poster proposé au 8e Salon International Psychiatrie et Système Nerveux Central La Villette novembre 2000 |
Approche clinique de létayage dialogique de non-lecteurs"
J. Zwobada Rosel.
Orthophoniste. 116 Av Joffre.
94120. Fontenay/bois.
e mail: ZwobadaJ@wanadoo.fr
| Les non-lecteurs représentent une population particulière (cf. " Des enfants hors du lire "). On ne peut parler
dune entité nosologique car chaque " cas " renvoie à un
tableau particulier. Nous présentons quelques hypothèses issues de prises en charges
dans deux types dInstitutions. La prise en charge dadolescents dans le cadre
dune SEGPA dun collège de banlieue parisienne et la prise en charge en orthophonie
denfants plus jeunes. Comment sont-ils entrés (ou en voie dentrer) dans
lécrit ? En quoi se différencient-ils des autres élèves ? Sont-ils
devenus suffisamment autonomes pour avoir un avenir professionnel ? Quelle part
accorder à des formes graves de dyslexie et/ou une problématique socioculturelle complexe ? Au niveau Institutionnel, nous discutons la nécessité dune intervention linguistico-cognitive mais aussi clinique (entretiens), dans le cadre de linstitution scolaire comme dans celui de lorthophonie. Au niveau cognitif, nous nous interrogeons sur ce que signifie leur mise en mots à légard de leur propres représentations de leur fonctionnement psychique. Une micro-culture se constitue dans le dialogue enregistré avec ladulte et nous dirons avec Bruner car la culture donne forme à lesprit. |
Bruner, J. (1991).
car la culture donne forme à
lesprit. Paris : Eshel. Ouvrages collectifs : Quelques publications de lauteur sur le
thème : |
| Spécificité du questionnement introduit par le
titre :Pourquoi
" clinique " ? Un point de vue de psychologue clinicienne face à lenfant (adolescent) en échec scolaire.Quel " cognitif " ? Vygotski pour les rapports entre pensée et langage Létayage dans la relation adulte/enfant (espace de représentations) Bruner pour limportance de la signification (qui se construit à partir de) lhistoire personnelle Piaget pour une démarche " constructiviste ", lenfant sapprend Discussion : échec dun étayage pédagogique (du didactique à la remédiation cognitive) entraînant la remise en cause des modèles dapprentissage pour cette population, notamment dans la mise en jeu des fonctions psychiques de base : attention, mémoire, perception (cf. en particulier un fonctionnement de type dyslexique). La double démarche proposée, illustrée dans les deux populations. Point de vue : phénoménologique (observation/description de chaque cas) et fonctionnaliste (recherche action, évolution de la prise en charge sur le terrain). |
Localisation de la
recherche
Peut-on
parler dune entité clinique, dune population
particulière ?
la fonction pragmatique qui permet par exemple à loral de se présenter, de comprendre la nécessité, la fonction dune consigne, la valeur des actes de langage et leur utilisation, et,
la fonction métalinguistique dès les premiers niveaux où elle se manifeste, répétition de mots (et de non-mots) de 3 syllabes et plus (parfois même de deux), segmentation syllabique des mots, identifier un son voyelle dans ses différentes positions etc.. Ils ne peuvent décontextualiser ce quils ont acquis globalement (unité et son contexte tant verbal que situationnel).
Qui
sont-ils ?
Ceux qui ont réussi à apprendre :F* est cultivé, il sexprime assez facilement (le père va se suicider pendant sa 1ère 4e). Il a suivi latelier de plomberie mais reste très résistant à tout ce qui est intégration sociale : il napporte pas le dossier qui permettrait de valider sa réussite au CFG. Des problèmes de santé lui permettront de bénéficier de la COTOREP dans sa démarche dintégration sociale. R* est dorigine marocaine, il est laîné des enfants de sa famille. Son père la amené avec lui laissant tous les autres au pays avec leur mère. Il entrera en apprentissage " cuisine ". V* sri-lankaise, est très timide et a peu de vocabulaire, ses frères et surs nont pas eu les mêmes problèmes dapprentissage de la langue. Elle ne fera que " passer ", deux ans, le temps dapprendre et oser parler français. Elle rejoint la population SEGPA. On ne peut dire quelle soit non-lecteur. X* est en hôpital de jour, il vient au collège, en intégration deux matinées. Il est celui qui se structurera vraiment grâce à la démarche proposée. Il restera deux ans. Ses problèmes diffèrent. Il a progressé tant à loral quà lécrit dune façon spectaculaire.
P* devrait être en IMPRO ce que la mère refuse car les deux parents y étaient. Caractériel, erreurs de type dyslexique Il ne pourra entrer en apprentissage et travaillera à aider à décharger des voitures. A* a attendu son placement en IMPRO quelques mois (accident avec séquelles neurologiques langage et psycho-motricité). Tout lui échappait.Ceux qui nont pas réussi
S* a rejoint le groupe la deuxième année de son fonctionnement. Il est donc plus jeune et a manqué le travail " métalinguistique " préalable (et concommitant) à la mise en place des voyelles, bases du " système " phonologique (et graphique). Très dyslexique, très immature, il trouvait des " trucs " procéduraux pour séviter davoir à comprendre. Il a appris à devenir curieux de ce quil ne comprend pas. Il sera maintenu une année de plus pour avoir le temps de mûrir.En instance de réussir
Le 2e dessin est celui de son " adieu " car il a décidé de lire et va travailler avec une autre orthophoniste, plus près de chez lui. 28/10/00. Deux bonhommes (lui et moi) lèvent les bras en lair lun au dessus de lautre pour se dire adieu. Un petit personnage ( ?) pleure dans le coin du bas à droite. La partie gauche de la feuille est progessivement remplie, par un fantôme (thème des derniers dessins) et des dessins dHalloween, citrouille, tête avec un chapeau pointu etc.. Il acrit son nom en lettres attachées et signe dessous avec ses initiales lune dans lautre.
