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" Je vous invite à partager ces fragments de pensées et poèmes de Khalil Gibran , toujours dans son style ailé, d'une pureté incomparable, et jamais égalé..." |
Gabrielle Ségui |
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UNION... |
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Lorsque la nuit eût embelli le vêtement du ciel avec les joyaux des étoiles, une houri se leva de la vallée du Nil et flâna dans le ciel sur d'invisibles ailes. Elle s'assit sur le trône de brouillard suspendu entre le ciel et la mer. Une troupe d'anges qui chantaient à l'unisson passa devant elle : « Sainte, sainte, sainte est la fille de l'Egypte dont la grandeur emplit le globe. » |
Alors, au sommet de Fam el Mizab entouré d'une forêt de cèdres, un jeune fantôme à côté de la houri. Les esprits entourèrent en chantant : « Saint, saint, saint est le jeune fils du Liban dont la magnificence emplit les âges. » |
Et lorsque le soupirant tint les mains de sa bien-aimé et la regarda dans les yeux, les vagues et le vent emportèrent leurs communications par tout l'Univers : (...) |
La vie des Nations, mon Amour, est comme la vie des individus : une vie accalmée par l'espoir et mariée à la Peur, dominée par les désirs et que le Désespoir regarde en plissant le front. |
Et les amants s'embrassèrent et s'étreignirent, et burent dans les coupes de l'Amour le vin parfumé des âges ; et la troupe des esprits se mit à chanter : « Saint, saint, l'Amour, dans sa gloire, emplit le ciel et la terre. » |
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MON ÂME M'A PRÊCHÉ |
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Mon âme m'a prêché, et m'a appris à aimer ce que les gens rejettent et à traiter en ami celui qu' ils insultent |
Mon âme m'a appris que l'Amour ne tire pas seulement sa fierté de celui qui aime, mais aussi de celui qui est aimé. |
Avant que mon âme ne me prêche, je n'entendais que que les clameurs et les gémissements. Mais maintenant , je m'accroche impatiemment au silence et j'entends ses choeurs qui chantent les hymnes des temps et les chants du firmament qui annoncent les secrets de l'invisible. |
Mon âme m'a prêché, et elle m'a appris à toucher ce qui n'est pas encore incarné ; mon âme m'a révélé que tout ce que nous touchons est une part de notre désir. |
Et avant que mon âme ne me parle, j'imaginais le Passé comme une époque à jamais révolue et le futur comme un temps que l'on n'atteint jamais. Maintenant, je comprends que le moment présent contient la totalité du temps et qu'en lui se trouve tout ce que l'on peut faire, espérer et réaliser. |
Avant que mon âme m'ait conseillé, je doutais de la valeur de mon travail. Maintenant, je comprends que les arbres fleurissent au Printemps et portent leurs fruits en été sans chercher les louanges ; et ils laissent tomber leurs feuilles en Automne, ils se dénudent en Hiver, sans avoir peur qu'on les blâme. |
Mon âme m'a parlé en disant: « La lanterne que tu portes n'est pas la tienne, et la chanson que tu chantes n'a pas été composée dans ton coeur, car même si tu portes la Lumière, tu n'es pas la Lumière, et même si tu es un luth aux cordes tendues, tu n'es pas le joueur de luth.» |
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VISION |
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Lorsque vint la Nuit et que le Sommeil étendit son manteau sur le visage de la Terre, je quittai mon lit et marchai vers la mer en disant : « La mer ne dort jamais, et dans sa veille, une âme qui souffre d'insomnie trouve sa consolation. » |
Puis, je vis trois fantômes assis sur un rocher. Je marchais vers eux en trébuchant comme si quelque pouvoir m'y poussait contre ma volonté. Lorsque j'en fus à quelques pas, je m'arrêtai comme si j'étais toujours sous l'empire de quelque force magique. Â ce moment, l'un des fantômes se leva et d'une voix qui semblait surgir des profondeurs de la mer, il dit : |
