Festival de Chatillon
Festival National de Théâtre Contemporain Amateur de Châtillon-sur Chalaronne 

revue de presse 2002
 

Festival de théâtre : demandez le Programme

Le festival de théâtre commence jeudi. Nous avons demandé à Philippe CHIGNER, responsable de le commission « programmation » et à Henri PERROT, responsable de la commission « gestion » de lever un coin du voile sur le programme.

Le programme du Festival annonce un spectacle « Fil Rouge », est-ce pour guider les spectateurs ?
Henri PERROT Effectivement, c’est bien l’idée : prendre les Châtillonais « par la main » pour les conduire au théâtre, en faisant descendre le théâtre dans la rue, à leur rencontre. La même recherche du contact « direct » nous a conduit à mettre en place le « Bistrot Théâtre » où l’on pourra écouter des textes de théâtre pendant que l’on prendra un verre dans un café de Châtillon.

C’est difficile de faire venir des spectateurs au festival ?
Philippe CHIGNER C’est difficile d’une façon générale pour tout le secteur que l’on appelle « spectacle vivant » d’amener les gens à sortir de chez eux et à les convaincre que la « vraie vie » est celle qui est représentée par des acteurs sur le texte d’un auteur. Nous avons par exemple programmé vendredi « Potins d’Enfer » de Jean-Noël Fenwick (l’auteur des célèbres « Palmes de M. Schutz » aux multiples « Molières »). Cette pièce reprend le thème de Huis Clos de Jean-Paul Sartre mais sur un mode humoristique. Cette pièce est l’exemple que l’on peut  sourire et rire sur un vrai sujet de société comme celui de plusieurs personnes qui ne se connaissent pas et se retrouvent ensemble dans un lieu clos….

Cela nous rappelle « Loft Story » ?
H.P. Exactement. La coïncidence n’est pas fortuite. Nous sommes au cœur de la finalité du théâtre qui est bien de transformer le téléspectateur-voyeur en vrai spectateur. Car ce qui compte ce n’est pas la brutalité de la réalité jetée à la figure c’est la réflexion sur cette réalité, à travers la vision d’un auteur et des acteurs qui se sont mis à son service. Si « Potins d’Enfer » gagne quelques millièmes d’audience contre « Loft Story », nous aurons atteint un des buts du théâtre en général et de notre festival en particulier.

Les spectacles ne sont pas résevés aux intellectuels qui aiment « se prendre la tête » ?
P.C. Absolument pas ! Cette étiquette qui colle souvent au théâtre est issue d’une petite frange de théâtre « de recherche ». Le théâtre de qualité que nous voulons montrer dans ce festival génère toute la gamme des émotions humaines pour le « grand public ». L’humour, du petit sourire au grand rire, n’en n’est pas absent. Ainsi, « Thé à la menthe ou t’es citron » qui clôture le festival dimanche après-midi nous relate les mésaventures d’une troupe de théâtre amateur qui monte un spectacle. C’est un excellent divertissement « grand public ». Dans un autre registre, « Audience » (samedi après-midi) que le président de la république tchèque Vaclav Havel a écrit du temps où il était encore un dissident emprisonné, est une satire très fine de l’entrevue d’un ouvrier avec son patron… Bonne occasion de sourire d’une situation que chacun a pu connaître personnellement sans que cela soit très drôle pour lui !

Votre théâtre donne quand même à réfléchir ?
P.C. Bien sûr, la réflexion sur les grands problèmes humains qu’ils soient d’ordre intime ou d’ordre social, reste présente en toile de fond. Par exemple dans « Ay Carmela » (vendredi soir) nous voyons encore une troupe de théâtre en répétition mais avec cette fois un arrière-plan politique fort puisque le spectacle va avoir lieu dans un petit village espagnol en 1936 devant les officiers franquistes. Dans « l’Atelier » (samedi soir) c’est à travers les conversations quotidiennes des ouvrières d’un atelier de couture que nous revivons toute la période de l’immédiate après-guerre en France avec ses problèmes (le rationnement, l’attente du retour des prisonniers) mais aussi ses fous-rires quand on raconte le bal avec les soldats américains…
 

Nous avons déjà vu cette pièce à Châtillon ?
H.P. Ce n’est pas étonnant car c’est une œuvre majeure du théâtre contemporain, écrite par l’un des plus grands auteurs français vivants : Jean-Claude Grumberg. Et nous aurons le grand honneur d’avoir la présence de Jean-Claude Grumberg, qui sera reçu à l’Académie de Auteurs de Châtillon juste avant sa pièce, jouée par Théâtre 2000. Une occasion au passage d’un coup de chapeau à cette troupe lyonnaise qui, rappelons-le, est à l’origine, avec Colette Maré et le Centre Culturel de la Dombes du Festival de Théâtre de Châtillon. De plus, c’est avec « Dreyfus » une autre pièce de Jean-Claude Grumberg qu’ils ont remporté le Masque d’Or, la plus haute récompense accordée en France à un spectacle de théâtre amateur.

L’Académie des Auteurs est toujours bien présente au Festival ?
H.P. Plus que jamais ! Cette année deux nouveaux membres seront intronisés lors de la séance solennelle du samedi soir à l’Espace Bel Air. Outre Jean-Claude Grumberg, Fatima Gallaire va rejoindre le groupe, toujours soucieux de féminisation, bien qu’il soit encore loin de la parité ! Pour ceux qui ne connaissent pas Fatima, elle sera présente en lecture (samedi à 10h). Soulignons au passage l’intérêt de ces lectures, originalité et richesse de notre festival. Elles sont un moyen – entre autres - de découvrir qu’il y a des auteurs de théâtre partout, y compris tout près, dans l’Ain. L’an dernier nous avions lu Françoise Poncet de Bourg-en-Bresse, cette année ce sera au tour de Jean-Luc Felgeirolle d’Oyonnax (dimanche à 9h30). Et pour alterner, comme dans la vie, les conversations au café du coin avec les grands problèmes du monde, un moment fort dans ces lectures sera « Trois semaines après le paradis » qu’Israël Horovitz (lui aussi présent au festival) a écrit trois semaines après avoir vu à quelques dizaines de mètres de sa fenêtre s’écrouler les tours du World Trade Center, en même temps que s‘écroulait une partie de son paradis new-yorkais (samedi à 17h30).

