Articles et récits
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Pour la deuxième fois consécutive, l’espace Pierre Brossolette a accueilli les 16 et 17 Juin la manifestation annuelle organisée par le club Kremlinois " Figurine et Stratégie ", en collaboration avec les " Ludiques Troupiers " de Lagny. Deux tournois de jeu d’histoire (appellation Française du " wargame " avec figurines) ont permis à des joueurs venus de la région Parisienne mais aussi de Province et même d’aussi loin que la Hollande de s’affronter par équipes de deux dans une ambiance amicale et détendue, la compétition n’étant qu’un prétexte pour permettre aux joueurs de se retrouver à la veille des vacances. Les locaux spacieux et fonctionnels prêtés par la municipalité ont permis de faire face à l’accroissement du nombre des participants constaté cette année, tant sur la période antique que sur la période napoléonienne : au total, un peu plus d’une soixantaine de joueurs ont répondu présent.
Si les tournois ont vu la victoire des Gréco-Bactriens et des Ottomans, respectivement, on en retiendra surtout la large variété des armées présentées, variété vivement souhaitée par les organisateurs qui veulent offrir un large panorama du jeu d’histoire et augmenter ainsi le plaisir des participants engagés dans des confrontations inédites. Dans le même esprit, une large place avait été réservée pour des tables de démonstration consacrées à d’autres périodes ou thèmes moins connus. Ainsi, si deux règles régissaient la compétition |
(DBM et DBN), plusieurs autres étaient utilisées pour reconstituer des batailles de la renaissance (DBR) et du 18ème siècle (AOR, POW), périodes actuellement moins pratiquées mais qui ont chacune leur charme particulier.
De plus, des démonstrations présentaient aussi des règles à thème fantastique (DBFi, HOTT) sous l’impulsion des membres du club local, dont un des objectifs affichés est de favoriser le jeu avec figurines sous toutes ses formes et sans sectarisme. Tout en conservant l’intérêt ludique des règles plus sérieuses, ces autres systèmes introduisent un brin d’humour et de fantaisie qui aide à ne pas se prendre trop au sérieux et peuvent permettre de jeter un pont vers les pratiquants d’autres types de jeux et vers un public plus jeune et friand d’univers parallèles. Bref, devant le succès de la formule, " Figurine et Stratégie " envisage bien évidemment d’ores et déjà d’organiser au mois de Juin 2002 une nouvelle édition de la " Levée en masse ".
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On vous a déjà raconté les aventures de divers joueurs lors de la dernière levée en masse. Il est temps que ce soit le tour d'un inédit : Un tournoi vu de l'arbitre organisateur !
Vendredi soir précédent le tournoi, je ne vous raconterai pas la mise en place de la salle, parce que je n'y étais pas. A la place, j'ai déverminé mon programme de gestion d'appariement et de résultats autant que j'ai pu, et ça m'a déjà amené en fin d'après-midi, et puis j'ai mis de l'ordre dans tous ces papiers que les joueurs m'avaient confiés : chèques, listes d'armée, bulletins d'inscription. Ultime vérification des données enregistrées à la main sur la base de données, et configuration du PC portable pour que tout aille bien. Quand tout cela est enfin prêt, il est déjà bien tard, et je n'ai plus qu'à me coucher après avoir fait mon sac, notamment en emportant les armées que l'on offrira aux vainqueurs. Cette année, encore deux magnifiques armées DBA : une d'Egyptiens nouvel empire et une de Mycéniens. Mais pourquoi ne suis-je qu'arbitre ???
Enfin bon ça y est, c'est le jour J. Il faut arriver de bonne heure pour dresser la liste des joueurs avec leur règlement (je n'ai pas d'imprimante chez moi), et ça veut dire installer le portable et le pilote d'imprimante qui va avec. Je n'aurai pas trop de temps finalement, car les premiers joueurs arrivent avant l'horaire annoncé pour l'ouverture des salles.
Ensuite, je m'empresse d'imprimer les appariements, qui ne prennent qu'une fraction de minutes à mettre en place. J'ai décidé de faire les choses bien cette année. J'ai lu la doc en ligne sur les méthodes d'appariement en système suisse (merci à Arnaud Marmier pour les avoir signalés sur la liste de diffusion DBM d'histofig), et j'ai du coup divisé mes joueurs en deux masses, en m'aidant du dernier classement national publié par Carl Pincemin, et de ma connaissance des joueurs non classés qui étaient déjà venus l'an dernier.