« La Vie sans L' Amour est comme un arbre sans fleur ni fruits. Et l'Amour sans la beauté, c' est comme une fleur sans parfum ou un fruit sans pépins... La Vie, l'Amour et la Beauté sont trois personnes en une. On ne peut ni les séparer ni les changer. » |
Un second fantôme parla d'une voix qui ressemblait au grondement d'une cascade, et il dit : |
« La Vie sans la Révolte est comme les saisons sans le printemps. Et la Révolte sans le Droit est comme le Printemps dans un désert aride... La Vie, la Révolte et le Droit sont trois personnes en une. On ne peut ni les séparer ni les changer. » |
Alors le troisième fantôme dit d'une voix qui ressemblait à un claquement de tonnerre : |
« La Vie sans la Liberté est comme un corps sans âme, et la Liberté dans la Pensée est comme un esprit confus... La Vie, la Liberté et la Pensée sont trois personnes en une. Elles sont éternelles et ne passent jamais. » |
Alors les trois fantômes se levèrent ensemble et dirent d'une voix tonitruante : |
« Ce que l'Amour engendre, ce que la Révolte crée, ce que la Liberté soutient sont trois manifestations de DIEU; Et DIEU est l'expression de l'univers intelligent. » |
À ce moment, le Silence se mêla au frémissement d'invisibles ailes et au tremblement de corps éthérés. Et il l'emporta. |
Je fermai les yeux, et j'écoutai l'écho des affirmations que je venais d'entendre. Lorsque je les rouvris, je ne vis que la mer enguirlandée de brume. Je m'avançai ver le rocher où les trois fantômes avaient été assis, mais je ne vis rien qu'une colonne d'encens qui montait en spirale vers le ciel. |
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Ce long poème est un hymne à l'Amour que Khalil Gibran porta à May Ziadah : Celle qu'il aima et espéra, dans une magnifique communion de l'esprit et du coeur, sans pour autant n'avoir jamais croisé son regard, si ce n'est que par des portraits échangés dans une correspondance passionnée, qui dura jusqu' au sommeil éternel de Gibran ... |
Gabrielle Ségui |
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COMMUNION D'ESPRIT |
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Éveille-toi, mon amour, éveille-toi ! Car mon esprit t'appelle d'au-delà des mers t'offre ses ailes au-dessus des vagues furieuses. |
Éveille-toi, car le silence a fait taire le bruit des sabots des chevaux et le piétinement des passants. Le sommeil a embrassé les esprits des hommes tandis que je suis seul à rester éveillé : le désir m'a sorti de l'assoupissement qui m'enveloppait. |
L'Amour me conduit tout près de toi, mais ensuite, l'anxiété m'emmène très loin. |
J'ai quitté mon lit, mon amour, par crainte du fantôme de l'oubli caché dans mes couvertures. |
J'ai repoussé mon livre sur le côté, car mes soupirs faisaient taire ses mots et ne me laissaient que des pages blanches devant les yeux. |
Éveille-toi, éveille-toi, mon amour, et écoute-moi. |
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Je t'entends, mon bien-aimé ! je t'ai entendu m'appeler d'au-delà des mers, et j'ai senti le doux attouchement de tes ailes. J'ai quitté mon lit, j'ai marché sur l'herbe, la rosée de la nuit m'a mouillé les pieds et l'ourlet de ma robe. Et je me tiens ici, sous les fleurs de l'amandier, écoutant l'appel de ton esprit. |
Parle-moi, mon amour, et laisse ton souffle chevaucher la brise qui vient vers moi des vallées du Liban. Parle. Personne ne t'entend que moi. La nuit a emmené tous les autres dans leur lieu de repos. |
Le ciel a tissé un voile de clair de lune et l'a étendu sur tout le Liban. |
(...) (...) |
Le matin est venu mon amour, et les doux doigts du réveil ont touché les yeux des rêveurs. Des rais de lumière forcent l'épaisseur des volets et révèlent la résolution et la gloire de la Vie. Les villages, reposant paisiblement et tranquillement sur les épaules de la vallée, sortent de leur sommeil. Les cloches des églises emplissent l'air de leurs plaisants appels à la prière du matin. Et les carillons leur font écho dans les grottes comme si toute la Nature se joignait à la respectueuse prière. Les veaux ont quitté leurs étables, les moutons et les chèvres leur abris pour aller brouter l'herbe brillante de rosée. Les bergers marchent devant eux, jouant sur leurs pipeaux. Et derrière eux marchent les demoiselles qui chantent comme des oiseaux saluant le matin. |
