Manga art du cliché
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L'animation japonaise, l’art du cliché ou l’expression d’une sous-culture violente…
Imaginé au XIXe siècle par le peintre Japonais Hokusaï, le terme manga signifie a peu près "image dérisoire ".

L’art du fast-food au Japon c’est le manga. Il paraît que les mangas révèlent les pulsions d’un Japon trop moderne, trop aseptisé pour être honnête. Serait-il possible que nous soyons effrayés de constater que ce que les Japonais aiment, violence, sexe, niaiserie, société de consommation est le propre reflet de ce que nous devenons ou ce que nous sommes déjà devenus ou veut-on tout simplement nous aussi nous prendre pour des demeurés assoiffés de sexe ou férus de violence.

Le problème est réellement multiple. Tout a commencé avec Goldorak (Grendizer) qui débarque en 1978 sur récré A2. Depuis cette année avec l’arrivée d’Albator et des autres héros japonais sur le petit écran des enfants que nous étions, et jusque 1994, la majorité des séries diffusées sur TF1 et la 5 étaient d’origine nippone. Certains dessins animés sont restés gravés dans notre mémoire et ont marqué notre jeunesse et il est normal de retrouver aujourd’hui un marché porteur, celui des séries cultes des années 80. Seulement voilà, les séries qui parvenaient jusqu’à nos lointaines frontières sont loin d’être les séries les plus intelligentes et les mieux réalisées du pays du soleil levant et ce sont malheureusement elles qui reviennent majoritairement dans les rayons des distributeurs (avec de moins en moins de succès). Appât du gain et abrutissement sont deux compagnons de notre monde et il est difficile d’inverser la vapeur.

Pourquoi avoir stigmatisé les fans de l’animation japonaise ? Parce qu’il est vrai d’une part que les séries n’étaient pas les mieux adaptées à notre mentalité. Montrer Ken (Hokuto no Ken) le survivant en train de faire gicler la cervelle de son adversaire n’est peut-être pas approprié. Mais pourquoi épingler systématiquement tous ce qui vient du Japon. Ségolène Royal critiquait ouvertement les DA nippons, opposant Goldorak à Démétan, qu’elle trouvait bien plus adapté aux enfants mais qui n’en était pas moins japonais. Il était surtout difficile pour des adultes d’accepter que leurs enfants apprécient autre chose que les abrutissants mais néanmoins agréables Hanna-Barbera, surtout si ce quelque chose relevait de la culture japonaise sur laquelle plane tant de mystère voir de délires, et qu’il leur était cruel d’admettre que l’animation en Europe avec ses 12 images par seconde étaient nettement moins bonne que celle des Japonais avec trois fois moins. Pendant tout un temps l’ animation européenne fut donc prise entre le rouleau compresseur Walt Disney –Tiens ! un autre !- et le péril jaune. A quelques exceptions près...

Tout d’abord il y a des longs métrages d’exception tel  le roi et l’oiseau (1979) de Paul Grimault, textes de Jacques Prévert ou les maîtres de temps (1982) réalisé René Laloux mais surtout dessiné par Moebius, deux films d’une incroyable richesse, raffinés subtils, beaux et drôles et qui n’ont pas faute de diffusion eut le succès qu’il aurait mérité. Plus tard il y aura quelques réussites qui sont passées aussi inaperçues que les premiers, par exemple Robinson & Cie (1990) de J. Colombat.

Ensuite il y a l’amalgame. Qui saurait dire qui d’Ulysse 31, Jayce et les conquérants de l’univers, les mystérieuses cités d’or, les mondes engloutis, Capitaine flam, la forêt enchantée, Goldorak ou encore ce sacré Démétan est japonais ? Car non contents de dénoncer cette culture abrutissante si tant est qu’elle le soit, nous l’aurions donc également copiée ? Je me souviens d’un article qui relatait l’impact des DA japonais sur l’Europe occidentale, dénonçant notamment le manichéisme exacerbé d’Ulysse 31. Je me suis dit alors que le pauvre auteur de ce papier n’avait probablement jamais regardé Ulysse 31 d’une part et que d’autre part, il aurait du savoir que cette série avait été conçue par deux Français (J. Chalopin et R. Borg) et coproduite par des Européens et des Japonais.