J'ai séparé les joueurs en deux : les bons et les très bons, puis les autres, ce qui m'a fait deux parts sensiblement égales. Dans chaque part, j'ai encore divisé en deux selon le classement national, et j'ai mis le premier de la première moitié contre le premier de la deuxième moitié, puis le second contre l'autre second, etc. Et j'ai eu de la chance : il n'y avait aucun conflit de club ou de région (j'ai ignoré les conflits de région pour les joueurs de la région parisienne car ils sont du coin). Je produis alors deux tableaux en html donnant les affrontements par table et par équipe. En fait, le plus long aura été d'imprimer tout ça car et mon micro et l'imprimante sont lents. Si bien que si je prends encore quelques joueurs à qui je fais d'ultimes remarques sur leur liste, et qu'ils en tiennent compte, le temps passe et je dois lancer le jeu sans d'autre petit brifing (j'aime bien écrire ce mot comme ça par pure anglophobie ; -) C'est parti pour 4h de baston.
Je n'ai pas grand chose à faire. Le programme marche, et puis de toute façon je ne pourrai rien corriger s'il plante. Par contre j'ai un système de gestion de base de données de plus bas niveau pour gérer à la main si une catastrophe intervenait. Je suis serein, et pas beaucoup demandé. Le temps passe.
ENfin j'ai quelques interventions à faire. Je tombe sur le superbe bagages des joueurs hollandais qui nous ont fait l'honneur d'être les premiers étrangers à venir à notre tournoi. Ça me rappelle qu'il faut justement attribuer le prix du bagage. Nous sommes trois à faire partie du jury pour cela. Je mène mon inspection. Il n'y a pas d'aussi beaux bagages que l'an dernier. On voit quelques belles tentes Feodal, et heureusement quelques beaux bagages plus originaux, mais il n'y a pas photo : les Hollandais gagnent haut la main. Et en plus, leurs bagages sont spécialement adaptés à leur armée gréco-bactrienne avec alliés Scythes. Vous pourrez aller sur le site du club pour admirer ce superbe travail, photographié le dimanche sur un des terrains floqués du club qu'on dirait avoir été fait exprès pour l'accueillir.
Enfin je donne mon premier coup de sifflet. Un vrai sifflet d'arbitre. Ma trouvaille. Le meilleur moyen de se faire entendre sans crier. Et de se faire un petit plaisir car disons le tout net : ce n'est un secret pour personne que l'arbitre s'enquiquine royalement ! Mais là je ne siffle pas encore la fin des parties. Je signale que la fin des parties et proche et je donne la procédure de fin de partie utilisée. Je n'indique pas que je sifflerai à telle heure. Et de toute façon, j'utiliserai un dé pour décider aléatoirement de la fin des parties. Je promets aux oreilles sensibles que l'an prochain je sifflerai à l'écart des joueurs, et que je ferai un petit coup à faible volume juste avant de faire le coup de gong final. Mais je le confesse : j'adore souffler dans un siffler à roulette ! Que celui qui ne supporte pas ça arbitre à ma place l'an prochain et moi je jouerai à la sienne !
J'ai consigné les résultats au fur et à mesure. Les calculs de BB310 sont correctement faits. Je sors les tables html donnant les résultats des batailles, le score des joueurs et le classement. Puis je fais l'appariement. Cette fois c'est du classique. Mon programme classe les joueurs et me propose de mettre le premier avec le 2e, etc. Pour cela, j'apparie les joueurs en leur donnant le même numéro de table. C'est très simple et très efficace, et facile à analyser pour le programme. J'ai encore de la chance, il n'y a qu'un problème de rencontre déjà faite. Je corrige selon la procédure normale, et ça va bien. Toujours pas de problème de club. Je sors les annonces de batailles.
La feuilles des résultats de bataille est fausse. Je fais un test à l'envers. On fera sans elle.
L'après-midi ressemble au matin, mais j'ai encore moins de choses à faire. A la fin, je peux annoncer très rapidement les
appariements pour le prochain tour. Je fais en moins d'une minute des appariements 100% convenables sans aucune fatigue. Il y a quand même 22 équipes, dont la moitié d'extra-régionales (grosso modo). Je suis bien content de mon programme (je crois que vous l'aviez déjà compris mais c'est tellement vrai !!!)
Le lendemain matin j'arrive juste à temps pour lancer les parties. Je demande quand même aux joueurs de venir car j'ai deux-trois choses à leur dire, mais je ne m'en souviens plus que d'une : il ne faut pas que les deux membres d'une équipe quittent en même temps la table de jeu. Je venais pourtant d'y penser dans le métro. Je suis un peu moins crevé que la veille au soir, mais ça s'annonce pas terrible.
Cette fois j'espère pouvoir m'initier à principes de guerre, dont une démo XVIIIe siècle est proposée par les ludiques troupiers. La veille, c'était Age de raison, mais ça je connaissais déjà et je n'ai plus envie de jouer à cette règle, pour des raisons dont je ne me souviens plus précisément, mais qui sont la conséquence de mon expérience avec elle. Mais bon, ils mettent du temps à s'installer les bougres, et quand ils le sont, les joueurs commencent à demander mon avis et mon initiation est très mâchée. Je tâche de poser les questions qui me semblent importantes pour me faire un avis sur la règle, parce que je sens bien que je ne jouerais pas. D'ailleurs comment jouer ? Je ne saurais être dans ma partie. C'est pourquoi je ne tente pas plus d'intégrer la table DBFI. Même une petite partie de HOTT ne me dit rien. Je n'ai pas envie qu'un problème d'arbitrage me tire de ma réflexion sur mon jeu, alors je ne fais rien. C'est sans doute aussi que je demeure un peu fatigué, et que je préfère m'économiser.