Et maintenant , la lourde main du jour se pose sur la ville. Les rideaux ont été retirés des fenêtres et les portes sont ouvertes. Les yeux fatigués et les visages tirés des travailleurs apparaissent dans les usines. Ils sentent la mort s'accrocher à leur vie, et sur leurs traits ridés apparaissent la Crainte et le Désespoir. Les rues sont encombrées d'une foule de gens avides et pressés. La ville s'est transformée en un champ de bataille.(...) |
Que la vie est belle, mon amour ! Elle est comme le coeur du poète, pleine de lumière et de tendresse. |
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Que la vie est cruelle, mon bien-aimé ! Elle est comme le coeur du criminel, encombrée de vice et de crainte. |
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L'ANIMAL SANS VOIX |
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L'animal n'est pas une bête. Il est bien plus... |
Il est un « pré-homme ensoleillé » |
Maurice Genevoix |
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Dans le crépuscule d'une belle journée, lorsque l'imagination s'empara de mon esprit, je passai près de la lisière de la ville et je m'attardai près des ruines d'une maison abandonnée dont il ne restait que quelques moëllons. |
Au milieu de ceux-ci, j'aperçus un chien couché sur la poussière et les cendres. Sa peau était couverte de blessures et la maladie ravageait son faible corps. Regardant de temps à autre le soleil couchant, ses yeux tristes exprimaient l'humiliation, le désespoir et la misère. |
Je m'avançai lentement vers lui en regrettant de ne pas connaître le langage animal de manière à pouvoir le consoler de ma sympathie. Mais mon approche ne fit que l'effrayer, et il tenta de se dresser sur ses pattes paralysées. Retombant, il tournait vers moi un regard où une colère impuissante se mêlait de supplication. Dans ce regard, le discours était plus clair que celui d'un homme et plus émouvant que des larmes de femme. Voici ce que je compris qu'il me disait : |
« Homme, j'ai souffert de maladies causées par par ta brutalité et tes persécutions. |
« Je suis une misérable créature qui a fidèlement et loyalement servi le fils d'Adam. J'étais le fidèle compagnon de l'homme. Je le gardais nuit et jour. J'étais triste pendant son absence et je lui faisais des fêtes à son retour. J'étais satisfait des miettes qui tombaient de sa table, et content des os que ses dents avaient dépouillées. Mais lorsque je me fis vieux et devins malade, il me chassa de sa maison et me laissa aux mains des gosses impitoyables des rues. |
« J'ai fui ton pied qui me meurtrit et j'ai cherché refuge ici, car la poussière et les cendres sont plus douces que le coeur de l'homme et ces ruines moins mélancoliques que son âme. Va-t-en, intrus venu d'un monde d'injustice et d'abus de pouvoir. |
« Oh, fils d'Adam, je vois une similitude entre moi et tes semblables lorsque l'âge les rend infirmes. Vois ces soldats qui ont combattu pour leur patrie quand ils étaient dans leur prime jeunesse, et qui plus tard cultivèrent son sol. Mais maintenant qu'est arrivé l'hiver de leur vie et qu'ils ne sont plus utiles, on les rejette. |
« Je vois aussi une ressemblance entre mon sort et celui d'une femme qui, au jour de son adorable jeunesse, avait stimulé le coeur d'un jeune homme: qui ensuite, en tant que mère avait voué sa vie à ses enfants. Mais maintenant, devenue vieille, on l'évite et on l'ignore. Que tu es oppresseur, fils d'Adam, et que tu es cruel ! » |
Ainsi parla l'animal sans voix que mon coeur avait compris. |
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« Dans le regard de l'animal sans voix il y a un discours que seule l'âme de sage peut vraiment comprendre » |
" Un poète indien " |
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Images |
" Les peintures et dessins " sont les oeuvres de Khalil Gibran. |
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