Je lis souvent aussi que les Japonais affichent un goût prononcé pour la fin du monde, ils mettent en scène un univers post-apocalyptique ou menacé à tout bout de champ de destruction. Allô ! la terre ici je rêve. Faut-il seulement rappeler que si nous sommes encore traumatisés 50 ans après l’existence des camps de concentration, thème récurent et omniprésent dans notre culture actuelle, les Japonais, eux, sont les seuls à savoir quel effet cela fait de recevoir la (deux) bombe atomique.

Enfin il y a la réalité. Celle des "mystérieuses cités d’or ". Je vous cite cette série car elle représente ce que nous avons fait et importé de mieux à la télé (chantez avec moi : " ah aha aha Esteban, Zia, Tao, les cités d’o-or… " et il y a dans ce titre à la fois toute la fascination des thèmes abordés par l’animation japonaise et les dérives qui en découlent.

Depuis cinq ans il semblerait que cela bouge. Une loi en France impose un minimum de 40% d’œuvres françaises. Du coup les œuvres étrangères se font rares et on nous repasse les vieilles même séries ou des nouvelles séries réalisées en Europe que je ne suis peut-être plus en âge d’apprécier et de pouvoir juger. Ne parlons que des Japonais : Comment après cela ne pas discréditer cette animation japonaise qui pourtant par certains aspects (je ne parle que des films d’animation et pas des séries à 2 balles !) dépasse, de peu mais quand même, les artisans de chez Disney.

Cette loi n’a pas eu que des conséquences néfastes. Le public devient plus attentif aux productions de qualités et le film d’animation européen semble trouver une plus large audience et une nouvelle inspiration  :

Kirikou et la sorcière (1998) de Michel Ocelot et R. Burlet, L’enfant au Grelot (1997) de J. Girerd, le château des singes (1999) de J-F Laguionine. Parallèlement, aux states, Disney n’est plus maître à bord et doit faire face à une rude concurrence dans le marché du grand public qui en retire les bénéfices. Cette recrudescence de l’animation de qualité est due à deux facteurs capitaux : l’animation assistée par ordinateur et la prise de conscience qu’un doublage de qualité presté par des acteurs de talent est primordial, ce que Disney et les sociétés au Japon avaient compris depuis le début. Pour vous en convaincre je vous renvoie une fois de plus à ma référence en matière de sonorités gutturales et de perfection - tant est qu’elle existe -, en matière de doublage : Shinku no Shônen Densetsu (les chevaliers du Zodiaque, faut-il encore le rappeler). Enfin tout ça pour dire que cette guerre nous a offert, et je ne citerai que les plus connus, Mulan (1998) des studios Disney ; Le prince d’Égypte et Fourmiz des studios Dreamworks (1998) ; Anastasia (1997) de Don Bluth et G. Goldman ; et actuellement sur les écrans, deux belles réalisations, Tarzan des studios Disney et le Géant de Fer de Brad Bird.

Quant au Japon il continue à produire le pire comme le meilleur. Je ne vous parlerai que du meilleur car il est au Japon des films d’animation destinés aux adultes qui vaudraient plus qu’un détour (je ne fais pas référence ici, en parlant de films pour adultes, à ce que vous pouvez trouver en tapant "hentaï " dans votre moteur de recherche).

C’est en fait là que je voulais en venir au terme de ces considérations triviales. Le Japon offre des dessins animés de qualités exceptionnelles, truffés de références historiques et d’interrogations essentielles et existentielles sur notre monde et c’est donc bien dommage d’en être arrivé à un tel mépris de la culture animée orientale au point de se priver de chefs d’œuvre…

Pierrot le fou quelque peu mélancolique…









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7ombre