Hemingway

Ernest Hemingway
Pour qui sonne le glas ?

Ernest Hemingway

Hemingway lors d'un de ses voyages
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Hemingway chroniqueur
Pour qui sonne le glas ? le film
Hemingway
"Je ne tuerais pas même un évêque. Je ne tuerais pas un propriétaire. Je les ferais travailler tous les jours, comme on travaillait aux arbres dans la montagne, pour tout le reste de leur vie. Alors, ils comprendront pourquoi l'homme est né. extrait Chapitre III
- C'est "camarades" que nous devrions tous nous appeler, dans cette guerre, pour être sérieux (...)
- Il est communiste, dit Maria, ce sont des gente très sérieux.
- Tu es communiste ?
- Non, je suis antifasciste (...)
- Mon père a été républicain toute sa vie ... c'est pour ça qu'ils l'ont fusillé

"J'ai vu le prêtre, ses robes relevées, qui grimpait sur un banc, et ceux qui le poursuivaient le frappaient avec les faux et les faucilles, et alors quelqu'un l'a attrapé par sa robe et il y a eut un hurlement et j'ai vu deux hommes qui lui enfonçaient leurs faux dans le dos..."
Pour qui sonne le glas ?

Hemingway incarne avec une vitalité extraordinaire l’individualiste américain, l’homme de la «frontière» qui, pour défendre son droit à l’existence va jusqu’à la révolte armée contre les pouvoirs établis, mais qui, au moment de mourir, constate que «de quelque façon qu’il s’y prenne, un homme seul est foutu d’avance». Cette phrase marque la fin de l’individualisme quelque peu byronien de Hemingway. Il n’est plus question pour lui, en 1937, de paix séparée. La guerre civile espagnole fait rage. Le fascisme menace. Il est impossible dorénavant de vivre à part. Qu’on le veuille ou non, il faut choisir: se solidariser avec ceux qui «en ont» ou se révolter avec ceux qui n’«en ont pas». Hemingway n’hésita pas. Ses sympathies allaient aux seconds. On le vit bien lorsqu’il partit pour Madrid en 1937 pour le compte d’un groupe de journaux américains. Il fit de son mieux pour défendre la cause des Républicains espagnols devant le public américain, en écrivant en particulier le texte d’un film documentaire, La Terre espagnole, et une pièce de théâtre, La Cinquième Colonne (The Fifth Column, 1938). Contrairement à ses habitudes, il entreprit aussitôt d’écrire un roman où il mettait en œuvre ses souvenirs récents sans même leur laisser le temps de se décanter. Ce fut Pour qui sonne le glas (For Whom the Bell Tolls) qui parut dès 1940. L’épigraphe empruntée à un sermon de John Donne était significative: «Nul homme n’est une île complète en soi-même; chaque homme est un morceau de continent, une partie du Tout... La mort d’un homme me diminue moi aussi, parce que je suis lié à l’espèce humaine. Et par conséquent n’envoie pas demander pour qui sonne le glas. Il sonne pour toi.» Tel est bien le sens de ce livre qui est tout ensemble un récit d’aventures passionnant, un roman de guerre véridique, une épopée exaltante, une tragédie antique et une méditation sur le destin de l’homme. Car, à propos d’un acte de sabotage très localisé, à l’arrière des lignes franquistes, Hemingway évoque le destin de l’humanité tout entière. Le pont que le héros, Robert Jordan, a pour mission de faire sauter n’est pas seulement le centre de la guerre civile espagnole et d’un affrontement plus vaste entre le fascisme et l’antifascisme, il est le moyeu de la roue du destin qui, dans un mouvement giratoire irrésistible, entraîne aussi bien que les personnages du roman l’humanité tout entière.

Pour qui sonne le glas ?

Pour qui sonne le glas ? reflète le désabusement d’Hemingway. a rétabli la position littéraire d’Hemingway. Il semble aussi indiquer une réorientation fondamentale de son art. Le style dépouillé, musclé de ses débuts, avait été remplacé,comme nous l’avons dit, par une langue plus riche, plus suggestive, plus consciemment littéraire. Lecynisme et le désespoir d’autrefois semblent avoir fait place à une adhésion aux valeurs du libéralisme politique et social, et à une foi touchante dans l’amour romantique. Mais un examen plus attentif révèle que Pour qui sonne le glas ? à un caractère moins "engagé" qu’il pourrait apparaître à première lecture. L’évolution de Robert Jordan - qui, à la fin du livre, meurt seul dans la montagne, non pas tant afin de défendre une cause à laquelle il a cessé de croire que pour assurer la fuite de la femme qu’il aime reflètte le désabusement de Hemingway lui-même en matière politique. La confirmation de sa profonde méfiance à l’égard des idéologies En réalité, ce roman expose une fois de plus, en termes ambigus et romantiques, et sur une échelle plus vaste, un des thèmes permanents d’Hemingway : la grâce dans l’adversité, la victoire dans la défaite.
Mais quand la guerre civile éclata en Espagne, il était en mesure, pour des raisons personnelles et subjectives de défendre la cause des Loyalistes avec autant de passion que ses amis politiquement engagés. Il avait vraiment besoin de se donner à une (cause qui le protégerait du "nada" ou, tout au moins, le lui masquerait. Il avait toujours aimé l’Espagne et le peuple espagnol. Il ne voulait pas les voir "malmenés". Son attitude vis-à-vis des problèmes de la révolution, cet humanitarisme sans justification, idéologique propre aux libéraux d’Amérique, irritaient fort des commissaires loyalistes orthodoxes. Pour Hemingway, la guerre d’Espagne (jusqu’au moment où il y prit part et en comprit finalement le sens réel) n’était autre qu’une nouvelle révolution romantique dans laquelle le bien et le mal se dessinaient en couleurs violemment contrastées. Gustave Regler, le romancier allemand qui combattit dans les Brigades internationales, parle souvent de Hemingway dans son autobiographie "Le Hibou de la Minerve" : "Hemingway avait un penchant naturel pour les lois de la jungle de Kipling... Un homme aussi apolitique ne pouvait comprendre ce qui se passait en Espagne. Pour lui, tout était noir ou blanc. Il émanait de nous, membres des Brigades internationales, comme des toréadors, une irrésistible odeur de mort et à cause de cela, il se sentait tonifié en notre compagnie".
À sa parution Pour qui sonne le glas ? fut considéré comme son œuvre la plus importante. Hemingway arriva en Espagne en février 1937 comme correspondant de guerre et y resta environ un an: il fit des articles, composa le texte d’un film documentaire "La Terre espagnole" et acheva une pièce La Cinquième Colonne sur laquelle il vaut mieux ne pas insister. La guerre lui fournit aussi le sujet de Pour qui sonne le glas ?, son roman le plus long et le plus ambitieux. Publié en 1940, alors que la menace du totalitarisme en Europe commençait à inquiéter sérieusement le public américain, il fut salué comme son œuvre la plus importante. Il correspondait à l’état d’esprit de l’époque et se prêtait bien à l’adaptation à l’écran qui fut réalisée en couleur peu de temps après, avec Ingrid Bergman et Gary Cooper.


Engagement loyaliste dans la Guerre civile
A. MalrauxJ. MiroP. PicassoS. DaliR. Capa