Baldassare Galuppi, compositeur au temps de Casanova

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BIOGRAPHIE DE BALDASSARE GALUPPI

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casanova

 

UN COMPOSITEUR AU TEMPS DE CASANOVA

par Marc Zuili

 

Galuppi est certainement le musicien qui apparaît le plus souvent dans les Mémoires de Casanova.

Baldassare Galuppi dit "Il Buranello", est né le 18 octobre 1706, à Burano. Il apprend la musique avec son père, (barbier comme le père d'Antonio Vivaldi), qui joue du violon dans de petits orchestres à Venise.

 

Burano

En 1722, il fait ses débuts au Théâtre Boegan de Chioggia et à Vicence avec l'opéra "La Fede nell' inconstanza" ou "Gli amici rivali", qui est outrageusement sifflé : "La chute fut complète ; si complète que Galuppi se sauva du théâtre . Désespéré, il ne savait pas s'il allait se jeter dans la lagune ou embrasser le métier de son père, lorsqu'il rencontra l'auteur de " Il Teatro alla moda ", Benedetto Marcello qui venait d'apprendre sa mésaventure. Après l'avoir consolé de son échec, Marcello l'emmena chez son maître le grand compositeur et organiste Antonio Lotti.

marcello

Après trois ans d'études , (de composition et de clavecin), Galuppi compose deux arias dans l'opéra " Il triomfo della virtu " au théâtre Saint Jean Chrysotome. Puis il est engagé en 1726, comme claveciniste au Théâtre de la Pergola de Florence, et revient l'année suivante à Venise pour la création, au Théâtre San Angelo, de l'opéra " Gli odii delusi dal sangue " sous la direction d'Antonio Vivaldi. L'opéra " Dorinda ", qu'il compose en 1729, pour le Théâtre San Samuele est le premier grand succès de Galuppi.

 

C'est certainement par l'intermédiaire de Michele Grimani, célèbre patricien de Venise et administrateur du Théâtre San Samuele, que Galuppi rencontre Goldoni : " On m'avait chargé d'un drame musical pour la foire de l'Ascension... Le célèbre Galuppi, dit le Buranello, devait le mettre en musique ". C'est ainsi que naît "Gustave Premier, Roi de Suède ", opéra composé à la demande de Michele Grimani à l'occasion de la visite du Prince Christian de Saxe en 1740 :

Carlo Goldoni

" L'opéra plut assez, mais le livret ne pouvait avoir grande fortune comparé aux livrets de Métastase ", confesse Goldoni. A la demande de Grimani, Goldoni écrit un nouveau drame sur une musique de Buranello : " Mon opéra, qui portait le titre d'Oronte, roi des Scythes, eut un succès brillant. La musique de Buranello était divine". Cette année-là, Galuppi est le plus célèbre compositeur de la Sérénissime et il devient maître de musique de l'Ospédale des Mendicanti. Jean-Jacques Rousseau assiste chaque semaine aux concerts des élèves de Galuppi, dont il est l'un des plus grands admirateurs. Quelques années plus tard, installé à Montmorency, Rousseau prendra fait et cause pour le compositeur vénitien qu'il opposera à Rameau.

Rousseau

En 1741, Galuppi part pour Londres et fait représenter plusieurs opéras dont "Scipion à Cartagène" et "Sirbace". Il publie ses opéras chez l'éditeur John Walsh, et devient durablement le premier compositeur italien dans la capitale britannique. En 1748, il triomphe à Vienne avec " Démétrio " et " Artaserse " sur des livrets du maître de l'opéra séria, Métastase. La chanteuse Térésa Landi (la Thérèse Bellino des Mémoires de Casanova) incarne le personnage de Mandane ( " Artaserse "), au Théâtre de la Pergola de Florence.

 

En 1749, Galuppi compose l'Arcadia in Brenta ", le premier opéra-comique de l'association Galuppi-Goldoni. A Parme, Casanova assiste quotidiennement à ce divertissement. Il précise : " La musique de Buranello était excellente ". Galuppi et Goldoni composent ensuite "Il mondo della Luna", "Il mondo alla roversa", "Arcifano re dei matti", "La calamita de cuori " et "Il filosofo di campagna" qui sont joués dans l'Europe entière. A Dresde comme ˆ Saint Pétersbourg, on ne compte plus le nombre d'oeuvres de Galuppi-Goldoni représentées dans les années 1760. Le 22 avril 1762, Galuppi devient maître de chapelle de la basilique San Marco, ce jour-là, Goldoni, quitte définitivement Venise.

catherine 2

A Saint Pétersbourg, Catherine II assiste, en compagnie de Casanova, aux représentations données par la troupe de l'entrepreneur de spectacles, Locatelli. "La musique est une belle chose, mais je ne comprends pas comment on puisse l'aimer passionnément, je fais venir actuellement Buranello ; je suis curieuse de voir s'il saura me faire devenir la musique quelque chose d'intéressant", confie l'Impératrice à Casanova.