Au niveau sémiologique ce dessin est très complet et occupe tout lespace de la feuille.
Comment
sont-ils entrés (ou en voie dentrer) dans lécrit ?
" car la culture donne forme à lesprit "
Quelques pistes
pour tenter de les comprendre :
Affectif| Létayage repose sur le dialogue avec lenfant, ladolescent, lapprivoiser pour quil parvienne à sexprimer, à saffirmer dans sa valeur propre (estime de soi). |
Au collège :
| Pour certains, ceux pour lesquels on évoque un blocage, " oublier pour retenir ", on constate également une dépendance quasi fusionnelle à légard de leur mère. | Cf.
leur témoignage
(à 16 ans la mère de F* lui lave les dents !) |
En libéral :
| Les enfants sont plus
jeunes mais quelque chose semble les retenir, les nuds doivent se dénouer dans un accompagnement spécifique. Il sagit de moments de prise en charge psychothérapiques. Pour tous, un travail de guidance parentale a été tenté, mais comment faire changer la place assignée à lenfant dans le fonctionnement de sa famille ? |
expression dans le jeu,
par le dessin etc., ayant favorisé une régression et une réorganisation pour E* (à 10 ans), un réaménagement pour L* (à 6-7 ans). Pour Y* (asthmatique, 7;6 -12 ans), laccompagnement psychologique sest fait dans lanalyse des réactions de sa famille à ses problèmes. Il ny a pas eu ce passage par limaginaire et le jeu symbolique. |
| Ils ont " basculé " de leur monde dans celui de lécrit, un beau jour, lire dabord, puis écrire, dans le désir de maîtriser ce qui leur échappait. |
Espace de représentation ?
| On ne note pas chez eux la capacité à intégrer des schèmes, à structurer : il faut alors mettre en place une certaine forme dorganisation en passant par toutes les entrées perceptives possibles (auditive, visuelle, kinesthésique), en passant dabord par " entendre " (entendre/comprendre) (1991B). |
En libéral :
|
Il est possible de travailler à entraîner la mémoire, lattention, la concentration, les opérations de classification, sériation etc.. |
Y* (de 7;6 à 10 ans) avec des jeux de Moyenne et Grande Section de
Maternelle).L* et E* :
réglettes cuisenaire et autres jeux.
Pour B*, il sagit pour linstant davoir ouvert cet espace de représentation. La " bascule " ne sest pas encore faite. Il en est à lexpression dun désir dapprendre. |
Au Collège :
| Cet entraînement sest fait sur le matériel qui permet la manipulation des unités de la langue elle-même. (cf. document ci-dessous) |
| Au centre de linvestissement nécessaire à une appropriation, le passage par le corps (prise de conscience des composantes articulatoires des sons, tonus et trace graphique), la prise en compte systématique de la double face forme/sens du signe symbolique (cf. le travail sur les paires minimales), le double principe de régularité et de variation (cf. les homonymes). |
| La question de leur autonomisation se vérifie pour les plus âgés par leur possibilité dintégration dans le monde du travail : entrer en apprentissage. | Y* a été admis comme mécanicien,R* comme cuisinier. F* fait des démarches. |
| Pour les autres, cest par leur intégration scolaire et le changement de regard de lenseignant : ils participent davantage et font preuve dune culture qui contraste avec leur incapacité à lire, prise en charge par les autres. | L*: son maître, soulagé, délègue le travail sur lécrire, maintenant quil lit.E* est pris en charge à côté de chez lui par une orthophoniste spécialisée. B* est accepté par la SEGPA. Le directeur voulait le placement. |
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Cette question serait mal posée, car il est évident quils y ont accès dune certaine façon. Cependant, leur pensée semble fonctionner sur un mode analogique, et on peut ainsi favoriser une figuration plutôt que labstraction impliquée dans le fonctionnement symbolique de la langue. Leurs " usages " de la langue restent dailleurs limités. Pourront-ils dépasser cette limitation ultérieurement ?
Hypothèse de travail suggérée par la recherche
Dun point de vue développemental, dans un cadre
de socialisation, lentrée dans lécrit représenterait un rite initiatique.
On pourrait situer alors le fonctionnement psychique des non-lecteurs du groupe observé entre
inhibition de développement et états limites (pathologies limites chez lenfant).
J. Zwobada Rosel (Psy et SNC 27/11/00)
retour(Un rêve impossible ?)
" Je fait du veleau ou bois ponsdone 2h avx mon
pérés et mé ferért.
Et maner a voc mon chein. "
(Avec recherche de graphie des sons et travail pour construire des séries)
" J ai fait du velo au bois pendant deux heures avec mon père ma
mère
et mes frères. Jai amené aussi mon chien. "
(en séries verticales) : dans les mes tes ces ses
bien rien mien tien sien lien viens
03/12/00 18:50