ”, c’est-à-dire qu’il établirait des généralisations pour l'ensemble des femmes (par ex. : les femmes sont plus pacifiques, plus près de la nature que les hommes) et donnerait des femmes une image homogène ou encore magnifiée.
Le féminisme de la différence est également associé au "french feminism", en réfèrence à des auteures comme Luce Irigary, Julia Kristeva, très intéressées par la psychanalyse, la philosophie et la littérature.
 
 

Le féminisme lesbien

Mot d'ordre : "Les lesbiennes ne sont pas des femmes."

Le courant lesbien a aujourd'hui très mauvaise presse.  Or, ce ne sont pas toutes les féministes lesbiennes qui adoptent une vision  séparatiste ou qui voient les hommes comme "l'ennemi principal".  La pensée lesbienne est mal connue, même parmi les féministes hétérosexuelles.  D’autre part, la situation sociale des lesbiennes ne va pas de soi.  Si l’homosexualité masculine a réussi à s'imposer comme un sujet d'actualité, le lesbianisme est plus marginal.

Les apports du féminisme lesbien en études féministes sont nombreux et ce paragraphe est loin d'en rendre compte.  Le courant lesbien a permis de  démysthifier la complémentarité homme/femme en démontrant comment opérait et se reproduisait la contrainte à  l'hétérosexualité.  Le slogan : " les lesbiennes ne sont pas des femmes", démontre la volonté des féministes lesbiennes  de se dissocier de la socialisation hétérosexuelle, en affirmant leur différence et leur désir de créer un nouveau modèle de relations amoureuses entre femmes en dehors du patriarcat.  Ce projet est, dans l'esprit de nombreuses lesbiennes, un projet politique, car il vise la construction d'un monde différent.
 

 Le féminisme socialiste

Mot d'ordre :"Pas de libération des femmes sans socialisme, pas de socialisme sans libération des femmes."

Ce type de féminisme était très populaire dans la décennie 1970, à l'époque de la montée des mouvements de gauche de toutes tendances. Ce féminisme reprend certains traits de l’analyse marxiste en l’appliquant aux femmes. Il renvoie aux  idées suivantes :
Les femmes, par analogie avec les prolétaires, formeraient un groupe social distinct.
Pour ces féministes, le patriarcat est un produit du capitalisme. L’amélioration du statut des femmes passe par des réformes économiques orchestrées par l’État (garderie étatique gratuite, fin du harcèlement sexuel, égalité salariale) et l'abolition de la division sexuelle du travail.  On a reproché à ce courant sa trop grande confiance en l‘État et son analyse orientée sur l'économie. D'autre part, ce courant a permis une meilleure compréhension du concept de travail et de son implication pour les femmes (travail domestique).
 
 

Le féminisme postmoderne/post-féminisme

Mot d'ordre : " Je, n'est pas une femme."

Tendance récente apparue dans les études féministes (Women’s Studies) aux États-Unis et inspirée par certaines théoriciennes française qui ont réinterprété la psychanalyse ( Lacan, Freud). Le féminisme postmoderne emprunte aussi au postmodernisme (courant récent en philo.). Le post-féminisme est un courant critique qui met l’accent sur certaines tares du féminisme en lui reprochant d’être trop normatif et de ne pas tenir compte des différences qui existent entre les femmes et des choix individuels.   Le post-féminisme est à l’exemple des générations de jeunes femmes d’aujourd’hui qui ne s’identifient pas nécessairement au féminisme, mais qui ont intériorisé les valeurs féministes (égalité hommes/femmes, intégrité physique des femmes, liberté de décider, d'agir, d'être). Le postféminisme ne signifie pas que le féminisme est appelé à disparaître, mais seulement que celui-ci s’est transformé. Le post-féminisme invite les femmes et les hommes à réfléchir sur leurs identités sexuelles et à les déconstruire (les repenser pour les transformer).  Cette réflexion peut mener au changement, car elle nous amène à prendre conscience de l’aspect parfois arbitraire des identités de genre et de sexe.
 

DÉBUT