Alors, que conseillez-vous aux spectateurs ?
P.C. Tout ! Vraiment, tout est bon à Châtillon ! Nous constatons d’année en année une élévation constante de la qualité des spectacles candidats, preuve que la renommée du festival s’étend. Nous n’avons pas pu parler ici en détail de tous les spectacles et de toutes les lectures mais, vraiment, nous avons préparé un cocktail où les ingrédients de fond sont toujours un très bon texte, servi par des comédiens passionnés. Dès l’ouverture jeudi soir, commencez en douceur par deux petites pièces finement ciselées par des sculpteurs du langage : « La conférence de Cintegabelle » de Lydie Salvaire (20h30 à l’Espace Bel Air)et « Pour un oui ou pour un non » de Nathalie Sarraute (22h30 à la Salle des Fêtes).

H.P. Soulignons en conclusion que le théâtre amateur, c’est aussi la culture à la portée de toutes les bourses : pour 23 euros la carte « pass » donnant accès à tous les spectacles (15,5 ? en tarif réduit) faites donc jusqu’à dimanche après-midi une vraie cure de théâtre (8 spectacles) ! Consommez sans modération, vous verrez comme l’effet en sera bénéfique sur votre état général…


Festival de théâtre : tout est prêt pour la seizième édition

Le festival de théâtre va bientôt commencer, transformant pour quatre jours Châtillon-sur-Chalaronne en capitale du théâtre contemporain amateur.
Rencontre avec Jean-Paul SABY et Alain SALMON, membres du Comité d’Organisation

Le festival se déroule cette année du 23 au 26 mai, c’est plutôt inhabituel ?
Alain SALMON : En fait, il n’y a pas de date fixe pour le festival. Les premières éditions se déroulaient plutôt fin juin. A la création du son et lumière « St Vincent de Paul », nous avons avancé le Festival pour qu’il n’y ai pas une concurrence entre les spectacles. Nous avons alors visé les « ponts » de mai qui permettent d’assurer quatre jours de programmation . Mais cette année était particulièrement dure : il fallait éviter les jours d’élection (où la Salle des Fêtes est utilisée en bureau de vote) et les jours de course hippique (où l’Espace Bel Air retrouve sa vocation première pour héberger les jockeys et les parieurs). Finalement, nous allons innover puisque cette seizième édition commence un jeudi « normal ».

Le festival revendique la dénomination « amateur ». Le « théâtre amateur » est-il différent du «  théâtre professionnel » ?
Jean-Paul SABY : Il y a une grande différence et une grande ressemblance. La ressemblance d’abord, elle est dans le théâtre : c’est la même forme de spectacle vivant où la ressource primordiale est le corps de l’acteur, au service de l’univers d’un auteur. La différence, c’est que les amateurs exercent cet art pour leur accomplissement personnel mais sans espérer en tirer un profit financier. Disons que pour eux c’est une raison de vivre, mais pas un moyen d’existence.

Vous parlez des auteurs et des acteurs… Et les spectateurs ?
A.S. Vous avez raison de souligner que le but ultime du théâtre est de toucher les spectateurs. Les faire réfléchir, rire, pleurer, voire même crier. En tout cas leur procurer une émotion. Et nous sommes très heureux de constater que le Festival touche de plus en plus de spectateurs. En 2001 nous avons vendu 50% de billets de plus qu’en 2000. Nous avons fait une enquête qui nous a permis de mieux connaître nos spectateurs : ils viennent de Châtillon (13%), et du reste de Ain (24 %) mais aussi de toute la région (56 %) et du reste de la France (7 %).

Le Festival a donc un véritable impact national  ?
JPS C’est certain . Deux faits marquants cette année confirment cela  : d’abord le festival va accueillir le Prix Jean Tardieu créé par la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs dramatiques) et la FNCTA (Fédération Nationale des Compagnies de Théâtre et d’Animation) à la demande de Madame Turolla-Tardieu, la fille du grand écrivain. Ensuite, le Ministère de la Culture envoie deux responsables de sa DMDTS (Direction de la Musique, de la Danse, du Théâtre et des Spectacles) afin de voir notre action « sur le terrain » au service du théâtre contemporain.

Un impact national c’est bien, mais ne pensez-vous pas qu’il faut toucher encore plus les Chatillonais ?
A.S. Nous ne les oublions pas. Dans les innovations de cette année, nous avons mis en place un spectacle « Fil Rouge » dont les différentes scènes seront présentés partout dans Châtillon, pour aller à la rencontre du public. Par ailleurs « Art et Comédie » un de nos partenaires éditeur de théâtre lance l’opération « Bistro Théâtre » : il offre « la tournée » aux consommateurs d’un bar pendant qu’ils écoutent des extraits de pièces lus par les comédiens de la troupe locale de « La Pie qui gratte ». Tout cela à la santé … du théâtre vivant.

Dans un prochain article, nous lèverons le rideau sur le programme complet du festival qui se déroulera donc du jeudi 23 au dimanche 26 mai à l’Espace Bel-Air, à la Salle des Fêtes et au Centre Culturel.