Les appariements du 4e tour ne posent toujours pas de problème et c'est parti. J'ai eu plus de nulles que je ne pensais. Les joueurs m'ont déjà signalé qu'ils appréciaient les 4h de jeu laissées. Mais il y en a qui résistent si bien au sort que 4h ne suffisent pas à les occire. Pourtant, je mesure le temps généreusement : je ne commence à décompter que lorsque tout le monde à trouvé son adversaire, et mon système aléatoire laisse souvent 3 à 5 min supplémentaires.
Et là j'ai le coup d'adrénaline que je n'avais pas encore eu. Certes, Carl avait déjà la veille pratiqué son sport favori de lancer de choses diverses : dés, plaquettes, mètre, chaise. Et pesté comme un mort à la fin de sa deuxième partie. J'ai été très étonné en voyant sa feuille de route qu'en fait il avait gagné haut la main. Moi j'en avais conclu qu'il avait perdu ! Mais cette fois-ci, il m'appelle pour un problème de troupes reculant dans la rivière, et de fil en aiguille je finis par me rendre compte que sa rivière joue les colimaçons autour de la rivière qu'ont posé ses attaquants. Je lui demande par réalisme d'en faire moins, et tout le monde présent a encore présent notre belle joute oratoire sur les possibilités techniques de la DDE gréco-bactrienne de l'époque ! Un peu plus tard, je lui indique avec la règle qu'une route ne peut croiser une même rivière qu'une seule fois. L'amusant, c'est qu'au départ il m'a affirmé que rien dans la règle n'empêchait une route de croiser autant de fois qu'elle voulait une rivière. La morale de cette histoire, c'est qu'il ne faut pas se démonter et que ceux qui crient le plus fort le font parfois que parce que c'est leur seul chance d'avoir raison, vu qu'ils savent pertinemment que tout ce qu'ils savent, c'est qu'ils ne savent pas (moins non plus je ne savais pas, mais je savais que la règle demande des terrains réalistes, et que là tel n'était manifestement pas le cas).
Après quoi tout parait monotone, jusqu'à ce que les Hollandais m'appellent. Et là c'est le cauchemar. Je dois décider si un pouième de décalage est véritable (résultant d'un oubli stupide) ou est un artefact (les nappes bougent, la largeur différente des plaquettes, etc). Si je dis oui, je condamne l'équipe A, si je dis non, l'équipe B risque de perdre. Bref, JE décide du sort de la partie. La tuile ! B semble pouvoir résister, et normalement devrait passer. Avant de me prononcer, je demande à résoudre le combat adjacent. Il a de bonnes chances de tuer A, mais bien sûr A résiste ! Zut et rezut. Je propose de jouer le sort au dé, à égalité de chance. Finalement B choisit d'être extrêmement fair play, et concède le bénéfice du doute à A. A joue. Ils ont des excellents pips. Heureusement, leurs troupes sont un peu loin, et ils ne peuvent renforcer le secteur litigieux. Ils perdront la partie sur le combat qu'ils avaient réussi à neutraliser juste avant, et ils n'auront pas la chance de détruire suffisamment de chevaliers au tir. L'équipe B gagne la partie sur la feutrine et pas sur le tapis vert.
Enfin le temps passe, et je siffle le coup de sifflet final. Derniers résultats à entrer, et dernier classement à sortir. Il est bon, on va pouvoir annoncer les résultats.
Le tournoi Napoléonien qui s'est terminé depuis longtemps fait ses annonces avant nous. Enfin c'est à moi. Cette année, j'ai encore de la voix. C'est tant mieux. Je hausse le ton et je tâche de porter ma voix. J'ai l'impression que c'est bon. Sans doute au départ. Mais sûrement plus quand je lis la liste. Je crois être à la bourre, alors je ne fais pas durer le suspens. En fait, j'aurai pu prendre un peu plus de temps mais bon, l'essentiel a quand même était fait, et je n'ai pas oublié d'indiquer les armées des vainqueurs.
Après quoi tout le monde démonte les tables et les rangent. Avec quelques-uns nous finirons le rangement et le débarras. Tout va assez vite car nous sommes assez nombreux. Et toute l'équipe de figurine et stratégie peut se retrouver autour d'une boisson de retour au club, contente d'avoir pu procurer un ouikène agréable aux joueurs qui nous ont fait le plaisir de venir parmi nous, et commencer à réfléchir à tout ce qui s'est passé.
-- Jean-Pierre