En 1765, Galuppi quitte Venise pour Saint Pétersbourg, accompagné de l'un de ses fils et de deux musiciens, A Berlin, il s'arrête chez C.P.E Bach, autre claveciniste de génie avec lequel il peut confronter ses idées. Le 9 septembre, le Maestro est à Riga, et en traversant l'Ingrie, il rencontre dans une forêt Giacomo Casanova qui écrit : " Il ne me connaissait pas, et il fut très surpris de trouver à l'auberge où il s'arrêta, un bon dîner à la vénitienne et un homme comme moi qui le recevait lui faisant compliment dans notre langue maternelle. Il m'embrassa à reprises quand je lui dis mon nom ".

casanova de longhi

 

Quinze ans plus tard, Casanova se souviendra de cette rencontre dans son petit roman autobiographique intitulé Le Duel. Après trois années à Saint Pétersbourg, Galuppi rentre à Venise et reprend ses activités, se consacrant à la musique religieuse. Charles Burney le rencontre en 1770, et est conquis par l'exécution de ses différentes Ïuvres aux Incurabili et à San Marco. Dans son journal (Voyage musical dans l'Europe des Lumières), il parle à plusieurs reprises du génie de ce compositeur, comme le fera également Maier en 1829, dans son traité publié à Ratisbonne, où le Maestro vénitien est considéré comme un "génie fécond et universel, répandant des trésors de goût, de sensibilité, et d'imagination dans tous les genres".

Robert Browning, enfin, le plus grand chantre anglais de Venise, immortalise le compositeur dans l'un des plus beaux poèmes jamais écrits sur la Sérénissime :

 

I - O Galuppi, Baldassare, la chose est triste à découvrir!

Je ne puis me tromper, car ce serait m'avouer sourd et aveugle;

Mais c'est le coeur bien lourd que je te comprends!

 

II - Te voilà, avec ta vieille musique, et voilà tout le bien qu'elle fait.

Quoi, on vivait ainsi à Venise quand les marchands y étaient rois,

Dans la ville de Saint-Marc, où jadis les Doges épousaient la mer?

 

III- Les jeunes gens prenaient-ils leur plaisir en mai quand l'onde était tiède?

Bals et masques commencés à minuit duraient jusqu'à midi,

Heure où l'on préparait les aventures du lendemain, me dis-tu?

 

IV - Ma foi, c'était gracieux - ils se taisaient et acceptaient,

Elle de mordre le velours noir de son masque, lui de tâter son épée du doigt,

Pendant que tu jouais gravement tes sonates au clavicorde.

 

V- Quoi? Ces tierces mineures si plaintives, ces sixtes diminuées, noyées de soupirs,

Avaient pour eux un sens? Ces suspensions, ces résolutions -" Faut-il mourir? "

Ces septièmes apitoyées- " La vie peut durer! Essayons donc! "

 

VI - " Etiez-vous heureux?- Oui.-Et l'êtes-vous encore?- Oui. Et vous? "

Puis de nouveaux baisers!- Les ai-je arrêtés, alors quĠun million semblait si peu?

Ecouter, la dominante persiste jusqu'à ce qu'on lui réponde!

 

VII - Donc, une octave frappe la réponse. Oh, je veux bien croire qu'ils te louaient! "

Brave Galuppi! quelle musique! Il excelle au grave antant qu'au gai!

Je sais toujours me taire quand j'entends un maître jouer! "

 

VIII - Puis, ils te quittaient pour leur plaisir; jusqu'à ce qu'en temps voulu, un à un,

Certains après des vies nulles, d'autres n'ayant pas bien agi,

La mort s'approchât sans bruit pour les emporter là où le soleil ne luit jamais.

 

IX - Mais quand je veux raisonner, prendre position, sans faiblir,

Tout en me délectant d'un secret arraché à la jalouse réserve de la nature,

Te voilà qui arrives avec ta froide musique et qui me portes sur les nerfs.

 

X- Oui, toi, tel un criquet fantôme grinçant là où une demeure a brûlé:

" Poussière et cendres, morte et finie, Venise a dépensé ce qu'elle avait gagné".

L'âme est immortelle sans doute- quand on peut la discerner....

 

XI - Quant à Venise et son peuple, nés pour fleurir et tomber,

Ici sur terre, ils ont porté leurs fruits, hilarité et sottise furent leur récolte:

Que restait-il d'âme, je me le demande, quand les baisers devaient finir?

 

XII " Poussière et cendres! " Ainsi grinces-tu et je voudrais avoir le coeur de gourmander.

Chères mortes, avec vos si beaux cheveux- qu'est devenu tout l'or

Qui tombait et caressait leur sein? J'ai froid et je me sens vieux.

 

Marc Zuili

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