L'Engagement conduit
irrémédiablement à la souffrance, à la solitude
de l'Ennui dans les tranchés notament. "Dans la cour de la prison
de Tolède, un type se mit à hurler. C'était très
rare. Les révolutionnaires se taisaient parce qu'ils étaient
révolutionnaires ; les autres - ceux qui s'étaient crus révolutionnnaires
parce qu'on l'était autour d'eux, et qui s'apercevaient devant la mort
qu'ils ne tennaient qu'à la vie, n'importe quelle vie - pensaient que
le silence est la seule sagesse des prisonniers (...)
_Tas de cocus, crétins ! gueulait la voix, je suis receveur de tramway
(...) Dans plusieurs villes, les fascistes avaient condamné à
mort tous les ouvriers dont le veston était luisant à l'épaule
: la trace du fusil. Sur l'épaule du veston qui portaient des sacoches,
la courroie laissait la même trace (...) c'est avec la vie qu'il voulait
echanger des regards, ce n'était pas avec la mort (...) Les types parlaient
de tout, dans la cour de la prison, mon vieux. Jamais de politique. Jamais.
Celui qui en serait venu à dire : J'ai défendu ce que j'ai cru
juste, j'ai perdu, payons, aurait fait le vide dans la cour. On meurt tout
seul, Hernandez, souvenez-vous de ça (...) Hernandez avait dit : "Je
n'attache pas à la mort une telle importance. La torture, oui... (...)
Même la torture est peu de chose à côté de la certitude
de la mort. La chose capitale de la mort, c'est qu'elle rend irrémédiable
ce qui l'a précédée, irrémédiable à
jamais ; la torture, le viol, suivis de la mort, ça c'est vraiment
terrible (...) il faisait ces deux lignes dont l'une représentait la
malheur, si vous voulez, et l'autre sa compensation. Mais que la... tragédie
de la mort est en ceci qu'elle transforme la vie en destin, qu'à partir
d'elle rien ne peut plus être compensé. Et que - même pour
un athée - là est l'extrème gravité de l'instant
de la mort." page 300 L'Engagement conduit également à
la mort et à la douleur physique. La peur de la torture, de l'arrestation,
et d'être fusillé comme un animal enragé est encore unne
crainte du milicien engagé. Tous ces auteurs, apparaissent dans le
reflet de l'hummanité, ils perdent leur qualitées artistiques,
ils sont hommes, victimes prochaînes et envisagent la mort avec appréhension.
Cette difficulté de l'Engagement est évidemment bien plus accru
chez les artistes engagés dans le conflit, ceux qui ont pris les armes,
même si ces peurs et ces souffrances face aux cris des hommes, aux plaintes,
au sifflement de la balle qui pénètre dans le corps, est aussi
intercepté par ces auteurs engagés, exterieurement au conflit.
"Nous avons pris les rames contre le fascisme. Nous savions tous que
nous pouvions mourir. Si nous avions été tué à
Somosierra, nous aurions trouvé que c'était régulier."
"Il est possible que vous soyez en train de rencontrer votre... destin.
Renoncé à ce qu'on a aimé, à ce pour quoi on a
vécu, ça n'est jamais facile... Je voudrais vous aidez, Hernandez.
La partie que vous jouez est perdue d'avance, parce que vous vivez politiquement
(...)
_ Les Hommes ne meurent que pour ce qui n'existe pas.
_ Hernandez, penser à ce qui devrait être, au lieu de penser
à ce qu'on peut faire, même si ce qu'on peut faire est moche,
c'est un poison (...) Le perfectinnement moral, la noblesse sont des problèmes
individuels, où la révolution est loin d'être engagée
directement. Le seul pont entre les deux, pour vous, hélas - c'est
l'idée de votre sacrifice." Ce qui semble le plus fifficile, c'est
l'acceptation d'une mort prochaine. "Et ils reviennent, les poings sur
la face ou le ventre tenu à deux mains - ou ils ne reviennent pas -
et ils ont accepté cela." La haine de l'ennemi, le sang écoulé
conduit progressivement à un eperte d'humanité : "Je prends
sur moi ces executions : elles ont été faites pour sauver les
autres, les nôtres (...) Je suis chaque jour un peu moins humain."
page 421
"On ne découvre qu'une fois la guerre, mais on découvre
plusieurs fois la vie." page 81
Les assasinats orchestrés par les nationalistes sont encore une source
de peur pour le milicien républicain.
"Vous me menez en prison, n'est-ce pas senor ? Perfectamente, répond
le tueur, qui parfois n'a pas vingt ans. Puis c'est l'escalade du camion,
où l'on retrouve deux ou trois camarades, aussi sombres, aussi résignés,
le regard vide (...) Ils descendent, s'alignent, baisent un emédaille,
ou seulement l'ongle du pouce. Pan ! Pan ! Pan ! Les cadavres sont rangés
au bord du talus, où le fossoyeur les trouvera le lendemain, la tête
éclatée, la nuque coagulée."
"Le plus affreux des prisonniers, c'est leur courage. Ils sont obéissants
; ils ne sont pas passifs. Comme l'image de l'abattoir est bête ; on
n'abat pas les hommes, - il faut se donner la peine de les tuer (...) Décharge.
Deux tombent dans la fosse, un en avant. L'un des organistaeurs de la mort
approche. Va-t-il pousser le corps du pied ? Non, il se baisse, le tire par
le bars et la jambe ; ce mort-là aura été embêtant
jusqu'à la fin.
_Vous l'avez voulu, la terre ! crie un des fascistes. Vous l'avez !"
page 121
L'un des trois est le receveur du tram (...) il ne proteste plus. Il attend.
Comme les autres, il s'est laissé placé sans rien dire (...)
Avec le même mouvement que celui des fusils qui se lèvent, il
lève le poing pour le salut du front populaire (...) Le peloton hésite,
non pas qu'il soit impressionné, mais parce qu'il atted qu'on ramène
ce prisonnier à l'ordre - à l'ordre des vaincus, en attendant
celui des morts (...) Les trois suivant vont se placer seuls devant la fosse
(...) Trois autres, dont Hernandez, montent, dans l'odeur d'acier chaud et
de terre remuée." page 357