Patlabor 2, The Movie, Kidoh Keisatsu Patlabor

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Kidoh Keisatsu Patlabor 2


Patlabor 2, Police Mobile de Mamoru Oshii sur un scénario de Kazunori Itoh d'après le manga de Yuuki Masami

A ne pas voir en VF car la traduction ne rend pas fidèlement les idées et les nuances des dialogues originaux. Aux mieux, visionnez la version anglaise. En fait il y a plusieurs versions car les textes sont assez gratinés vis-à-vis de la politique et de l'attitude des puissances mondiales en matière de politique étrangère.
Ce film réalisé par Mamoru Oshii, met en scène l’univers créé par Yuuki Masami, et nous propose une réflexion sur la robotisation, la guerre et le 21ème siècle sur fond de coup d’état.



De gauche à droite : Goto Kiichi, Izumi Noa, Nagumo Shinobu, Shinohara Asuma

Résumé

1999: Yukito Tsuge, au milieu d'une jungle dans le sud de l'Asie, sort de son labor anéanti, comme tous ceux de son groupe, par les ennemis. Malgré les avertissements de Tsuge, aucun ordre de charge ne leur est parvenu. Le groupe de Labors pacifistes est décimé. Tsuge ne peut alors que constater les pertes et plein d'amertume s'éloigne du champ de bataille étroitement surveillé par les vestiges d'une statue millénaire de Bouddha.
21 février 2002 : le Tokyo Bay Bridge est détruit par un missile. Une vidéo amateur savamment manipulée par l'état major renvoie la faute sur un chasseur de la défense Japonaise.
Kiichi Goto, membre des Patlabors et le détective Matsui enquêtent sur cette affaire. L'identité du mystérieux chasseur leur est révélée par un agent du service de renseignement, Shigeru Arakawa, qui leur montre la vidéo originale. L'avion responsable est un appareil américain dérobé aux forces US.
Une nouvelle attaque se prépare. Plusieurs avion approchent de la zone aérienne de Tokyo. L'alerte générale est donnée mais tout ceci se révèle être une mise en scène organisée par le biais des réseaux de la défense.
Qui tire les ficelles de ce jeux? Goto a compris que son adversaire se trouve dans les rangs des militaires et que cette situation est crée par un groupe de militaire qui souhaite un réarmement du Japon.
Tsuge est le bras et il force le coup d'état, outrepassant les désirs de ses supérieurs. Ceux-ci souhaitaient se borner à la mise en scène mais Tsuge décide de lancer une véritable attaque sur Tokyo pour que le peuple prenne conscience du jeu des groupes d'intérêts Américains et Japonais.



Année : 1993

Réalisateur : Mamoru Oshii
Scénario : Kazunori Itô adapté du manga de Yuuki Masami
Directeur de l'animation : Toshihiko Nishibuko
Chef de l'animation : Kuzuchika Kise
Character Designer : Akemi Takada, Yûki Masami
Mecha Designer : Shoji Kawamori, Hajime Katoki, Yutaka Izubuchi
Directeur artistique : Hiromasa Ogura
Musique : Kenji Kawai

Durée : 85 minutes
Distribution : Manga Video



Analyses
Patlabor 2

Mamoru Oshii est un génie et un fou. Qui peut le nier après avoir vu le mystique Tenshi No Tamago (l'Oeuf de l'ange, réalisé en collaboration avec Yoshitaka Amano). Mais le Japon sait depuis longtemps que les fous le sont parce qu'ils avaient compris le sens de la vie.
A travers ce deuxième et ultime film placé dans l'univers très complexe de Yuuki Masami, Patlabor, Oshii a laissé volontairement de côté l'aspect méchas et robotique qui faisait partie intégrante du scénario exceptionnel du premier film. Les robots s'effacent ici pour laisser place à l'expression des hantises des héros et pour leur insuffler un désir de répondre à ces questions qui le tourmentent. Il est donc remarquable de constater qu'un scénario digne des plus grands films policiers de notre temps et les quelques séquences d'anthologie des combats de robots, ne sont qu'un prétexte pour Mamoru Oshii et son dialoguiste Kazunori Itô pour nous livrer des réflexions d'une intensité remarquable tant sur la place de l'Homme sur cette planète que sur la complexité navrante des relations internationales en matière de guerre, d'armement et d'économie.

