L'Afrique du sud à vélo
J'ai fait ce voyage à vélo seul, pendant entre 2 et 3 semaines en Septembre 88. Je venait de faire un stage en entreprise (à la SATS, les chemins de fer Sud Africains) d'une durée de 3 mois à Johannesburg.
A la fin du stage, lassé de ne cotoyer que des "blancs", j'ai décidé de voir de plus prés les homelands et autres appelations pour voir vivre de plus prés les "noirs".
J'ai pour cela acheté un VTT (le moins cher ...) et décidé de traverser les régions les plus Africaines de l'afrique du Sud : Lesotho, Transkei, Kwazulu, Swaziland.
Mon équipement était assez réduit : 2 petites sachoches avant ... à l'arrière du vélo. Un panier style à provisions en fer soudé acroché sur le guidon avant dans lequel je mettait mon sac à dos (style montagnard : pas trop gros mais haut).
Je n'avais pas de matériel de rechange ni d'outils spéciaux, seulement de quoi réparer une crevaison.
Je n'avais pas de réchaud, mais une tente et un duvet (chaud) avec sac à viande.
J'ai emporté 2 boites de lait en poudre plus des gateaux pour les réserves de calories ...
J'ai emporté un bidon de 5 litres d'eau : c'est pas trop sec par là. J'ai choisi le trajet pour traverser des zones non désertiques, donc assurance de trouver des puits et de quoi manger : trés important à vélo !. En effet, attention, il y a beaucoup de zones désertiques (karoo, high veld) qui sont très peu peuplées et trés monotonnes en termes de paysages, notamment tout le nord-ouest.
La côte océan indien jusqu'à 300km à l'intérieur des terres et toute la bande * est sur une largeur de 500km sont des destinations les plus intéressantes à parcourir à vélo.
J'ai donc mis mon vélo et pris un train avec couchette pour faire le trajet Johannesburg - Blomfontein.
Arrivée du train au petit matin, rapide tour dans la ville plutôt triste, et en plus, c'est l'impression en venant de Johannesburg, c'est donc pas peu dire !
Tout est noir de poussière noire venant des multiples mines créant des terrils tout autour de la ville
Dépard pour de bon à travers le veld de l'Orange Free State, coeur de la nation Boer. Grandes fermes à 200m de la route espacés tous les 1 à 2 kilomètres, pas un chat sur les routes.
Tout à coup, choc : j'arrive au Boputatswana, mon premire homeland traversé à vélo : beaucoup d'Africains, des petites maisons un peu partout, une petite ville grouillante où je me ravitaille dans un magasin ... tenu par un blanc. Peu de sourires, visages plutot suspicieux ... le Boputatswana est si peu large à cet endroit que sortir de cette petite ville me fait sortir de ce homeland.
Encore un peu d'Orange Free State et me voila devant le pont marquant la frontière avec le Lesotho.
Tampons de sortie, traversée du pont, tampons d'entrée sur le passeport, et me voilà au pied de Maseru, capitale de ce petit état.
A nouveau la vie grouillante, les gens sont nettements plus souriants, je me dirige vers un groupe qui se repose dans un jardin public pour demander s'ils connaissent un endroit où je pourrait planter ma tente ou loger pour pas cher (je ne voulait pas me retrouver dans un hotel type internationnal !).
La réponse me surprend : Allez donc au poste de police, vous pourrez y dormir ! Est-je bien compris leur Anglais malgrès leur accent ? L'un des hommes me désigne une femme dans le groupe et me vante ses mérites, elle, intimidée s'approche de moi ... J'essais de lui parler, mais elle doit avoir des problèmes avec l'Anglais car elle a l'air de rien comprendre ... Lui insiste, oh là là, il vaut mieux que j'ailles plutôt du côté du bureau de police !
Là, on me reçoit très gentiment avec le sourire (comme partout au Lesotho), je demande s'il y a un endroit pour mettre ma tente pour une nuit dans le coin et il me montre le petit jardin d'herbes folles entourant le commissariat en indiquant que je peux m'y mettre et me désigne le garde si surveille la seule entrée en disant que je serait en sécurité ici ! Je veux bien le croire.
Je plante ma tente et un Basotho plutôt jeune viens me faire la conversation. J'ai de la chance, c'est la fête de l'indépendance demain et ce soir il y a une méga fête juste à l'extérieur de la ville avec des groupes de musique !
Je laisses mes affaires dans la tente, mon vélo à côté et me promène avec lui dans Maseru en attendant le début du concert ... Il me montre sa petite maison et sa petite famille (femme et jeunes enfants), et on part sur les lieux du concert.
La pâture se remplis, je suis le seul blanc au milieu de milliers de Basothos
La musique est bonne, même un groupe connu de Soweto est là (Malhotini Queens, je trouverais même une cassette d'eux plus tard en France).
La bière coule à flot, les gens commencent à lancer les canettes partout, mon compagon n'est plus en état et je fait connaissance d'un autre jeune plus sérieux qui s'avère être un étudiant en droit.
La situation s'empire, les canettes volent même sur l'estrade, la musique s'arrête et c'est la débandade, tout le monde se précipite vers la sortie.
Seulement, il y a un grand fossé tout autour, on se dirige vers un petit pont de bois, mais la foule poussent trop et des tas de gens tombent du pont.
Heureusement, en s'accrochant bien l'un à l'autre, mon compagons m'évite la chute et nous arrivons à passer sain et sauf de l'autre côté.
Il m'invite à venir chez lui et nous y allons d'un pas rapide.
En cours de route, il se rappelle que demain il doit repartir en Afrique du Sud et doit aller le dire à son oncle car il doit y aller avec lui ... Il me le dit et dit que ca sera un peu long sauf si on cours ! C'est vrai que j'ai vu énormément de noirs courrir autour de Johannesburg dans le petit matin glacés de l'hivers austral, et que pour eux c'est une façon presque comme une autre d'aller travailler !
Au pas de course et dans le noir, nous allons donc vers un quartier (que je pensait pauvre, mais en fait tout est comme ça autour de Maseru et dans le reste du Lesotho) de maisons en terre, de tôles ondulés, avec caniveau au milieu de la route en terre.
Nous repartons en sens inverse en courant à travers ces petites rues de terre non éclairées et de ses multiples trous ...
Nous arrivons chez lui, studio dans maison en dur pour les étudiants qui étudient en Afrique du Sud.
Nous écoutons un peu de musique en discutant et je retourne ... au petit matin, à mon commissariat de police !
Après une grasse matinée dans ma tente, je retrouve mon premier contact qui s'est remis de sa soiree. On parle un peu du Lesotho, du barrage en construction qui doit donner de l'eau et de l'electricite au Lesotho et à l'Afrique du Sud. Il me dit que c'est parce que l'ancien president n'était pas d'accord avec ce projet que le régime de l'apartheid l'a fait renverser par un autre ... Voyant l'état de la capitale, je lui demande s'il y a des entreprises. Il semble qu'il n'y en a pas, ou pratiquement pas ... Tous ceux qui recoivent un salaire ici sont soit des fonctionnaires, soit travaillent en Afrique du Sud. Le reste se compose de paysans plus ou moins en autarcie !
Je lève enfin le camp après une nuit "normale" au commissariat pour traverser ce petit pays montagneux, et qui promet une sacré aventure !
Suite ...