Rimbaud - Les ponts
Des ciels gris de cristal. Un bizarre dessin de ponts, ceux-ci droits,
ceux-là bombés, d'autres descendant ou obliquant en angles sur
les premiers, et ces figures se renouvelant dans les autres circuits éclairés
du canal, mais tous tellement longs et légers que les rives, chargées
5 de dômes s'abaissent et s'amoindrissent. Quelques uns de ces ponts sont
encore chargés de masures. D'autres soutiennent des mâts, des signaux,
de frêles parapets. Des accords mineurs se croisent, et filent, des cordes
montent des berges. On distingue une veste rouge, peut-être d'autres
costumes et des instruments de musique. Sont-ce des airs populaires, des
10 bouts de concerts seigneuriaux, des restants d'hymnes publics ? L'eau est
grise et bleue, large comme un bras de mer. - Un rayon blanc, tombant
du haut du ciel, anéantit cette comédie.
Axes :
Intro :
- les Illuminations sont une des
dernières oeuvres de Rimbaud
- C'est une sorte de carte postale
hallucinée, qu'on peut rapprocher à d'autres
paysages fantastiques (villes, promontoire)
- Ce poème est tiré des 50
Illuminations (Illuminations=enluminure en anglais=fresque). Il
ferait partie d'une série consacrée à la
modernité
- Rimbaud a 20 ans, il voyage avec
Verlaine en Angleterre
- C'est un poème non
académique
I - le poème en prose
- Rythme :
- Anarchique : 1 phrase courte, 1 longue, 7 moyennes : c'est
de la prose
- de poésie :
- rythme binaire (vers 8/9 et 10/11) et ternaire (v 6/7,
7/8, 9/10, 11/12) (grâce aux virgules)
- alexandrins : lignes 4, 5, 9, 10
- césure à l'hémistiche vers 6 =>
méthode de duplication
- Nombreuses phrases nominales qui se gonflent et
décomposent le rêve
- Rimbaud est guidé par la féerie, mais
à l'apothéose, il y a dissolution et
anéantissement du rêve par le poème comme
le montre la phrase : "un bizarre dessin de pont..." elle rend
compte d'un effet bizarre qui décompose le
rêve
- Le pluriel très présent, parfois choquant (des
ciels), il montre le foisonnement des idées, la
complexité de la vision et le flou dû à
l'abondance d'idées et à l'omniprésence du
rêve.
II - La ville
- Formes géométriques caractéristiques de
la ville : "droit", "bombés", "descendant en angles",
"figures", "circuit"; dôme", "long"... Tout est rectiligne
et circulaire mais jamais aléatoire.
- Les thermes de localisation (qui définissent
essentiellement le ciel gris et l'eau du canal) au début le
paysage est formé, concret, mais il est aussi presque
réel : "on distingue" v8 mais il devient de plus en plus
flou et parait féerique
- nombreux verbes de mouvements "descendant ou obliquant", "se
croisent", filent", "montent", "tombant" : horizontaux mais
surtout verticaux (=correspondance, cf.
voyelle). L'imaginaire fait une dynamique interne et
imaginaire : accélération,
travelling(=déplacement de la camera sur rail). Le dessin
devient fantastique dans lequel l'imaginaire s'anime sur un
paysage réel.
- Ces verbes de mouvement permettent de dire que le poète
est les ciel gris d'où tomberait un rayon blanc sur une
feuille de papier (=eau du canal)
III - Harmonie entre littérature,
peinture et musique
- lexique pictural : "des ciels", "bizarre dessin", "gris",
"figures", "rouge", "gris et bleu", "blanc", reflet du ciel dans
l'eau qui fait penser à un tableau.
- lexique musical : "accord mineur", "corde", "instrument",
"air", "hymne", "costumes" goût de Rimbaud pour la musique
naïve, populaire, il a une connaissance musicale. Au
début la description ressemble à une
portée.
- Passage du réel à l'imaginaire. Au début,
Rimbaud ne perçoit que des visions puis les autres sens
s'éveillent
- L'univers se liquéfie (tout se mélange) avec le
mélange des sens : polysémie de certains termes :
ponts (en musique et en architecture), accord(peinture : accord de
couleurs et musique), "comédie(architecture : art
aléatoire, musique : costumes et vestes, comédie du
poème), cordes (instruments et corde nom commun),
mineur(musique et peu important); hymne(chant d'un pays et
mystique)
- La dernière phrase en rupture avec le texte qui est
traité de comédie, elle montre que le poème
détruit l'extase. c'est un retour à la
réalité comme à la fin de Aube.
- Ironie du créateur envers son poème
Conclusion
- Ce poème en prose montre bien la volonté de
Rimbaud de révolutionner la poésie
- Pourtant la dernières phrase comme dans Aube semble
être un retour à la réalité.
- Rimbaud ne pouvant atteindre ce qu'il attend pose la plume, ce
qui expliquerait son départ en Éthiopie