Relation entre l'homme et son environnement
Le pouvoir des images
Enseignement de la vie
Implication politique
Conclusion
Relation entre l'homme et son environnement

Les personnages sont souvent confrontés aux autres espèces partageant la Terre avec nous: les mammifères domestiques, les oiseaux, symboles évident de la conquête de la liberté, qui font fantasmer la majorité des citoyens du film, et les poissons, les seuls à avoir pu apprivoiser l'immensité du monde marin ou les derniers à y être encore. On retrouve donc par aspect mineur du film le thème de l'évolution linéaire eau/terre/air abordé dans l'Oeuf de l'ange. Notons que cette gradation rappelle l'organisation du monde conceptualisée par les Grecs Anciens qui voyaient le monde organisé en strates: l'eau, la terre, l'air, le feu et l'éther; le feu traduit dans le film par la guerre, état qui gouverne et dirige les autres; l'éther qui symbolise le stade ultime de la conscience, seul à pouvoir dominer les tous les autres éléments. Chaque personnage du film Patlabor se situe à un de ces différents niveaux et sa place dans le monde est régie par la place qu'il occupe dans cet organigramme. Oshii rajoute à cette complexité en confrontant le produit de la technologie humaine (les Labors) à ceux de la Création Divine. Qui peut prendre le dessus?
On pourrait croire que Yukito Tsugé, le méchant présumé de l'histoire, refuse sans doute d'y réfléchir. Il préfère sans doute se mettre à l'écart de ce monde, s'amuser à provoquer des conflits entre l'Armée et la Police et voir si elles sont capables d'aller jusqu'à la guerre. A ce stade on peut toujours croire que Tsuge agit à un niveau basal de conscience (la terre). Cependant Tsuge sait qu'ils se feront la guerre. Son expérience et les excès qu'il a connus en servant dans l'armée par le passé lui ont ouvert les yeux. Tsugé est fasciné par les oiseaux et souhaite se libérer de l'état le moins enviable, celui du feu, celui de la conscience agitée.

Relation entre l'homme et son environnement
Le pouvoir des images
Enseignement de la vie
Implication politique
Conclusion
Le pouvoir des images

Deux aspects clairs dans le rapport à l'image se dégagent du film. Oshii nous montre à la fois combien les images de son film suffisent à exprimer plus que les mots ne sont aptes à le faire mais il nous montre aussi les différents niveaux de manipulation de l'image et de l'information, du contrôle et de la censure des médias. Ainsi dans l'attaque du Bay Bridge de Yokohama, il est plus que difficile de savoir qui manipule l'autre, même avec toutes les données en main. Cette façon de laisser le spectateur dans le doute est certainement consciente de la part d'Oshii: "Ne vous contentez pas de croire ce qu'on vous dit, forgez-vous votre propre opinion"... Et Gotô de nous rappeler une vérité en matière d'images: "En ce qui concerne les deux vidéos, vous avez prouvé vous mêmes qu'elles ne peuvent être utilisée comme preuve"

Quant à la beauté des images, chacun peut en tirer la conclusion qu'il désire, étant donné la richesse et la profondeur du propos de Mamoru Oshii. Le rythme très lent et exceptionnellement soigné du film permet de s'attacher à des détails qu'on aura laissé échapper une autre fois et qui permettent de redécouvrir le film à chaque nouveau visionnage. Les longs et lents travellings noyés dans les musiques psychédéliques de Kenji Kawai sont un des éléments forts du film qui contribuent à son atmosphère (à compter qu'elles ne la créent pas de toutes pièces) mais ce sont également des moments privilégiés qui permettent d'asseoir en profondeur les réflexions débitées peu avant par les personnages. On a le temps de se les répéter, de les ancrer dans son esprit et ce n'est que grâce à la richesse du texte que cette combinaison exceptionnelle d'images oniriquement réelles et de musiques étranges, atteint un sommet inégalé dans l'art de l'animation. Cette formule sera reprise par Oshii dans Ghost in the Shell avec autant de succès. Pour asseoir cette idée de prendre le temps de la réflexion, Arakawa le dit dans le film "Je suis le genre de personne qui se relaxe dans une voiture en mouvement, je réfléchis mieux. Quand je me déplace, j'arrive presque à un arrêt complet, et je laisse le monde derrière moi".
Arakawa, tout comme Gotô, est un personnage dont la conscience est au niveau "éther" et même si sa crédibilité est remise en doute par sa seule appartenance à une force armée, il se révélera sincère, intègre et extrêmement lucide du début à la fin. A la différence de Gotô, il ne semble connaître que cet état d'esprit, ce qui le rend froid et inaccessible.

Relation entre l'homme et son environnement
Le pouvoir des images
Enseignement de la vie
Implication politique
Conclusion
Enseignement de la vie

Patlabor 2 peut nous accompagner tout au long de notre apprentissage de la vie, et en dire plus long sans un mot que le plus beau discours d'un éminent professeur.
Car nous avons ici les meilleurs maîtres en la qualité de Shinobu Nagumo et Kiichi Gotô dont la maturité leur vaut les premiers rôles du film au détriment de Noa et Asuma, les deux sympathiques jeunes premiers. Nagumo et Gotô sont bien plus aptes à nous expliquer à travers leurs gestes anodins de tous les jours la complexité de la situation de leur pays et de leur vie.
Gotô et Nagumo, malgré leur froideur apparente, sont ici plus humains que jamais, l'un de par sa passion touchante pour la mer et les poissons, l'autre de par son amour envers Tsugé, qui eut une grande place dans son coeur quelques années plus tôt. Tous deux passent beaucoup de temps à visiter, muets, les quasi-vestiges d'une civilisation si fière d'elle mais qui ne peut que retomber un jour dans la guerre et se détruire elle-même. C'est inéluctable... D'ailleurs ce n'est pas un hasard si Gotô contemple les beautés la mer, le stade premier de l'évolution. Il a conscience de tous les niveaux, de l'éther à l'eau et Oshii développe à nouveau ses thèmes chers de Tenshi No Tamago.

Relation entre l'homme et son environnement
Le pouvoir des images
Enseignement de la vie
Implication politique
Conclusion
Implication politique

Oshii ne se contente pas de nous asséner certaines vérités sur notre mode de pensée, il dénonce aussi la politique d'armement et de développement lié à l'économie de la guerre. Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter Arakawa au début du film
"...Un groupe mixte constitué de politiciens de la branche dure, d'anciens chefs d'entreprises, de l'industrie militaire américaine, et d'une faction au sein de l'armée militaire US."
De façon un peu radicale, Oshii balance toutes les brebis galeuses dans le même panier, dénonçant une espèce de coalitions malveillante qui œuvre à un niveau international et qui émane essentiellement des Etats-Unis.
"Ils ont peur du Japon, le seul pays qui n'ait pas augmenté sa capacité militaire dans ce climat d'escalade à l'armement qui règne dans les nations asiatiques depuis la fin de la guerre froide. Ils ont eu l'idée de changer radicalement la situation politique du japon, qui est trop accoutumé à la paix".
Plus tard cette idée sera développée en profondeur, jetant les bases dénonciation à grande échelle de la politique économique liée à la misère et à la guerre. Je vous laisse juge, les mots parlent d'eux mêmes.

Extraits du script Patlabor, police mobile, film 2

Conversation entre Arakawa et Gotô

    Arakawa
Une guerre ?
Elle a déjà commencé. Il s'agit de savoir comment la terminer, voilà tout.

Qu'est-ce que nous essayons de défendre, vous l'officier de police, et moi l'officier de la défense?
Un demi-siècle s'est écoulé depuis la dernière guerre
Ni vous ni moi n'avons connu la guerre
La paix…
La paix est ce que nous sommes supposé défendre.
Mais quelle est la paix de cette ville, de cette nation? !
La guerre totale est la défaite. La politique d'occupation américaine.
La guerre froide sous l'ombrelle nucléaire et la guerre des pantins. Et pas les guerres civiles qui continuent dans de nombreux pays du monde.
Conflits ethniques, crises militaires.

Une prospérité économique créée à la sueur du front et soutenue par ces guerres sans nombre.
Voilà ce qui est derrière notre paix.
Une paix créée par une peur indéterminée de la guerre.
Une paix injuste qui est maintenue parce qu'il y a des guerres quelque part, mais nous nous cachons toujours la vérité.

    Gotô
Même si elle est fausse, c'est notre travail de la défendre.
Même si elle est injuste elle vaut mieux qu'une guerre juste.

    Arakawa
Je comprends à quel point vous détester les "guerres justes".
Celui qui a dit ces mots n'a jamais été à moitié honnête.
L'histoire est remplie de gens qui sont tombés de l'état de grâce en croyant cela.

Mais vous savez pourtant très bien qu'il n'y a pas une grande différence entre une guerre juste et une paix injuste.
Depuis que le mot "paix" est devenu l'excuse des menteurs nous avons perdu notre foi en elle.
Tout comme la guerre crée la paix, la paix crée aussi la guerre.

Une paix en faux-semblant qui est simplement une période entre deux guerres laissera la place à une véritable guerre.
Avez-vous déjà pensé à cela ?
Pendant qu'ils reçoivent les bénéfices de la guerre, ils cachent la vérité derrière leur écran de télévision.
En oubliant qu'ils ne sont tout simplement qu'à l'arrière du front.
Ou plutôt en faisant semblant de l'avoir oublié.
Une telle tromperie sera punie tôt ou tard.

    Gotô
Punie ? Par qui ? Dieu ?

    Arakawa
Dans ce monde tout le monde est plus ou moins dieu.
En voyant tout sans y être.
En ayant connaissance de tout sans avoir de contact physique.
Dieu ne fait rien, si dieu ne le fait pas, ce sont les gens qui le feront.
Nous verrons bien si nous n'arrivons pas à l'attraper


Relation entre l'homme et son environnement
Le pouvoir des images
Enseignement de la vie
Implication politique
Conclusion
Patalbor 2 est peut-être bien le stade ultime du film contemplatif philosophique, moins mystérieux et plus poignant que l'Oeuf de l'ange, annonçant déjà Ghost in the Shell. En fin de compte, la phrase prononcée à la fin par un Tsugé ripostant aux humains enfermés dans la complexité de cet univers qu'ils se sont créé résume les angoisses et les espoirs du réalisateur: "Si je ne me suis pas suicidé, c'est parce qu'au fond de moi j'avais envie de connaître l'avenir de cette ville.".




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